« Ce n'est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être, qui a besoin de nous »
Cornelius Castoriadis
Affirmons le tout de suite, Franck Magloire entre dans le champ littéraire par la grande porte. Ce récit qui déroule la vie d’une ouvrière – la mère de l’auteur - aux usines Moulinex de Normandie, ne doit surtout pas être réduit à la singularité d’un témoignage, aussi passionnant soit-il. Certes, cette dimension est bien là, magnifique, émouvante, et jamais imprégnée d’un pathos politiquement correct.
Mais ce qui fait de ce récit une parfaite réussite, c’est assurément la voix d’un auteur, qui affirme là un véritable talent littéraire. Franck Magloire n’est pas seulement le média par lequel sa mère délivre son témoignage, il inscrit celui-ci dans une démarche formelle d’une très grande réussite. L’une de celle-ci est certainement l’usage de deux voix –auteur, narratrice- enchassées l’une à l’autre, l’une portant l’autre, formulant l’un des plus beaux dialogues mère-fils que nous puissions lire.
La langue, toute en ellipse, rupture de temps, rythme syncopé, reproduit avec saisissement tout ce que l’on peut imaginer de retenue, d’humilité, qui a du nécessiter une telle gésine littéraire.
De ces vies anodines, de passage, de ces pauvres vies à laisser de côté, à souffrir en silence, Franck Magloire nous les restitue avec une sincérité et un talent qui forcent l’admiration.
Hervé Floury