Pas de roman, bonne nouvelle !

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vendredi, avril 20 2012

Marché de la Poésie

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Le 30e Marché de la Poésie se tiendra du jeudi 14 au dimanche 17 juin 2012, place Saint-Sulpice, Paris 6e

Invité d’honneur : Singapour





Retrouvez toutes les informations sur le site du Marché de la Poésie










Vient de paraître, Brèves 98

Mise en page 1

RÉSISTER : CE SERA LE MOT DE CE NUMÉRO. IL ACCOMPAGNE BIEN LES HÉROS DE CES HISTOIRES. IL DIT AUSSI UNE DES CONSTANTES DU NOUVELLISTE, RÉSISTER AUX TENTATIONS DU BAVARDAGE, DE L’INUTILE, DE LA MODE, DU FAUX-SEMBLANT… IL DIT ENCORE LE GOÛT D’ÊTRE À LA MARGE, LOIN DU BUSINESS, JUSTE POUR LE PLAISIR. ET PUIS, QUAND MÊME, CE PETIT GENRE MINEUR DONT CERTAINS AVAIENT FAIT LA PEAU UN PEU VITE, NE S’EST-IL PAS BIEN REBIFFÉ ?

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Schasslamitt, Bérengère Cournut

couv_schasslamitt.pngSchasslamitt
Bérengère Cournut

Editions Attila, 96 pages, 9,99 €

Albertine, Léocadie, Ciboulette, Huriana, Schasslamitt & co... Inspirée par l'amour des noms étrangers et des êtres chers, Bérengère Cournut trace des miniatures, des portraits, de petites vies, où l'exceptionnel vient se nicher dans l'anodin. Il ne sert à rien de résumer ces histoires. Juste dire qu'elles sont frappées au coin de l'étrange et du quotidien. Lisez-les à haute voix, elles vous transformeront en oie.

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After, Franck Villemaud

after.jpgAfter
Franck Villemaud

Editions le mot fou, 50 pages, 9€

Huit prénoms, Tristan, Dom, Val, Steph, un ami et Loris (comme autant de courtes nouvelles) se retrouvent après une soirée. Dans le cadre sombre de la nuit, dans le silence d'après la fête, personne ne sortira indemne de cet after. Chacun leur tour, à la manière d'une roulette russe, ils racontent leurs angoisses, libèrent les démons qui les hantent; n cercle d'humanité et d'oralité où le lecteur est libre de faire son propre théâtre.


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Ils se sont tant aimés, F(r)ictions politiques

ilssesont.jpg
Ils se sont tant aimés,
F(r)ictions politiques
Collectif

Editions La Cause des livres, 155 pages, 16€

Onze auteurs, dont la plupart ont déjà publié, parmi lesquels certains ne sont pas des inconnus chez Brèves ou l'Atelier du gué comme Françoise Guérin ou d'autres proches comme Gaelle Pangault ou François Perche. Ils vous emmèneront de la farce à l'émotion la plus vive. Un bébé à naître, un amoureux aux prises avec la mafia, un cycliste invétéré, des bons vivants, des sans-papiers, un Président cynique, un apprenti-candidat, des militants fatigués, un parlementaire candide, une syllabe qui vient détraquer le slogan...


Onze fictions politiques, pour se distraire, réfléchir, s'émouvoir;


Un recueil en pleine actualité.




