Pas de roman, bonne nouvelle !

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jeudi, juillet 2 2015

Vive La Poste

LA POSTE NOUS TUE !

ENVOIS PRESSE Il faut que l’on conte un nouvel épisode de la guerre croquignolesque que nous menons face à la Poste. Cela dure depuis des mois, des années... Brèves avait jadis un n° de CPPAP, ce qui lui permettait d’avoir un tarif presse réduit pour ses envois. Du temps de Raffarin, cet agrément nous a été supprimé (comme à la plupart des petites revues), ce qui nous a obligés à utiliser le tarif lettre et à multiplier par 4 ou 5 notre budget envoi. Devant une telle situation injuste, la Poste a fini par admettre qu’une nouvelle offre pouvait voir le jour et a mis en place un nouveau tarif pour les revues : Publissimo Esprit libre (plus cher que l’ancien tarif presse mais plus avantageux que le tarif lettre). Ouf ! enfin nous allions pouvoir consacrer nos maigres subventions à autre chose qu’à payer la Poste. Et bien non ! Notre dossier de demande d’admission au tarif Publissimo a été retoqué au prétexte que nous avions, en plus d’un n° ISSN... un n° ISBN. Et pour la Poste avoir un ISBN (pourtant obligatoire pour être recensé dans les bases de données professionnelles, et donc être commandé par les libraires et bibliothèques) signifiait que Brèves était... un livre et pas une revue. Elle ne pouvait donc pas prétendre à ce fameux tarif réduit. Encore des années de protestation et de réclamations… Au mois de mars, suite à la mobilisation des revues, des lettres au CNL, à Ent’revues, de l’Arcep (Autorité de régulation de la Poste), l’intervention du Syndicat de la presse culturelle, etc, la Poste est revenue sur sa décision et a enfin admis que les revues détentrice d’un ISBN pouvaient également bénéficier du tarif réduit Publissimo. __Prévenez tous vos amis revuistes de l’existence du Publissimo. Toutes les revues munies d’un n° ISSN ont droit à ce tarif. https://www.extranet.presse-poste.com/offres/offre-publissimo-esprit-libre

AUTRES CHOSES BONNES A SVOIR A PROPOS DE LA POSTE

La Poste est signataire du Service Postal Universel. A ce titre elle est tenue de respecter certaines obligations en matière de tarification et de services. http://legroupe.laposte.fr/Profil/Les-missions-de-service-public/Le-Service-Universel-Postal

LE SAC DE LIVRES La Poste rechigne et évite de le proposer. Mais il semble bel et bien toujours exister puisque certains éditeurs (chanceux !) m’assurent toujours l’utiliser. L’offre Sac de Livres est exclusivement réservée aux éditeurs pour leurs envois de livres à destination de professionnels (ex. Libraire) ou Editeurs de livres. Elle se caractérise par les points suivants : offre non contractuelle, sans suivi, ni signature à la livraison.Nécessité d’utiliser les sacs La Poste : sacs postaux en jute disponibles par lot de 20 sacs au prix de 16 € TTC le lot. Il sont valables sur les tranches de poids : de 5 à 25 kg. Délais économiques d’acheminement : 3 à 5 jours (délai indicatif) pour le national, deux niveaux de service pour l’Outre Mer (Prioritaire : 5 à 7 jours et Economique : 25 à 30 jours) Voici les étapes à suivre pour passer commande de vos Sacs de Livres : le Bon de Commande Sacs de Livres est à disposition sur Internet  www.coliposte.fr Cliquez sur « Entrer » dans l’espace Entreprise (encart violet), Cliquez sur « Découvrez nos produits » (dans l’encart violet « Expédier des colis ») Puis sur le lien Commandez vos Sacs de livres. Téléchargez le bon de commande pour pouvoir le remplir sur votre ordinateur puis adressez-le par mail à l’Administration des Ventes de La Poste : Support.adv@laposte.fr Un numéro d’agrément ainsi qu’un numéro de client vous seront attribués et communiqués en même temps que le mail de confirmation de votre commande. Si vous ne disposez pas d’un accès à Internet, votre interlocuteur commercial sera votre bureau habituel qui pourra imprimer le bon de commande. Une fois complété, il vous suffira de le faxer à l’ADV ColiPoste au : 01 48 15 07 77. Joindre au sac une étiquette bleue ( tarif économique) contenant les informations pour l’acheminement et l’affranchissement. Ne pas oublier les documents douaniers pour les envois vers l’Outre-mer ainsi que la mention du niveau de service. L’étiquette réalisée par vos soins, doit être rectangulaire, confectionnée sur un support rigide (carton ou plastique) pourvu d’un œillet et doit porter la mention « A ne pas ouvrir par le service postal » Tout cela vous paraît compliqué ? ou au contraire, vous êtes près du fou-rire ? Sachez que votre Postière préférée saura vous tenir la main. Tarifs (à titre indicatif) en € - Poids Tarif/sac en 2012 par tranche de 5 kg jusqu’à 25 kg (: de 4,90 à 24,00.€ (voir tarif en cours auprès de votre bureau). (sources - La Poste / Coliposte) Pour mémoire rappelons que c’est à la suite de notre pétition de 2009 qui avait réunie plus de 9000 « gens du livre» que le sac de livre avait été réintroduit dans l’offre de la Poste.

