C’est mon tempérament qui dicte toute la vigueur de mes entrailles sensibles aux éléments et aliments intérieurs et extérieurs. Pas un quelconque talent. Qu’est-ce que cela signifie, un talent ? Cela ne veut rien dire, ne peut rien dire.
Du haut ou du bas de mon je-m’en-foutisme, ou de ma hargne ou de ma contemplation, qui sont état de grâce pour qui n’est pas indifférent aux manifestations de vie, j’officie en mon moi récepteur et émetteur. Le ton est-il heureux ? Pourquoi s’en soucier, quand on est hors d’ambition oratoire, ou prétention littéraire. Ne prendre en considération que le besoin d’échanges directs, de communication, sans recherches, sans calculs, sans concessions ni complaisances ni préséances, rechignant à ces pitreries, picasseries de basse-cour. Se situer exclusivement au service de l’authenticité, de la vérité, de la simplicité. Le fard, le mensonge, les déguisements, la ruse honnête, les décorations grotesques, ne sont que larbineries réfuteuses.
Je ne veux, ni ne sais construire élégamment, ni composer avec habileté. Je ne suis qu’un paysan qui parle à ses frères les hommes, sans forfanterie, ni fantaisie étudiée. Quelquefois avec colère, jamais avec mépris, et toute la courtoisie qui reste en moi intacte devant de si pitoyables constats. Qui parle à ses frères les animaux, les végétaux, avec le même respect de nature, d’un même ton.
Marius Noguès, Putain de sort (inédit).
Cet entretien avec Marius Noguès réalisé par Philippe Geneste a été publié dans le premier numéro de la revue Marginales, Paysans, dernier siècle ? paru en avril 2002.
Derniers commentaires