« Ce n'est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être, qui a besoin de nous »
Cornelius Castoriadis
Lettre ouverte à tous, et en particulier aux libraires, aux lecteurs, aux acheteurs de livres de bibliothèques, aux éditeurs, aux auteurs, aux journalistes.
De la volonté d’éditer des éditeurs de petites tailles et de la longue vie de certains livres, chronique d’une impossible disparition de L’or des fous et d’autres éditeurs.
Nous vivons une expérience éditoriale à l’envers de toutes les recommandations du vieux et nouveau monde économique. L’aventure a débuté par une belle histoire, une rencontre, une reconnaissance au bord d’un Océan de deux humains et de leurs doubles en devenir.
De cette rencontre est née une maison d’édition. Vu le programme éditorial de L’or des fous, aucune banque solidaire consultée n’a prêté d’argent. Le programme, de quatre à six titres par an, n’a pas séduit ; sa principale raison d’être, non plus : éditer « des livres qui n’ont d’autre génie que le génie qui s’en tire pour le plaisir de vivre mieux » ; ses modalités, n’en parlons pas : éditer peu, porter longtemps ces livres, les défendre au mieux et les éditer en zone rurale. Les débuts furent héroïques avec les petites économies d’une personne. Extrait de la présentation de L’or des fous éditeur :
« L’or des fous met donc toute sa passion de vouloir-vivre en œuvre, afin de propager la conscience de ce qui, dans le monde doit être changé, pour que « la liberté et le bonheur, qui s’énoncent au singulier, se conjuguent au pluriel. » Avec quelque quatre à six titres par an, « Nous qui désirons sans fin », souhaitons envers et contre tout entendre résonner la vie en nous et dans nos mille intérieurs. Nous publierons des textes de littérature et des essais de sciences humaines et sociales. Nous puiserons les ingrédients du bonheur dans l’incommensurable fonds de textes épuisés ou oubliés et bien d’autres inédits anciens ou contemporains écrits ou en création permanente. »
L’or des fous éditeur, après seize mois d’existence, fait aujourd’hui partie du paysage éditorial. Cependant, notre maison d’édition doit 9000 euros à son imprimeur préféré, l’imprimerie La Vallée et quelque 10 000 euros à une personne privée. Aucun des deux n’expédiera L’or des fous en prison et L’or des fous les remercie chaleureusement.
Nous ne sommes pas seuls dans ce cas mais ceci n’est pas une raison de se taire ; nous ne voulons ni emprunter, ni suivre la logique de surproduire pour s’en sortir économiquement, parce qu’humainement, certains éditeurs ne vivent plus et perdent leur vie ; nous voulons que nos livres soient connus et lus. Nous voulons aussi, en attendant de s’offrir un jour tous les livres désirés du monde, que nos livres se vendent.
Malgré cet obstacle majeur, l’argent, nous voulons vivre fidèles aux textes que nous publions. Nous expérimentons ici et maintenant la vie de ce que nous pensons être celle d’un éditeur sensible ; parallèlement, la voie impériale proposée par la Pottérisation et la Googlisation de nos sociétés séduit la majorité ; bravo aussi à notre chère et douce télévision qui entretient le désordre économique et siphonne les consciences depuis plus de 60 ans !
L’or des fous continuera d’exister si nous vendons environ 3000 exemplaires supplémentaires soit environ 500 exemplaires de chacun de nos six titres. C’est beaucoup et peu en même temps.
Que veulent dire ces chiffres ridicules ? Ils indiquent simplement qu’en édition il y a un dérèglement de type climatique ; la plupart des petits tirent leurs livres en dessous de 1000 exemplaires alors que les gros « tirent groupés » à des milliers voire à quelques millions d’exemplaires. Cette course à la survie contraint certains petits éditeurs à surproduire pour survivre alors que les quelque dix plus importants groupes d’industrie culturelle (éditoriaux) français sortent plus de 40 000 nouveaux titres ou nouvelles éditions sur les 53 000 comptabilisés au total en 2005. Chaque jour, ces livres reviennent en boomerang après une courte exhibition dans les librairies à ces gentils messieurs dames de la grande édition qui, tous les matins, les brûlent ; dans le pire des cas, ils les envoient dans les pays dits en développement, l’Afrique appelée francophone en particulier et sapent ainsi depuis la colonisation l’édition locale.
