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  <title>Marginales - travail</title>
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  <language>fr</language>
  <pubDate>Wed, 19 Nov 2008 17:56:10 +0000</pubDate>
  <copyright>Marginales</copyright>
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    <title>Avertissement</title>
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    <pubDate>Fri, 29 Aug 2008 11:12:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>marginales</dc:creator>
        <category>Manifeste</category>
        <category>engagement</category><category>littérature</category><category>travail</category>    
    <description>&lt;p&gt;&lt;em&gt;J'ai vu un ballon libre s'arracher subitement au sol, entraînant avec lui les gens qui tenaient les amarres et qui n'eurent pas le simple réflexe de survie de lâcher prise à temps. En quelques secondes, ils se retrouvèrent à vingt ou trente mètre du sol. Ceux qui n'avaient pas lâché prise tombèrent de cent ou trois cents mètre. La règle d'or de la survie se formule comme suit&amp;nbsp;: sachez lâcher prise. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Autrement dit&amp;nbsp;: ne vous cramponnez jamais, quand votre gardien vous conseille de lâcher prise...&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;... TOUT DE SUITE !&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Supposez un peu que vous teniez l'une de ces amarres... Auriez vous lâchez prise à temps, à savoir si tôt que vous vous sentiez entraîné&amp;nbsp;? Je vais vous dire un truc intéressant. Vous avez bien plus de chance de savoir lâcher prise à temps maintenant que vous avez lu ce paragraphe, que si vous ne l'aviez pas lu. Si la littérature sert à quelque chose, c'est bien d'avertissement.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;LÂCHEZ PRISE&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;William S. Burroughs, &lt;em&gt;Les Terres occidentales&lt;/em&gt;, Christian Bourgois, «&amp;nbsp;Titres », 2007.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Je me pose la question. Combien de temps encore pour que nos lenteurs et nos éclats opposent aux attaques et aux pièges sans cesse renouvelés de ceux qui dominent le monde un front aussi déterminé et violent que celui d'une rive où brûlerons les feux de la fête&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Certains du conseil national de résistance appellent à une &lt;a href=&quot;http://www.conseilnationaldelaresistance.fr&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;grève générale reconductible à partir du 10 novembre 2008&lt;/a&gt;, d'autres parlent &lt;a href=&quot;http://www.lafabrique.fr/IMG/pdf_Insurrection.pdf&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;d'insurrection à venir&lt;/a&gt;, les plus nombreux ont peut-être assez de colère et de désespoir pour ne plus avoir peur de lâcher prise...&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;À quoi sert de courir après les grosses ficelles de ces ballons bleu, blanc et rouge qui nous arrachent du sol vers une mort à crédit, des rêves sans réalité et des objets payants sans utilité&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pourquoi ne pas s'arrêter là où nous sommes et se mettre à vivre avec ceux qui nous entourent&amp;nbsp;? Pourquoi ne pas se débarrasser de ce qui nous divise et nous enlève à nous-mêmes&amp;nbsp;: la propriété, l'argent, le travail&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous sommes avertis.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Lettre ouverte aux parlementaires et à leurs lobbyistes sur la création d'un tarif postal « livre et revue »</title>
    <link>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/07/04/Lettre-ouverte-aux-parlementaires-et-a-leurs-lobbyistes</link>
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    <pubDate>Fri, 04 Jul 2008 17:42:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>marginales</dc:creator>
        <category>De première bourre</category>
        <category>critique</category><category>diffusion</category><category>la poste</category><category>travail</category>    
    <description>&lt;p&gt;&lt;em&gt;Lettre ouverte adressée le vendredi 4 juillet 2008 par la &lt;a href=&quot;http://www.acrimed.org/article2677.html&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Coordination des indépendants du livre&lt;/a&gt;, à l'ensemble des députés ayant posé une question écrite au gouvernement sur la question d'un tarif postal pour le livre, à quelques autres parlementaires, syndicalistes et journalistes...&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Bonjour,&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Au moment ou des professionnels publient dans &lt;em&gt;Le Monde&lt;/em&gt; du 2 juillet 2008 un «&amp;nbsp;Appel pour le livre&amp;nbsp;» faisant suite aux amendements (finalement repoussés) proposés par deux députés qui menaçaient la loi sur le prix unique du livre, il nous semble utile de vous faire connaître les quelques avancées du dossier sur le tarif postal «&amp;nbsp;livre et revue&amp;nbsp;» (&lt;em&gt;cf.