Farce (3)
Par marginales le jeudi, mars 22 2007, 08:34 - Jérémy Beschon & Jean-Battiste Couton - Lien permanent
La scène 3 de Farce, revue Marginales n°6.
Scène 3
La femme 1 s’agenouille devant le corps de l’homme 1.
FEMME 1 : Je l’ai cru un peu, comme mâcher du pneu… Toujours il disait tu verras, on nous enviera, et en attendant nous restions avec son nœud… Je t’aime, t’aime tout mort que tu es… mon mort mou, sors de ta tombe et échoue, flasque, dans mes draps blancs. Viens mon Lazare que je te suce, te miracle, te racle à mort l’os de mort, que je me nourrisse de ta chair pourrie, jusqu’à pourrir moi-même, bleuir… Elle se lève, saisit le cadavre par un pied et le traîne lentement sur la scène. Je me creuse bien le dedans pour me dire autour de ton corps mort… je te fous mort dedans mes anciens trous… te morcelle pour que tu combles bien tout… mes narines et mon con… mon trou de cul et mes oreilles… et mes yeux de chair pleine, je les perce avec tes os… je me couche dans tes viscères, je me couvre de ta poussière… Je serre, je serre tout entre mes cuisses bien fermes, blanches, pures, entre mes cuisses où j’enfournais toutes tes paroles, j’enfourne toutes tes reliques, j’y bourre tout ce qu’y a de toi, tout là dedans. Au fond de la scène elle lâche, sous l’épuisement, l’homme. Elle s’assoit sur son cou, le ventre vers le visage. Ma pisse te redonne vie ! Je te réincarne, trou contre trou, je te remplis de mes restes… tu avales tout ce qui de moi est vie, je viole ta mort. O revis mon mort !… bouffe ma vie que je bouffe ta mort. Infiniment j’abreuverai ton cadavre...
© Jérémy Beschon & Jean-Battiste Couton
(à suivre)
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