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Ecrire en Palestine

La maison de Raad

Poésie

vendredi 4 avril 2003, par Mourid Barghouti


A la maison pleine de beauté

Je suis revenu, épuisé, comme

tous ceux qui reviennent.

Je me suis assis là où retentit la voix

de la sage-femme : C’est un garçon !

Son nom est Mourid !

Un instant, j’ai oublié le sombre

nuage de l’âge

Mes souvenirs remontant à l’enfant

Qui, de son berceau gothique,

Erra dans le pays, serein et contraint,

Puis revint.

La maison Raad est en éternel

bâtie de pierre

Ses couleurs sont foncées

et en vestige

Certaines sont un sourire échappé

aux pleurs.

D’autres sont douces comme

la caresse de l’abricot

Certaines sont chargées

tel un nuage annonçant la pluie

Au crépuscule, avec les derniers

rayons du soleil

On croirait ses coupoles faites d’or

L’herbe envahit tant ses murs

Qu’elle semble vouloir les protéger

du déshonneur

Vieillesse têtue ?

Ou ruse de la rosée à étaler

son œuvre inaltérable

A travers le cycle des âges ?

Et le seuil

Est le divan des grands-mères

Et la chaire des conciliabules

et des médisances campagnardes

Et le seuil

Différence entre jouissance

et déception de la mariée

Et le seuil

Est allusion du passage d’un cercueil

porté vers le délice de l’amandier

Ou l’aversion du cactus

Et le seuil

Adolescent qui lit le courrier

D’analphabètes connaissant

le sens de l’amour,

Avec un regard sur les lignes

Et un autre sur les trésors

de séduction

Que des femmes délivrent

Au moment de l’écoute

Et le seuil

Pénible rupture

Entre la grande jarre et l’opéra

entre le soc de la charrue

Et le Alef

Et le seuil

Notre chemin vers …

Ai-je dit qu’il y avait dans la cour,

un figuier ?

Et que nous faisions la course

aux oiseaux

Pour atteindre son aube plus haute

que le minaret du muezzin ?

Ses branches étaient notre théâtre

d’été

Ou notre refuge

Contre l’ennui des enfants

pour les hôtes de leurs parents.

Sombre ou lumineuse,

Une forêt dans un arbre

Sous lequel nous avons grandi

comme s’il était tout le pays

J’ai crié en moi-même :

« Et pourquoi les coupez-vous ? »

Comment cet arbre a-t-il pu mourir

Comme n’importe quelle fleur

d’un vieux manteau ?

Comme n’importe quelle chatte

à la croisée des chemins

Aujourd’hui en meurent-ils d’autres ?

Depuis longtemps,

Je crois que la mort a fait de nous

son peuple.

Son amour pour nous est-il tribu

de pioches ?

As-tu remarqué que les maisons

sont sa famille ?

Car, si elles l’abandonnent elle

part aussi

Et qu’elle peut reprocher et punir

Comme le bébé qui repousse

le sein de sa mère

Parce qu’elle l’a fait attendre

Avec un regard

De faim

De colère ?

Qui a besoin de qui

Ici ?

L’étranger retournera-t-il à l’endroit d’où il vient

Son souffle y reviendra-t-il ?

Bientôt

La fatigue se dissipera

O notre maison

Bientôt

La fatigue reviendra.

Août 1996

Extrait du recueil Les gens dans leur nuit

Traduit de l’arabe par Mohamed Sehaba


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