&lt;/em&gt; notre précédent article&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/06/02/Ras-le-bol&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Une offensive peut en cacher une autre&lt;/a&gt; »).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;- l'acceptation par les guichets de Poste de l'envoi au tarif «&amp;nbsp;lettre », suite à la condamnation par l'Arcep en septembre 2007...&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;- la confirmation par la direction de la Poste de l'existence du tarif  «sacs de livres ». Notons tout de même que cette reconnaissance s'accompagne d'un durcissement des conditions (sacs payants - complication administrative - quasi impossibilité d'obtenir ces fameux sacs), au point qu'il semble que la direction de la Poste tienne un double langage: à &lt;em&gt;Livres hebdo&lt;/em&gt;, elle affirme que les sacs de livres font toujours partie de l'offre de la Poste et sont disponibles, alors qu'en pratique, elle multiplie les obstacles pour se les procurer.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;- la publication par de nombreuses revues et bulletins professionnels des tarifs en cours à la Poste et de notre revendication d'un tarif pour le livre et les revues (notamment le dossier sur le «&amp;nbsp;transport du livre&amp;nbsp;» du n° 16 de la revue &lt;em&gt;Dazibao&lt;/em&gt; publiée par l'Agence régionale du livre en Provence-Alpes-Côte-d'Azur).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Rappelons que la pétition pour un tarif postal préférentiel «&amp;nbsp;livre et revue&amp;nbsp;» rassemble plus de 8 000 signataires et a suscité plus de 40 questions au gouvernement &lt;a href=&quot;http://www.questions.assemblee-nationale.fr&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;[http://www.questions.assemblee-nationale.fr&lt;/a&gt; recherchez&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;tarifs postaux »]... Elle a été déposée en septembre 2007 auprès de la Commission européenne qui l’a transmise à la commission «&amp;nbsp;culture et éducation&amp;nbsp;» et une réunion de travail a eu lieu en mars 2008 à Bruxelles. Enfin, qu'elle a été officiellement remise aux deux Ministères (Cuture et Industrie) directement concernés par la question et à la Poste le 10 décembre 2007 accompagnée d'un dossier sur la question du transport du livre &lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/bloc-notes/public/DOSSIER_POSTE.pdf&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;[http://www.lekti-ecriture.com/bloc-notes/public/DOSSIER_POSTE.pdf&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous nous interrogeons sur l'absence quasi totale de curiosité de la part des quotidiens nationaux et régionaux pour les actions et les documents produits par la Coordination des indépendants du livre. En effet, notre pétition rassemble à ce jour plus de 8 000 signataires (moitié professionnels de la chaîne du livre, moitié lecteurs de tout horizon...), mais aussi par le truchement des 42 questions posées par des députés (de tous bords politiques et de toutes les régions) elle représente près de 1 500 000 citoyens. Tout cela pour une mesure aussi simple et facile à mettre en place que celle de l'instauration d'un tarif postal et l'inscription de celui-ci dans les missions de service public de l'entreprise la Poste. Que faut-il faire maintenant pour faire avancer cette réforme, demander à Amazon, Fnac, Alapage, Leclerc ou quelque autre entreprise de nous soutenir&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Rappelons que depuis la remise de la pétition, seule une réunion de travail rassemblant au ministère de la culture, la Poste, le Syndicat de la librairie française (SLF), celui de l'édition (SNE) et la Coordination des indépendants du livre a eu lieu sans même que la question d'un tarif postal préférentiel «&amp;nbsp;livre et revue&amp;nbsp;» soit étudiée.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par ce courrier, nous aimerions savoir où en est la possibilité d'ouvrir une commission de travail sur cette question du tarif postal comme nous l'avions suggéré à M. Jean-François Copé (président du groupe UMP) et à M. Jean-Marc Ayrault (président du groupe socialiste) ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En attendant de vous lire,&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La coordination des indépendants du livre&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Contact&amp;nbsp;: laposte@lekti-ecriture.com&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pour signer la pétition&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Site&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://www.cynthia3000.info/petition/?petition=3&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;http://www.cynthia3000.info/petition/?petition=3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Nécessité d'une littérature prolétarienne (3)</title>
    <link>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/05/01/27-lecriture-proletarienne</link>
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    <pubDate>Tue, 01 May 2007 15:36:18 +0000</pubDate>
    <dc:creator>marginales</dc:creator>
