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  <title>Maïca Sanconie - Nabokov</title>
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  <description></description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Sun, 30 Nov 2008 11:08:02 +0100</pubDate>
  <copyright>Maïca Sanconie</copyright>
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    <title>PRÉFACE, POSTFACE, OU DEUX ÉTATS DU COMMENTAIRE PAR DES TRADUCTEURS</title>
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    <pubDate>Sat, 13 Oct 2007 14:54:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Maïca Sanconie</dc:creator>
        <category>Traductions</category>
        <category>John Herdman</category><category>Nabokov</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Cet article est paru dans la revue ''Palimpseste 20 - De la traduction comme commentaire au commentaire de la traduction&quot;, sous la direction de Maryvone Boisseau, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2007.&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;Préface et postface, deux formes de péritexte, selon la définition de Gérard Genette, sont par nature distinctes de la traduction qui reste une opération de recherche d’équivalence et dont l’objet ne concerne, hormis le cas de traduction des péritextes originaux1, que le texte original. Cette étude se propose d’aborder la problématique du commentaire péritextuel par des traducteurs dans deux exemples&amp;nbsp;: la préface qu’a rédigée Vladimir Nabokov pour son roman &lt;em&gt;Despair&lt;/em&gt; (D), à l’occasion de la publication de sa seconde traduction en anglais, et la postface d&lt;em&gt;Imelda&lt;/em&gt;|/editeurs/Imelda.html|fr] (I), de l’auteur écossais John Herdman, roman que j’ai récemment traduit en français avant de le postfacer. Considérant que la postface est en soi un commentaire sur un texte déjà lu et que la préface, en revanche, est une présentation du livre, opérant en amont dans une tradition de lecture et de transmission des textes, il apparaît intéressant de comparer ces péritextes lorsqu’ils sont le fait des traducteurs du livre. Obéissent-ils alors à une nécessité de commentaire qui sourd, pour ainsi dire, de l’espace intermédiaire entre langue source et langue cible&amp;nbsp;? Si tel est le cas, quelles sont au juste la portée et la visée de ce commentaire&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L’une des fonctions de la préface comprend l’enarratio 2 ou commentaire explicatif. C’est
cet aspect que je souhaite explorer dans la démarche de Vladimir Nabokov, qui a choisi de dédoubler son instance d’auteur en occupant l’espace du péritexte. Nabokov, traducteur et préfacier de lui-même, s’empare en effet de la dimension «&amp;nbsp;énarrative&amp;nbsp;» de la préface pour commenter ses traductions de &lt;em&gt;Despair&lt;/em&gt; du russe vers l’anglais, dont il propose un deuxième état, devenant l’auteur d’un récit (en anglais) sur son propre récit (traduit du russe vers l’anglais). C’est ici la langue cible qui devient le vecteur du commentaire, et c’est bien l’opération de traduction qui permet le commentaire, voire le justifie en tant que présentation du texte. La nécessité de ce commentaire est même si puissante que le lecteur pourrait se tromper sur la nature du texte traduit s’il n’avait pas lu la préface où Nabokov prétend rétablir l’intégralité du texte primitif. Le protocole de lecture est imposé par l’auteur, si bien que sa traduction prend une valeur de révélation. La stratégie auctoriale de Nabokov est d’investir le commentaire péritextuel en s’installant dans une position de traducteur de lui-même,à tel point que l’instance auctoriale recouvre l’instance préfacielle.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le commentaire aurait-il donc une force intrinsèque, liée à l’opération de traduction, qui lui
donnerait une valeur révélatrice&amp;nbsp;? Et si la traduction secrète du commentaire, il est légitime de
se demander s’il faut le canaliser dans la préface pour lui donner sa valeur «&amp;nbsp;énarrative&amp;nbsp;»
maximale. Pourquoi ne pas se contenter de la postface, qui lui est traditionnellement réservée,
étant donné le décalage temporel entre l’écriture du texte, la traduction, et la rédaction du
commentaire&amp;nbsp;? A moins, bien sûr, que la distribution des espaces péritextuels ne corresponde
à une différence d’intention de leurs auteurs en raison même de l’opération de traduction. Ou
encore, que cela ne corresponde à un acte éditorial afin d’établir un protocole de lecture.
Pour répondre à ces questions, j’ai également tenté d’analyser ma propre expérience d’auteur
d’une postface au livre que je venais de traduire. Ma posture est une posture d’écart, puisque
après avoir produit une traduction, j’ai en quelque sorte outrepassé ma fonction pour
produire un commentaire essentiellement critique. En effet, ma postface ne constitue pas une
justification de ma traduction mais une évaluation critique de l’oeuvre, qui renvoie à ce que
Genette a qualifié de «&amp;nbsp;zone de transition&amp;nbsp;» (1987&amp;nbsp;: 8) entre le texte original et celui du texte
traduit. Rédigée à la suite d’un «&amp;nbsp;acte de lecture le plus complet qui soit »3, cette évaluation
critique, voire cette intrusion du traducteur entre l’original et la traduction, manifeste, elle
aussi, toute l’ambiguïté du commentaire péritextuel, en rupture avec ce que Paul Bensimon,
dans sa présentation du tout premier numéro de Palimpsestes, appelle la «&amp;nbsp;pratique
silencieuse du traduire&amp;nbsp;» mais, en même temps, dans la continuité de la pratique d’une lecture
privilégiée du texte.
