hubertLa barricade du cygne, (suivi de) Inventaire des quatre vents, Hubert Haddad, éditions Cénomane, 106 pages, 10 €.

Dans une collection destinée aux « petits lecteurs », c’est-à-dire qui lisent peu, Hubert Haddad publie un beau texte fait de phrases courtes et rapides. Ce maillage n’emprisonne pourtant pas l’histoire : elle est ouverte sur un monde étrange, menaçant, cruel, où rôdent les spectres. Même, « Le fond de l’eau est plein de fenêtres ». Plus tard, les cauchemars de la narratrice sont « pleins de trappes et de gouffres ». C’est la voix d’Agnès, dont l’enfance a été trouée par la mort de sa mère et le sort mystérieux de son père, qui s’émerveille de la nature, du ciel et des oiseaux, de la rivière, y cherche consolation. Ce monde où règne la violence brute verra l’irruption des machines, instruments de la vengeance d’un mystérieux étranger surgi du passé. Et Agnès plonge dans la citerne, là où il n’y a « Ni entrées, ni sorties ».

Ce récit frissonnant de vie est suivi est suivi de textes de l’atelier d’écriture que l’auteur a mené à Rochefort-sur-Loire auprès de femmes et d’hommes en situation d’apprendre ou réapprendre à lire et à écrire. Il faut les lire aussi. Par leur liberté, leur poésie, ils sont un bel écho au texte de Hubert Haddad. Certains vibrent comme des haïkus. Tous se déploient aux quatre vents des mots reconquis. « Peur déguisée sous une lampe de clair de lune. » Ou bien : « Dans le crépuscule, même la libellule a son reflet d’eau. » Et encore : « Entre mot et lame, j’ai une vision de l’ange. »

Christiane Rolland Hasler

-- Catalogue général de Brèves Catalogue de l'Atelier du Gué