La rubrique "Paroles de traductrices" est consacrée à des portraits de traductrices d'hier et d'aujourd'hui.
2. "Pasticcio à l’italienne" : conférence de Marguerite Pozzoli (traductrice) sur la gastronomie dans la littérature italienne, Fête du livre et des cultures italiennes, Paris, 2 février 2008.
C’est dans l’ombre dorée d’une polenta qu’il faudrait idéalement situer le travail patient, passionné et émerveillé de Marguerite Pozzoli, traductrice à ce jour d’une cinquantaine de romans et d’essais de langue italienne. C’est en effet dans les saveurs exquises transmises par des générations d’écrivains italiens qu’elle a choisi aujourd’hui de nous présenter la singularité de la cuisine de la péninsule, si étroitement liée à ses régions, à ses traditions séculaires, et surtout à un incomparable art de vivre. Risotto, spaghetti, ragù, bouillon de poulpes, pain sarde et café, dont la confection a parfois inspiré des pages d’anthologie, émaillent les œuvres de Gadda, Goldoni, Casanova, Matilde Serao, Giuseppe Marotta, Domenico Rea, Erri de Luca... En Sardaigne, Marguerite Pozzoli nous fait pénétrer dans les cuisines de Cambosu (Miele amaro), Grazia Deledda ou encore Salvatore Niffoi (Le Facteur de Pirakerfa). Elle mentionne l’inénarrable Stefano Benni et son inoubliable brioche, la Luisona, dans Bar Sport, description qui a créé des aficionados célébrant chaque année le « Luisona Day ». Et bien sûr, elle nous rappelle le splendide Guépard de Lampedusa, où le prince avance dans la salle de bal muni d’une assiette de gâteaux si anthropomorphes qu’il semble parodier le martyre de Sainte Agathe. Toujours en Sicile, Cammilleri nous régale des « arancine » (boulettes de riz) bien grasses de son héros, Montalbano ; et Roberto Alajmo évoque les sandwichs à la rate qu’ingurgitent les camionneurs soucieux d’améliorer leurs performances, autant que la fameuse « brioche col gelato » accompagnant la traditionnelle cassata.
Cette promenade dans la littérature italienne est, oserait-on dire, la cerise sur le gâteau qu’offre le travail de traductrice de Marguerite Pozzoli. Elle-même cuisinière de grand talent, attentive à la métamorphose des matières pour le plaisir du palais, elle pratique la traduction en veillant à saisir du texte la substantielle mœlle, en en préservant l’intégrité comme on préserverait l’unique et singulière subtilité d’un mets qui sollicite tous nos sens. La métaphore culinaire révèle ici le goût du partage, de l’amitié, la vocation littéraire d’une femme d’enthousiasme et le talent d’une grande traductrice.
Saluons au passage la belle et très originale collection d’Anita Molino, « Leggere è un gusto », aux éditions Il Leone Verde (Turin). www.leoneverde.it
_
Derniers commentaires