ENVOIS DE LIVRES ET BROCHURES A L'ETRANGER A TARIF REDUIT http://www.laposte.fr/entreprise/produits-et-services/livres-et-brochures

ENVOIS DE LIVRE EN FRANCE au tarif lettre verte (jusqu’à 250 gr) Economique. Une lettre est un pli privé et aucun agent n’a le droit de vous interroger sur son contenu ni de vous la faire ouvrir. Par contre il peut vous la refuser si elle fait plus de 3 cm d’épaisseur. (dernière invention - abusive ? - de la Poste). Vous pouvez en toute légalité envoyer des livres au tarif lettre verte et refuser les emballages spéciaux vendus dans les bureaux de postes. Comparez les prix !

EN 2011 LA POSTE A ETE CONDAMNEE à payer UN MILLION d’euros à l’Arcep pour non respect du Service Postal Universel

ARCEP (Autorité de régulation de la Poste) Chacun peut saisir l’Arcep soit via le site www.mediateur-telecom.fr soit à l'adresse suivante (par lettre simple) : Le médiateur des communications électroniques Arcep - 01 40 47 70 00 7 Square Max Hymans, 75730 Paris

En conclusion, les tarifs sont devenus si exhorbitants que beaucoup de revues cessent de paraître. Et les postiers interrogés ne sont guère optimistes pour l’avenir. Voilà ce qui arrive quand on se laisse dépouiller de ses services publics, qu’on les abandonne à ces choses barbares qu’on appelle des «EPIC» «Etablissement public d’intérêt commercial» comme est devenue la Poste... Intérêt commercial... c’est tout dire !

mardi, juillet 29 2014

ENTRETIEN avec ALAIN ABSIRE et CHRISTINE BINI à propos de son dernier recueil de nouvelles "Tout le monde s'aime"

SIX QUESTIONS A ALAIN ABSIRE

A TOUT LE MONDE S AIME"Tout le monde s'aime'', la nouvelle qui donne son titre au recueil, est proposée en deux parties : "L'épidémie" et "La thérapie". L'amour y est considéré comme une maladie de l'éros, l'héroïne porte le nom biblique d'Eva, et un prêtre conclut son homélie en bredouillant sur la volonté de Dieu. Ce texte penche, me semble-t-il, vers le conte ou la fable. Quelle était votre intention en imaginant les ravages de ce virus ?

Tout est parti de ma volonté de ne plus écrire désormais que des histoires d'amour. Parce que, là où j'en suis de ma vie d'homme et d'écrivain, il m'apparaît que tel est bien le moteur du monde, tant à l'échelle individuelle que collective. Après avoir beaucoup travaillé sur la solitude et l'effroi, en particulier généré par l'iconographie chrétienne si friande de supplices et autres châtiments éternels, il était temps que j'envisage ce qui peut nous sauver, nous pauvres êtres humains de l'impuissance, de l'abandon et de la peur de ne plus être vivants un de ces jours. Je suis donc parti pour cette nouvelle d'un cas extrême : une sorte de VIH de l'amour fou qui dérègle absolument toute la société et les rapports humains qui la sous-tendent. On commence, au début du recueil, par... l'épidémie : le mal se déclenche, se répand sur Paris, la France, la terre entière, tous sont frappés. Nul n'en réchappera. Pour en venir, à la fin du livre dans un second épisode, à la seule thérapie possible : l'acceptation toute simple du plaisir. Bien sûr l'héroïne, si l'on peut dénommer ainsi Eva, est l'égale de la première femme. Et, alors que dans la Bible, c'est elle qui apporte le malheur, ici, c'est par elle que surgit le bonheur : le mal, jugé tout d'abord effroyable, est la grande chance de l'humanité. Il est quand même préférable que les peuples de la terre se fassent l'amour plutôt que la guerre !

