Pas de roman, bonne nouvelle !

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mardi, juillet 29 2014

ENTRETIEN avec ALAIN ABSIRE et CHRISTINE BINI à propos de son dernier recueil de nouvelles "Tout le monde s'aime"

SIX QUESTIONS A ALAIN ABSIRE

A TOUT LE MONDE S AIME"Tout le monde s'aime'', la nouvelle qui donne son titre au recueil, est proposée en deux parties : "L'épidémie" et "La thérapie". L'amour y est considéré comme une maladie de l'éros, l'héroïne porte le nom biblique d'Eva, et un prêtre conclut son homélie en bredouillant sur la volonté de Dieu. Ce texte penche, me semble-t-il, vers le conte ou la fable. Quelle était votre intention en imaginant les ravages de ce virus ?

Tout est parti de ma volonté de ne plus écrire désormais que des histoires d'amour. Parce que, là où j'en suis de ma vie d'homme et d'écrivain, il m'apparaît que tel est bien le moteur du monde, tant à l'échelle individuelle que collective. Après avoir beaucoup travaillé sur la solitude et l'effroi, en particulier généré par l'iconographie chrétienne si friande de supplices et autres châtiments éternels, il était temps que j'envisage ce qui peut nous sauver, nous pauvres êtres humains de l'impuissance, de l'abandon et de la peur de ne plus être vivants un de ces jours. Je suis donc parti pour cette nouvelle d'un cas extrême : une sorte de VIH de l'amour fou qui dérègle absolument toute la société et les rapports humains qui la sous-tendent. On commence, au début du recueil, par... l'épidémie : le mal se déclenche, se répand sur Paris, la France, la terre entière, tous sont frappés. Nul n'en réchappera. Pour en venir, à la fin du livre dans un second épisode, à la seule thérapie possible : l'acceptation toute simple du plaisir. Bien sûr l'héroïne, si l'on peut dénommer ainsi Eva, est l'égale de la première femme. Et, alors que dans la Bible, c'est elle qui apporte le malheur, ici, c'est par elle que surgit le bonheur : le mal, jugé tout d'abord effroyable, est la grande chance de l'humanité. Il est quand même préférable que les peuples de la terre se fassent l'amour plutôt que la guerre !

Si l'amour est le fil conducteur de votre recueil, il se manifeste sous différents aspects qui ont très peu à voir avec le sentiment amoureux, sauf dans deux nouvelles. Comment définiriez-vous les formes de l'amour que vous évoquez dans le le recueil ? Et où situeriez-vous l'agapê ?

D'abord, à l'image de la foi, il me semble que l'amour se conquiert, que c'est le fruit d'un combat continuel. On croit que l'amour est "donné" ou "inné" entre deux êtres passionnés. En réalité, ce qui en fait la force et la solidité c'est que, si l'on veut aimer l'autre pour lui-même et qu'il vous aime pareillement, il faut prendre une certaine distance quant à ses propres modes de pensée et d'action égocentriques. Ce désinvestissement envers soi-même va bien au-delà du désir (l'éros) qui est une manifestation spontanée dont la fragilité et la contingence sont avérées, et au-delà de l'empathie intellectuelle et de l'enrichissement personnel qui peut en découler jusqu'à atteindre une forme de vampirisme comme dans l'avant-dernière nouvelle. Parlons plutôt de l'amour pour l'amour... entièrement tourné vers l'autre, vers le bonheur et le bien-être de l'autre. Avant de parvenir à cet idéal dans la dernière et brève nouvelle, il faut bien emprunter des chemins tortueux semés de mirages et de pièges.

A la lecture de votre recueil on est frappé par l'adéquation entre le style et le fond : la voix de l'assassin de John Lennon, le ton des lettres du vieillard japonais, la précision des comptes et des règlements des concours canins... Vous avez fait du théâtre, je crois. Travaillez-vous votre écriture comme un comédien travaille son texte ?