Une nouvelle d'Andrés Neuman (Espagne)

BR_87.jpgSÉCURITÉ, XXIe SIÈCLE

«Et votre pantalon ? » me demanda l’agent de sûreté. Ah, répondis-je, vous aimez ? Ça vient de chez Tara, je l’ai acheté en soldes. « Non, non », fit-elle, impatientée, « Je voulais dire, qu’attendez-vous pour l’enlever ? Vous ne voyez pas la queue qu’il y a ? » Justement, dis-je, pourquoi ne pas en rester là ? Et si je passais et qu’on n’en parlait plus ? Est-ce que vous trouvez que j’ai l’air dangereux ? « Nous avons reçu des instructions », soupira-t-elle, « et nous nous contentons de les respecter. Désolée, monsieur. Pantalon. » Je retirai mon pantalon neuf de chez Tara et je le déposai dans le bac en plastique à côté de mes chaussures, ma veste, mon bonnet de marin, mon écharpe en laine, ma montre, mon alliance et ma ceinture. L’espace d’un instant, j’eus l’impression de m’apprêter à faire une lessive. « Dépêchez-vous, s’il vous plaît », me pressa l’agent gênée, et je remarquai qu’elle détournait poliment les yeux de mon caleçon à pois. J’obéis, m’éclaircis la voix, pris une profonde respiration et franchis une nouvelle fois le portique. Fait inexplicable, le maudit détecteur se remit à hurler. « Voyons voir », dit un collègue de l’agent en s’approchant de nous avec cette fermeté sarcastique propre à certains hommes corpulents, « voyons voir », dit-il en me regardant des pieds à la tête et en me faisant bien comprendre que je n’étais à ses yeux qu’un gringalet inopportun, un maigre accident au coeur de sa lourde matinée bien ordonnée, « voyons voir, monsieur, êtes-vous sûr de ne pas porter de pacemaker ou tout autre genre de prothèse métallique ? » En fait, je commence à me le demander ! répondis-je, jamais de ma vie je n’ai mis les pieds dans un bloc opératoire, pas même en tant que visiteur. La file de passagers ne cessait de s’allonger et de s’agiter derrière moi. Les haut-parleurs annonçaient des dizaines de portes, de destinations, d’horaires, et tous semblaient m’accuser. J’étais en caleçon, maillot de corps blanc et chaussettes en coton, à attendre que l’on me donne les ordres suivants. Mais une fois tous les ordres donnés, les agents ne faisaient plus rien d’autre que se regarder. « Qu’est-ce qu’on fait ? » fit l’agent culturiste. « Je ne sais pas », hésita sa collègue en rougissant un peu, « tu l’as fouillé ? » L’agent plissa les yeux et serra les jambes, comme s’il faisait un effort pour extraire un gramme d’intelligence des frondaisons de ses quadriceps et de ses adducteurs : « Tu veux dire… le fouiller là ? » « On n’a plus que ça à faire », fit-elle en haussant les épaules. L’énorme agent se mit au garde-à-vous, tel un légionnaire face à une mission difficile. Il se tourna avec agilité, fit deux pas dans ma direction et prononça un viril « Vous permettez ». Juste après, je sentis une douleur intense et soudaine dans mes parties nobles qui, à en juger à la manière dont l’agent les tordait, pliait et séparait, cessèrent à cet instant de l’être. « Il n’y a vraiment rien là-dedans », lança-til en se retournant vers sa collègue. Je me sentis profondément offensé. Quelques minutes plus tard, le vacarme dans mon dos était devenu assourdissant. Certains vociféraient. D’autres me regardaient et faisaient des commentaires grossiers. Les pères de famille cachaient les yeux des petites filles. Quelques étrangers me prenaient en photo avec leur téléphone portable. Une dame âgée s’exclama : « Mais ce n’est pas si mal ! Si vous voyiez mon mari ! » Les agents venaient de me dépouiller de la totalité de mes sous-vêtements, et l’infaillible portique de malheur venait de sonner pour la septième fois consécutive. Les agents, qui s’étaient réunis en cercle, se séparèrent soudain, en ayant l’air d’avoir pris une décision draconienne. Un instant, je craignis qu’ils aient décidé de m’arrêter ou de me déporter je ne sais où. Lorsque l’agent de sûreté revint très sérieuse et me susurra à l’oreille : « Votre âme aussi », je crus au début ne pas avoir bien entendu. « Ma quoi ? » bredouillai-je, tout nu •



Titre original : « Seguridad, siglo XXI »
Inédit
Traduit de l’espagnol par Anne-Marie Chollet

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jeudi, avril 19 2012

Entretien avec Carole Zalberg (Brèves 98)

Les petits cailloux
de Carole Zalberg

Un entretien avec Martine Delort

carole_zalberg.jpgVous êtes romancière. Brèves publie dans ce numéro deux nouvelles de vous. Y a-t-il d’autres nouvelles dans votre bibliographie ?