Si l'amour est le fil conducteur de votre recueil, il se manifeste sous différents aspects qui ont très peu à voir avec le sentiment amoureux, sauf dans deux nouvelles. Comment définiriez-vous les formes de l'amour que vous évoquez dans le le recueil ? Et où situeriez-vous l'agapê ?

D'abord, à l'image de la foi, il me semble que l'amour se conquiert, que c'est le fruit d'un combat continuel. On croit que l'amour est "donné" ou "inné" entre deux êtres passionnés. En réalité, ce qui en fait la force et la solidité c'est que, si l'on veut aimer l'autre pour lui-même et qu'il vous aime pareillement, il faut prendre une certaine distance quant à ses propres modes de pensée et d'action égocentriques. Ce désinvestissement envers soi-même va bien au-delà du désir (l'éros) qui est une manifestation spontanée dont la fragilité et la contingence sont avérées, et au-delà de l'empathie intellectuelle et de l'enrichissement personnel qui peut en découler jusqu'à atteindre une forme de vampirisme comme dans l'avant-dernière nouvelle. Parlons plutôt de l'amour pour l'amour... entièrement tourné vers l'autre, vers le bonheur et le bien-être de l'autre. Avant de parvenir à cet idéal dans la dernière et brève nouvelle, il faut bien emprunter des chemins tortueux semés de mirages et de pièges.

A la lecture de votre recueil on est frappé par l'adéquation entre le style et le fond : la voix de l'assassin de John Lennon, le ton des lettres du vieillard japonais, la précision des comptes et des règlements des concours canins... Vous avez fait du théâtre, je crois. Travaillez-vous votre écriture comme un comédien travaille son texte ?

Plus que le travail sur le texte à proprement parler, c'est le personnage et la situation, envisagés à chaque fois dans leur contexte spécifique, qui m'intéressent. En ce sens, il est exact que le métier de comédien que j'ai appris et pratiqué dans ma jeunesse est déterminant. C'est la leçon de Stanislavski : comment "devenir" le personnage dans la peau duquel il convient de se glisser ? Pour cela, observons-le, écoutons-le parler, imprégnons-nous de son mode de pensée qui vient de son histoire personnelle, de son éducation, de son époque, de son milieu, et restituons de manière vraisemblable le décor dans lequel il vit... J'adore le genre de la nouvelle pour cela : son format "court" permet de passer d'un style a l'autre dans le seul intérêt du texte. Il est possible des lors de prendre des risques en matière d'écriture. C'est l'émergence de l'auteur-caméléon. En aucun cas le roman ne remplit cette fonction de laboratoire, le ton général y est établi des les premières pages et, sauf exception, une fois pour toutes.

Vous avez publié de nombreux romans avant d'écrire des nouvelles. Abordez-vous des thèmes différents dans les textes courts et les romans ?Comment bâtissez-vous vos recueils ?

La nouvelle me repose du roman. Une fois l'idée directrice décelée, l'écriture va en général assez vite et c'est plutôt jouissif en raison de cet aspect ludique dont je parlais précédemment. Une nouvelle ratée, on la recommence autrement ou on l'abandonne, le roman c'est autre chose : une aventure au long cours au terme de laquelle on n'est jamais certain d'arriver. Au niveau des thèmes, la recherche est complémentaire, d'un genre à l'autre. Je me suis souvent servi de la nouvelle comme d'une répétition ou d'une approche pour le roman. L'inverse peut aussi être vrai : j'ai d'abord travaillé "Ce soir je tue John Lennon" dans la perspective d'en faire un roman. Jusqu'a ce qu'il m'apparaisse que le format court avait plus de crédibilité et de force. Quant à la construction de mes recueils, même si chaque nouvelle a sa vie propre, chacun se construit selon une idée directrice : le cycle de la vie, la cuisine italienne, l'amour, etc. Naturellement, tous mes recueils se complètent et se répondent les uns aux autres. Comme mes romans d'ailleurs. Sur plus de trente livres, l'ensemble construit un tout évolutif que j'espère cohérent.

Comment définiriez-vous votre univers d'écrivain ? Réaliste ? Sociologique ? Totalement imaginaire ?

