Pas de roman, bonne nouvelle !

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samedi, février 15 2014

IL Y A 32 ANS, chez l'épicier

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mercredi, février 5 2014

LE ROCHER D'ABRAHAM

LE ROCHER D’ABRAHAM, Georges Rose
Éditions du Petit Pavé, mars 2013, 131 pages, 14 euros.

petit pavéDocteur en ethnologie, Georges Rose a écrit de nombreux recueils de poèmes et de nouvelles, des récits, des pièces de théâtre, etc. Il a obtenu plusieurs prix de poésie. Il « pratique et enseigne le Taï Chi Chuan, art interne et poétique du geste », comme l’indique le site de l’un de ses éditeurs, les Éditions Henry.

Vingt-trois nouvelles ; des titres brefs, qui évoquent des personnes (Le tailleur, Le directeur, Les peintres …), parfois désignées par leurs prénoms (Adonis et Daphné, Solange et Marthe), des lieux (Au théâtre, Dans le métro, Dans la rue …). Des phrases courtes le plus souvent. Le texte avance, d’ellipse en ellipse ; et souvent, en quelques lignes, en quelques pages, l’auteur nous fait parcourir des années, des décennies, toute une vie. Des notations fines, précises ; une psychologue très fouillée, présentée par petites touches successives, qui se renforcent les unes les autres, qui parfois se contredisent. Des personnages qui se regardent, qui se frôlent, qui parfois vivent ensemble, se caressent, se pénètrent, avec une espèce de brutalité douce et respectueuse, qui parfois s’aperçoivent à peine, se perdent de vue, se retrouvent ou ne se retrouvent pas : « Chacun parle sa propre langue, son propre corps, sa propre nuit. » Un univers feutré, sensuel, rude, chaleureux. On pourrait penser à la peinture : impressionnisme, pointillisme ; au monde du spectacle (une nouvelle s’intitule Au théâtre) : les personnages sont souvent des artistes, acteurs, musiciens (ils jouent Bach, Beethoven …) ; des sportifs aussi : il y a de très belles pages sur la montagne, l’alpinisme.

Ils sont dans la vie, ou ils sont hors de la vie, à côté, comme le psychanalyste de la nouvelle la plus profonde, la plus riche, qui découvre ou croit découvrir que Freud s’est trompé : le complexe d’Œdipe c’est en réalité Le complexe d’Oreste, et ce ne sont pas les fils qui ont envie de coucher avec leur mère mais les mères qui ont envie de coucher avec leur fils Et les lieux sont ce qu’ils sont : le métro, c’est bien le métro ; mais en même temps ils sont autre chose, non pas symboles ou allégories, mais bel et bien autre chose : le métro est vide, la ville aussi, la terre entière sans doute : « Tout y était sauf les gens. C’était peut-être cela la mort. »

Mais l’univers existe-t-il ? est-il ce qu’il semble être ? « Le monde n’est qu’une fenêtre ». Après la mort d’une femme, une autre femme a envie de demander à une amie : « Tu crois que le monde est une illusion ? Nous tous ? »

Jean-Loup Martin

vendredi, janvier 31 2014

INVENTAIRE DE LA NOUVELLE

!!Un outil indispensable

godenne repertoire

jeudi, janvier 30 2014

DERRIERE MOI

Derrière moi, Bérengère Deprez
éditions Luce Wilquin, 192 pages, 19 €

DERRIERE MOIVoici vingt-six nouvelles brèves qui auraient pu, tout aussi bien, être réunies en volume sous le titre d'une autre nouvelle (« Les portraits ») que celle, éponyme (« Derrière moi »).

