La revue Marginales est l’une des très rares revues littéraires qui fonde ses choix de textes et ses orientations critiques à partir de thèmes sociaux comme : les paysans, l’école, les vagabonds ou bientôt la guerre, la santé. C’est-à-dire s’intéresse à la littérature pour ce qu’elle dit du monde dans lequel nous vivons.

C’est peut-être en ce sens que le projet est singulier. Chaque livraison de la revue nous confirme l’importance que peuvent avoir des textes littéraires dans l’élaboration d’une conscience politique et historique... Nous prétendons même avec la publication de ces textes redonner à la littérature sa place dans la production d’une pensée émancipatrice. Doit-on rappeler que les mouvements littéraires les plus importants du XXe siècle : dada, les surréalistes ou les situationnistes ne sont pas réductibles à leurs noms propres et à leurs grimaces, qu’ils doivent leur fortune au fait d’avoir été pour un instant plus ou moins long le lieu où la prise de position de l’écrivain ou de l’artiste prenait un sens politique ?

Gravure de Pïerre Laroche extraite du numéro 5 de la revue Marginales, La Littérature à la place des yeux. Jean Giono et Harry Martinson. Écrivains du peuple, écrivains contre la guerre, 2006.

Nous reprenons volontiers à notre compte les mots de Henry Poulaille sur l’existence de deux types de littérature : « Il y a deux sortes de littératures. L’une pour qui écrire est un but. On dit un métier, alors qu’en réalité c’est un jeu; jeu d’esprit, jeu d’idées, jeu d’adresse. L’autre pour qui écrire est un moyen de s’exprimer et de servir de témoignage. En fait il y a la littérature prolétarienne qui, née il y a environ trente ans, est déjà riche d’œuvres d’une documentation directe, à même la vie, expression de son époque, et la dictature antiprolétarienne dont il est question surtout. Officielle, et bien que coupée de la vie, bénéficiant de privilèges, sans qu’elle n’ait rien à donner en contrepartie, elle vit en parasite sur le monde du travail qu’elle ne comprend pas et méprise quand elle ne le combat pas ou ne le brime. Elle est bourgeoise par prédestination et destination. … Elle peut faire illusion quelques années encore, mais vassale de la bourgeoisie qui l’héberge, la prône, la chaperonne et la prime, elle sombrera avec elle. Cette vassalité est à l’heure qu’il est son seul refuge, sa seule excuse de durer. Jusqu’à quand ? En face de cette littérature de soumission, la littérature prolétarienne monte, d’autant plus forte qu’insoumise, et sans prétention à devenir une caste. Ses auteurs n’étant pas auteurs d’abord, auteurs strictement, mais des hommes dans la vie. » (Henry Poulaille, La Littérature et le peuple, Plein chant, 2003. Texte repris dans le numéro 5 de la revue Marginales).

Samuel Autexier