Un peu tout cela à la fois. Je crois aux vertus du réalisme pour accéder à la vraisemblance et donc faciliter l'implication du lecteur. Je crois aussi à l'imaginaire : des nouvelles comme "Tout le monde s'aime" ou "Un amour immortel (I)" le prouvent. Mais je puise aussi beaucoup d'idées dans la vie courante. Ainsi ai- je rencontré il y a longtemps la mère et le fils de "Maman dort encore" et je fréquente régulièrement les concours canins avec ma chienne Gawa que j'aimerais voir championne de France de sa race.

Vous allez publier un roman chez Gallimard très prochainement. Pourriez-vous nous en révéler le sujet ?

"Mon sommeil sera paisible" est une histoire d'amour évidemment, mais un peu particulière puisque je l'ai construite autour de la céroplastie a l'époque de la révolution française, lorsque les cabinets de curiosités exposaient les moulages en cire réalisés sur les têtes des guillotinés. C'est un roman sur le pouvoir apaisant, voire rédempteur, du toucher. On y découvre un Robespierre à la recherche de son propre salut. Une quête dans le prolongement de "Lazare ou le Grand sommeil" et de " Deux personnages sur un lit avec témoins", mon roman sur le peintre Francis Bacon. C'est comme une trilogie commencée il y a trente ans et dans laquelle la lumière finirait par l'emporter sur l'obscurité

TOUT LE MONDE S'AIME

Tout le monde s’aime, par Alain Absire
nouvelles, éditions Pierre-Guillaume De Roux, janvier 2014, 224 pages.

ABSIREAmour, amour, quand tu nous tiens… Chez Alain Absire, l’amour nous tient et l’amour va, tourne et flambe, fait tours et détours, présent toujours, ardu parfois. Merveilleux thème décliné en 9 nouvelles mais 11 textes : l’amour parfois ne sait pas tenir ses comptes. Commençons par les textes les plus poignants, et sans doute les plus dérangeants : amour maternel et amour filial. Dans la première nouvelle, au titre glaçant – L’Enfant dans la valise – une Italienne veut croire au miracle, veut croire que son bébé n’est pas mort. Dans la nouvelle suivante – Maman dort encore – c’est le fils qui ne peut « comprendre » la mort de sa mère. Le premier amour, semble nous dire Alain Absire, tient au lien maternel et filial. Qu’il y ait du dérangement mental chez l’un ou l’autre des protagonistes de ces deux nouvelles ne change pas grand chose à la vérité qui s’affirme ici : le cœur bat, d’abord, pour sa propre chair, celle à qui l’on donne le jour et celle qui vous a enfanté. Et à la toute fin, lorsque vient la vieillesse, c’est encore l’amour qui s’exprime. Dans Éloge de l’amour au grand âge, le vieux Sata Okachirô brûle pour Dame Eiko. Cet amour-là naît dans une maison de retraite japonaise. « Éloge », oui, de l’amour, ou de la tendresse, ou de la poésie, tous ces termes prenant soudain sens dans ce texte écrit au cordeau, et respectant les codes extrême-orientaux.

Car Alain Absire tresse la langue française selon les thèmes qu’il explore. Une nouvelle, c’est comme une miniature. On prend soin de ce que l’on raconte, et l’on prend soin de la manière de raconter. Lorsque, dans Ce soir je tue John Lennon, la voix de l’assassin se fait entendre, elle sonne juste, de façon terrifiante. La nouvelle prend la forme d’un journal intime, en date du 8 décembre 1980, et le déroulé des heures s’inscrit de façon sinistre dans un décompte qui nous conduit à une fin que nous connaissons. Les faits sont avérés, les pensées de l’assassin reconstituées, imaginées, revisitées. Amour ? Où est l’amour dans l’assassinat de Lennon ? Dans le(s) mobile(s) et la folie. Amour fou. Plus en amont dans le recueil, dans Tancredi ou les miroirs du Palazzo Gangi, Visconti râle. Nous sommes sur les lieux du tournage du Guépard, au moment de la scène du bal. Les maquillages des figurantes coulent, Burt Lancaster boite, Delon vole d’un plateau à l’autre, Claudia Cardinale papillonne et minaude, à sa façon. Amour ? Bien sûr, amour… mâtiné d’arrivisme et de revanche sociale.

