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Littérature palestinienne

Ecarte moi ce sable

poésie

samedi 7 juin 2003, par Zuhayr Abou Châyeb


L’air a vieilli
Et, suffoquant, il a fui mes poumons
Il a assouvi les morts avant de s’en aller
 
Il a déployé l’étendue pour ses coursiers assoiffés
Il a annoncé la ruine
 
L’air est mort
Aux arbres j’ai porté sa dépouille
Et j’ai consolé le terreau
Et sans honte je suis sorti de mon corps
Je suis l’esclave de l’air
Mon âme me fait tendre vers le haut
Je tombe, mon corps est mon trou
Je suis l’esclave de l’air et son tombeau
Mon ombre remorque le sable
Aride est mon ombre
Et sur mon sang des traces de pas
Je suis sorti
Sorti de mon corps
Comme un fleuve asséché
Déployant l’étendue pour ses coursiers assoiffés
Il les abreuvé de mirage
Seul, je suis sorti
Et derrière moi était le désert
 
Non, je n’interrogerai pas le désert sur une rouille qui ronge
ses gorges
Et sape mon âme.
Mon âme vacille sur le gravier
Mon âme me vise de sa nuit
Et fait naufrage dans mes blessures.
Mais moi tel un jour de massacre
Tel une digue de sang entre deux pylônes je crie
Qui donc écartera de moi le sable ?
Qui donc raclera sur mes lèvres le désert
Qui ?
 
Ô lumière
Laisse mon cœur derrière toi
Et en moi chemine,
A te perdre
Et guide vers l’âme ta grâce sublime
Usé est le toit de l’étendue
Viens donc, avec ta face de majesté
Et donne-moi un visage
Des sables emporte-moi en moi
Et déleste-les de mon sang
Emporte-moi
Afin que je pleure la rosée
Et que je gonfle les houles de mon angoisse
Et que je crie : ô mon sang, sois donc ces houles !
 
Tandis qu’en une nuée de sable je passais
Accompagnant le désert derrière ma sépulture
Les arbres étaient debout sur mes pieds
Et le désert en marche
Et les vents lisaient leur Table céleste dans une la langue
des classiques
Alors s’embrouillent les directions.
 
Et moi je suis l’enfant perdu de la terre
Un jour de sa glaise j’avais sucé mon âme
Avant de me perdre,
Je suis l’enfant perdu de la terre
Eclat d’une planète qui se maquille de feu
Mon puits est plein de prophètes
Et mon sang de prière
 
Ecarte de moi ce sable
Afin que j’adresse mon ambassade à la lumière
Ecarte de moi
Afin que je meures barbouillé seulement de mon sang
Me dégoûte une rosée
Au caprice de la vie.

Traduit de l’arabe par Youssef Seddik.

P.-S.

Poésie parue initialement dans la revue de Mahmoud Darwich, Al-Karmel, et traduite en français et publiée par la Revue d’Etudes Palestiennes et Autodafé.

© Parlement International des Écrivains


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