Pas de roman, bonne nouvelle !

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jeudi, février 4 2010

Entre les mailles de l'Histoire

La mort au Musée d’Art Moderne, Alma Lazarevska, traduit du bosniaque par Spomenka Dzumhur et Gérard Adam, éditions Mode Est Ouest, 2009. (Vente en ligne : rezolibre.com)

la mort au muséeAlma Lazarevska est née en 1957 en Macédoine et vit depuis son plus jeune âge à Sarajevo. Journaliste pendant la durée du siège, elle se consacre maintenant à l’écriture. Elle a publié des nouvelles, un roman, un essai. Ses nouvelles sont traduites et publiées dans des revues en Autriche, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Elle est publiée aussi en Allemagne et en Belgique (grâce à l’écrivain Gérard Adam). Dans ce recueil, l’auteur présente ses récits au regard du lecteur comme une succession de lamelles. Elle rassemble des faits, « des phrases éparpillées sur tant de lieux et d’années », des personnes rencontrées : travail minutieux, obscur. Si son propos n’est pas de décrire le siège de la ville, celui-ci imprègne cependant les histoires. La vie suit irrémédiablement son cours, se faufilant à travers les mailles de l’Histoire, et ne peut toujours en être indemne. Alors l’événement – la blessure, la mort – est tressé aux autres fils du récit. La première histoire, Dafna Phefogh passe le pont, est fondée, elle, sur le partage de la ville en deux qui vient en accentuer la cruauté. La vieille dame célibataire nous en rappelle d’autres, dans la littérature, porteuses de malchance, comme si cet état ne pouvait déboucher sur aucun bonheur. La narratrice des autres textes est presque toujours dans un lieu clos, maison, immeuble, appartement, avec d’autres personnages qui nous apparaissent comme plutôt étranges. L’auteur jongle à la frontière de l’absurde, avec des touches d’ironie froide, pour mieux contenir, peut-être, sa colère ou bien lui permettre de survivre à pire que le siège, à la mort qui veille au Musée d’Art Moderne.

Christiane Rolland Hasler

jeudi, décembre 3 2009

Figures


BR 90Brèves 90 vient de paraître
« Qui voit la figure humaine correctement ? Le photographe, le miroir ou le peintre ? » (Pablo Picasso)

FIGURES : Le mot qui titre ce numéro fait partie du vocabulaire du peintre, du mathématicien, du danseur... et du répertoire du nouvelliste. Figures de proue ou tristes figures... héros anonymes, petites gens dont on dit qu’ils ont des « destins minuscules » et à qui il arrive pourtant des histoires pas ordinaires.

Nouvelles inédites de : KARINE COURVILLE, TANG LOAËC, FARID PAYA, ADAM ZIELINSKI (traduit de l’allemand), JEAN-JACQUES DOURNON, VALÉRIE MAZEAU, NICOLE DRÉAU, MICHEL BAGLIN, GUY BORDES, GUILLEMETTE DE GRISSAC, ANNE-MARIE TEYSSEIRE, ANDRE FANET.

Relire : GASTON DE PAWLOWSKI, par Eric Dussert.

Invité du numéro : OLIVIER LE BARS (peintre)

ISBN : 2-916806-11-3, 144 pages

Catalogue de la revue Brèves

Catalogue de l'Atelier du Gué

lundi, novembre 30 2009

Où rôdent les spectres

hubertLa barricade du cygne, (suivi de) Inventaire des quatre vents, Hubert Haddad, éditions Cénomane, 106 pages, 10 €.

Dans une collection destinée aux « petits lecteurs », c’est-à-dire qui lisent peu, Hubert Haddad publie un beau texte fait de phrases courtes et rapides. Ce maillage n’emprisonne pourtant pas l’histoire : elle est ouverte sur un monde étrange, menaçant, cruel, où rôdent les spectres. Même, « Le fond de l’eau est plein de fenêtres ». Plus tard, les cauchemars de la narratrice sont « pleins de trappes et de gouffres ». C’est la voix d’Agnès, dont l’enfance a été trouée par la mort de sa mère et le sort mystérieux de son père, qui s’émerveille de la nature, du ciel et des oiseaux, de la rivière, y cherche consolation. Ce monde où règne la violence brute verra l’irruption des machines, instruments de la vengeance d’un mystérieux étranger surgi du passé. Et Agnès plonge dans la citerne, là où il n’y a « Ni entrées, ni sorties ».

