Farce (2)
Par marginales le mercredi, mars 21 2007, 14:18 - Jérémy Beschon & Jean-Battiste Couton - Lien permanent
La scène 2 de Farce, revue Marginales n°6.
Scène 2
Trois hommes côté cour, trois femmes côté jardin. Les deux groupes sont assis face à face, sur des chaises, en deux triangles aux bases opposées et parallèles.
f 3 • • h 3
f 1 • • h 1
f 2 • • h 2
La femme à l’extrémité du premier triangle (femme 1) montre du doigt l’homme à l’extrémité du second triangle (homme 1). Celui-ci se dresse sur la pointe des pieds.
L’HOMME 1 dressé : D’abord, j’ai inspecté les bords, tâté le corps, puis j’ai enfoncé en elle mon poing, puis mon bras, puis mon coude, puis j’y ai mis le chat. Le cadavre n’en finissait pas de s’ouvrir. Son ventre a fini par parler, me disant tous les hommes avec qui elle m’avait trompé. Alors seulement je l’ai recousue. J’ai pu pardonner, j’avais le nom de tous ses amants. Il se rassoit.
FEMME 1 assise : Mes amants sont si vieux qu’ils n’ont plus de noms. Ton poing a traversé de l’air. Mes amants ont fait de mon utérus une poche vide, une cornemuse que ta jalousie presse pour entendre la haine que j’ai de toi.
FEMME 2 : Tache, l’homme n’est qu’une tache.
FEMME 1 : Une tache de foutre, une flaque de rouille.
HOMME 2 à la femme 2 : Je t’ai vu… l’autre jour, le jour de l’autre… sous la pluie, tu t’étais fait prendre par l’averse, tu n’avais rien pour t’en protéger, ta jupe collée à tes jambes, ta chemise à tes seins, et toi à toi-même. Je voulais te prendre sous un porche... mais c’était l’autre... Tes cris se confondaient au grondement des cieux.
FEMME 2 : Je t’ai regardé avec mon sexe, mais tu n’as rien vu.
Silence.
L’HOMME 1 : D’abord, j’aimais me saisir de la chaise et la briser à tes pieds. J’aimais quand tout partait, me saisir de la chaise... J’aimais quand toute l’ordure de mon âme se déversait, briser la chaise à tes pieds. J’aimais quand la nausée me giflait en ricanant, quand mon sexe se renfonçait dans mon ventre…
L’HOMME 2 : La violence, dans l’homme, va vers lui à travers elle.
À nouveau l’homme 1 se dresse sur la pointe des pieds et fait un « vrou » continu.
L’HOMME 3 à la femme 3 : Je me branle sur toi.
LA FEMME 3 à l’homme 3 : Et moi je suis le petit trou de ton gland.
L’HOMME 3 : Je t’insémine, mon sperme traverse l’espace et tu aimantes toutes ses gouttes.
La femme 3 se passe la langue sur les lèvres et vient s’asseoir sur l’homme 3, dos à lui. Elle se plie jusqu’à toucher tête avec le sol. L’homme 1 faisant toujours « vrou » prend la place de la femme 3.
L’HOMME 3 pendant que la femme 3 remonte lentement son torse : Je t’enfante. Je suis le premier. Je ne suis pas le premier. L’homme 1 arrête de faire « vrou », avance vers l’homme 3, chuchote à son oreille et rejoint sa place. Je t’enfante avec ma langue. Je t’enfante par l’anus. Je t’aime, je passe par toute ta raie. Je l’enfonce. Je fouille frénétique, je fouille ta frénésie. Je m’enfonce tout entier par la langue. Je ressors je glisse. La femme 3 cache maintenant l’homme 3 et mime ses paroles. Je vais par toute ta raie. Je tombe dans ta fente d’eaux salée. Je te noie d’eaux sacrées. Tu m’absolves. Tu m’absorbes. Je te crée, je me noie dans ta durée.
L’homme 2 se lève brusquement, empoigne la tête de la femme 3, la jette à terre. Il shoote dedans, plusieurs fois.
L’HOMME 2 reprenant son souffle, à la femme 2 : Il n’a pas vu ton sexe parce que les femmes nous cachent leur sexe. Nous n’en aurons jamais l’exclusivité. Nous le partageons avec l’avenir de l’humanité. Nous, les hommes, c’est notre langue que nous donnons à l’avenir. C’est le mensonge que nous léguons. Il se rassoit. Il faut que nous restions bien séparés, ainsi, ici, et parfois, aussi, englués de sable et de sang.
HOMME 3 : Le saint est un avenir muet.
FEMME 2 se levant, à l’homme 2 : Mon avenir te veut.
HOMME 2 : Je mettrai ma langue dans ton sexe comme lui.
FEMME 2 : Et puis ton sexe, aussi…
HOMME 2 : Non je mettrai mon sexe dans la bouche d’une autre femme. Je le mettrai dans sa bouche à elle.
Il pointe du doigt la femme 1. La femme 1 se lève, prend l’homme 1 par le cou, le fait se baisser jusqu’à son sexe.
LA FEMME 1 chantonnant :
J’allais à la cueillette
J’allais à la question
J’allais à la conquête
De la possession.
J’allais à la cueillette
J’allais à la question
J’allais à la conquête
De la confession.
La femme 1 relève la tête de l’homme 1 jusqu’à qu’il soit debout, et l’embrasse sur le front. Il tombe comme mort. L’acteur devra ici tomber en faisant un minimum de bruit, marionnette de chiffon dont on couperait les fils.
© Jérémy Beschon & Jean-Battiste Couton
(à suivre)
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