Imaginons… Imaginons qu’une épidémie déploie des miasmes érotiques… Le 24 juin – le jour de la saint Jean-Baptiste, le jour le plus long, la nuit la plus courte, cette date n’a pas été choisie au hasard – « apparurent de façon claire et quasi généralisée ce qu’il est convenu d’appeler désormais : ‟ Les signes cliniques avérés d’hypersexualité compulsive généralisée” ». Éva, neuropsychiatre en charge de la crise, résistera-t-elle au virus ? L’amour, c’est aussi du sexe et du plaisir. Transes irrésistibles au jardin du Luxembourg, et retrouvailles inattendues… La nouvelle Tout le monde s’aime, qui donne son titre au recueil, se déploie en deux épisodes, de même que Un amour immortel.

L’amour, la mort – la petite mort ? L’amor ? –, voilà ce que les hommes et les femmes partagent invariablement, sous toutes les latitudes et à toutes les époques, ou presque. Le lecteur explorera dans ce recueil quelques sentiers détournés du sentiment, dont nous ne donnons ici qu’une infime perspective. Dans Tout le monde s’aime, on croise aussi Joseph et Marie, on file vers les Caraïbes… Alain Absire dresse une sorte de « carte du tendre » biseautée, redessinée et surprenante.

Chrisitine Bini

VIOLENCES

Violences, par Brigitte Aubonnet
nouvelles, éd. Le Bruit des autres, mai 2014, 176 pages.

AUBONNETBrigitte Aubonnet les met au pluriel, les violences. En sept nouvelles denses, elle écrit au présent des histoires de notre présent violent. Mais il n’est pas question de sang, de meurtre, d’agression. Enfin, si, mais de manière plus subtile, et plus angoissante. Il s’agit de frôler au plus près ce que notre société du quotidien dérègle dans les actions et réactions de chacun.

Les femmes entre elles, par exemple. Deux amies partagent un temps de vacances et découvrent au fin fond du désert, dans ce qui aurait dû être un interlude de calme et de sérénité, que les bassesses de la vie de bureau ressurgissent. Vacances gâchées, mais prise de conscience. Deux amies, encore, elles aussi en vacances, Laurence et Muriel, tombent dans un « Piège » : « Monique et Georges sont charmants, à la limite du trop… ». Une fille et sa mère, la fille honteuse, la mère sur la voie de la déchéance ; et leur destin suivant une course inverse, ascendante pour l’une, terrifiante pour l’autre. Comment se réconcilier ?

Il y a, chez Brigitte Aubonnet, une attention portée à l’humain broyé par la grande machinerie de l’inéluctable. Les petites vies évoquées dans ses nouvelles acquièrent une valeur dans le sursaut. Dans le texte intitulé « Les Boutons », deux femmes, là encore, se trouvent. On serait tenté de dire : se trouvent enfin. La vieillesse et la solitude – la solitude de la vieillesse – ne sont plus des freins à la rencontre. C’est le lien solidaire, soudain accepté et reconnu, qui remodèle un schéma écrit d’avance, croyait-on. Les paysages de chaleur – le pourtour méditerranéen, sur l’une ou l’autre rive, la française ou la maghrébine – brûlent d’élans entravés et finalement acceptés. C’est l’ouvrier marocain parti travailler en France et qui rentre au pays après quinze ans d’exil, parce qu’il faut se marier. « Les youyous éclatent. C’est la fête. Le soleil écrase. La famille aussi ». C’est une jeune Algérienne qui correspond avec un prisonnier et partage avec lui son amour pour la peinture de Monnet, et qui doit cesser sa correspondance parce que son ami n’est pas d’accord, « est entré dans une colère terrible ». Elle ajoute « J’ai cru qu’il allait me frapper. Il n’a pas osé, heureusement, mais il m’a dit des choses horribles ». Elle est là, la violence. Pas dans les coups, mais dans l’éventualité des coups. Et dans les blessures infligées au détour d’une conversation, à un carrefour où gît une SDF, dans une montre offerte. Entre autres.

L’écriture de Brigitte Aubonnet est rapide, presque lapidaire. Un coup de fouet à chaque phrase. « La beauté. L’émerveillement. Les pas, les pensées. Peu de paroles ». Ou encore, ailleurs : « Elle travaille sur les marchés chaque week-end pour son autonomie ». C’est là une écriture d’évidence, sans emberlificotage. Une écriture qui colle au sujet et aux personnages. Une urgence dans le constat. Un soin empathique à modeler sa phrase. Violences est le recueil d’un écrivain sensible.

Christine Bini

dimanche, juillet 20 2014

En souscription CELESTIN FREINET

•••••••• TOUCHÉ

En souscription CELESTIN FREINET

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En souscription CELESTIN FREINET

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