La mise en parallèle avec la préface de Nabokov résulte également de l’expérience de la
lecture des deux romans, révélant en Imelda un écho des turbulences caricaturales et
grinçantes de &lt;em&gt;Despair.&lt;/em&gt; L’intertextualité à l’oeuvre dans le roman de Herdmann, si elle est
perceptible par le lecteur familier de la littérature russe, garde toute sa dimension allusive dans
la traduction. Le commentaire s’imposait alors comme révélation de ce qui ne peut être
pleinement traduit. Mais il ne s’agissait pas pour moi de me substituer à l’auteur pour
désigner d’emblée ce qu’il avait suggéré ou pour lever le voile sur des allusions fonctionnant
comme des clés dans le récit. Le lien entre auteur et traducteur apparaît justement à cet instant,
lorsque ce dernier en sait, en quelque sorte, «&amp;nbsp;trop&amp;nbsp;» sur le texte pour continuer à se taire. Que
faire alors de cette impatience&amp;nbsp;? Quelle est la frontière entre volonté de faire part d’une
expérience critique et affirmation de soi&amp;nbsp;? La postface sert-elle à canaliser cette position
traductive débordante, et faut-il voir dans cet espace périphérique le dernier lieu possible du
commentaire pour un traducteur&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;ins&gt;Le commentaire comme récit du traducteur&amp;nbsp;: prééminence de l’enarratio&lt;/ins&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La préface de Nabokov est un document d’archive, qui vient renforcer et annoncer la
troisième version auctoriale d’une même oeuvre. Traducteur du russe vers l’anglais, et
notamment de ses propres oeuvres en anglais, Nabokov se lance dès 1965 dans la révision de
ses auto-traductions en reprenant son roman, &lt;em&gt;Otchaïanié,&lt;/em&gt; qu’il avait écrit en russe à Berlin en
1932. Le livre fut d’abord publié – sous forme de feuilleton – à Paris en 1934, puis à Berlin
en 1936, en un volume4. Nabokov le traduira ensuite en anglais&amp;nbsp;: il sera publié en 1937 sous
le titre de &lt;em&gt;Despair&lt;/em&gt; aux éditions John Longman, à Londres. L’avant-propos, que Nabokov
rédigea en 1965 pour la seconde traduction en anglais de ce roman, est un commentaire sur
ses deux opérations d’auto-traduction, sur leur genèse et sur les conditions de leur réception.
Il y précise sa relation à l’anglais, langue qu’il inscrit dans une dimension artistique
radicalement différente de la fonction de commentaire, voire de glose (sous forme
d’annotations et non d’ensemble) qu’il affirme lui avoir réservée jusqu’à sa première autotraduction d’&lt;em&gt;Otchaïanié&lt;/em&gt;&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;&lt;br /&gt;Although I had been scribbling in English all my literary life in the margin, so to say, of my Russian writings, this was my first serious attempt (not counting a wretched poem in a Cambridge University review, circa 1920) to use English for what may be  loosely termed an artistic purpose (D : 9)&lt;/pre&gt;


&lt;p&gt;La traduction prenant valeur de «&amp;nbsp;finalité artistique », elle se dissocie du simple commentaire.
D’où la nécessité de cet avant-propos, lui permettant de commenter le processus de
traduction comme appropriation de la langue anglaise en langue de création. Or, dès 1925,
Nakobov se considérait déjà autant comme auteur que comme traducteur, déclarant&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Nous
&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/sanconie/index.php/post/2007/10/13/les écrivains&quot; title=&quot;les écrivains&quot;&gt;les écrivains&lt;/a&gt; sommes les traducteurs de la création de Dieu, ses petits plagiaires et menus
imitateurs, nous étoffons ce qu’il a écrit, comme un commentateur sous le charme donne
parfois un surcroît de grâce à un vers de génie »5. Ce «&amp;nbsp;surcroît de grâce&amp;nbsp;» appartient à ce que
Maurice Couturier a défini comme une «&amp;nbsp;stratégie de simulation, au sens fort du terme.
L’écrivain se met à la place de Dieu et fait comme si le monde surgissait soudain de son
écriture&amp;nbsp;» (in ORC, 1999&amp;nbsp;: xlix).