Ce récit frissonnant de vie est suivi est suivi de textes de l’atelier d’écriture que l’auteur a mené à Rochefort-sur-Loire auprès de femmes et d’hommes en situation d’apprendre ou réapprendre à lire et à écrire. Il faut les lire aussi. Par leur liberté, leur poésie, ils sont un bel écho au texte de Hubert Haddad. Certains vibrent comme des haïkus. Tous se déploient aux quatre vents des mots reconquis. « Peur déguisée sous une lampe de clair de lune. » Ou bien : « Dans le crépuscule, même la libellule a son reflet d’eau. » Et encore : « Entre mot et lame, j’ai une vision de l’ange. »

Christiane Rolland Hasler

-- Catalogue général de Brèves Catalogue de l'Atelier du Gué

samedi, novembre 21 2009

RECIT SUR RIEN

Récit sur rien de Jonathan Littell, Fata Morgana 13 euros - 56 pages RIEN

Flaubert, en son temps, rêvait d'écrire un livre sur rien. C'est dire si la modernité littéraire, inaugurée à son époque par l'auteur de Madame Bovary, a été tentée de pousser le paradoxe de la fiction narrative dans des voies qui se sont souvent révélées être, par la suite, des impasses. Et la philosophie n'est pas non plus en reste. On se souvient de cet ouvrage anonyme du XVIIIe siècle, réédité par Allia, en 2008, Éloge de rien dédié à personne, dont j'extrais ceci: « Rien est également excellent en vers et en prose, en grec et en latin, en français et en anglais, en quelque langue que ce soit. »