Oui, assez nombreuses. J’ai toujours écrit des nouvelles en parallèle des romans. Sauf pour l’ensemble autour de l’enfance auquel appartient « Qui vole un œuf », ce sont souvent des commandes qui sont à l’origine de ces textes courts. C’est comme si, dans ce format-là, que j’aime pourtant beaucoup, j’avais besoin de me sentir attendue, d’être en quelque sorte validée. Les commandes ont aussi l’avantage de vous conduire là où vous ne seriez probablement jamais allé spontanément. Pourquoi ces deux textes ne seraient-ils pas des courts romans ? Qu’est-ce qui fait, pour vous, la différence entre nouvelle et court roman ? On sent très vite, quand on commence à écrire, si un texte porte de quoi être longuement développé ou si, au contraire, il sera comme un petit caillou que l’on a besoin de poser à ce moment-là. Juste un petit caillou qui, avec d’autres, dessinera au fil des ans un chemin d’écriture. De façon plus triviale, et dans la mesure où, comme je le disais, mes nouvelles sont souvent, au départ, le résultat de commandes, je ne me pose pas la question de la longueur. J’envisage d’emblée un récit ramassé, concentré autour d’un motif. Alors que pour un roman, je sais rarement où je vais, ou, en tout cas, comment je vais aller là où j’irai, j’ai en général une vision globale de la nouvelle que j’entame. Du coup, elle s’écrit souvent comme elle est censée se lire, d’une traite, dans un seul et même élan. Le travail de la phrase, lui, est le même qu’il s’agisse d’un roman, d’une nouvelle, d’une pièce de théâtre. J’ai d’ailleurs ce fantasme que mes textes puissent se prendre par n’importe quel bout, n’importe quel passage choisi au hasard et provoquer quelque chose : une émotion, une réflexion.

Dans vos romans, vous pratiquez souvent la construction en parallèle alternant les époques, les générations, les personnages. Le lecteur voit son attention, son implication devoir faire pause à la fin de chaque chapitre. Seriez-vous plus à l’aise dans le 100m. que dans le marathon ?

Je suis effectivement plus à l’aise dans le 100m, c’est évident. Et même quand je cours un (semi) marathon, comme pour À défaut d’Amérique, je gère mon souffle comme pour un sprint. Mais je ne dirais pas que l’attention du lecteur doive pour autant « faire pause » à la fin des chapitres. C’est même, me semble-t-il, tout le contraire. L’alternance des fils narratifs ainsi que leurs chutes très marquées « enclenchent » en quelque sorte les développements à venir. Dans l’idéal, même si ce n’est évidemment pas calculé, on est plus en apnée qu’au repos.

Ces deux nouvelles sont issues d’un recueil inédit, dans lequel on trouve le même prénom dans plusieurs textes, recueil qui est structuré selon les âges de la vie… Comment concevez-vous la "fabrication" d’un recueil ?

Dans le cas de ce recueil en particulier, il s’agit d’une collection de textes écrits au fil des ans et organisés ensuite en un ensemble qui m’a paru cohérent. Les nouvelles des deux premières parties, (L’enfance…, L’adolescence…) ont pour la plupart été écrites avec l’idée de constituer un recueil. La dernière partie (L’entre deux…) est constituée de textes plus récents. Les âges du recueil concernent donc à la fois ceux des personnages et celui de mon travail d’écriture. Quant à Marie, elle est mon double de fiction.

