Ce texte est une satire n'ayant aucune prétention à la vérité. Il n'a pas vocation à informer mais à porter sur le monde du livre un regard moins triste et convenu qu'à l'accoutumée.
Rentrant de (longues) vacances (un éreintant sextour en Territoire de Belfort, pour ne rien vous cacher), et épluchant mes mails (« Dear Zonzon. I know you’re the one that virused my unstoppable new Windows Vista. Don’t ever come back in California again or… - Bill G. » ; « Cher Zonzon. Comme tu le sais sans doute, je suis à l’heure actuelle victime de quelques fuites très désagréables. S’il te plaît, n’en rajoute pas une couche (je te revaudrai ça). – DSK » ; « Zonzon. C’est pour bientôt ! Mon ventre ne va pas le contenir plus longtemps et il serait temps que tu prennes tes responsabilités (sinon, tu vas devoir te montrer digne de ton pseudo) – Rachida D. »), je reçois un coup au cœur. Il m’a écrit : Robert Cyber, l’infâme, l’horrible, celui que mon amie Zézette compare à un « balai à chiotte connecté par Wi-Fi ». Je croyais en avoir fini avec lui après le désastre Vivendi ; mais non, le revoilà, toujours aussi narquois.
Salut Zonzon,
J’espère que tu as bien profité de tes congés payés façon merguez et moule-bite, parce que ça va être très dur pour toi… Tu te rappelles ? « Cher Robert Cyber. Votre cas relève de PC Direct ou de L’Ordinateur individuel et vous n’êtes pas – loin s’en faut – un zonzon ». Gna, gna, gna… J’imagine que dans ton camping, ils n’avaient pas Le Monde des livres sinon tu ne serais plus de ce monde et te serais étranglé en lisant « A l’heure de la galaxie numérique ». Et oui, j’ai fait la une, mon gros, et grâce à Alain Beuve-Méry, s’il vous plaît : e-book, reader, kindle, quel que soit mon petit nom, je suis l’avenir, « la plus grande mutation de l'univers de l'écrit depuis l'invention de l'imprimerie par Gutenberg » (non, ce n’est pas une marque de bière, tu ne m’auras pas deux fois). Tu dois te sentir bien seul avec ton petit blog et tes minables « fautes de frappe » : même Livres Hebdo veut pas de toi, c’est dire…
Allez, reconnais que tu as sous-estimé le Robert et on redeviendra peut-être amis. C’est que c’est pas facile, tu sais, de vendre des ardoises magiques à tous ces intellos : on écrit avec un crayon spécial, il y a deux boutons de chaque côté, et ils ont pas fait de bac pro… Pour leur expliquer comment ça marche, Cytale a dû embaucher Jacques Attali et Erik Orsenna. Tu vois l’attelage (genre Wallace et Gromit) : la petite moustache qui jouait à l’écrivain enfin dégagé du papier et le grand front qu’arrêtait pas de prononcer « demain », « bientôt », « avenir »… En accéléré, on aurait dit un rap de MC Solar ! Selon les gens du marketing, ça devait marcher. Sauf que nous, dans les salons, on avait des questions genre : « Je peux l’utiliser pour faire ma liste de courses ? », « Et si je lis dans mon bain, c’est dangereux ? », « Vous l’avez pas en rose ? » Au final, c’est pas les ventes qu’ont progressé, mais le budget petits fours (nos frais fixes, comme on disait)…
Tu peux te marrer, ma couille, n’empêche que, comme l’écrit Alain Decaux, « la bérézina est une page d’histoire ». Ah, ça t’en bouche un coin : tu la ramènes moins avec tes sciences humaines écrites en tout petit ! Et tiens, j’en ai une autre, que je tiens de François, un copain à moi : « Le livre, cette insulte faite au fil ». Ca calme, hein ? Même toi, t’en as pas d’aussi belle ! Et c’est vrai qu’au fond, ca rime à quoi un truc qui se branche pas ? Il est trop fort, François : dans ses romans, il te démontre que la parole et le théâtre font du bien aux gens paumés et après, quand il te parle d’Internet, on croirait voir une vieille pub pour « Le plastique, c’est fantastique ». Chapeau ! Pour le CNL et les filles, ça doit marcher à mort !
Moi, je m’en fous du livre et des fils : François, il fait juste partie de mon complot. Oui, j’ai un complot : parfaitement ! Comme le méchant dans James Bond dont on voit que la main, sauf que mon chat à moi s’est barré dans une station Total alors que je négociais les points cadeaux qu’ils me refilaient pour mon plein. Voilà ce que je manigance (ouf, dur à trouver dans mon Robert collège, ce mot-là) : avec les ardoises magiques, j’occupe les intellos. Ils font des colloques genre « Le livre demain » ou « Repenser la lecture » avec de supers beaux discours (en prenant l’air grave et triste pour faire plus classe). Et pendant que mes savants sont contents de causer du « numérique » et de pas avoir l’air de ringards, qu’est-ce qui se passe ? Mes potes massacrent les libraires à coup d’Amazon « Market place » et de frais de port gratuits.
Et personne s’en rend compte ! Normal, c’est une ruse que je tiens de l’armée et qui s’appelle « faire déjection » (tu vois que tu n’as pas affaire à une bille). Et si, malgré tout, quelqu’un s’en rend compte (genre la fille de « Lekti, tout le monde il est gentil » qui ressemble à Miss Marple), j’ai une parade toute prête. Je bombe le torse et je prends ma plus belle voix : « Excusez, princesse, mais faites-vous autant que moi pour la culture ? J’ai du Kant à 3,16 €, du Bourdieu à 2,88 € et même du Rousseau à 1,86 € ! » Qui dit mieux ? Sûrement pas ton barbu qui ressemble au père Noël et qui tient une librairie au nom de rhume (t'as trouvé ? Ah.... Tschann).
Allez, salut Zonzon, et j’espère que tu te remettras de tes émotions. Oublie pas : je suis toujours vivant (donc tu me dois une moule-frites).
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