LITTTELLe récit de Littell ne fait évidemment valoir aucune prétention littéraire (la langue alterne les périodes courtes et les phrases à tiroir – exemple, cette phrase de 27 lignes pp. 35.36) ni philosophique. La coda de fin tente de justifier de manière quelque peu ironique ce qui précède: « À ce récit, il n'y a plus rien à ajouter. Ne sachant trop d'où il vient, je ne sais pas ce qu'il veut dire, ni à qui il pourrait être destiné; il ne me reste plus qu'à l'envoyer à quelqu'un, qui lui l'enverra à un autre, plus loin, là-bas, sans espoir de retour, de contre-clé qui mettrait fin à ma dépossession. » Il s'agit simplement, pour le narrateur, de s'en alléger, sans trop de soucier de sa réception. Après tout, le texte écrit appartient à ses lecteurs. À eux de s'en arranger. Quitte à en faire matière de rêve. Ou de réflexion... Car c'est justement à un récit de rêve(s) plus ou moins éveillé(s) que fait songer ce texte. Sans préoccupations psychanalytiques. Le narrateur est lancé – ou croit l'être (il dort peut-être sur son matelas de plage !) – sur l' autoroute du Nord et, endormi, il se dit « il faudrait écrire sur ça et sur rien d'autre, ni sur les gens ni sur moi, ni sur l'absence ni sur la présence, ni sur la vie ni sur la mort, ni sur les choses vues ou entendues, ni sur l'amour, ni sur le temps. » Autrement dit sur rien. Si bien que le projet d'écriture aboutit au désir d'épuiser l'idée même de récit pour en extraire ce rien inaccessible à la raison éveillée. Rien à voir, cependant, avec l'écriture automatique des surréalistes. C'est bien plus à l'inconscient de passer la main pour que tout s'orchestre – s'articule - sur l'idée de célébration. On invite, en effet, le narrateur à fêter son anniversaire mais il en a oublié la date et son signe de naissance. Ce motif narratif est d'ailleurs répété deux fois à la fin du récit: le narrateur sera invité à son tour à l'anniversaire de son ami et rencontrera à cette occasion une jeune Russe avec laquelle il vivra une histoire d'amour impossible; son ami a un frère, de sept ans son cadet, dont on fête également l'anniversaire. Il ne sort évidemment rien de positif de ces fêtes ratées. Le reste du temps, le narrateur, affalé chez lui sur un autre matelas qu'un matelas de plage, fait l'expérience du miroir censé recueillir son anima : « Parfois aussi, j'enfilais des dessous féminins ... avec parfois une fine robe. » Dans ce double se dissolvent le temps, l'identité et la pensée du narrateur. Portant des sous-vêtements féminins, il éprouve une sensation étrange: « comme si les deux sexes à la fois se promenaient dans mon corps à travers la ville. » Cette expérience annule son identité sexuelle: « je ne savais plus si j'étais homme ou femme, sauf si on me le disait. » Et c'est tout le réel qui bascule ainsi. C'est à un ami « qui aurait dû être mort » qu'incombe la tâche de ramener, grâce à un petit film porno, le narrateur à une certaine réalité. Et le voici transporté par un statut de voyeur qui le fait presque « décoller du sol ». Car sa position allongée le plaque trop à ras de terre, au point qu'il est tenté de ne voir plus que lui-même... Il ne quitte plus la chambre, mais ce n'est pas pour adopter une posture pascalienne. Est-il malade? En un sens oui: « je demeurais seul au milieu de mes miroirs déformants, qui altéraient non pas l'image qu'ils renvoyaient, mais celui-là même qui s'y mirait. » Par la suite, il suit son ami pour assister à une feria dans une autre ville. On songe à Leiris, à André Masson, et à cette génération de l'entre-deux guerres qui a préféré le mythe à la psychanalyse qui ne dit rien sur la mort. Et, en effet, le narrateur, le soir, dans une cave, boit une boisson « rouge aussi » qui le met dans un état d' ivresse euphorique: « elle était aussi une forme de communion, le pas au-delà qui insensiblement ouvre le chemin du monde de la mort, révélant à celui qui s'y engage qu'il s'y trouve déjà de plain-pied, depuis toujours. » Cette révélation, pourtant, ne fait pas du livre un récit initiatique. Ce récit singulier, étrange et sans complaisance, montre un narrateur absent à lui-même, en proie à des événements et à des fantasmes qui lui échappent. Comme chez Pascal, le moi littellien est haïssable, et ce récit sur rien participe d'un curieux exercice de détestation de soi - dérangeant pour le moins en ceci qu'il se refuse de sombrer dans la célébration de soi et la contemplation narcissique propre à une certaine littérature française! La narration finit par avoir moins d'importance que ce qui permettra au narrateur de s'en libérer. C'est là le tour de force de celui ( l'auteur? Le narrateur? ) qui fait de ce rien une planche de salut... À lire comme antidote à une auto-fiction frenchie, qui encombre encore trop souvent les rayons des librairies, par un auteur américain lucide et talentueux...

Michel Lamart

Catalogue de l'Atelier du Gué
Catalogue de la revue Brèves

mercredi, novembre 11 2009

ENFANCES BRISEES

Ces dernières années, les récits sur des enfances brisées par les sévices sexuels se sont multipliés, qu'on songe seulement à Un petit viol / un autre petit viol de Ludovic Degroote ou à Courir avec des ciseaux d'Augusten Burroughs ; Le Crayon de Papa, Léo Scheer, 2002 ; La Saigne, La Musardine 2002 ; Augusten Burroughs, Courir avec des ciseaux, Ed. Passage du Marais, 2005 ; Ludovic Degroote, Un petit viol / un autre petit viol, Champ Vallon, 2008), un tabou a été brisé, et plus largement c'est l'occasion d'en finir avec une image mythifiée et nostalgique de l'enfance, qui ne fait pas forcément écho à l'enfance de tout un chacun. Sans verser dans le mélodrame ou chercher à attirer la compassion, Ian Soliane avait donné dans cette veine avec Le crayon de Papa. Soliane est aussi l'auteur de La Saigne, qui accompagne le narrateur, un tueur et un violeur. Des premiers écrits très dérangeants qui en explorant l'enfance et ses traumatismes, présentaient un côté indéniablement brutal, mais aussi un sens poétique dans les séquences hallucinatoires et dans un style qui superpose des éléments contradictoires.