Ces groupes occupent de façon totalitaire les rayons dont nous autres, nous trouvons de plus en plus exclus. Alors que quelques 300 marques - par exemple Larousse, Fayard, Le Robert, La Découverte, Seuil, etc.- concentrées dans les groupes susnommés industriels ou familiaux se partagent à peu près 2 milliards d’euros sur 2,5, l’édition de petite taille, elle, maintient une édition souvent, pas toujours, de création et de qualité insuffisamment soutenue.
Les groupes éditoriaux disposent d’argent frais ou trésorerie qui ne provient pas toujours des revenus des ventes des livres clonés et produits en série pour une majorité ; ils mettent la main sur les valeurs sûres commercialement parlant et rarement humainement, ils achètent les droits pour des inédits à l’étranger, ils achètent les auteurs comme un joueur de football, ils achètent encore les meilleurs traducteurs et achètent notre espace public en le privatisant. Ils achètent et vendent sans autre considération humaine et culturelle.
Ils s’amusent à quelques-uns à encombrer les rayons des rares librairies et par conséquent appauvrissent un peu plus l’intelligence et la curiosité des Homo sapiens sapiens. Ceux-ci, fatigués et débordés par des questions de survie peuvent difficilement reconnaître, démêler, et dépasser enfin, les fils d’un vieux piège en permanente transformation, celui du maintien des peuples dans l’ignorance.
La surproduction de livres clonés relève de l’anti-diversité culturelle et crée l’illusion culturelle par le vide invisible. Ces livres objets jouent un rôle dans le Spectacle créant en permanence des spectateurs désenchantés du monde. Par notre diversité, nous continuerons à l’enchanter !
Nous n’avons ni gagné ni perdu cette aventure.
Merci à tous ceux qui défendent la vie au quotidien ; Merci à tous nos ami(e)s et en particulier à Raoul Vaneigem et aux auteurs qui nous font confiance ; merci à Court-circuit et son équipe de nous diffuser et distribuer et à Lekti-ecriture.com, plate-forme de l’édition indépendante sur Internet, de nous avoir accueilli ; merci à Jean Pencreac’h qui corrige nos livres gratuitement ; merci à tous les libraires et lecteurs qui nous encouragent chaque jour.
Merci de faire passer ce petit mot à tous vos amis et lecteurs ; merci de nous aider à continuer.
Merci de faire circuler ce texte. Merci de nous aider à continuer.
L’or des fous, I.B. lundi 28 août 2006, Nyons.
2005/2006
Raoul Vaneigem Le Mouvement du Libre-Esprit : généralités et témoignages sur les affleurements de la vie à la surface du Moyen Âge, de la Renaissance et, incidemment, de notre époque, Nouvelle édition augmentée d’une préface de l’auteur, d’une notice biographique et d’une bibliographie inédites de Shigenobu Gonzalvez. Ce livre rare était épuisé depuis sa première édition chez Ramsay en 1986.
Aminata Sow Fall, Festins de la détresse. Chroniques d’une famille et d’une cour, Festins de la détresse nous plonge au cœur de vies en proie aux absurdités que provoquent les changements économiques et sociaux, trop rapides pour le temps d’une vie humaine.
Georges Du Maurier (1834-1896), Peter Ibbetson. Traduction de l’anglais de Lucienne Escoube et Jacques Collard. Droits réservés, édition du Globe, 1944. « Un des plus grands romans illustrant la quête incessante et le pouvoir absolu de l’amour. » Raoul Vaneigem. Réédition d’une traduction inconnue parue en 1944 et accompagnée d’une postface inédite de Raoul Vaneigem à la présente édition. Georges Du Maurier est le grand-père de la célèbre Daphné Du Maurier.