Plus que le travail sur le texte à proprement parler, c'est le personnage et la situation, envisagés à chaque fois dans leur contexte spécifique, qui m'intéressent. En ce sens, il est exact que le métier de comédien que j'ai appris et pratiqué dans ma jeunesse est déterminant. C'est la leçon de Stanislavski : comment "devenir" le personnage dans la peau duquel il convient de se glisser ? Pour cela, observons-le, écoutons-le parler, imprégnons-nous de son mode de pensée qui vient de son histoire personnelle, de son éducation, de son époque, de son milieu, et restituons de manière vraisemblable le décor dans lequel il vit... J'adore le genre de la nouvelle pour cela : son format "court" permet de passer d'un style a l'autre dans le seul intérêt du texte. Il est possible des lors de prendre des risques en matière d'écriture. C'est l'émergence de l'auteur-caméléon. En aucun cas le roman ne remplit cette fonction de laboratoire, le ton général y est établi des les premières pages et, sauf exception, une fois pour toutes.

Vous avez publié de nombreux romans avant d'écrire des nouvelles. Abordez-vous des thèmes différents dans les textes courts et les romans ?Comment bâtissez-vous vos recueils ?

La nouvelle me repose du roman. Une fois l'idée directrice décelée, l'écriture va en général assez vite et c'est plutôt jouissif en raison de cet aspect ludique dont je parlais précédemment. Une nouvelle ratée, on la recommence autrement ou on l'abandonne, le roman c'est autre chose : une aventure au long cours au terme de laquelle on n'est jamais certain d'arriver. Au niveau des thèmes, la recherche est complémentaire, d'un genre à l'autre. Je me suis souvent servi de la nouvelle comme d'une répétition ou d'une approche pour le roman. L'inverse peut aussi être vrai : j'ai d'abord travaillé "Ce soir je tue John Lennon" dans la perspective d'en faire un roman. Jusqu'a ce qu'il m'apparaisse que le format court avait plus de crédibilité et de force. Quant à la construction de mes recueils, même si chaque nouvelle a sa vie propre, chacun se construit selon une idée directrice : le cycle de la vie, la cuisine italienne, l'amour, etc. Naturellement, tous mes recueils se complètent et se répondent les uns aux autres. Comme mes romans d'ailleurs. Sur plus de trente livres, l'ensemble construit un tout évolutif que j'espère cohérent.

Comment définiriez-vous votre univers d'écrivain ? Réaliste ? Sociologique ? Totalement imaginaire ?

Un peu tout cela à la fois. Je crois aux vertus du réalisme pour accéder à la vraisemblance et donc faciliter l'implication du lecteur. Je crois aussi à l'imaginaire : des nouvelles comme "Tout le monde s'aime" ou "Un amour immortel (I)" le prouvent. Mais je puise aussi beaucoup d'idées dans la vie courante. Ainsi ai- je rencontré il y a longtemps la mère et le fils de "Maman dort encore" et je fréquente régulièrement les concours canins avec ma chienne Gawa que j'aimerais voir championne de France de sa race.

Vous allez publier un roman chez Gallimard très prochainement. Pourriez-vous nous en révéler le sujet ?

"Mon sommeil sera paisible" est une histoire d'amour évidemment, mais un peu particulière puisque je l'ai construite autour de la céroplastie a l'époque de la révolution française, lorsque les cabinets de curiosités exposaient les moulages en cire réalisés sur les têtes des guillotinés. C'est un roman sur le pouvoir apaisant, voire rédempteur, du toucher. On y découvre un Robespierre à la recherche de son propre salut. Une quête dans le prolongement de "Lazare ou le Grand sommeil" et de " Deux personnages sur un lit avec témoins", mon roman sur le peintre Francis Bacon. C'est comme une trilogie commencée il y a trente ans et dans laquelle la lumière finirait par l'emporter sur l'obscurité

TOUT LE MONDE S'AIME

Tout le monde s’aime, par Alain Absire
nouvelles, éditions Pierre-Guillaume De Roux, janvier 2014, 224 pages.

