La lettre...
Par les rédacteurs de la revue Brèves... le samedi, avril 10 2010, 18:58 - Notes critiques & nouveautés - Lien permanent
La lettre de Chattanika Christiane Rolland Hasler, Editions Rhubarbe, 100 pages, 10 €.
Trois nouvelles, trois femmes, trois lieux flous, à l’écart. Les hommes sont attendus ou sont présents, mais d’une présence absente. Elles en parlent. Ils pensent à elles, de loin. Elles, elles se sentent comme « un monde à découvrir » mais attendent encore et encore que cette envie soit plus forte que tout, qu’elle occupe toute la place. « Vase de l’attente. Ecœurante patience ! »
Princesse, Elise ou la sœur d’Emilie écrivant une lettre qu’elle n’enverra probablement pas, femmes en transit, elles hésitent à sortir d’elles-mêmes pour marcher dans une vie qui correspondrait à la norme. Elles sont à la lisière, construisent un univers étonnant où les lieux, les objets dialoguent avec elle, rassurants et inquiétants à la fois, des entre-deux entre agir et subir. Elles savent que pour grandir, il faut partir. Peut-être qu’elles pourront quitter la ville, ses larges trottoirs, le chuintement des voitures, les rives du fleuve. Peut-être pas. Dehors, loin, c’est aussi les embruns, le vent salé, c’est « s’asseoir simplement dans l’herbe et on écoute, on respire, on regarde. » Dehors, c’est Chattanika, une contrée vide, un coin perdu au milieu de nulle part, la nature en folie, un vertige. Dehors, c’est ouvrir les yeux autrement, avancer dans son chemin.
« Les liens entre les gens sont pleins de trous où l’air s’engouffre et distend les mailles » Entre le passé qui taraude, le legs de la culpabilité, le rétrécissement des attachements, le présent qui passe, le quotidien cahin-caha ou hors de lui, le futur est un appel qui crie à sa manière : quitter la maison, laisser derrière soi des « monstruosités ».
Christiane Rolland Hasler à coups de phrases courtes, précises, sans pathos, râpeuses, de phrases sonores, colorées d’aigre-doux dit cette intranquillité, cette troublante étrangeté, cette envie que tout change et que tout demeure, ce désir de rester/partir.
C. Julier