Et c’est bien en effet un «&amp;nbsp;surcroît de grâce&amp;nbsp;» que Vladimir Nabokov prétend donner à cette
opération de re-traduction de &lt;em&gt;Despair&lt;/em&gt;, entreprise qu’il présente comme une conséquence de
sa décision d’écrire désormais directement en anglais, et d’assumer la perte de sa langue
maternelle en tant que moyen d’expression artistique. Son avant-propos désigne donc cette
troisième version du roman comme un texte au plus près de la langue d’élection de l’auteur,
puisque la traduction prend valeur de ré-écriture par l’auteur même. C’est en exposant le
destin de la première traduction de ce roman qu’il peut donner au nouveau texte cette
dimension définitive, car elle correspond à la propre évolution de Nabokov dans le temps et
dans l’espace. Il explique ainsi que dans ses années de jeunesse, il a d’abord eu recours à un
lecteur anglais pour corriger sa première traduction du livre, qui lui paraissait maladroite&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;        The result seemed to me stylistically clumsy, so I asked a rather grumpy Englishman,&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;whose services I obtained through an agency in Berlin, to read the stuff; he found a few
solecisms in the first chapter, but then refused to continue, saying he disapproved of
the book; I suspect he wondered if it might not have been a true confession. (D&amp;nbsp;: 9)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;On notera que Nabokov n’a pas de relation directe avec ce traducteur. Il ne donne pas son
nom, ses qualifications semblent se limiter à la maîtrise de l’anglais comme langue
maternelle, et sa mauvaise humeur peut s’expliquer par la répulsion morale que lui inspire le
livre. &lt;em&gt;Despair&lt;/em&gt;, qui a été traduit en français sous le titre de &lt;em&gt;La Méprise&lt;/em&gt; par Marcel Stora en
1939, est en effet la confession d’un narrateur (Hermann Karlovitch), dont on découvre peu à
peu qu’il est un assassin, celui de son double supposé, prénommé Félix. Dans la préface,
c’est le lecteur-réviseur anglais qui fait figure d’imposteur, ou de double raté&amp;nbsp;: en effet,
trompé par l’apparence, il s’est aussi trompé sur le texte, aussi bien sur son style que sur sa
nature. Nabokov l’élimine donc consciencieusement afin de s’investir à part entière dans sa
nouvelle traduction. Comme l’écrit Christine Raguet-Bouvart, «&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/sanconie/index.php/post/2007/10/13/…&quot; title=&quot;…&quot;&gt;…&lt;/a&gt;Vladimir Nabokov s’est
amusé à plusieurs reprises à liquider le lecteur comme Hermann liquide Félix&amp;nbsp;» (Raguet-
Bouvart, 1995&amp;nbsp;: 6). Elle rapporte les propos mêmes de Nabokov déclarant&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;–“Le seul vrai
lecteur, le meilleur lecteur, le lecteur modèle, c’est l’auteur du livre” –&amp;nbsp;»
Les arguments de Nabokov pour écarter le lecteur anglais sont trop ironiques pour ne pas
susciter l’interrogation du lecteur de la préface. Sur cette première étape, nous ne disposons
ici que du commentaire du traducteur-auteur et de la réaction d’un lecteur anonyme, jugé par
l’auteur incapable d’apprécier le roman dans sa vérité première. Nabokov va donc s’attacher
à effectuer une traduction qui soit une vérité dernière, et pour laquelle il revendique une liberté
syntaxique. Raguet-Bouvart explique cette démarche par une propension à «&amp;nbsp;une
déterritorialisation de la langue&amp;nbsp;» servant à «&amp;nbsp;mettre en place les nouveaux repères culturels&amp;nbsp;»
(ibid.&amp;nbsp;: 81) de l’auteur installé en Amérique. La traduction de Despair participe effectivement
à la mise en place de ces repères, comme l’exprime Wladimir Troubetzkoy dans la notice
qu’il rédige à propos du roman dans l’édition des oeuvres romanesques complètes&amp;nbsp;:
Nabokov, qui, à partir de 1940, avait émigré aux États-Unis et en littérature américaine,
éprouva le besoin de faire passer en culture américaine ce roman russe datant de 1932-
1936, et qui avait connu deux traductions, anglaise (1937) et française (1939). (in
ORC, 1999&amp;nbsp;: 1628)
Si, du point de vue stylistique, la première traduction de &lt;em&gt;Despair&lt;/em&gt; n’était qu’une étape
intermédiaire où la syntaxe pouvait laisser à désirer (le lecteur anglais ayant décelé «&amp;nbsp;quelques
solécismes&amp;nbsp;» (OCR, 1999&amp;nbsp;: 1073), Nabobov laisse entendre que sa maîtrise de l’anglais est
désormais parfaite. Il est clair qu’il cherche à justifier la seconde auto-traduction de 1966.
Non seulement, raconte-t-il, le livre de 1937 se vendit mal, mais une bombe allemande
détruisit le stock de l’éditeur&amp;nbsp;: il ne restait plus qu’un seul exemplaire, celui de l’auteur.
Devant une telle avalanche de malchances, le lecteur (actuel) est en droit de se demander si
cette explication n’entre pas dans une stratégie nabokovienne de justification et si cette
première traduction a vraiment existé. En outre, le nombre d’exemplaires vendus, qui auraient
pu échapper à la destruction est, à l’en croire, ridiculement petit. Il écrit&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;&lt;br /&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;&quot;In 1937 John Long Limited, of London, brought out Despair in a convenient edition
with a catalogue raisonné of their publications at the back. Despite that bonus, the book
sold badly, and a few years later a German bomb destroyed the entire stock. The only
copy extant is, as far as I know, the one I own – but two or three may still be lurking
amidst abandoned reading matter on the dark shelves of seaside boarding houses from
Bournemouth to Tweedmouth .&quot; (D&amp;nbsp;: 9)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;D’une part, Nabokov s’amuse à caricaturer un certain type de lecteurs non qualifiés pour
l’expérience littéraire et, d’autre part, l’assonance des deux noms de villégiatures citées
rappellent l’allitération des noms des personnages de Lewis Carroll, Tweedledum et
Tweedledee, dans &lt;em&gt;De l’autre côté du miroir&lt;/em&gt; (Tweedmouth évoquant particulièrement
l’allusion à Carroll). De plus, en signalant que John Long, l’éditeur, a inscrit le roman dans le
catalogue raisonné de sa maison d’édition, Nabokov souligne la preuve de son existence
légale et professionnelle dans le monde littéraire britannique en donnant volontairement à
cette inscription une valeur de nécrologie. En effet, selon lui, le processus d’intégration dans
la langue anglaise, amorcé avant guerre, a échoué. En 1966, en revanche, il répare ses erreurs
et entreprend une légitimation de sa version américaine, dont l’avant-propos prend valeur de
lettre de référence&amp;nbsp;: l’auteur a étudié à Cambridge, il connaît la langue anglaise dans sa
dimension de langue maternelle (ses comptines) et tous les jeux de mots de sa littérature
(d’où la référence à Lewis Carroll). Enfin, il fait le compte des années écoulées&amp;nbsp;: trente ans le
séparent de cette première traduction détruite, dont il n’y a apparemment pas grand-chose à
regretter. La mise en scène des exemplaires oubliés sur des étagères poussiéreuses au fin
fond de villégiatures délaissées ressemble à une parodie de chant funèbre. Nabokov enterre
joyeusement sa première traduction avec son image de traducteur ayant besoin de conseils. Il
s’est maintenant construit et même reconstruit ailleurs, et sa nouvelle entreprise de traduction
confirme sa conquête totale de la langue anglaise.
