« Ce n'est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être, qui a besoin de nous »
Cornelius Castoriadis
Présenté par Stéphane Martinez, l’ouvrage présente des textes qui relèvent du SLAM, cette nouvelle forme de poésie urbaine née à Chicago dans les années 1980, souvent engagée, qui se construit en France dans les cafés, surtout sur Paris, qui dédient certaines soirées au SLAM. Le principe du SLAM est simple : au cours de la soirée, des individus montent sur la tribune et déclament. Ils déclament une poésie de forme et d’inspiration totalement libre, parfois proche des préoccupations et de l’engagement sociaux du rap et du hip-hop.
Assez loin des tournures extatiques et des thèmes traditionnels de la poésie ordinaire, le SLAM est l’école de la parole qui tranche, du verbe qui accroche, de la brutalité de la réalité ordinaire. Cette poésie là ne cherche pas à transfigurer le réel, elle l’accroche, s’y enracine et rend la violence de la vie quotidienne avec une force dont dispose par exemple certains textes de hip hop ou de rap.
Petit extrait pour en témoigner :
C’est un îlot désert au milieu des cités
Presque un mauvais calcul en toute vérité
Un couple d’ouvriers un matin décidèrent
D’habiter en banlieue dans un pavillon blanc
Remboursé à crédit pendant au moins vingt ans
Ils rêvaient simplement d’être propriétaires.
Dans cet îlot désert au milieu des cités
J’ai grandi sans un mot et sans intensité
Des voisins nous saluaient mais ne nous parlaient guère
Et l’ennui perturbé par certains aboiements
Emmuraient mes journées jusqu’à mes vingt ans
Le temps ne passait pas si les années passèrent
Et cet îlot désert au milieu des cités
Mes parents affranchis l’ont aussitôt quitté
J’ai grandi c’est fini j’ai pu briser les pierres
Mais mon enfance est restée à Morsang
Et le vide parfois que je ressens
M’empêche parfois d’amarrer mon bateau sur la Terre
SLAM de Tamara, née en 1975.
L’ouvrage présenté par Stéphane Martinez représente une première initiative. Pour ceux qui ignorent tout de cette nouvelle forme de poésie, il représente un premier contact.
Mais il reste une ambiguïté dont il faut parler : le SLAM est une forme de poésie qui, par son caractère déclamatoire et oral, n’est pas fait pour envahir les livres. Les extraits présentés dans le livre perdent de leur intensité initiale, de leur force incantatoire dont ils disposaient pourtant, lors des déclamations dans les cafés qui accueillent les soirées consacrées à cette forme de poésie. Le SLAM se meurt, lorsqu’il pénètre l’univers du livre, se fige dans une version consacrée et définitive, alors même que l’idée initiale de cette poésie urbaine est celle de l’instant à prendre, de l’éphémère et de l’oralité.
Mais ce livre a le mérite d’exister, de montrer que la poésie n’est pas forcément un langage en crise.
Voir également le livre paru en co-édition entre le Castor Astral et Slam Editions : "Slameurs des villes, slameurs des champs. Poésies nomades" en 2000.
Arnault de Saint-Ange