« Ce n'est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être, qui a besoin de nous »
Cornelius Castoriadis
L’édition en France
Document
mardi 21 novembre 2006, par Georges Monti
Toutes les versions de cet article :
Georges Monti est le fondateur et responsable des éditions Le temps qu’il fait, éditeur associé aux espaces de l’édition indépendante de Lekti-ecriture.com.
Ce texte a été initialement publié dans le numéro 55 du prospectus des éditions Le temps qu’il fait.
Nous remercions Georges Monti d’avoir accepté que son texte soit reproduit sur Contre-feux, la revue littéraire de Lekti-ecriture.com.
Ma récente visite à une (très) grande « librairie de Province » m’a donné le vertige. J’y venais chercher un livre de poche (d’un poète qui aura attendu d’être mort pour entrer dans une de ces collections démocratiques) et un guide de voyage. Je ne les aurais sans doute pas trouvés sans l’aide d’un vendeur que, le sollicitant, j’ai probablement détourné de ce qui est, selon moi, son vrai travail proposer des ouvrages que personne ne demande - ou, plus exactement, n’a l’air de demander.
Mon devoir accompli, j’aurais volontiers musardé dans l’espoir d’une bonne surprise si, au bord de l’étouffement, il ne m’avait fallu quitter les lieux. Que de faux livres parmi les vrais, livres jetables, livres d’époque… !
Mais là n’est pas la principale difficulté surtout, que de bons livres, de littérature française ou traduite, livres d’images également, livres d’idées, livres de rêve… À ce point l’éditeur se demande comment trouver une place dans cette profusion ? Faut-il apprendre à parler plus haut ? Notre voix ne porte pas assez. Faut-il tâcher d’être à la mode ? Nous ne sommes pas de notre temps. Mais au fait, pourquoi donc ajouter à ce brouhaha, se torture-t-on ? Faut-il changer de métier, que diable ? Nous n’en savons pas d’autre. Il nous vient alors l’idée sombre, exagérée certainement, que - malgré les années nombreuses à creuser notre sillon, faire des découvertes et entretenir des fidéhtés - personne ne nous attend. C’est certes désolant pour le commerce, ruais combien réjouissant pour l’esprit : quelle liberté ! Nulle commande à honorer, nulle contrainte extérieure à observer, nulle mission à remplir, seulement le plaisir de transmettre, (les textes, des oeuvres, en véritables amateurs. Voilà une tâche qui ne peut guère peser ni lasser, si l’on met de côté les dures questions d’économie. Personne ne nous attend raison de plus pour poursuivre. Mettons de côté et poursuivons.
Rejoindre le site Internet des éditions Le temps qu’il fait.
Vous pouvez discuter de cette contribution sur les forums de la librairie Lekti-ecriture.com :
cliquez ici pour rejoindre les forums de la librairie Lekti-ecriture.com