C’est en observant une bouilloire que James Watt inventa la machine à vapeur. Martin Tomasson, lui, inventa le Crochet à évasion. Le bureau des brevets du ridicule, de la peine et des ténèbres n’avait plus qu’à s’en charger. Il l’inventa en 1918, alors que les journaux étaient pleins de récits d’atrocités. C’est sa lucidité tendue à l’extrême qui fut à l’origine de l’invention. Dans la langue de la peur, elle avait pour nom : corde munie d’un crochet à évasion :
Si la guerre civile éclate ici aussi et si quelqu’un vient m’assassiner, il faut que mon crochet à évasion soit prêt, pour que je puisse m’échapper au moyen de celui-ci en me balançant de branche en branche dans la cime des arbres. Ainsi, je ne laisserai aucune trace sur le sol et ceux qui me traquent pour me tuer ne sauront pas où je suis passé.
Le dispositif est très simple. Il est constitué d’un banal crochet de fer courbé d’une certaine façon et fixé à l’extrémité d’une corde. Je lance la corde par-dessus une branche, dans l’arbre voisin, et me hisse dans celui-ci. Puis je détache le crochet et le jette par-dessus la branche suivante de l’arbre suivant. Ainsi fut découverte la liane mobile, réinventée à une époque tardive par un jeune singe très développé fuyant à travers les forêts du monde sous le coup de la peur.
Image trouvée sur le site de l'Échelle inconnue
« Cela veut dire que l'on aurait les flics les plus cons du monde », disait hier, 18 novembre, le père de l'un des membres du « comité invisible » arrêté le 11 novembre dernier. Et que dire de la presse dite « grande », des syndicats et des politiques bafouant la présomption d'innocence qui ont suivi et relayé les rapports des services secrets, se sont désolidarisés de militants politiques (parce qu'ils ne sont pas encartés dans leurs boutiques ?) tandis que ceux-ci étaient arrêtés et mis en garde à vue dans les pires conditions pour « rien ». Mieux encore, la police qui a avoué (sans qu'on lui demande rien !) suivre depuis plus de six mois la vie privée de ce « comité invisible » semble incapable de produire autre choses que des pièces risibles pour justifier leur arrestation (horaires de train, matériel d'escalade, pinces coupantes, brochures anarchistes...).
L'un des crimes de ceux qui souhaitaient rester invisibles (c'est raté !), semble selon Michèle Alliot-Marie de n'avoir pas parlé pendant les 4 jours de la garde à vue. Et peut-être, comme Jean-Marc Rouillan de n'être pas prêt de renier ce qu'ils ont écrit dans le petit livre L'Insurrection qui vient... et pour cause, ayant vu de près le fonctionnement de l'État et de ses petits soldats au bord de la crise de nerf.
Comme nous le rappelait Philippe Godard signataire d'une des pétitions initiées par « Les Mots en marche »[1] à propos de la réincarcération de Jean-Marc Rouillan, « lorsque cette politique que nous combattons frappe directement l’un d’entre nous, quels que soient nos points de désaccord avec lui, ce sont bien les politiques émancipatrices dans toute leur diversité que nous défendons en soutenant l’individu plus particulièrement frappé par le pouvoir. »
La littérature, disais-je dans un billet de janvier 2007, a l'étrange capacité à nous parler de façon intime de ce qui nous agite au présent. Prenons ce texte de Harry Martinson extrait de Il faut partir, le deuxième volume d'un récit autobiographique écrit par l'auteur dans le début des années 1930 et publiées par les éditions Agone dans la collection « Marginales » en 2002.
Ne trouvez-vous pas que le texte qui suit résonne avec la volonté des invisibles que nous sommes ?
Notes
[1] • Sur le site de la revue Marginales : http://marginales.free.fr/spip.php?rubrique43. • Sur le site du mensuel CQFD : http://www.cequilfautdetruire.org/petitions/?petition=1. • Sur le site des « Mots en marche » : http://lesmotsenmarche.free.fr
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