Acte 1

Scène 1

LE PRÉSENTATEUR : Une farce. Une herse. Comme un truc qui se referme… Un désert et six être disposés en deux triangles aux bases parallèles et opposées… Six êtres nus, recouverts de poussière, plantés comme une seule végétation. Six êtres comme sortis du roc, un même modèle brut, six êtres neufs avec, au centre de chacun d’eux, une fissure… un trou profond où le vent s’engouffre en des harmonies de « vrous » graves et tenus, clairs, ténus... un trou, tronc trou de langue que le vent creuse, érode, élargie pour entrer toujours plus. Une scène éternelle… Et, pour briser cette éternité, il faut qu’un être au sommet de son triangle se soulève et flotte lentement vers sa base jusqu’à se stabiliser en son centre, formant une ligne… il faut que le vent se déchaîne, que le vent décuple son vrombissement autour de l’être qui occupe le sommet de l’autre triangle toujours intact. Il faut qu’il… le vent… le mette en branle… l’autre… l’être, au sommet de l’autre triangle… D’abord, il, l’être de cet unique triangle, tremble, longtemps, puis va vers sa base, il ne flotte pas, mais avance avec l’extrême lourdeur de son corps de pierre et de chair… raclant le sol, menaçant de se rompre à tout moment, et plus il avance plus son corps se fend, se morcelle… et avant qu’il, cet être fendu, n’atteigne la base de son triangle, son corps explose en confettis de sang…

Le vent, toujours plus violent, recouvre de poussière et de sang les quatre êtres restés aux anciennes bases des triangles. Le vent, dans un tourbillon de glaise pourpre, les entraîne vers l’être soulevé et les fonde en une masse monolithique que la poussière du désert vient heurter et grossir…

© Jérémy Beschon & Jean-Battiste Couton

(à suivre)