EMPAILLEDans J'ai empaillé Michael Myers de Ian Soliane, (la Chambre d'échos, 2008, 14 €), la quête n'est plus celle de l'enfance mais des origines. Le narrateur y découvre sur le tard que son père est un amérindien de la tribu des Abénakis et traverse l'Atlantique pour rencontrer cet inconnu. L'Amérique qu'il découvre, celle des family restaurants et des motels n'est finalement guère différente de la France des livreurs de pizzas et des hypermarchés qui servait de cadre aux premiers écrits de l'auteur. Les difficultés matérielles des Amérindiens dans la société des Etats-Unis y sont décrites froidement, véhiculant un refus cynique des valeurs de la société contemporaine, de quelque côté de l'Atlantique qu'elle soit.

IANMais le sujet de Soliane n'est pas là; il s'agit encore d'une quête personnelle, égoïste, qui ne cherche à véhiculer aucun message social, seulement la difficulté intérieure de la quête d'identité. Quel rapport construire avec ce père connu sur le tard, et avec sa famille amérindienne, comment se situer par rapport à tous ces individus finalement étrangers ? Est-ce pour véhiculer cette étrangeté que le style de Soliane est très hâché, parfois à la limite du lisible, alignant une succession de phrases courtes qui ne s'enchaînent pas toujours et ne sont pas forcément développées? Malgré un titre qui met l'accent sur le "Je", le narrateur semble comme désincarné, observateur de relations humaines auxquelles il lui est difficile de s'intégrer. L'occasion de tisser des liens plus étroits avec ce père étranger ne se concrétise même pas quand le destin intervient pour lui faire finir ses jours en France. C'est finalement dans l'annonce de la mort de ce père connu trop tard, culminant dans une scène hallucinée de cérémonie mortuaire, que le style du narrateur se transforme et gagne en fluidité. Ce qui confirme la conviction acquise à la lecture des premiers écrits de Soliane: cet auteur a une voix.

Robert Calvet

On n'est jamais préparé à ça !...

« On n’est jamais préparé à ça » de Gaëlle Pingault. Editions Quadrature. 15 €

gaelleon n'est jamaisLa nouvelle la plus réussie du recueil me parait être la première. C’est aussi la plus longue (mais on ne dirait pas…) Histoire de deux sœurs que tout oppose, « Marie Durand » donne à voir la narratrice jalousant et haïssant son aînée de quatre ans. Il faut dire que cette dernière est belle, vivante, adroite, maîtresse d’elle-même, et…chanceuse ! quand la cadette est ronde, gauche, acariâtre, frustrée. A l’occasion d’un festival de films, elles vont se retrouver (façon de parler) l’une travaillant dans le ciné du coin, l’autre : journaliste envoyée sur ce festival. Se retrouver et, chacune, involontairement, prendre en otage de leur conflit inaliénable le célèbre réalisateur Edward Callop, invité d’honneur de la fête. Un Callop qui, au lieu de fuir au triple galop, va faire tampon entre les deux sœurs. Il y a là de l’humour, une démarche, une langue impertinente en phase avec le sujet. Bon point sur toute la ligne.

