Depuis la très brutale extraction

de mes quatre dents de sagesse,

je me suis trouvé parlant

avec la bouche d’un autre homme, si j’ose dire,

et ma langue est devenue un mollusque

telle une huître ou une palourde,

pénétrée par effraction, qui lèche

ses plaies dans sa coquille.


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Un homme qui sourit m’a endormi par ruse

il m’a filé la dose

comme un arrière-oncle file à son neveu préféré

un billet de dix livres, comme

ça, en douce, puis il m’a fait un clin d’œil.

J’étais dans les vapes, parmi les étoiles

et me suis réveillé plus tard, en larmes,

cherchant à tenir la main de l’infirmière.


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Auparavant, ma seule expérience

sur le billard remontait à l’âge de cinq ans,

alors que mes amygdales pendaient

comme deux chauve-souris au fond d’une cave

et qu’il a fallu un coup de ciseau. Mais ça c’était fait

les doigts dans le nez comparé à ceci,

qui consista, entre autres,

de trois hommes adultes, une pince multi-prises


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et la dislocation de ma mâchoire. Je me demande

s’il ne s’agit pas ici d’un cas de force majeure,

comme quand les autorités expulsent

une famille de quatre, la traînent

alors qu’elle résiste, hurle, s’accroche aux meubles,

dehors par sa propre porte d’entrée ?

Comme faire passer les quatre coins du monde

sous l’Arc de triomphe.


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On pourrait croire qu’avec tous les progrès

des sciences médicales

des dents comme celles-ci seraient extraites

par les oreilles ou l’anus,

où désintégrées comme des calculs,

au laser, depuis une distance convenable.

Mais il semble que l’art

n’a pas beaucoup évolué depuis le temps


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où un dentiste aurait installé son stand

sur une foire de campagne

ou un cirque ambulant.

En plus ça me rappelle John Henry Small

de Devises, qui inséra son poing dans sa bouche

mais ne parvint pas à le recracher,

et la main dut, aussitôt, être enlevée

avec ses canines et ses incisives.


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Revenant à moi-même, le consultant déclare

que je devrais attendre au moins encore une semaine,

avant de dire, sans réfléchir, quelque chose

que, tête reposée, je pourrais peut-être regretter.

Mais j’ai encore l’impression que ma bouche est

comme une voiture dont on a volé les roues, posée

sur des briques, et je ne suis pas content de la façon

dont ils ont cousu le bout de ma langue


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à ma joue.

© Simon Armitage

Traduit de l'anglais par Alison Carter et Samuel Autexier