C'est peu dire que le rapport entretenu par l'auteur avec ses personnages est essentiel. Qu'elle condamne leur lâcheté face à la pédophilie (« Douleur brouillard ») ou qu'elle s'attendrisse devant l'épouse qui transgresse l'ordre dominical et paternaliste de la routine conjugale (« Les coupons »), c'est toujours avec la même émotion (parfois amusée : « Tout de même, c'est aux cuisses de mon aïeule que notre famille dut ses quartiers de noblesse. » (« Les portraits »), parfois indignée : « Combien, dans ce pays, combien, dans tous les autres, de ces morts qui sommeillent, à six pieds sous terre, sous nos pas, quand nous avons les yeux emplis de la beauté du jour et cherchons, en contrebas, dans un trou de verdure, un filet d'eau qui court sous les branches ? » (« Un trou de verdure ») qui sourd de ces textes empreints d'une humanité parfois passablement tragique. Ces portraits sont avant tout féminins, de la fillette à l'aïeule, brossés avec humour et tendresse. Mais les hommes ne sont pas oubliés pour autant. Et chacun en prend pour son grade. La jalousie féminine (« 7x7labonne.com ») autant que la cruauté de certains hommes (« Croix de mât ») ou leur machisme (« je-promène-mes-couilles-il-faut-bien-qu'elles-prennent-l'air » « Derrière-moi » ). Et le voyeurisme des deux sexes. Les animaux fournissent un riche bestiaire. On croise, dans ces textes, un mulet, une crème de chien, un cheval qui pète, un chat à qui s'identifier (« Au jour, à l'heure, tu seras moi, et je serai toi. » « Le chat de Rudyard »). Les fables, en effet, ne sont jamais loin : apologue (« Saïd » rappelle cette vérité : le jeune homme doit humilité et respect au vieillard !) ou conte (« Carnaval-Canal » met plaisamment en scène Donna Chiara et ses vingt-neuf enfants dans un palais habité par la famille depuis douze générations). La nouvelle-fait divers (« Circulez ! ») ajoute une touche de pathos en contrepoint à l'humour subtil de l'auteur (« Dieu était un souffleur de verre, certainement. », « Souffleur »). Cette variété de tons fait du recueil une « salade de fruits », selon l'expression de l'auteur, ou une « sorte de feu d'artifice de saveurs et de couleurs » (« Au bouquet romain »). Ce qui revient au même pour le plaisir de langue.
Dans ce livre délicieux, on goûtera l'art de Bérengère Deprez. C'est celui d'un authentique écrivain.DEPREZ Et le compliment n'est pas mince ! Surtout à une époque où l'écriture factuelle, platement journalistique, tient le haut du pavé. Nous avons affaire ici à un auteur qui sait manier le mille-feuille de la langue et en accommoder les codes avec finesse. La langue orale, parfois – car Bérengère Deprez joue également ses gammes dans un registre populaire –, est aussi goûteuse que celle de ce marchand de légumes qui a une excellente raison de détester Mozart : « C'est pas ça qui va me faire vendre mes poireaux et mes salades. » (« Moi, j'aime pas Mozart »)... La petite musique ne nuit pas à la grande. Elle la vaut bien ! Et la nouvelle le roman, non? On en redemande...

michel lamart

lundi, janvier 27 2014

BREVES, il y a 30 ans GAO XING JIANG au sommaire

gaoPremière publication en France

LE REVE SANS FIN

BR 102Dans une récente livraison, Brèves promet au lecteur un "rêve sans fin" à travers la lecture de vingt et une nouvelles réunies par l'écrivain Hubert Haddad.
Écrire une nouvelle est un exercice périlleux. En effet, il faut réussir en peu de lignes à captiver l'attention du lecteur, puis proposer une fin "hors sentiers battus" appelée chute. Cependant, la lecture d'un recueil de ce genre permet de varier les plaisirs et les goûts littéraires. 
Ainsi, on part à la rencontre de personnages improbables : un monstre vert, grâce à François Coupry, ou un peintre allant au bout de son art, inventé par Marc Petit. Parfois, le récit frise avec le fantastique, notamment dans la nouvelle de Georges-Olivier Châteaureynaud dans laquelle un homme retrouve une photo de ses parents dans une brocante, ou dans celle d'Eric Faye qui raconte le calvaire de celui qui entend les pensées intimes de ses semblables suite à une otite mal soignée...