Michel Keller, Cent Considérations sur le nihilisme contemporain et sur les caractères tragicomiques des sociétés postmodernes. Un essai sur « les caractères tragicomiques des sociétés postmodernes », bercées par « l’illusion démocratique », et contraintes d’accepter « l’appauvrissement de la vie » induit par l’hégémonie de l’économie mondialisée. (Libération, 9 février 2006).
Sir Philip Sidney (1554-1586), Astrophil et Stella (L’Amoureux de l’Etoile et l’Etoile) suivi de Défense de la poésie. Nouvelle traduction de l’anglais de Bernard Hoepffner Publié en 1591, ces sonnets de Sir Philipe Sidney, aristocrate, diplomate, poète de la période élisabéthaine « constituent et (avec les sonnets de Shakespeare) la plus célèbre séquence de sonnets amoureux en Angleterre ». Ils sont suivis du premier texte critique important de la littérature anglaise. (La Quinzaine Littéraire, du 16 au 30 juin 2006) ; réécouter aussi l’émission sur cette nouvelle traduction sur France Culture, Surpris par la nuit, Omar Berrada et Bernard Hoepffner, 10 juillet 2006.
Raoul Vaneigem, Paul Lafargue, Pauline Wagner, Philippe Godard La Volonté de paresse. « La paresse est jouissance de soi ou n’est pas. N’espérez pas qu’elle vous soit accordée par vos maîtres ou par leurs dieux. On y vient comme l’enfant par une naturelle inclination à chercher le plaisir et à tourner ce qui le contrarie. C’est une simplicité que l’âge adulte excelle à compliquer. » (extrait du texte de Raoul Vaneigem). En 1880, Le Droit à la paresse ou La Réfutation du droit au travail de Paul Lafargue paraissait en feuilleton dans l’hebdomadaire L’Egalité ; incarcéré à la prison de Sainte-Pélagie en 1883, il ajoute quelques notes pour une prochaine réédition. En 1996, Eloge de la paresse affinée de Raoul Vaneigem était publié dans un ouvrage collectif intitulé La Paresse. Les années passent, plus d’un siècle entre les deux éditions et une telle proximité entre les deux hommes. Dix ans plus tard, en 2006, L’or des fous désire réunir non seulement ces deux écrits ensoleillés mais les accompagner de deux inédits, l’un, Les Voies de la paresse, de Philippe Godard, auteur de Contre le travail, l’autre de Pauline Wagner, qui invite à un Voyage au pays de la paresse.
Pour que la vraie révolte soit une fête, celle de la vie et non de la mort, celle de la création et non de la destruction aveugle, L’or des fous et ses ami(e)s appellent à descendre dans la rue non pour mendier un emploi d’esclave sur le marché du travail mais pour exiger le droit de vivre, de réaliser ses désirs sans les sacrifier à l’argent et de révoquer la dictature du consommable en sorte que chacun fasse son bonheur en faisant solidairement le bonheur de tous.
Comme nous demandions à Tao, un petit garçon de six ans, ce qu’était le bonheur, il sourit et dit : « Le bonheur, c’est la tranquillité et plein de plaisirs. »
Chez L’or des fous : maison d’édition internationaliste
Edition persane de Pour une internationale du genre humain de Raoul Vaneigem, traduction en persan par Behrouz Safdari. Edition persane augmentée d’une Préface à l’édition persane à « Pour une internationale du genre humain » de l’auteur et d’une introduction du traducteur Behrouz Safdari Mise en perspective à vol d’oiseau pour situer cette traduction, deux textes inédits en français. L’édition en français de Pour une internationale du genre humain est publiée par : Le Cherche midi, collection Amor Fati, 1999 et en poche chez Gallimard, Folio actuel n°86, 2001.
Edition italienne de La Volonté de paresse (lire présentation en français ci-dessus) traduction en italien par Sergio Ghirardi.
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