Dans cette préface, Nabokov inscrit sa première version de &lt;em&gt;Despair&lt;/em&gt; dans la genèse d’une
troisième oeuvre, car il existe à présent trois versions d’&lt;em&gt;Otchaïanié&lt;/em&gt; par l’auteur, qui prétend
même rétablir une vérité en alléguant de passages tronqués dans la version originale&amp;nbsp;:
«&amp;nbsp;Lucky students who may be able to compare the three texts will also note the addition of an
important passage which had been stupidly omitted in more timid times&amp;nbsp;» (D&amp;nbsp;: 10).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ces passages n’existent pas dans la version russe mais, en feignant de redonner au texte son
intégrité originelle, Nabokov fait coïncider le jeune auteur russe qu’il était avec l’écrivain
américain d’âge mûr qu’il est devenu. Cela lui permet de situer cette oeuvre de jeunesse dans
la filiation de Pouchkine, qu’il cite dans la préface. On pourrait donc ajouter à cette activité de
traducteur celle de commentateur fort soucieux de la réception de son oeuvre. Nabokov utilise
la préface de sa traduction pour retirer l’échelle aux éventuels commentateurs désireux
d’explorer cette oeuvre selon des critères impropres, à l’instar du grincheux lecteur
britannique. Il déclare donc que le texte&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/sanconie/index.php/post/2007/10/13/…&quot; title=&quot;…&quot;&gt;…&lt;/a&gt; contains far fewer ‘ideas’ than do those rich
vulgar novels that are acclaimed so hysterically in the short echo-walk between the ballyhoo
and the hoot&amp;nbsp;» (D&amp;nbsp;: 10); et plus loin&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;The attractively shaped object or Wiener-schnitzel
dream that the eager Freudian may think he distinguishes in the remoteness of my wastes will
turn out to be on closed inspection a derisive mirage organized by my age.&amp;nbsp;» (D&amp;nbsp;: 12)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nabokov règle ses comptes avec les critiques de part et d’autre de l’Amérique. Son but est de
se situer dans une histoire de la littérature en tant qu’écrivain accompli re-travaillant une
oeuvre de jeunesse. Ainsi déclare-t-il :&lt;br /&gt;
&quot; I also know how pleased and excited I would have been in 1935 had I been able to
foreread &lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/sanconie/index.php/post/2007/10/13/sic&quot; title=&quot;sic&quot;&gt;sic&lt;/a&gt; this 1965 version. The ecstatic love of a young writer for the old writer
he will be some day is ambition in its most laudable form. This love is not reciprocated
by the older man in his larger library, for even if he does recall with regret a naked
palate and a rheumless &lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/sanconie/index.php/post/2007/10/13/sic&quot; title=&quot;sic&quot;&gt;sic&lt;/a&gt; eye, he has nothing but an impatient shrug for the
bungling apprentice of his youth. (D&amp;nbsp;: 11)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Entremêlant constamment les époques, les lieux, et les langues, l’illusion de la narration avec
le réel, Nabokov a l’art de brouiller les pistes et, là encore, son avant-propos joue sur la
notion de double et de duplicité. Sa traduction n’est pas une simple révision, mais bien une
adaptation pour transposer en toute liberté le roman russe dans un univers anglo-saxon. Il y a
donc une mise en abyme du commentaire par le biais de la traduction, renvoyant au texte et à
son commentaire par le narrateur même, ainsi qu’à la future réception critique de l’oeuvre. Ce
qu’il cache, en réalité, c’est que le texte russo-anglais ainsi réalisé reprend l’intégralité du
texte original avec des additions et des variantes, remplaçant, selon Wladimir Troubetzkoy&amp;nbsp;:
&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/sanconie/index.php/post/2007/10/13/…&quot; title=&quot;…&quot;&gt;…&lt;/a&gt; les allusions littéraires et les realia russes trop éloignées de la culture et de
l’expérience d’un lecteur européen ou anglo-saxon pour être comprises et appréciées.
