En prison pour avoir coupé la télé ?
Par marginales le lundi, janvier 12 2009, 16:13 - À boulet rouge - Lien permanent
En France le 22 avril 2007 (le soir du premier tour des élections présidentielles), ils sont allés couper des câbles pour éteindre la télé. Lorsqu’ils se sont fait arrêter, ils ont assumé leur acte : l’un d’eux parce qu’il était chômeur et vivait en caravane a fait de la préventive avant d'être libéré. Tous deux ont été soumis à un contrôle judiciaire très strict.
Le verdict du procès de ce « sabotage » sera rendu lieu le 14 janvier à Millau. La justice millavoise réclame entre 5 et 10 ans de prison pour « association de malfaiteurs » ! 10 ans pour Guilhem car en récidive légale - il avait participé à une action anti-pub - et 5 ans pour Rémi qui n'a pas de casier judiciaire.
Combien de temps faudra-t-il pour que ces actes de sabotage qui indiquent le degré de ras-le-bol soient enfin reconnus pour ce qu'ils sont : des actes politiques, des actes de résistance à la farce démocratique et à ses valets ? La « justice » osera-t-elle condamner à plusieurs années de prison des personnes qui ont coupé un cable et interrompu des émissions de télévision ?[1]
Notes
[1] Le verdict est tombé. Six mois de prison avec sursis ont été requis mercredi 14 janvier 2009 par le tribunal de Millau contre les deux prévenus. Le magistrat a retenu le chef d'inculpation de "dégradation de bien public en réunion" et a demandé que la peine de six mois avec sursis soit assortie d’une obligation de remboursement et de travaux d’intérêt généraux. Seul TDF a demandé des dommages et intérêts, pour un montant de 8.569,39 euros. Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 25 février.
Un soir de décembre 2008, en Grèce, d’autres précaires ont interrompu en direct le discours du premier Ministre contre la colère de la rue. Sur la banderole qu'ils ont tendus devant l'écran était inscrit : « Arrêtez de regarder et descendez dans la rue ». Alors que les luttes reprennent ici et là, et devant l’ampleur des licenciements à venir, les juges et les médias oseront-ils reprendre la rengaine qui a porté Sarkosy au pouvoir et taper sur ces « chômeurs qui ne veulent pas travailler » ? La télé osera-t-elle continuer à taper sur les « assisté(e)s » à 400 euros, alors que la comparaison avec les assisté(e)es de la finance à plusieurs centaines de milliards risque encore de faire monter la colère qu’expriment les ouvriers, les salari(é)es, les précaires, les jeunes dans la rue et dans les luttes.
Un comité de soutien a été créé autour des deux inculpés de Millau, toutes les infos et contacts sont disponibles ici : http://www.soutien-inculpes-relaistv.fr.
Ci-après la lettre ouverte de Guilhem et Rémi
Éclaircissements
Nous avons, le soir des élections, interrompu les émissions de télévision en coupant les cables des émetteurs. Cet acte, realisé par des personnes libres de toute contrainte et non influencées n’est ni commandité, ni orchestré par une quelconque organisation, chacun étant libre de son choix. Il a été réalisé en contestation de l’influence des médias de masse, formant une entrave au déroulement d’une véritable démocratie.
Y avait-il une alternative aux résultats déjà programmé de l’affrontement entre le Ps et l’Ump ? Peut-on dire que nous vivons dans une démocratie lorsque les questions et les réponses sont déjà établies et ne sont données que par des médias manipulateurs aux mains d’intérêts financiers directement liés aux politiques ? On vous dira que nous avons nui à la démocratie ; mais en quoi les personnes privées de télévision ce soir là étaient privées de réflexion ou de capacité à réagir et à débattre ? Nous préférions que nos «voisins» débattent entre eux, plutôt qu’avec leur poste de télévision.
Cet acte n’étant que symbolique, nous n’avons pas souhaité le revendiquer sur le moment parce que nous pensions qu’il parlait de lui-même ! Ensuite deux personnes sont aujourd’hui inculpées. Les médias usent déjà des qualificatifs de «saboteurs», «commandos», «comparses»… reprenant ainsi directement les mots du procureur. Nous n’avons jamais voulu commettre d’acte totalitaire visant à renverser la démocratie mais susciter une réflexion.
Cet acte était-il bien choisi ? Nous ne détenons pas de vérité quant à cette question. Certes nous étions conscients à l’époque des faits, d’un risque. Toutefois, l’inculpation choisie par la justice d’«association de malfaiteurs» est disproportionnée, deux personnes risquent aujourd’hui de lourdes peines. Nous dénoncer ? Nous constatons que cela ne fera qu’alourdir l’ensemble des sanctions. Quelques foyers n’ont pas eu de télévision pendant une soirée. Certains en ont été gênés, d’autres ont ri, et la plupart se sont couchés plus tôt. Cela nécessite-t-il de mettre deux personnes en prison pendant des années ? Puisque telle semble être l’intention de la justice.
Deux questions se posent aujourd’hui aux gens ici présents :
1. Cette peine encourue n’est-elle pas disproportionnée ? Ne mérite-t-elle pas d’être contestée ?
2. Les motivations de cet acte méritent-elles d’être soutenues ?
Vous vous poserez sans doute des questions, ce problème en soulève tant ! Nous pensons que nous n’avons pas de meilleurs réponses que celles que vous pourrez apporter.
Courrier adressé au comité de soutien, puis paru dans le Midi Libre le 14 septembre 2007.
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