Souvent, les nouvelles proposent des instants poétiques grâce à l'écriture de Jean-Dominique Rey , Serge Pey ou Hugues Simard. Enfin, le lecteur lit de purs moments de fictions: Hubert Haddad raconte une France avec des frontières rétablies et victime d'un accident nucléaire, Christine Balbo narre la petite assemblée improbable de malades réunis autour d'un braséro sur l'esplanade de l'hôpital de Lyon, Anne Mulpas donne la parole à un homme réduit au silence...
Mises bout à bout, toutes ces histoires témoignent d'une impressionnante richesse fictionnelle . En un seul ouvrage, le lecteur est confronté à des styles, des personnages, des lieux (réels ou fantasmés) différents. Dès lors, le sous titre prend tout son sens: "un rêve sans fin" se profile dans l'esprit du lecteur. Son imaginaire est exacerbé, et la phrase d'André Breton prend alors tout son sens:
"Fermez les yeux avant de les ouvrir."

Cet ouvrage collectif est indispensable car la littérature est trop centrée sur le roman. C'est pourquoi il faut saluer cette revue qui non seulement défend l'art de la nouvelle, mais en plus met en avant des auteurs connus et moins connus qui excellent dans cet art difficile.

Virginie Neufville

http://www.myboox.fr/chronique/detail/florilege-de-nouvelles-inedites-59757.html

http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/Breves-no102.html

samedi, janvier 25 2014

LITTERATURE COREENNE

Prends soin de Maman
de Shin Kyung-Sook
Pocket

prends soinUn titre très direct, à l’impératif : prends soin tant qu’il est temps. Se rendre compte à temps. Voilà une leçon, sans leçon de morale. Une mise en garde ? Une maman disparaît et reste introuvable. Cette absence soudaine réveille les consciences... et des culpabilités aussi. La parole est donnée aux membres de la famille, les uns après les autres, et ainsi se déroule le tissu d’une famille comptant sur une maman toujours là, faisant ce qu’elle avait à faire et, de toute façon, il fallait bien que quelqu’un le fasse ce travail-là, n’est-ce pas, et a-t-on toujours le choix ?

shinL’auteure évite habilement l’écueil d’idéaliser cette mère en lui donnant la parole à elle aussi. S’expriment alors quelques remords et quelques regrets, des joies et des satisfactions. Ses réflexions sur la vie, et sur la sienne en particulier, mettent en relief les récits de ses proches, formant un tout. Les cercles de la maison de l’escargot, bouclant la boucle. Comme toujours, il y a plusieurs niveaux de lecture. Un des plus plaisants et qui font sourire, traite des remarques faites par maman sur son couple. Cette femme est analphabète, ce qui ne l’empêche pas d’être lucide, ironique et d’avoir beaucoup d’humour. Sa façon de rire de son mari est sans méchanceté, même s’il en prend pour son grade... Que de perspicacité et finesse le regard critique, mais tendre sur l’époux. Lui, dans la rue, il marche vite, trop vite pour elle, et elle : « Je ne te demande pas de me donner la main, juste de ralentir ! Tu seras bien avancé si tu me perds ! » (page 152). C’est bien de cela dont il pouvait être question, se perdre, ou que l'autre vous perde... Persuadée qu’il serait infiniment préférable qu’il parte (i.e. meure) avant elle, ne serait-ce que de quelques jours, elle le met en garde : « Personne n’aura envie d’héberger un vieux qui n’est pas causant et qui pue, par-dessus le marché. Il paraît qu’on reconnaît une maison où il y a un vieux dès qu’on aborde l’entrée. A cause de l’odeur. Les femmes encore, elles s’en tirent... ... Même si tu as envie, ne vis pas plus vieux que moi. Je t’enterrerai bien comme il faut, et puis je te rejoindrai... En attendant ce jour-là, ne te fais pas de souci » (page 148).

Les événements prendront cependant une tournure un peu différente, mais il reste une femme qui prend son destin en main, même s’il est tard, très tard.


• Un prochain numéro de la revue Brèves sera entièrement consacré aux nouvellistes coréens contemporains. avec des nouvelles inédites en français traduites par N. Juttet de : Song Sokje, Oh Jung-Hi,Kong Jiyeong, Kim Miwol, Kim Un-su, Kim Jung-hyuk. (à paraitre deuxième semestre 2014)

• A noter au catalogue de l'Atelier du Gué le conte de l'écrivain coréen Kim Dong NI : Tableau de Sabbat

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