ABSIREAmour, amour, quand tu nous tiens… Chez Alain Absire, l’amour nous tient et l’amour va, tourne et flambe, fait tours et détours, présent toujours, ardu parfois. Merveilleux thème décliné en 9 nouvelles mais 11 textes : l’amour parfois ne sait pas tenir ses comptes. Commençons par les textes les plus poignants, et sans doute les plus dérangeants : amour maternel et amour filial. Dans la première nouvelle, au titre glaçant – L’Enfant dans la valise – une Italienne veut croire au miracle, veut croire que son bébé n’est pas mort. Dans la nouvelle suivante – Maman dort encore – c’est le fils qui ne peut « comprendre » la mort de sa mère. Le premier amour, semble nous dire Alain Absire, tient au lien maternel et filial. Qu’il y ait du dérangement mental chez l’un ou l’autre des protagonistes de ces deux nouvelles ne change pas grand chose à la vérité qui s’affirme ici : le cœur bat, d’abord, pour sa propre chair, celle à qui l’on donne le jour et celle qui vous a enfanté. Et à la toute fin, lorsque vient la vieillesse, c’est encore l’amour qui s’exprime. Dans Éloge de l’amour au grand âge, le vieux Sata Okachirô brûle pour Dame Eiko. Cet amour-là naît dans une maison de retraite japonaise. « Éloge », oui, de l’amour, ou de la tendresse, ou de la poésie, tous ces termes prenant soudain sens dans ce texte écrit au cordeau, et respectant les codes extrême-orientaux.

Car Alain Absire tresse la langue française selon les thèmes qu’il explore. Une nouvelle, c’est comme une miniature. On prend soin de ce que l’on raconte, et l’on prend soin de la manière de raconter. Lorsque, dans Ce soir je tue John Lennon, la voix de l’assassin se fait entendre, elle sonne juste, de façon terrifiante. La nouvelle prend la forme d’un journal intime, en date du 8 décembre 1980, et le déroulé des heures s’inscrit de façon sinistre dans un décompte qui nous conduit à une fin que nous connaissons. Les faits sont avérés, les pensées de l’assassin reconstituées, imaginées, revisitées. Amour ? Où est l’amour dans l’assassinat de Lennon ? Dans le(s) mobile(s) et la folie. Amour fou. Plus en amont dans le recueil, dans Tancredi ou les miroirs du Palazzo Gangi, Visconti râle. Nous sommes sur les lieux du tournage du Guépard, au moment de la scène du bal. Les maquillages des figurantes coulent, Burt Lancaster boite, Delon vole d’un plateau à l’autre, Claudia Cardinale papillonne et minaude, à sa façon. Amour ? Bien sûr, amour… mâtiné d’arrivisme et de revanche sociale.

Imaginons… Imaginons qu’une épidémie déploie des miasmes érotiques… Le 24 juin – le jour de la saint Jean-Baptiste, le jour le plus long, la nuit la plus courte, cette date n’a pas été choisie au hasard – « apparurent de façon claire et quasi généralisée ce qu’il est convenu d’appeler désormais : ‟ Les signes cliniques avérés d’hypersexualité compulsive généralisée” ». Éva, neuropsychiatre en charge de la crise, résistera-t-elle au virus ? L’amour, c’est aussi du sexe et du plaisir. Transes irrésistibles au jardin du Luxembourg, et retrouvailles inattendues… La nouvelle Tout le monde s’aime, qui donne son titre au recueil, se déploie en deux épisodes, de même que Un amour immortel.

L’amour, la mort – la petite mort ? L’amor ? –, voilà ce que les hommes et les femmes partagent invariablement, sous toutes les latitudes et à toutes les époques, ou presque. Le lecteur explorera dans ce recueil quelques sentiers détournés du sentiment, dont nous ne donnons ici qu’une infime perspective. Dans Tout le monde s’aime, on croise aussi Joseph et Marie, on file vers les Caraïbes… Alain Absire dresse une sorte de « carte du tendre » biseautée, redessinée et surprenante.

Chrisitine Bini

VIOLENCES

Violences, par Brigitte Aubonnet
nouvelles, éd. Le Bruit des autres, mai 2014, 176 pages.