Pour un écrivain qui pratique différents genres littéraires, est-ce que la nouvelle permet une lecture spécifique de l’œuvre ?

Sans aucun doute. Quand je relis ces textes aujourd’hui, je m’aperçois que tous les sujets, tous les motifs présents dans mes romans ont été posés (les fameux cailloux) dans ces formats courts. J’imagine donc que l’on peut ainsi voir se dessiner un fil rouge, une sensibilité particulière, voire une ou deux obsessions…

Dans ces deux nouvelles, quels sont les points récurrents de votre œuvre que l’on pourrait démasquer ?

Pour ce qui est de l’écriture, peut-être les accélérations, la concentration. Du côté des sujets, mon goût pour les trajectoires et dans ces trajectoires, les moments souvent infimes où ça « frotte », où ça se décale, où tout se réorganise sans qu’on en ait toujours conscience alors qu’au bout du compte, le mouvement peut prendre une amplitude incroyable. Dans « La deuxième vie de Jean-François », plus précisément, il est question de chute, de la précarité des choses, thème qui me hante, et de cette tentation de la disparition qui, dans les profondeurs, doit m’habiter pour que je l’explore aussi régulièrement. Je m’intéresse aussi beaucoup aux rapports mère/enfant parce qu’ils me paraissent systématiquement complexes. Même là où il y a énormément d’amour il peut y avoir du poison. Peut-être parce qu’on est mère avec tout ce qu’on est d’autre : une ancienne enfant et son lot de fragilités, une encore enfant de ses parents même morts ou distants, une adulte en proie à divers conflits intérieurs et extérieurs. Ce n’est pas comme si le rôle de mère était une enveloppe vide, à remplir au moment où on le devient. Enfin, j’ai beaucoup exploré, et je n’ai pas fini, la notion d’exil et de survie. Quand j’ai eu des enfants, j’ai pris brutalement conscience du courage et de la lucidité, de la clairvoyance, qu’il avait fallu à mes grands-parents maternels et paternels pour renoncer à une vie construite, plutôt confortable et mettre leur famille à l’abri. C’est l’un des thèmes de À défaut d’Amérique, l’exil et le renoncement, mais aussi ce que ce renoncement peut déclencher en termes de force vitale, de capacité d’adaptation. À défaut d’Amérique, on l’invente, on entretient l’Amérique en soi…

Dans ces deux textes mais aussi dans les autres, quelle est la part de l’autobiographie ?

Dans « Qui vole un œuf » elle est essentielle. Je me rends d’ailleurs compte en répondant à votre question que la nouvelle a souvent été pour moi l’espace de l’autofiction, plutôt que de l’autobiographie. Lorsqu’il est question de Marie, ce n’est pas moi mais mon ressenti, des émotions engrangées, des événements vécus, tout cela réorganisé, remodelé dans la fiction.

Et la part du fait divers ?

Si par fait divers vous entendez ces moments où le monde qui nous entoure, après avoir couvé dans le silence, produit des fièvres, des crises, des ruptures et autres explosions, ils nourrissent naturellement mon travail. Ils sont la respiration, la vibration de l’humain et c’est que je cherche à restituer quand j’écris.

Est-ce une tentation pour le nouvelliste ? Un marche-pied qui lui permet de pallier un manque d’imagination ? L’influence du faits divers condamne-t-il la nouvelle a être dramatique ?

Je ne crois pas que le fait divers soit davantage une tentation, une béquille qu’autre chose. Il y a des écrivains d’imagination pure et il y a ceux qui vont s’emparer du réel et le décaler juste assez, le tordre, le remodeler pour faire fiction. Quant au drame, il n’est pas non plus imposé par le fait divers. C’est un choix de l’auteur. On peut être drôle ou au moins léger sur les sujets les plus graves.

Pour lire les nouvelles de Carole Zalberg, commandez Brèves 98

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