Dans d’autres textes, moins consistants, agace un peu le ton à la Annie Saumont, appuyé (phrase hachée, mépris soutenu de la syntaxe, argot, style djeun…). Ton qui, s’il est manié avec virtuosité par l’auteur de « Je suis pas un camion », fait ici emprunt, artifice (« Tri Nitro Nolwenn » notamment). Une histoire, bavarde, aurait gagné au resserrement (« Monter en bas »). Une ou deux sont embrouillées... Précisément, si Gaëlle Pingault gère ces points faibles (si elle suit son ton propre, verrouille sa phrase, définit au préalable pour elle-même son axe luisant comme un moyeu neuf) eh bien, il n’y a aucune raison à ce qu’elle n’offre pas à son lecteur, par la suite, un plaisir sans réserves. Un plaisir tel qu’il s’en prodigue un, à nouveau, dans la poignante confidence de « Sur le sable » ! où se retrouvent l’inspiration et l’aisance du récit ouvrant le recueil. Un brin de maturité, deux doigts d’exigence, et l’auteur nous donnera de très probantes pages. Si l’on en juge par celles des histoires dès à présent abouties, évoquées ci-dessus, on voit même qu’il n’y a aucune raison, d’ores et déjà, de ne pas se « préparer à ça ».

Olivier Delau

mardi, novembre 10 2009

PETITS SECRETS

LES BOITES DE MA FEMME

Eun Hee-Kyung - Zulma, 2009, 18 €

Qu'enferme-t-on dans des boîtes, sinon des secrets ? Comme le titre de ce recueil le laisse entendre, le secret est le thème récurrent de ces cinq nouvelles. Le secret et la dissimulation, qui règnent d'abord dans les relations entre hommes et femmes. zulmaTrois des nouvelles tournent autour de la découverte par un proche d'une dissimulation sous la façade lisse de la vie quotidienne, à chaque fois dans la personnalité d'une femme. Ces histoires qui se déroulent presque toutes dans la capitale de la Corée du Sud, Séoul, montrent que sous l'américanisation des mœurs de surface, les relations entre les sexes sont restées marquées par le confucianisme et l'élément central de cette philosophie des rapports sociaux, la peur de la honte. Les rapports entre individus de sexe opposé, après une brève période d'euphorie, sont vite soumis à la détérioration. Aucune relation ne semble durable. Le mariage, souvent arrangé et sinon fruit d'une rencontre de hasard, apparaît pour la femme coréenne comme "une bonne solution pour vivre seule". Mais la solitude est le lot de la plupart des protagonistes, quel que soit leur sexe. Les hommes eux-mêmes, qui se soûlent souvent entre collègues, abusent de l'alcool au point de ne plus pouvoir se parler ni même se voir. Comme un écho de cet isolement, l'écriture accorde une grande place à la vie intérieure des personnages, à leurs doutes, au sentiment d'échec inéluctable qui les travaille. Si le conjoint, égoïste, jaloux et qui ne parvient qu'à diminuer l'autre, n'est pas une planche de salut, la famille ne l'est pas plus; quand elle est présente elle est plutôt étouffante, au point de chercher à s'y soustraire par la distance comme la jeune fille de la dernière nouvelle qui part étudier à l'étranger. Mais comme sa sœur qui lui semble étrangère mais qui cache un secret ancien sous son apparence glacée de mère de famille, la narratrice finit par regagner la Corée et le cocon familial, elle réalise que sa tentative de fuite était vouée à l'échec et qu'elle n'est en fin de compte pas si différente de sa soeur. Une confusion entretenue par le titre de la nouvelle, Yeonmi et Youmi, repris dans la phrase de conclusion: "Nous sommes Yeonmi et Youmi". Mais des deux femmes, laquelle est Yeonmi et laquelle est Youmi? La seule échappatoire est bien de réfugier dans son monde intérieur, une solution qui n'en est pas une car ce choix flirte avec la folie, comme dans la nouvelle titre. Cet isolement qui ne laisse la bride qu'à la vie intérieure, né d'un individualisme mal construit, il n'est pas propre à la Corée. Il est commun aux individus vivant dans les sociétés modernes, gangrénées par une urbanisation trop rapide et une réalité de plus en plus virtuelle. C'est pourquoi il faut lire cette romancière si populaire auprès de la jeune génération des mégalopoles et qui a été déjà distinguée par plusieurs prix littéraires dans son pays.



Robert-Henri Calvet

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