« Ce n'est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être, qui a besoin de nous »
Cornelius Castoriadis
Littérature autrichienne contemporaine
mercredi 14 octobre 2009
Günter Brus est né en 1938 à Ardning en Autriche et vit à Graz.Principalement connu pour son rôle dans l’Actionnisme Viennois de 1964 à 1971, Günter Brus est un artiste aux multiples facettes qui n’hésite pas à passer d’un moyen d’expression à un autre, une fois explorées les possibilités du premier.
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Parvenu dans ses actions jusqu’à ses propres limites physiques et psychiques – sa dernière action Zerreißprobe (Tentative d’auto-déchirement), a failli lui coûter la vie –, Günter Brus se tourne vers le dessin et l’écriture à partir de 1970. Modes d’expression qu’il combine, en créant un genre nouveau, les Bild-Dichtungen ou « Images-poèmes », où s’exprime la large palette de ses influences artistiques et littéraires. Les dizaines de milliers dessins qu’il compte depuis lors à son actif ont ainsi été montrés dans le monde entier, que ce soit à Barcelone ou Amsterdam, Berlin ou Vienne, Paris ou New York, Venise, Londres ou Munich, sans oublier la Documenta. L’État autrichien, qui en 1968 l’avait condamné à la prison à la suite de l’action jugée scandaleuse Kunst und Revolution (Art et Révolution), lui a rendu hommage en 1996 en lui décernant le Grosser Österreichischer Staatspreis (Grand prix de l’État autrichien). Puis, en 2004, c’est le Prix Kokoschka, la plus haute distinction artistique autrichienne, qui est venu consacrer son œuvre. Plus récemment, c’est le projet d’un musée exclusivement dévolu à celui que la presse autrichienne désignait en 1968 comme « l’Autrichien le plus haï » qui vient d’être entériné par la Neue Galerie de Graz. Lieu d’exposition permanente, mais aussi de manifestations ponctuelles devant mettre en regard les différents aspects de l’œuvre pour une part, institution à vocation scientifique pour une autre, le Bruseum devrait ouvrir ses portes fin 2011.
Réduire Günter Brus à l’Actionnisme Viennois est d’autant plus réducteur que ce groupe n’est pas à proprement parler une école artistique, les préoccupations de ses membres (Otto Muehl, Hermann Nitsch, Rudolf Schwarzkogler et Günter Brus) étant dès le départ assez différentes, ses divergences ne cessant depuis la fin de l’Actionnisme proprement dit de s’approfondir. Ainsi, seul Brus utilisera systématiquement son propre corps dans ses actions, les autres membres du groupe utilisant fréquemment des modèles ; les rituels plus ou moins religieux de Nitsch ou l’affirmation d’une « libération sexuelle » essentiellement masculine propre à Muehl, sont très éloignés de la pratique de Brus. Les actions de ce dernier, d’abord marquées par une symbolique masochiste, feront place dès 1968 à des mises en scène d’actes d’auto-mutilation réels. Si, par certains égard, Nitsch comme Muehl se posent en représentants de formes de domination masculine, Brus gardera toujours un aspect profondément androgyne. En 1970, au lieu de revenir à la peinture gestuelle telle qu’il la pratiquait avant ses premières actions, il se tournera vers une forme d’expression à la fois plus ancienne et plus modeste : le dessin où s’exprime tant sa maîtrise technique que les multiples facettes de sa personnalité. Or, s’il est un aspect de Brus que le public connaît encore mal, c’est bien son œuvre littéraire, pourtant aussi riche et aussi excessive que ses actions ou ses images-poèmes. S’employant à combler cette lacune, les Éditions Absalon ont publié, en 2007, la première traduction française (et mondiale) de son recueil de proses brèves, qualifiées par lui de « nouvelles bonzaïs », Amor & Furor (trad. Catherine Henry). Après Vienne et moi (trad. Jacques Lajarrige), c’est le recueil d’aphorismes et de « poésies théoriques » Nach uns die Malflut ! (titre français non arrêté) qui paraîtra en 2010.
Un aperçu de ces œuvres est fourni par la Neue Galerie de Graz http://www.neuegalerie.at/04/brus/bild01.html