(in ORC, 1999&amp;nbsp;: 1629)
La préface de Nabokov sert donc un but précis, celui de commenter la genèse d’un texte à
partir d’une auto-traduction, afin de l’inscrire pleinement dans le monde littéraire américain, y
compris dans son dispositif critique. Ses déclarations mettent une distance entre l’oeuvre et sa
propre réalité. Le commentaire envahit tout&amp;nbsp;: il devient un récit sur le récit et, prétendant
révéler la vérité du texte, en gomme la dimension étrangère. On pourrait voir dans ce dernier
point, d’ailleurs, le but suprême du traducteur. Et si, pour rester à l’intérieur de l’espace
péritextuel dont il dispose, la postface, lecture prolongée du roman, acquiert le statut de
commentaire critique, ne sert-elle pas aussi à effacer l’étrangeté de l’oeuvre traduite&amp;nbsp;? À cet
égard, ma postface peut être mise en parallèle, du point de vue de son statut et de sa fonction,
avec la préface de Nabokov. La commenter de surcroît, c‘est aussi la déplacer, ou la re-placer,
dans sa relation avec le roman de Nabokov et son discours «&amp;nbsp;critique&amp;nbsp;» dont Imelda, le roman
de Herdman, se fait l’écho.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;ins&gt;Le commentaire de l’étrangeté&amp;nbsp;: l’enjeu du texte pour le traducteur&lt;/ins&gt;
Le roman &lt;em&gt;Imelda&lt;/em&gt; est structuré autour de deux récits principaux, écrits par deux membres
d’une même famille, l’oncle et un de ses neveux (prénommé Frank), à propos de la mort de
Hubert, le frère aîné de Frank. Le titre du roman est le nom d’une jeune fille dont les deux
frères sont amoureux. Ces deux récits sont introduits et clos par une correspondance entre un
cousin éloigné et la fille illégitime d’Imelda, Janice, qui a été adoptée à la naissance. Une
dernière instance, le chroniqueur (editor en anglais) donne, dans un épilogue, une troisième
version de l’événement, radicalement différente.
Ma postface vient «&amp;nbsp;s’accastiller », selon l’expression de Hubert Nuyssen (1993&amp;nbsp;: 2), sur la
note du chroniqueur, à la suite d’emboîtements narratifs mêlant des lettres et des mémoires
souvent antagonistes. En raison de la structure morcelée du livre, cette postface semble
prolonger elle aussi le texte comme une autre voix s’ajoutant à celle de l’auteur et de ses
doubles fictifs. Elle crée un espace de résonance où il devient possible d’évoquer la filiation
de l’auteur avec Nabokov et correspond à une attente du traducteur pour exercer son droit de
commentaire. Si pour cela, il redevient essentiellement lecteur, cette lecture s’exerce non pas
tant sur le texte de Herdman que sur la «&amp;nbsp;textualité de la traduction »6 selon l’expression de
Michaël Oustinoff (2006&amp;nbsp;: 48). La postface serait alors l’ultime développement de cette
textualité à l’intérieur du paratexte, lieu où est proposé, selon Genette «&amp;nbsp;une lecture plus
pertinente – plus pertinente, s’entend, aux yeux de l’auteur et de ses alliés&amp;nbsp;» (op. cit.&amp;nbsp;: 8). Le
commentaire produit du sens à partir de l’expérience de traduction, et c’est bien cette
expérience qui justifie la prise de parole par le traducteur, dont le rôle d’allié est de se taire
pour laisser parler l’auteur. Ma postface décline une série d’observations mettant en lumière
l’intertextualité du roman, qui m’est apparue en relation à la lecture du roman traduit de
Nabokov. Car &lt;em&gt;Despair&lt;/em&gt; est avant tout une oeuvre traduite, et c’est cet usage de la langue
anglaise qui a attiré mon attention sur le texte anglais d’Imelda. La parenté circulait, pour moi
lectrice, dans les échos de cette langue. Le processus de traduction devant par essence
s’attacher à rendre la textualité du texte source, il défaisait de facto ce lien en produisant un
texte en français7. La postface vient alors dégager une problématique du traducteur, celle de
sa relation au texte traduit.
Plus que des aides à la compréhension textuelle – ce qui signifierait vouloir violer l’opacité
du texte – les observations de la postface commentent la perception du texte dans sa
dimension étrangère. Ces observations peuvent être regroupées en quatre thèmes&amp;nbsp;: le délire
narcissique, le thème des doubles, le thème du mal, le thème de l’imposture.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;-&lt;ins&gt; Le thème du délire narcissique&amp;nbsp;: première atteinte au réel&lt;/ins&gt;
Dans&lt;em&gt; Imelda&lt;/em&gt;, dès les premiers instants de la narration de Frank, on retrouve l’impression de
démence suscitée par Hermann Karlovitch dans &lt;em&gt;Despair,&lt;/em&gt; et soulignée par Wladimir
Troubetzkoy :&quot;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;Ce qui alerte le lecteur et le met sur ses gardes, c’est – en contradiction avec l’orgueil&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;méprisant dont fait parade Hermann Karlovitch – son incapacité à voir la réalité, dont il
rend pourtant, malgré lui, un compte précis. En particulier, il ne comprend pas que son
épouse Lydia, dans l’amour de laquelle il a une parfaite confiance, mène sous son nez
une liaison suivie avec son cousin, le peintre Ardalion, devenu le familier permanent de
la maison. (in ORC, 1999&amp;nbsp;: 1634)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Incapable lui aussi de voir la réalité, Frank ne peut voir non plus que son oncle entretient une
liaison incestueuse avec sa nièce, Imelda. Il fait complaisamment le récit de l’évolution de ses
propres sentiments amoureux pour Imelda et se décrit avec narcissisme comme un être
exceptionnel&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/sanconie/index.php/post/2007/10/13/…&quot; title=&quot;…&quot;&gt;…&lt;/a&gt; I was a truly magnificent creature. &lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/sanconie/index.php/post/2007/10/13/…&quot; title=&quot;…&quot;&gt;…&lt;/a&gt; I carried myself with the natural
