Répression
Par marginales le mercredi, février 14 2007, 20:19 - Manifeste Rien - Lien permanent
Le texte qui suit a été écrit par Jérémy Beschon et Jean-Battiste Couton du collectif Manifeste Rien. Il a été lu par Virginie Aimone, le 8 décembre 2006 au CICP à Paris 20e, à l'occasion d'un meeting contre la répression et les extraditions qui menacent les militants du nouveau Parti communiste italien (n)pci. Pour plus de renseignements voir sur leur site. http://cap-npci.awardspace.com

Jérémy Beschon (guitare), Virginie Aimone et Anne-Sophie Millet (hautbois) le 8 décembre au CICP (Paris 20e).
Texte lu par Virginie Aimone.
Je,
il l’extradition
l’autre
J’ai rencontré…
**
Je,
le Parti
mentionnant son (n) contre l’ex,
l’autre
j’ai rencontré
**
dans un bar où les télés nous montraient
l’homme blanc qui doit sauver la planète
à la découverte des derniers nègres de l’Afrique,
**
j’ai rencontré Angelo
dans un bar gelé
où les hommes hagards
et sans richesse
donnaient leur argent à l’État
en jouant aux jeux de hasard,
dans un État où les vies
se déroulent sans hasard,
dans une ville où les corps
floués par la publicité
vont par flux sur et sous terre.
**
je
il l’extra-
et l’ordinaire
c’est la rencontre
contre la pression
de l’extradition,
la rencontre
contre la persécution,
contre l’enfermement,
**
et nous, nous disons :
contre les frontières
contre l’ordre hiérarchique
contre l’ordre politique
contre les commissariats,
contre les écoles,
contre les asiles,
contre les représentants de la pensée
car la pensée c’est la vie
et la vie n’a pas besoin de représentation.
**
Nous, les membres et les voix du Manifeste Rien,
disons ce soir qu’être contre
occupe toutes nos contrées imaginaires qui
n’ont rien du phantasme et tout de l’utopie,
des contrées
contre la domination,
contre la nomination des castes,
contre la dénomination du mal -
contre le rampant, l’humide face au vit dressé,
contre la dénomination du haut et du bas.
**
je crois que nous pouvons maintenant commencer, re-commencer :
**
L’hydre étatique -
les sept jours de la semaine qui repoussent sans cesse,
les douze mois de l’année qui chute à la nativité du christ -,
l’europe démocratique, les états unis fédérés, les lois du marché arbitrairement décidé par une minorité avide au mépris de la majorité bâillonnée. Sous le joug d’une répression quotidienne, que des siècles de suprématie morale ont inoculés aux rocs, aux plantes aux bêtes et aux hommes, s’élève une voix ; tantôt clameur, tantôt murmure mais toujours sensible.
Face à elle et en nous :
les armes de l’État/État létal ,
les lois qu’il édicte pour nous,
la police qui bouffe pour nous,
la justice qui juge pour nous.
**
L’État fait du contre un pour,
il positive les négativités,
et négative nos possibilités restreignant à la limite de ses frontières l’association et le développement de nos autonomies de rocs de plantes de bêtes d’hommes ;
Superstructure de nos angoisses, ergonomie de nos angoisses « en dernier ressort on s’en remet au juge, au flic », amalgame de toutes nos peurs et lâchetés, produits de valeurs supérieurs énonçant : Ce qui est supérieur à l’homme c’est l’ensemble des hommes ! Ce qui est supérieur à l’ensemble des hommes c’est l’Idée de l’homme qui unifia cet ensemble !
L’ensemble des hommes sous le concept romain-germanique,
l’ensemble des hommes sous le concept de chrétienté,
l’ensemble des hommes sous le pouvoir divin,
l’ensemble des hommes sous le concept de suprématie blanche,
l’ensemble des hommes sous le concept de vertu démocratique,
l’ensemble des hommes sous le concept de démocratie de marché.
L’ensemble des hommes est toujours en dessous d’un concept qu’une minorité - une minorité qui a le temps de réfléchir parce que volailles et vins chez elle ne manquent point - inflige à d’autres hommes qui ont tout juste le temps d’absorber une tasse d’eau croupie et une potée de manioc avant de retourner retourner une terre qui ne les nourrie plus ; ces richesses s’envolent au loin, à bord de carlingues multinationales, contenter une autre majorité un peu plus riche. Mais tout aussi pauvre, elle s’énerve au café, se bourre de riz, jouît de pornos, crêve d’opium et de rhum ; tout aussi pauvre elle n’imagine plus se libérer car non dénuée d’humanité mondialisé elle s’abreuve de misères médiatisées. Aux dires des miss télévisées le deux pièces-cuisine est un palais pour ces étrangers qui n’ont que les prés où se torcher et le torchis où coucher. Aux dires des miss télévisées la misère médiatisée peut jaillir du téléviseur et envahir le deux pièces cuisine de la majorité occidentalisée, alors mieux vaut continuer de se protéger en pointant ANPE, en collectionnant les cartes à puces et les morceaux de plastiques bavards, en déposant le buvard en faveur du candidat qui saura assurer le plus irréprochablement, par des lois démocratiques, notre sécurité.
Celui qui dit autre chose, et qui agit autrement subit la répression, rien de plus normal en ça. En s’opposant aux monstres conceptuels qui envahît le corps même de l’homme, de la bête, de la plante et du roc, jusqu’à en faire une machine - biomécanique de guerre et de travail, hier ; biomécanique de peur et de loisir aujourd’hui (s’il est possible de différencier aujourd’hui d’hier, comme si la guerre était autre chose que la peur, et le loisir autre chose que le loisir de la guerre) – celui-là se place consciemment dans l’insécurité, il se sait l’icône de l’insécurité sociale. Parce qu’il pense et vit indépendamment de ce qu’une certaine histoire dit naturel (ce naturel vicié par une succession d’interprétations fallacieuses). En bref, il se place du côté des faibles et fait de ses faiblesses même une force. Une femme jetant des pierres aux visages de militaires casqués est pour les forts - ces déjà millionnaires qui craignent de manquer, ces vivants qui ne vivent que par annihilation de l’autre, annihilation qui est la solution la plus radicale et la plus lâche qui puisse être donnée aux problème que pose l’existence - le plus grand des dangers ; la femme qui jette la pierre n’espère pas de justice, elle jette la pierre parce que justement elle n’attend rien de la justice, elle jette la pierre parce qu’elle vole du pain et parce que le vol, et plus particulièrement le vol de pain, est passible de prison, alors tant qu’à faire, elle préfère aller en prison en affaiblissant ceux qui l’y jettent.
Le collectif Manifeste Rien
© Jérémy Beschon & Jean-Battiste Couton
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