AUBONNETBrigitte Aubonnet les met au pluriel, les violences. En sept nouvelles denses, elle écrit au présent des histoires de notre présent violent. Mais il n’est pas question de sang, de meurtre, d’agression. Enfin, si, mais de manière plus subtile, et plus angoissante. Il s’agit de frôler au plus près ce que notre société du quotidien dérègle dans les actions et réactions de chacun.

Les femmes entre elles, par exemple. Deux amies partagent un temps de vacances et découvrent au fin fond du désert, dans ce qui aurait dû être un interlude de calme et de sérénité, que les bassesses de la vie de bureau ressurgissent. Vacances gâchées, mais prise de conscience. Deux amies, encore, elles aussi en vacances, Laurence et Muriel, tombent dans un « Piège » : « Monique et Georges sont charmants, à la limite du trop… ». Une fille et sa mère, la fille honteuse, la mère sur la voie de la déchéance ; et leur destin suivant une course inverse, ascendante pour l’une, terrifiante pour l’autre. Comment se réconcilier ?

Il y a, chez Brigitte Aubonnet, une attention portée à l’humain broyé par la grande machinerie de l’inéluctable. Les petites vies évoquées dans ses nouvelles acquièrent une valeur dans le sursaut. Dans le texte intitulé « Les Boutons », deux femmes, là encore, se trouvent. On serait tenté de dire : se trouvent enfin. La vieillesse et la solitude – la solitude de la vieillesse – ne sont plus des freins à la rencontre. C’est le lien solidaire, soudain accepté et reconnu, qui remodèle un schéma écrit d’avance, croyait-on. Les paysages de chaleur – le pourtour méditerranéen, sur l’une ou l’autre rive, la française ou la maghrébine – brûlent d’élans entravés et finalement acceptés. C’est l’ouvrier marocain parti travailler en France et qui rentre au pays après quinze ans d’exil, parce qu’il faut se marier. « Les youyous éclatent. C’est la fête. Le soleil écrase. La famille aussi ». C’est une jeune Algérienne qui correspond avec un prisonnier et partage avec lui son amour pour la peinture de Monnet, et qui doit cesser sa correspondance parce que son ami n’est pas d’accord, « est entré dans une colère terrible ». Elle ajoute « J’ai cru qu’il allait me frapper. Il n’a pas osé, heureusement, mais il m’a dit des choses horribles ». Elle est là, la violence. Pas dans les coups, mais dans l’éventualité des coups. Et dans les blessures infligées au détour d’une conversation, à un carrefour où gît une SDF, dans une montre offerte. Entre autres.

L’écriture de Brigitte Aubonnet est rapide, presque lapidaire. Un coup de fouet à chaque phrase. « La beauté. L’émerveillement. Les pas, les pensées. Peu de paroles ». Ou encore, ailleurs : « Elle travaille sur les marchés chaque week-end pour son autonomie ». C’est là une écriture d’évidence, sans emberlificotage. Une écriture qui colle au sujet et aux personnages. Une urgence dans le constat. Un soin empathique à modeler sa phrase. Violences est le recueil d’un écrivain sensible.

Christine Bini

dimanche, juillet 20 2014

En souscription CELESTIN FREINET

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En souscription CELESTIN FREINET

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En souscription CELESTIN FREINET

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vendredi, juillet 4 2014

FRÉDÉRICK, par Thierry-Clair-Victor

FRÉDÉRICK
Thierry Clair-Victor, Éditions de Soledade, 8€
(uniquement par correspondance, 6 bis, rue Boyer 75020 Paris).

Une tradition bien ancrée dans le roman français du XIXe siècle consiste à intituler l'œuvre par le prénom du protagoniste: voyez Delphine (Madame de Staël, 1802) ou Marthe (Huysmans, 1876) par exemple... Le roman d'apprentissage en est friand. Il déploie, en général, un arrière-plan politique qui trame le décor et les préoccupations des personnages. Ainsi Delphine renvoie à la Révolution. Tout comme Nanon (George Sand, 1872 – laquelle récidive avec régularité depuis Valentine, 1832; Lélia, 1833; Jacques, 1834; André, 1835; Simon, 1836...). Il semble que la période romantique ait été une période faste. Sans doute une étude systématique de cette particularité produirait-elle une réflexion féconde sur cette tendance...



