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Poésies

Décodage

vendredi 21 mars 2003, par Bei Dao

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Non

La réponse très vite sera connue

le calendrier, cet éclat mensonger

déjà s’est réfracté sur son visage

Il s’approche de l’oubli s’approche

de l’aparté du champ,

du désespoir

inhérent au mot « patrie »

les grains de blé sont pleins

oh, ces sanglots de la maturité !

cette nuit la solitude la plus fidèle

lui montre le chemin

À tous les jours faisant la queue

et qui jacassent

il dit : « non »

Aux jeux de l’âme

Ces mains cardent le vent d’automne

dans tout port quelqu’un attend

le beau temps, trop

d’ennuis s’assemblent en nuages noirs

le climat nous console

comme on passe d’un excès de rêves à leur absence

les jours et l’escalier sont immobiles

nous les montons, les descendons en courant

jusqu’à ce que les traces de nos pas fleurissent bleues

jusqu’à ce que le visage dans la mémoire

devienne porte fermée

viens t’asseoir, bavarder

des pages qui restent à cette année,

des naufrages au-delà de ces pages

Étude

Le vent, ce parent pauvre de la forêt

parti en vacances au bout du monde

lance des citrons

vers les flots roulés par l’énorme cloche

la caméra poursuit la lumière

comme on accorde un piano

ces morts minuscules

ont des sonorités pures

écriture et guerre sont menées ensemble

au milieu sont bâties des maisons

les gens assis dedans

semblent des rumeurs, vont se mettre en route

renoncer au tabac c’est renoncer

à un geste

pourquoi ne pas le dire

les mots n’ont pas encore été illuminés

Une lettre

Cette adresse à ma naissance

s’affairer, coller un timbre

il faut que je déménage

pour qu’elle soit complète

signer, puis je

traverse le chant sans paroles de la nuit

combien de fenêtres égarées

pour dissimuler une lune

les jours, laque dorée

et nous, nommer la peur

Chant du matin

Les mots sont poison au cœur du chant

sur le chemin nocturne, en quête du chant

la sirène d’alerte retrouve le goût

de l’alcool du somnambule

Au réveil les maux de tête

comme les haut-parleurs transparents des fenêtres

passent du silence au tumulte

ayant appris à vivre inutilement

je vole parmi les chants d’oiseau

crie à tue-tête : « Jamais ! »

Quand l’ouragan fait le plein d’essence

la clarté saisit la lettre expédiée

l’ouvre, puis la déchire en morceaux

Destination

Tu suis les nombres impairs

voyage avec les étincelles

des exercices articulatoires, depuis la carte

domines les obsèques du chemin

ils ont creusé très profond

jusqu’au sens du poème

le point ne peut arrêter

les douleurs de l’enfantement de la métrique

tu t’approches de la métaphore du vent

en partance avec les cheveux blancs

à la nuit noire tu ouvres ta mâchoire

fais surgir l’escalier

Appel

La matin fut inventé par les oiseaux frémissants

le pêcher y a gagné un verdict plus juteux

la femme encensée par les montagnes

avec un fil de lumière coud la mer

les sons des cloches s’envolent, dépassent le matin

touchent le sommet des crânes

soudain se retournent et nous,

négateurs du temps,

éleveurs de scorpions de la mémoire,

musiciens ambulants

jouant pour l’immense vent désolé

là où l’interrogatoire se retourne

il devient réponse

en cette année d’abstinence

un corbeau se tient debout sur une patte :

son expérience de l’écriture

Pourquoi le livre est-il tumulte ?

À cause du verdict de la colère

Instant de contre-jour

L’éclair illumine le visage du criminel

la polémique est si âpre !

mais le bruit de ses pas

se perd avec les vers qu’il vient d’écrire

La nuit est tourbillon

le dormeur se tourne et se retourne

comme linge en machine

un papillon volette dans

l’immense délire verbal de l’histoire

j’aime cet instant

telle une corde à linge reliée au passé

et à demain venteux

Montage

Le plan fixe est comme un verre tenu par la mort

le metteur en scène boit une gorgée

se tourne vers les spectateurs

« Hé ! je dis : Où vas-tu ? »

Route numéro cinq, je conduis

dans le champ visuel du campagnol parallèle au chemin

j’installe des fils électriques lumineux

le capitaine Mozart

m’entraîne dans un déluge de nostalgie

la méduse du soleil flotte

le poisson pêché par une note haute crache l’hameçon

va pondre dans la frange des basses

le metteur en scène crie dans son mégaphone

à de nombreux siècles de distance

j’interroge le chemin, j’interroge le ciel

interroge un poète mort

sur les rythmes qui l’enfiévraient

sa réponse : « Seule m’embauche

la rafale du vent désolé »

feuilleter un livre pour avoir enfin le jour et la nuit

les sabots pressés des chevaux

laissent plus profondes leurs empreintes sur les dalles

partout dans la petite ville sont apposées des affiches de films :

le metteur en scène sourit

Je m’installe, une forte neige tombe

dans l’ancienne chambre

l’escalier s’enroule autour de ma colonne vertébrale

effleure dans le ciel nocturne

les cloches teinturières

jusqu’à ce que leurs sons retentissent par la ville

les dieux se penchent à la fenêtre

seul je m’infiltre dans l’histoire,

dans la foule

faisant cercle autour d’un spectacle d’attractions

le bateleur c’est lui, le metteur en scène :

cinq ballons rouges entre ses mains

tournent, pareils à des étoiles filantes

Fauteuil pivotant

Je sors de la pièce

telle une ombre d’une boîte à musique

la croupe du soleil se balance

à midi se stabilise

le fauteuil pivotant est vide

dans l’entonnoir de l’écriture

quelqu’un est filtré sur du papier blanc :

un visage fripé

des mots malveillants

sur le fait de subir la liberté

sur les appuis dont on profite

le cœur, semble là pour éclairer

les aveugles toujours plus nombreux,

fait la navette entre le jour et la nuit

Poèmes extraits du recueil Décodage

Traduit du chinois par Chantal Chen-Andro

© Parlement International des Écrivains


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