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Lazaro Agostino Cotta, De la sodomie

mercredi 25 avril 2007

Après Les écrits d’un tueur de berger, de Joseph Vacher, paru l’année dernière, ou encore Le traité de chasteté du Révérend Louvel, les éditions À Rebours nous incitent à nouveau à découvrir des textes que Michel Foucault aurait qualifiés de « boîtes à outils », comme nous l’indique si bien Ludovic Roguet, responsable de la maison d’édition À Rebours, qui nous rappelle également que ces textes questionnent des thèmes comme la volonté de savoir, les traitements du corps ou la marginalité.

Le texte en question, de Lazaro Agostino Cotta, qui vient de paraître, est intitulé De la sodomie.

Le traité De Sodomia fût édité à Venise en 1700, puis mis à l’Index par l’Église en 1704 et 1709, avant de paraître dans l’édition des Œuvres complètes (Rome, 1754) de Sinistrari.

Le texte est bien extrait du grand œuvre de Sinistrari de Delictis et poenis, comme l’explique dans son avertissement l’édition de La Bibliothèque des curieux (Paris, 1920). Mais c’est à Alcide Bonneau (1836-1904) que nous devons sa redécouverte. Il le publie en latin une première fois, en 1879, puis avec une traduction en français réalisée par ses soins, et éditée en 1883 aux Éditions Isidore Liseux. Il faut préciser qu’Alcide Bonneau et Isidore Liseux ne formaient qu’une seule et même personne contrairement à ce qu’Apollinaire dans Le flâneur des deux rives, et Bonneau lui-même, a bien voulu laisser croire.

Grâce au travail de Bonneau, les écrits de Sinistrari auront une postérité et une influence étonnante auprès des « énervés » du début de siècle : Jarry le cite en exergue de chapitre dans L’Amour Absolu, Remy de Gourmont dans ces Promenades littéraires, quant à Joris-Karl Huysmans, il consacre tout le chapitre IX de Là-Bas à la théorie des incubes et succubes de notre casuiste franciscain !

Gourmont dans l’article Amours d’animaux (25. V. 1893), à propos de L’Animal de Rachile, exprime au mieux le sentiment que l’on éprouve à la lecture de la furie démonstrative du De Sodomia. Il considère que parmis les « pamphlets licencieux du siècle dernier (…) et dans la littérature aphrodisiaque de toutes les époques, (…) les ouvrages casuistiques des Jésuites sont, en ce dernier genre, à mettre au premier rang. Sans doute, ils y font preuve d’une suprême connaissance de la bête humaine, mais leur sagacité n’est assez souvent que puérile et ils oublient que la vulgarisation des modes secrets du péché de la chair est beaucoup plus dangereuse que n’est probable leur guérison. »

Lazaro Agostino Cotta, neveu et biographe de Ludovico Maria Sinistrari, rédigea la notice qui suit extraite du tome Ier des Œuvres complètes (Romae, 1753) de son oncle.

« Le Père Louis Marie Sinistrari, de l’Ordre des Mineurs Réformés de l’étroite Observance de Saint François, naquit à Ameno, petite ville du district de Saint Jules, dans le diocèse de Novare, le 26 Février 1622. Il reçut une éducation libérale et fit ses humanités à Pavie, où il entra, en 1647, dans l’ordre des Franciscains. Se consacrant alors à l’enseignement, il fut d’abord professeur de Philosophie ; puis il enseigna dans la même ville la Théologie pendant quinze années consécutives, au milieu d’un concours nombreux d’étudiants que sa réputation avait attirés de tous les pays de l’Europe. Ses prédications dans les principales villes de l’Italie, en même temps qu’elles firent admirer son éloquence, produisirent pour la piété les meilleurs résultats. Également cher au Siècle et à la Religion, il avait reçu de la nature les dons les plus brillants : stature carrée, haute taille, visage ouvert, front large, œil vif, teint coloré, conversation agréable et pleine de saillies ; mais ce qui était plus précieux, il possédait les dons de grâce, qui lui faisait supporter avec une résignation invincible les attaques d’une maladie arthritique à laquelle il était sujet ; remarquable d’ailleurs par son humilité, sa candeur et sa soumission absolue aux règles de son ordre. Homme de toutes sciences, il avait appris sans maître les langues étrangères, et souvent, dans les Comices généraux de son Ordre, tenus à Rome, il soutint des thèses publiques De Ommi scibili. Toutefois, il s’adonna plus particulièrement à l’étude des Droits Civil et Canonique. Il occupa à Rome le poste de Consulteur au Tribunal suprême de la Sainte Inquisition ; fut pendant près de deux ans Vicaire Général de l’Archevêque d’Avignon, et ensuite théologien attaché à l’Archevêque de Milan. En 1688, chargé par les Comices généraux des Franciscains de compiler les statuts de l’Ordre, il s’acquitta de cette tâche dans son traité Practica criminalis Minorum illustrata. Il mourut l’an de grâce 1701, le 6 mars, à l’âge de soixante-dix neuf ans. »

De la sodomie, Lazaro Agostino Cotta, À Rebours, Lyon, 2007. ISBN : 9782-915114-12-6.

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