FRÉDÉRICK
La longue nouvelle de Thierry Clair-Victor répond aux trois caractérisants évoqués ci-dessus: c'est un texte d'apprentissage, son héros éponyme s'appelle Frédérick et ses préoccupations sont à la fois amoureuses, littéraires et politiques. L'action est à Paris, avant les années Mitterrand. L'amour est l'avers de la médaille anarchisante dont se pare ce curieux héros en quête d'une identité qui se révélera dans la mort : « J'ai commencé à vivre le jour où j'ai compris que j'allais mourir », notera Frédérick en entête de son journal. » Tel est l'incipit. L'amour se décline entre figures féminines (Coriandre, cousine de Virginie, Virginie et « les amours de complaisances » - I., D. ou Sophie), la tentation homo (Coriandre lui permet de vaincre « sa peur vis-à-vis de l'homosexualité ») et le narcissisme (il envoie à Virginie un texte d'H. F. Thiefaine qui se clôt par « Je n'ai jamais aimé que moi »). L'amitié passe par Louis (son tuteur car Frédérick est orphelin depuis l'âge de cinq ans), R.C. (un poète sans ambition par rapport à ses poèmes), Nil qui le fascine et envisage le suicide, D. (« il était doux... »). L'amour au goût de bourgeoisie, c'est la mort de l'amour. Cette classe abhorrée « se vautre trop dans l'abject et le faux pour pouvoir garder une certaine pureté. » De plus, elle déteste l'amour, « génitrice ou mal baiseuse. » Pour Frédérick, « L'amour, la plénitude des jours. ».

La littérature, l'art et la philosophie surfilent le texte. La référence au code culturel crée le lien affectif ou le dissout. Le Théâtre, pour Frédérick, c'est Don Juan de Montherlant et Caligula de Camus (mort faisant le trottoir et absurde! ). Le cinéma, c'est Fellini (Satyricon) et Bunuel. L'art, ce sont les cours de dessin, les expos (Picasso) et les cartes postales (Van Gogh, Vlamink), Monet aussi. La littérature est un remède « Quand Frédérick seul s'ennuyait il retournait aux livres. » On s'échange des conseils de lecture. Les mêmes écrivains reviennent. Sartre, Aragon, Baudelaire et les poètes romantiques : Nerval, Lautréamont... Nietzsche est la référence philosophique majeure. Zarathoustra est un « surlivre » pour Coriandre. La musique? Uniquement Chopin.

La politique, c'est l'extrémisme. Terrorisme et Bande à Baader. On le traite de fasciste quand il veut prendre les armes mais il n'en a pas le courage. Il a peur de l'engagement : « En décidant de tuer, il se disait qu'il répondrait au nom des libertés spoliées. » Pour Frédérick, « Accepter l'état c'est accepter la loi. » Autrement dit, la mort. Il considère que « Les pays de l'Est, avec leurs structures moins industrialisées, auraient plus de chance de réussir un véritable changement politique. » Il hait la morale chrétienne : « En Amérique du sud, la torture sous le regard de l'église. ».

Thierry Clair-Victor, né en 1960, a écrit son texte entre 1976 et 1982. Fiction de jeunesse et d'excès? Soit! Guère irréprochable sur le plan de la construction? D'accord ! Mais profondément vrai dans sa désespérance. De plus, il est servi par un style étonnant de maturité, coulé dans des phrases courtes, de préférence nominales. Ce qui donne à la narration sa rapidité. On passe du récit à la troisième personne (narrateur) au récit à la première personne (extraits de Journal et Correspondance). On songe parfois à Vailland (quoique son Frédéric est communiste et que la Révolution, pour eux, n'a pas eu lieu !). Par l'art de la formule (« Il est rare de trouver un interlocuteur à son Moi. »).



À défaut, offrons à l'auteur les lecteurs qu'il mérite !

michel lamart

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