        <category>Remue-méninges</category>
        <category>littérature</category><category>prolétariat</category><category>travail</category>    
    <description>&lt;p&gt;&lt;em&gt;Tous les jours pareils. J’arrive au boulot et ça me tombe dessus, comme une vague de désespoir, comme un suicide, comme une petite mort, comme la brûlure de la balle sur la tempe. Un travail trop connu, une salle de contrôle écrasée sous les néons – et des collègues que, certains jours, on n’a pas envie de retrouver. On fait avec, mais on ne s’habitue pas. On en arrive même à souhaiter que la boîte ferme. Oui, qu’elle délocalise, qu’elle restructure, qu’elle augmente sa productivité, qu’elle baisse ses coûts fixes. Arrêter, quoi. Qu’il n’y ait plus ce travail, qu’on soit libres. Libres, mais avec d’autres soucis.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Jean-Pierre Levaray,&lt;/em&gt; Putain d'usine (2001).&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;La lettre qui suit est extraite de la correspondance engagée par Jann-Marc Rouillan avec Jean-Pierre Levaray au moment de la réédition de &lt;em&gt;Putain d’usine&lt;/em&gt; (éditions Agone, 2006). Elle a été publiée dans le cahier de littérature du numéro 6 de la revue &lt;em&gt;Marginales&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;hr /&gt;


&lt;p&gt;Salut,&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous ne nous connaissons pas si ce n’est par nos écrits ou par le « fait divers ». Pourtant, après la lecture de &lt;em&gt;Putain d’usine&lt;/em&gt;, je désirais entrer en contact avec toi. Le temps a passé et je ne l’ai pas fait.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Puis j’ai lu ton second livre &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/05/01/#pnote-27-1&quot; id=&quot;rev-pnote-27-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;. Et les éditions Agone m’ont envoyé, sachant mon intérêt pour ton travail, le manuscrit d’« Une année ordinaire » que tu leur as proposé. Et je me décide enfin à cette correspondance.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Tout d’abord, je dois avouer que les impressions (violentes et crues) nées de la lecture de &lt;em&gt;Putain d’usine&lt;/em&gt; ont inspiré ma propre écriture pour un prochain bouquin : le troisième volet de ma trilogie sur la prison se conclut à l’usine… Une usine chimique et chimérique sur les bords de Seine. Et la rédemption par le travail se noue dans une fable sur le mode « littérature prolétarienne » d’avant-guerre &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/05/01/#pnote-27-2&quot; id=&quot;rev-pnote-27-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pour aborder le secret social de la prison – ce que je vis chaque jour –, j’ai dû abandonner l’écriture documentaire. Par nécessité. À part quelques chroniques &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/05/01/#pnote-27-3&quot; id=&quot;rev-pnote-27-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;, je ne parviens plus à affronter et à dévoiler la réalité frontalement. Ce qui lie fondamentalement l’usine et la prison, c’est la volonté de s’en échapper.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un littérateur ou un sociologue peuvent discourir autant qu’ils le désirent du monde du travail et de la prison. C’est toujours sans risque. Il sont protégés parce qu’en dehors de cette histoire sociale. Ils observent.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous, nous vivons l’oppression et l’exploitation de l’intérieur. Elles pressent sur notre vécu, sur nos idées, sur nos sentiments. Toi et moi, nous témoignons (et par ces temps d’amnésie, il est essentiel de dénoncer les réalités occultées) ; mais, simultanément, il est difficile de faire taire notre nature d’acteur cherchant à s’évader des conditions qu’il décrit, de l’ennui du travail posté et de la mort lente carcérale.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Notre chair est régie par de puissants rapports sociaux. C’est un fait objectif. Ces rapports nous dominent malgré notre résistance. Tu es ouvrier et je suis taulard. La nature d’acteur et d’auteur dans un environnement que nous refusons exige de nous un effort supplémentaire. Pour aller à l’essentiel et décrire mon quotidien, je trompe l’envie pressante de fuir. À chaque relecture, je me surveille et m’engueule : « Là tu t’échappes… » Et cette évasion que je découvre dans mes lignes, combien de fois je la constate dans ton écriture.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il ne s’agit aucunement d’une critique « littéraire » mais de la reconnaissance de notre communauté. C’est pourquoi je me permets de t’avouer que je me sens frustré par certaines de tes pages. Avant tout quand tu décris l’exploitation quotidienne ou lorsque tu nous racontes ces anecdotes approchant le secret du « perdre sa vie à la gagner ». Parce que d’un coup tu t’échappes, comme si c’était trop pénible à dire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L’indicible social est aussi dur à coucher sur le papier qu’à vivre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Alors tu préfères monter dans un bus pour aller protester devant le CE, tu racontes l’après-AZF, tu manifestes avec les instits… Il y aura des dizaines d’ouvrages sur l’accident industriel de Toulouse et d’ailleurs. Des dizaines d’instits et de profs raconteront leurs grèves. Mais combien d’ouvriers exprimeront avec leur vécu l’exploitation quotidienne du travail posté ? Cette réalité forgeant la lutte de classe et la reproduisant sans cesse.