Présentation de ''Farce''
Par marginales le mercredi, mars 21 2007, 13:48 - Jérémy Beschon & Jean-Battiste Couton - Lien permanent
« Parler, c’est avant tout détenir le pouvoir de parler. (…) Parole et pouvoir entretiennent des rapports tels que le désir de l’un se réalise dans la conquête de l’autre. (…) C’est la présence ou l’absence de la formation étatique (susceptible de prendre de multiples formes) qui assigne à toute société son lieu logique, qui trace une ligne d’irréversible discontinuité entre les sociétés. L’apparition de l’État a opéré le grand partage typologique entre Sauvages et Civilisés, elle a inscrit l’ineffaçable coupure dans l’au-delà de laquelle tout est changé, car le Temps devient Histoire. (…) La division majeure de la société, celle qui fonde toutes les autres, y compris sans doute la division du travail, c’est la nouvelle disposition verticale entre la base et le sommet, c’est la grande coupure politique entre détenteurs de la force, qu’elle soit guerrière ou religieuse, et assujettis à cette force. La relation politique de pouvoir précède et fonde la relation économique d’exploitation. »
Pierre Clastres (1934-1977), La Société contre l’État (1974).
Farce dit : « Farce : les mythes universaux ; farce : la psychanalyse ; farce le communisme d’État ; farce : la démocratie libérale… »
Farce est une pièce pour sept comédiens, avec plus d’une cinquantaine de personnages. Elle met en scène les différentes expressions de pouvoirs qui font l’histoire et agissent à l’intérieur de chaque être. Si nous l’avons coécrite à partir de divers matériaux, un seul livre nous paraît ici important d’être cité : « La Société contre l’État. » Celui-ci nous a donné la première impulsion d’écriture. Puis nous avons travaillé. Nous avons serré des nœuds jusqu’à ce que le frottement de l’un sur l’autre coupe le brin en deux ; à ces nouveaux brins nous refaisions des nœuds et ainsi nous continuions de produire des brins plus nombreux. Ces bribes nous ont choisi plus que nous ne les avons choisies ; nous les avons musardées, malaxées et aussitôt relâchées, ne laissant d’elles qu’une drôle d’empreinte sur une feuille de papier. Nous voulions ainsi éviter la représentation/interprétation de l’idée : la vie est trop intelligente pour se livrer à ce jeu, le monde trop vaste pour faire Un humain, Une histoire, Une pensée, Un ordre.
Une farce, selon le Larousse, c’est un « intermède comique dans la représentation du mystère. Au xiiie, petite pièce comique qui présente une peinture satirique des mœurs et de la vie quotidienne. » Le « mystère » sans lequel la critique/farce serait inacceptable, se veut, toujours selon le même dictionnaire « une représentation totale de la vie humaine dans ses rapports avec les puissances divines : le surnaturel côtoie le réalisme le plus trivial. » Farce, tout en produisant une origine de plus à la langue, dénoue les liens tissés entre langage et pouvoir. La violence des sauvages (rites initiatiques, scarification et sacrifice), qui opère au sein même d’une tribu (soit la société), se trouve dans notre travail doublée de la violence occidentale (soit l’État) qui impose des règles à l’intérieur de sa société, mais qui les impose aussi à d’autres peuples par la conquête et la soumission.
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