« Ce n'est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être, qui a besoin de nous »
Cornelius Castoriadis
Humeurs et engagements
Seconde partie
lundi 14 avril 2003, par Arnault de Saint-Ange
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Vendredi 21 mars, c’est le deuxième jour de la guerre d’Irak. Mais c’est également celui de l’enterrement de Jean-Luc Lagardère, décédé quelques jours auparavant à l’hôpital américain de Neuilly.
Les hommes politiques sont là, prêts à rendre hommage au grand industriel Jean-Luc Lagardère, l’une des premières fortunes de France.
L’image est belle : Bernadette Chirac, Jean-Pierre Raffarin, Valery Giscard d’Estaing et bien d’autres encore se sont rendus à l’église Saint-François Xavier, à Paris, pour rendre un dernier hommage, ainsi que le veut la formule consacrée, au capitaine d’industrie Jean-Luc Lagardère.
Et puisqu’il fallait parler de l’homme, du patron du groupe Matra-Hachette, personne n’a semblé plus à propos au moment de l’éloge funèbre que Bernard Henri Lévy, un proche de cet homme qui a défendu « une certaine idée de la France », comme le dit si bien un article du Figaro du 15 mars 2003. L’intervention de Bernard Henri Lévy, accompagné ce jour là par Arielle Dombasle, a été demandée par la famille de Jean-Luc Lagardère.
Pourtant, il m’a toujours semblé que Bernard Henri Lévy était un homme de paix, et Jean-Luc Lagardère celui qui portait les guerres. C’est du moins ce que je comprends si je lis les grands quotidiens français.
Retour, quelques années auparavant :
Bernard Henri Lévy est de toutes les guerres, il l’a très bien raconté dans un livre paru en 2001 : « Les descentes aux enfers ». Du Sri Lanka à la Colombie, en passant par le Sud Soudan, BHL s’est rendu sur les lieux de terreur, là où tombent les balles, où les morts sont vraiment morts et restent à terre après le passage de la caméra. Pour lui, la guerre est le visage même de l’horreur et rien ne peut la justifier, pas même les discours d’Hegel ou d’Henri de Montherlant.
Jusqu’ici, il n’existe rien d’extraordinaire à signaler. BHL est quelqu’un qui se rend au chevet des victimes, des estropiés de toutes les guerres. Il était, il n’y a pas si longtemps, en Afghanistan. Il déteste la guerre sous toutes ses formes et ne lui trouve jamais d’excuses.
Tout va bien. Jusqu’à l’examen de la vie et de l’origine de la fortune de l’un des amis les plus proches de Bernard Henri Lévy, Jean-Luc Lagardère, celui là même qui vient de mourir, dont la famille réclamait l’assistance de BHL aux obsèques pour prononcer quelques phrases élogieuses. Jean-Luc Lagardère a fait fortune dans l’armement, des missiles aux chars, avant de s’intéresser à la communication et aux maisons d’édition. Il a été, ces dernières années, l’artisan et le promoteur d’EADS, le numéro deux mondial de l’aéronautique et de la défense. Autrement dit, le principal créateur de l’une des plus grandes entreprises d’armement au monde.
Jean-Luc Lagardère fut un pourvoyeur de mort, Bernard Henri Lévy, l’un de ses proches amis, un partisan acharné de la paix.
Bernard Henri Lévy est une colombe, mais il aime les fournisseurs d’armes en tous genres. Et cette contradiction là, personne n’en parle. Etrange.
Les quelques articles qui s’en font l’écho peuvent se lire uniquement sur le net. Pourquoi ? Sans doute parce que les journalistes sont aux ordres, et le groupe Pinault - dirigé par François Pinault, un autre ami de Bernard Henri Lévy - contrôle une partie de la presse française, dont le Point, alors que Jean-Luc Lagardère pouvait encore, il y a quelques semaines, faire impression sur les équipes de journalistes de l’Evénement ou de Paris-Match, dont son groupe reste l’actionnaire majoritaire.
Protégé par François Pinault ou feu Jean-Luc Lagardère, Bernard Henri Lévy peut continuer ainsi ses pirouettes et tenir sa position absurde : écrire des films sur la guerre -Bosnia par exemple-, dénoncer les tueries absurdes que le monde connaît, puis se rendre dans les différents châteaux de son ami marchand d’armes Jean-Luc Lagardère, y passer des soirées agréables, entre intimes.
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