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Polémique

L’Affaire Molière/Corneille

un watergate de la recherche universitaire ?

jeudi 10 août 2006, par Eric Dussert

Avertissement : afin que les internautes qui vont lire le texte présenté à la lecture puissent comprendre les fondements de la polémique dont nous parle Eric Dussert, il est nécessaire de rappeler que l’Affaire Molière-Corneille fut lancée en 1919 par Pierre Louÿs, dans Le Temps. Il affirmait dans ce texte que Molière n’était pas l’auteur de ses pièces, mais qu’il s’agissait en réalité de Pierre Corneille.

Pour préciser sa thèse, Pierre Louÿs rappelait dans ce texte qu’aucun manuscrit, ou le moindre fragment de texte de Molière, ne nous est parvenu, alors que la ressemblance syntaxique entre les textes des deux auteurs laisse apparaître quelques doutes.


On attendait ça depuis longtemps : la documentation rassemblée par Pierre Louÿs (1870-1925) en vue du procès de Molière va paraître, ou du moins les bonnes feuilles de cet ensemble de près de trois mille pages.

Fayard l’annonce pour le 11 octobre prochain.

Il va sans dire que, une fois encore, la Sorbonne va blêmir puis contre-attaquer, la critique officielle à ses basques fourbira l’opprobre, les arguments fallacieux, si ce n’est l’insulte, sur Louÿs et ses deux secrétaires, les nommés Jean-Paul Goujon et Jean-Jacques Lefrère, qui ne sont du reste pas des spécialistes du XVIIe, loin de là.

Tout cela est bien prévisible, au point que c’en est un peu fastidieux. On pourrait presque donner les noms des détracteurs et les organes de presse où ils vont sévir. Et quand je dis sévir, il me faudrait écrire pérorer, car la messe est dite aux yeux de ceux qui se gardent des apparences.

Pour les béni-oui-oui, en revanche, et les dieux savent à quel point ils sont nombreux, notamment dans les "lieux informés", et peut-être surtout en ceux-là, ne voudront jamais croire, penser ou admettre que Molière ne fut pas le génie de la langue que l’on a "imaginé" jusqu’ici. Parce qu’il s’agit bien d’une construction que ce mythe Molière. Et les faits parleront, l’absence de manuscrit aussi.

Pour l’heure, il s’agit d’attendre et ce volume intitulé Ote-moi d’une doute, titre peut-être un peu velléitaire, ainsi que le volume conçut par Denis Boissier après son Affaire Molière déjà fort décillante. Ce dernier a eu la riche idée de démonter la thèse du "Molière écrivain de génie" en se basant sur les thèses, articles et ouvrages de pro-moliéristes. Mises bout à bout, il n’est pas plus assassin que les bonnes volontés (l’enfer, dit-on…). Leurs incohérences collectives démontrent assez que l’université, soucieuse de respecter canons, topoïs et hiérarchies pédale depuis la Révolution française, et la IIIe République, dans un brouet peu clairet.

Apprécier les zoïles de la recherche, tous les adeptes de l’embabouinage dans leur rugissement, assis sur leur tricycle bancal, sera, la saison prochaine, le spectacle majeur. Et puis, peu de temps après, la nouvelle mouture de l’essai de Denis Boissier paraîtra enfin, équipée de trouvailles nouvelles, et ô combien édifiantes. Mais chut… gardons encore un peu le secret.

Rappel : Pierre Louÿs avait lancé l’affaire en 1919… Que de temps il faut pour qu’une hypothèse soit simplement admise et éventuellement discutée… serait-ce la preuve que nos "élites" ne sont jamais qu’une tribu grégaire, hostile à la nouveauté, aux possibles ? (A suivre.)

Même si Vrain-Lucas a mis la main à la plume…

N.B. : Après Pierre Louÿs, Henry Poulaille (1896-1980), René-Louis Doyon, Pascal Pia (1903-1979), Hippolyte Wouters, Denis Boissier et, last but not least, Dominique Labbé ont creusé le fond de cette polémique en ramenant chacun des hypothèses aussi crédibles qu’intéressantes.

Sur le sujet, la documentation édifiante est la suivante :

Pierre Louÿs, L’auteur d’Amphitryon, Le Temps, 16 octobre 1919 et sq.

Henry Poulaille, Corneille sous le masque de Molière, Paris, Grasset, 1957, 400 p. (épuisé).

René-Louis Doyon, Molière, panacée universitaire I. Les Livrets du Mandarin, 5e s., n° 4, automne 1957, pp. 21-24. René-Louis Doyon, Molière, panacée universitaire II. Les Livrets du Mandarin, 5e s., n° 6, mars 1958, pp. 1-30.

Hippolyte Wouters et Christine de Ville de Goyet, Molière ou l’auteur imaginaire, Bruxelles, Complexe, 1990, 149 p.

Dominique Labbé, Corneille dans l’ombre de Molière. Histoire d’une découverte. Paris-Bruxelles, les Impressions nouvelles, 2003, 144 p.

Dominique Labbé, Séminaire du groupe Langues Information Représentations, 13 janvier 2004, Laboratoire d’Informatique pour la Mécanique et les Sciences de l’Ingénieur, annexe VI : ’’Par qui ont été écrites les pièces de Molière ?’’.

Denis Boissier, L’Affaire Molière, Paris, Jean-Cyrille Godefroy, 2004, 315 p., 20 €.

Par ailleurs, l’association cornélienne propose un site d’une richesse inattendue : L’Affaire Corneille-Molière. On y découvre que l’enjeu de ce watergate de l’université est plus lourd qu’il y paraît.

Enfin, l’affaire Molière a également inspiré les oeuvres suivantes :

Frédéric Lenormand, L’Ami du genre humain, roman, Paris, Robert Laffont, 1993.

Pascal Bancou, L’Imposture comique (Théâtre de La Huchette, 2000). Hippolyte Wouters et Christine de Ville de Goyet, Le Destin de Pierre (Bruxelles, 1997).


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