ease and grace that is stranger to artifice. &lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/sanconie/index.php/post/2007/10/13/…&quot; title=&quot;…&quot;&gt;…&lt;/a&gt; Allied to my physical graces and distinction of
bearing were exceptional qualities of mind&amp;nbsp;» (I&amp;nbsp;: 19-20). Ces déclarations rappellent
l’arrogance de Hermann Karlovitch s’amusant à parodier la fonction d’auteur dès l’incipit
du roman&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;If I were not perfectly sure of my power to write and of my marvelous ability to
express ideas with the utmost grace and vividness … So, more or less I had thought of
beginning my tale&amp;nbsp;» (D&amp;nbsp;: 13). La postface établit un parallélisme entre ces deux personnages,
Frank et Hermann, et l’intrigue des deux romans :&lt;br /&gt;
&quot;À l’instar de Hermann Karlovitch dans La Méprise de Nabokov, grandiloquent
narrateur de son propre crime et qui croit faire oeuvre d’art en commettant l’assassinat
de son prétendu sosie, Frank Agnew magnifie jusqu’à l’absurde (jusqu’à associer son
frère ou Imelda à des champignons) ses capacités intellectuelles et créatrices, dont
l’expression suprême est la rédaction laborieuse d’un obscur ouvrage sur les
champignons de cette région d’Écosse. Son destin semble fondé sur la connaissance
de la flore mycologique, comme celui de Herdman sur l’évolution de sa fabrique de
chocolat. &quot;(Sanconie, 2006&amp;nbsp;: 150)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;- &lt;ins&gt;Le thème des doubles&amp;nbsp;: le réel et l’illusoire&lt;/ins&gt;
On ne tarde pas à comprendre que Frank, comme Hermann, est fou, et plus précisément,
toujours comme Hermann, schizophrène. Il met en place une série de doubles, renforcée par
l’auteur tout au long du livre. Avec ce roman, John Herdman s’inscrit dans une filiation
nabokovienne, autant parce que dans son oeuvre «&amp;nbsp;le réel et l’illusoire sont inextricables »,
comme le déclare Michel Erman à propos de &lt;em&gt;La Méprise&lt;/em&gt; (1987&amp;nbsp;: 198), qu’en raison du
thème des doubles que l’auteur du roman manipule dans une constante mise en abyme. Dans
Imelda, les doubles sont constamment opposés avant de finir par se confondre dans des
instances fantastiques&amp;nbsp;: il y a les deux frères ennemis, dont l’un (Hubert) semble le double
sans forme de l’autre&amp;nbsp;; le père inconséquent, qui est l’ombre de l’oncle tyrannique&amp;nbsp;; son
domestique Johnny Restorick, le double maléfique de l’oncle. Même le chien est une figure
du double, celui du frère aîné, figurant de façon grotesque le rôle de victime sacrificielle.
Enfin, on trouve le double qui synthétise à la fois le frère mort, l’oncle et le père, c’est-à-dire
toutes les figures de l’enfant et du père, en la personne de Father Goodlad, un pasteur
célébrant les funérailles du frère assassiné et qui va hanter Frank jusqu’à le conduire à
l’asile. Dans la postface, la lecture de l’emboîtement des doubles permet d’en souligner la
dégradation, qui conduit elle-même à une folie meurtrière, à l’oeuvre dans tout le roman&amp;nbsp;:
7 Il serait intéressant de comparer une traduction en russe d’Imelda avec&lt;em&gt; Otchaïanié&lt;/em&gt;. (Voir Berman, 1995).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Une fois la “triplicité” devenue impossible avec la mort de son frère, Frank va
basculer dans la schizophrénie. Il se scinde, se dissocie, se met à distance, imagine ce
qui se passe derrière la porte fermée d’Imelda et met en place le phantasme du Père
Goodlad. «&amp;nbsp;Goodlad&amp;nbsp;» signifiant littéralement en anglais «&amp;nbsp;bon enfant », le lecteur est
donc entraîné plus loin encore dans le processus de mises en ressemblances et de
mises en abyme déjà à l’oeuvre dans le récit (comme les ressemblances supposées des
protagonistes avec un acteur de cinéma ou un politicien fasciste). Le Père Goodlad
prend officiellement la place du père lors de l’enterrement de celui qui est, pour Frank,
le mauvais fils ou le frère ennemi, son double grotesque et donc sous-homme, un Yéti,
dont il a organisé le meurtre. (Sanconie, 2006&amp;nbsp;: 149)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Comme dans &lt;em&gt;La Méprise&lt;/em&gt;, l’assassinat du double dans &lt;em&gt;Imelda&lt;/em&gt; semble un crime parfait. On
n’a jamais retrouvé le coupable et personne, avant ces récits, n’avait évoqué l’hypothèse du
meurtre. C’est la prolifération des doubles qui finit par révéler l’imposture, ce que je mets en
lumière en en faisant le décompte. Ainsi Frank, le meurtrier présumé&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/sanconie/index.php/post/2007/10/13/…&quot; title=&quot;…&quot;&gt;…&lt;/a&gt; se retrouve
vaincu par le double-triple incarné par le Père Goodlad ou, si l’on opère les mêmes
glissements sémantiques que Frank, “Father’s good lad”, c’est-à-dire le bon enfant du père,
et finit à l’asile comme Goliadkine.&amp;nbsp;» (Ibid., 152)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;-&lt;ins&gt; Le thème du mal dans la littérature&lt;/ins&gt;
Mon commentaire veut également faire entendre ce que la traduction n’a peut-être pas réussi
à rendre dans sa totalité, c’est-à-dire le nom de l’enfant enfoui dans le nom du père. Or,
justement, la question de la filiation, donc de la paternité, renvoie à la figure du père – ou de
l’auteur&amp;nbsp;? – dans sa dimension de toute puissance. Dans &lt;em&gt;Imelda,&lt;/em&gt; le père n’est jamais celui
qu’on croit, et le père de l’oeuvre, l’auteur, prend plaisir à prêter sa plume pour s’écarter de
lui-même, se mettre «&amp;nbsp;à l’écart&amp;nbsp;» de lui-même, dans une sorte d’étude sur la littérature et le
mal, un dédoublement infini où il pourrait finir par disparaître à l’instar de ces personnages.