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/images/AZF.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Vue de l'usine AZF de Toulouse, après l'explosion du 21 septembre 2001.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Par exemple, dans ce dernier manuscrit.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;21.11.2003. La nuit dernière, un nouvel accident du travail s’est produit dans l’usine. (Je ne me souviens pas que tu en aies raconté un autre en détail.) Dans le secteur le plus pourri, là où le travail ressemble au bagne.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;À ce moment précis, ce n’est plus l’ennui « de perdre sa vie à la gagner » : le bagne a une tout autre réalité. Et en lecteur je veux savoir quoi ? où ? comment ? Les horaires, les équipes, les mots des mecs, leurs tronches quand ils sortent de cette exploitation journalière !&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Tu as la capacité d’écrire – tu l’as prouvé –, eux non, et ne l’auront sans doute jamais. Ton témoignage doit donc commencer par donner vie individuellement et collectivement à tes collègues, aux ouvriers.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Tu penses peut-être cette réalité trop banale, qu’il est plus important de raconter l’activité syndicale, les meetings et les manifs… Malgré tout le respect militant que je peux avoir pour l’activité politico-syndicale, je pense au contraire que la dénonciation sera plus forte parce qu’ancrée au quotidien et à la conscience immédiate des hommes et des femmes dans la machinerie anthropophage.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Dans ces instants, le secret de l’usine est perceptible.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Avec de nombreux lecteurs de &lt;em&gt;Putain d’usine&lt;/em&gt; – dont ceux des éditions Agone –, nous pensons que ton écriture doit prendre résolument cette voie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Maintenant, pour ce qui est de l’édition de ton dernier manuscrit, je crois que ce point constitue le nœud essentiel. Bien que je n’aie pas une longue expérience éditoriale, voici le choix qui s’impose :&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— soit le manuscrit « Une année ordinaire » est publié dans la réédition prévue chez Agone de &lt;em&gt;Putain d’usine&lt;/em&gt;, en guise d’épilogue industriel. Les réalités décrites dans le premier éclairant les derniers jours égrainés ici jusqu’à la fermeture ;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— soit ce manuscrit est publié seul et, à ce moment-là, je pense qu’une réécriture est nécessaire pour revenir à la réinscription plus profonde du témoignage sur le « perdre sa vie à la gagner ».&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Dans le premier cas, tu es certain que le lecteur achève la lecture de tes travaux dans l’ordre chronologique. Dans le second, tu l’espères. Mais si tu te trompes, le récit tombe à plat parce qu’il n’est plus explicite dans son témoignage prolétarien.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Si tu le désires, je te ferai parvenir par Agone mon dernier manuscrit inspiré des réalités de &lt;em&gt;Putain d’usine&lt;/em&gt; &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/05/01/#pnote-27-4&quot; id=&quot;rev-pnote-27-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;. Je ne manquerai pas de signaler l’influence de ton travail. Salutations révolutionnaires et « littéraires ».&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Jann-Marc Rouillan&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Centrale de Lannemezan, le 1er février 2005&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/05/01/#rev-pnote-27-1&quot; id=&quot;pnote-27-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Il s’agit d’&lt;em&gt;Après la catastrophe&lt;/em&gt;, édité par L’Insomniaque en 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/05/01/#rev-pnote-27-2&quot; id=&quot;pnote-27-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Sous le titre de &lt;em&gt;Capital humain&lt;/em&gt;, « fable prolétarienne », L’Arganier, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/05/01/#rev-pnote-27-3&quot; id=&quot;pnote-27-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] Sous le titre « De notre correspondant permanent au pénitencier », ces chroniques paraissent depuis janvier 2004 dans le mensuel CQFD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/05/01/#rev-pnote-27-4&quot; id=&quot;pnote-27-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] À savoir, &lt;em&gt;Capital humain&lt;/em&gt;, op. cit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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