« Ce n'est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être, qui a besoin de nous »
Cornelius Castoriadis
Terres Humaines est une collection qui fut fondée par Jean Malaurie, à l’époque où il connaissait à peine les Inuit qui firent sa célébrité dans le livre « Les derniers rois de Thulé », qui n’en finit pas d’être réédité avec des pages supplémentaires.
Mais ce n’est pas de ce livre dont je voudrais parler maintenant, mais d’un autre, qui vient d’être mis à la disposition dans la même collection, chez Plon. Il s’appelle « Moi, Armand, sourd et muet… ». L’auteur, c’est Armand Pelletier, et étant donné qu’Armand est sourd et muet, ainsi que l’indique le titre, c’est un anthropologue, autrefois spécialiste de la Laponie et débarqué maintenant chez les sourds et muets, qui s’est occupé de recueillir la parole d’Armand.
Ce livre est d’une grande richesse, et c’est pourquoi j’aimerais en parler, m’attarder quelque peu dessus. Nous avons sans doute beaucoup à apprendre avec Armand Pelletier, parce que nous ne savons rien du monde des sourds, ou plutôt des malentendants, ainsi qu’il est maintenant convenu de les appeler. Qui pourrait se douter, par exemple, que la langue des signes fut combattue pendant des décennies par les éducateurs bien-pensants, qui voulaient absolument apprendre à parler aux sourds, alors qu’ils auraient voulus continuer à s’exprimer dans leur langue naturelle, celle des mains ?
Mais ce n’est pas la seule découverte permise par ce livre tendre, où nous apprenons à connaître la vie d’Armand Pelletier, un sourd parmi d’autres dont nous n’entendons jamais parler. Il faut dire que pendant longtemps, l’humanité des sourds fut remise en cause.
Yves Delaporte a recueilli les propos d’Armand Pelletier avec talent, et surtout fidélité. Derrière les lettres et les mots s’accumulent dans ce livre, il est souvent possible de reconnaître le langage d’Armand, celui de ses mains ouvertes, en train d’exprimer sa vie, ce qu’elle est, ce qu’elle fut. Armand a l’air d’être quelqu’un de généreux et fier.
Ce livre permet l’ouverture sur un monde dont nous ne savons rien. Je dirais presque que c’est un livre nécessaire.