Traduire pour la jeunesse
Par Maïca Sanconie le jeudi, avril 3 2008, 19:54 - Traductions - Lien permanent
Journée d’étude, et rencontre avec des professionnels de la traduction et de l’édition : Traduction de la littérature jeunesse, 21 mars 2008, Université de Toulouse le Mirail, IUP de traduction et d’interprétation
La littérature pour la jeunesse semble un immense chantier tout juste ouvert, avec des fondations anciennes et des constructions à la M. C. Escher, où se déploie toute la modernité des approches. Delphine Chartier parle à ce propos d’un véritable « champ d’investigation » car dans ces livres-là, aussi, la traduction contribue à la diversité des lectures et des écritures.
Les traducteurs de littérature pour la jeunesse se confrontent en effet à des spécificités et des enjeux bien particuliers, dont le plus fascinant semble de circuler dans l’imaginaire enfantin. Traduire, dans ce cas, c’est autant servir l’imaginaire et la parole d’un auteur que de retrouver la part de soi qui est encore enfant. C’est fondamentalement ce qui la distingue, à mon sens, et dans sa pratique, de la traduction de livres pour adultes. Solange Hibbs a également évoqué les problèmes d’adaptation en fonction des capacités réceptives et cognitives de l’enfant, du rôle de médiation interculturelle du livre étranger traduit et publié. Virginie Douglas a parlé des contraintes et spécificités techniques, éthiques et politiques de cette pratique, Mariasun Landa de son expérience d’autotraduction et de la dimension créative de l’écriture du traducteur, Rose-Marie Vassalo des difficultés de franciser et de s’affronter à la matière du texte, Tobias Scheffel de sa traduction vers l’allemand de Simple de Marie-Aude Murail. D’autres professionnels du monde du livre sont intervenus : Sophie Chanourdie, responsable éditoriale du pôle Milan Poche/Fiction a parlé de « la tentation de traduire » de l’éditeur, Marie-Odile Derrien, de l’IUFM de Lyon, de la traduction de l’album ou de l’objet livre », Françoise Guiseppin (Librairie Ombres Blanches) de la vie des livres traduits en librairie et Martine Brusque (Websourd) de la traduction littéraire du français à la langue des signes.
La journée a été rythmée par la lecture de traductions réalisées par les étudiants de Master 1 et 2 de l’IUP : Bats at the Beach, (Brian Lies) ; Nova the Robot (David Kirk) ; Arrowville (Geefwee Boedoe ) ; El hombre de las cien manos et Siesta de los dragones (Luis Matilla). Ces interventions ont souligné ce que la particularité de cette discipline a de ludique et de stimulant. Traduire pour la jeunesse, c’est aborder la création dans la fragilité des souvenirs, c’est transmettre à des regards neufs la même joie de lecture et de découverte qui nous a animés autrefois, et que notre travail tente de restituer, au service d’une écriture autre, d’un univers autre, d’une culture autre. Sans doute alors redevenons-nous pleins d’enthousiasme et de rêves, pour passer, une fois encore, malgré l’âge adulte, de l’autre côté du miroir.
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