Le mal est notamment incarné par les champignons dont la présence ou les noms émaillent le
roman&amp;nbsp;: Poison Pie, Sickener, ou Destroying Angel évoquent l’ingestion mortelle autant que
le complot, de même que les qualités hallucinogènes du champignon aux allures de bonnet
phrygien, Liberty Cap, révèlent la nature mauvaise de Frank, qu’une simple équivalence en
français, Psilo hallucinogène, ne peut rendre. La prolifération des champignons, reflets
narcissiques, toxiques, enivrants et mortels, soutient la prolifération des doubles et prépare la
logique du meurtre. Les noms de ces spécimens participent aussi de la tendance de l’anglais
à désigner certaines substances (comme les fleurs ou les maladies) d’un nom commun ou
d’une expression figurée qui reflète l’expérience de leurs effets. Le commentaire sur leur
adaptation, à la demande de l’auteur, souligne la dimension métaphorique des noms anglais,
dans un roman où le meurtre est accompli par empoisonnement. Il fallait déplacer cette
dimension dans la langue française, qui conserve plus volontiers leur appellation scientifique
ou savante, ce qui soulève le problème récurrent de la traduction d’un texte où la désignation
en cache une autre ou bien se trouve porteuse d’un sens métaphorique ou symbolique dans
l’économie générale du texte. Le commentaire interprétatif peut, lui aussi, se doubler d’un
commentaire linguistique d’élucidation. Et en l’occurrence, l’élucidation est au centre de ce
roman énigmatique. La postface, par ces multiples commentaires, se fait donc le fruit d’une
multiple expérience de lecture qui propose de multiples éclaircissements. Par son approche
comparative, son auteur lie ces deux romans, Imelda et Despair, histoires de crimes sans
châtiments ni remords, dans la même exploration de la dimension du mal et de la création.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;++
- Le thème de l’imposture++
«&amp;nbsp;Toute oeuvre d’art est une imposture », dit Hermann à la fin de &lt;em&gt;La Méprise&lt;/em&gt; (in ORC,
1999&amp;nbsp;: 1212). John Herdman a recours à un chroniqueur pour une note finale qui prend des
allures de vérité dernière, et qui éclaire le surnom de l’oncle par qui le malheur est arrivé. Il
est en effet surnommé Mendax, mot qui, en latin, signifie le menteur, l’imposteur. Cette
signification n’étant pas donnée dans le texte, le lecteur de langue anglaise peut effectivement
ne pas connaître le sens latin auquel renvoie ce mot. De même que Superbo, le surnom de
Frank, est utilisé dans son sens latin, c’est-à-dire «&amp;nbsp;l’orgueilleux ». Mais l’auteur attire
plusieurs fois l’attention, notamment par des citations en latin, sur ces surnoms, si bien qu’il
ne reste plus au lecteur que d’aller lui-même chercher la clé de cette énigme. Si la postface
souligne les effets et sous-entendus qu’on pourrait ne pas voir, levant définitivement le voile
ou le masque qu’avait mis l’auteur, c’est pour proposer une deuxième lecture du texte et
renforcer sa textualité. Au-delà de l’entreprise de dévoilement du texte, c’est par cet acte-là
que le traducteur affronte complètement l’enjeu de l’étrangeté et rétablit ce que Jean-Jacques
Lecercle nomme la «&amp;nbsp;conjoncture linguistique&amp;nbsp;» (2004&amp;nbsp;: 124).
Ce dernier commentaire soulève une ultime polémique car si l’opération de traduction de ces
ouvrages, tant celui de Nabokov que celui de Herdman, se doit de véhiculer la permanente
volte-face entre fiction-imposture et matière de la langue, qui est aussi le matériau du texte, la
notion même de ce commentaire peut-être perçue comme superflue. Il est vrai qu’en voulant
soutenir les formes d’invention langagière de l’auteur, celles en particulier relatives au rôle
métaphorique des champignons et à la véritable nature de la figure du double, le vertige
d’avoir servi tant de figures se dédoublant l’une l’autre a peut-être suscité mon désir
d’affirmer ma propre identité d’interprète du texte. Mais c’est justement la comparaison de
ces deux états du commentaire par des traducteurs qui fait surgir la notion d’individualité du
traducteur, ou d’individu à l’oeuvre dans la traduction. La question est de savoir si l’espace
péritextuel est aussi le seuil de la traduction ou son extension naturelle. Car ces commentaires
servent la littérature tout autant que la traduction elle-même. Préfaces et postfaces ont un rôle
éditorial manifeste dans les conditions de réception du livre, et lorsqu’elles sont le fait des
traducteurs de l’ouvrage, elles soulignent alors le rôle de la traduction comme outil de
connaissance du fait étranger, ainsi que l’appropriation (certes momentanée… et dûment
encadrée) du texte par le traducteur. Elles soulignent en même temps les limites de
l’opération de traduction – puisque le traducteur a éprouvé la nécessité de commenter –, et
sans doute aussi l’impossibilité pour un traducteur de ne pas faire de commentaire s’il veut
s’affirmer à son tour comme lecteur et/ou comme auteur, le péritexte devenant alors le lieu de
résolution de la tension entre le texte et son traducteur.
Nabokov supprime la version allographe qu’était sa première traduction d’&lt;em&gt;Otchaïanié&lt;/em&gt; en
anglais pour instaurer une version auctoriale de &lt;em&gt;Despair&lt;/em&gt;.  Sans sa préface, la genèse de cette
traduction serait ignorée par le lecteur du livre. Il ne s’agit pas simplement d’un phénomène
de gestation mais d’une entreprise délibérée de contrôler l’histoire de l’oeuvre et d’une
volonté d’user – et peut-être d’abuser – du pouvoir auctorial. De la même façon, il y a chez le
traducteur, auteur de la postface, une volonté d’user de son pouvoir de traducteur qui, pour
une fois, a su gagner à sa cause auteur du livre et éditeur de la traduction. Car la postface est
le fait de l’éditeur et résulte de la procédure de «&amp;nbsp;mise en livre&amp;nbsp;» établie par Roger Chartier.
Par conséquent la postface d’un livre, écrite par le traducteur de ce livre, matérialise
l’opération de dissociation du traducteur par rapport au texte traduit, atténuant du même coup
les zones d’ombre que le texte pourrait laisser chez le lecteur.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Préface et postface sont deux états du commentaire à la disposition des traducteurs dans
l’espace du paratexte et, s’ils en disposent, c’est dans l’espoir d’apporter du sens
supplémentaire afin, par cet effort, de combler la perte de la langue originale induite dans le
processus de traduction en renforçant le processus de naturalisation du texte original. Ce
faisant, ils soulignent aussi les limites de l’opération de traduction et la relation du traducteur
avec le texte cible, dont il est, en dernier lieu, l’auteur.&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Textes de référence&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;NABOKOV, Vladimir, 1999, Oeuvres romanesques complètes, dir. Maurice Couturier, Paris,
NRF Gallimard, La Pléiade.
NABOKOV, Vladimir, 2000, Despair, Londres, Penguin Books.
HERDMAN, John, 1993, Imelda, Edimbourgh, Polygon.
HERDMAN, John, 2006, Imelda, trad. Maïca Sanconie, Meudon, Quidam Éditeur
SANCONIE, Maïca, Postface, Imelda, Meudon, Quidam Éditeur, 2006, pp. 147-154&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ouvrages et articles&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;BERMAN, Antoine, 1995, Pour une critique des traductions&amp;nbsp;: John Donne, Paris, Gallimard.
BOYD, Brian, 1991, Vladimir Nabokov, les années russes, t. 1, trad. Y. Davet, Paris,
Gallimard.
BRUNO, Clément, 2004, «&amp;nbsp;La figure dans le miroir », in Figures de la lecture et du lecteur,
Cahiers de Narratologie n°11, Paris, Université Paris 8.
CHARTIER, Roger (éd.), 1993, Pratiques de la lecture, Paris, Petite Bibliothèque Payot.
ERMAN, Michel, 1987, «&amp;nbsp;Le réel et l’illusoire dans La Méprise de Vladimir Nabokov », in
Huit études sur le simulacre chez Platon, Borgès, Casarès, Guérin, Nabokov, dans la
littérature baroque, dans l’opéra et la psychopathologie, Dijon, EUD, Collection Figures.
FRANCO, Lina (éd.), 2004, Cahiers TEXTUEL 46, Aux marges du texte&amp;nbsp;: préface et postface,
Paris, Université Paris 7-Denis Diderot.
GENETTE, Gérard, 1987, Seuils, Paris, Seuil.
JAUSS, Hans, Robert, 1978, Pour une esthétique de la réception, Paris, Gallimard, coll. «&amp;nbsp;Tel
Quel ».
LECERCLE, Jean-Jacques, 2004, Une philosophie marxiste du langage, Paris, PUF, 2004.
MOREL, Michel, 2006, «&amp;nbsp;Éloge de la traduction comme acte de lecture », in Palimpsestes,
hors série, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle.
NUYSSEN, Hubert, 1993, Du texte au livre&amp;nbsp;: les avatars du sens, Paris, Nathan.
OUSTINOFF, Michaël, «&amp;nbsp;La traduction, textualité à part entière », in Palimpsestes, Hors
Série, 2006, 37-52.
OUVRY-VIAL, Brigitte, 2004, «&amp;nbsp;Enjeux de la préface ou préface contre postface », in Textuel
n° 46, Franco, Lina (éd.), Paris, Université Paris 7-Denis Diderot, 13-29.
Palimpsestes 1, 1984, Bensimon, Paul (dir.), Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle.
Palimpsestes, Hors Série, 2006, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle.
RAGUET-BOUVART, Christine, 1995, «&amp;nbsp;La visible nature de Vladimir Nabokov », in Europe
791, 3-7.
––––––––, Christine, 2000, Vladimir Nabokov, Paris, Belin.
RISTERUCCI-ROUDNICKY, Danielle, 2004, «&amp;nbsp;Doubles-seuils ou le péritexte à l’épreuve de
l’étranger&amp;nbsp;» in Textuel n° 46, Franco, Lina (éd.), 51-59.
Textuel n° 46, 2004, Aux marges du texte&amp;nbsp;: préface et postface, Franco Lina (dir.), (revue de
l’UFR Sciences des textes et documents), Paris, Université Paris 7-Denis Diderot.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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