<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/feed/rss2/xslt" ?><rss version="2.0"
  xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
  xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
  xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/">
<channel>
  <title>Marginales - prolétariat</title>
  <link>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/</link>
  <description></description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Wed, 31 Dec 2008 00:34:03 +0000</pubDate>
  <copyright>Marginales</copyright>
  <docs>http://blogs.law.harvard.edu/tech/rss</docs>
  <generator>Dotclear</generator>
  
    
  <item>
    <title>Les paradoxes de Jean-Marie Gustave Le Clezio</title>
    <link>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/12/09/Les-paradoxes-de-Jean-Marie-Gustave-Le-Clezio</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:c11f4bcf7b961b0d387b52d397021f7b</guid>
    <pubDate>Tue, 09 Dec 2008 19:55:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>marginales</dc:creator>
        <category>Remue-méninges</category>
        <category>critique</category><category>engagement</category><category>littérature</category><category>prolétariat</category><category>Rouillan</category>    
    <description>&lt;p&gt;&lt;em&gt;Faut-il désespérer des moyens de communications actuels et se résigner à ce que nos mots ne soient jamais entendus&amp;nbsp;? Faut-il désespérer de ce que peut la littérature ou comme le souligne Philippe Geneste remarquer que l'actualité d'un écrivain comme Stig Dagerman à qui JMG Le Clézio emprunte le titre de son discours doit tout autant à son style qu'à son engagement pour un système politique jamais nommé et jamais essayé - l'anarchie - qui prône la démocratie et l'action directe et peut se résumer dans la phase suivante&amp;nbsp;:  “Je suis anarchiste&amp;nbsp;: c’est que je n’aime ni recevoir, ni donner des ordres.”&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Vous pouvez lire comme moi le &lt;a href=&quot;http://marginales.free.fr/spip.php?article130&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;texte intégral du discours prononcé par JMG Le Clézio&lt;/a&gt; pour la remise du prix Nobel. Outre le titre, emprunté à Stig Dagerman, Le Clézio y pose la question de ce que peut la littérature.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il y fait un très long commentaire du texte  «&amp;nbsp;L'Écrivain et la conscience&amp;nbsp;» dont il cite l'extrait suivant&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Comment est-il possible par exemple de se comporter, d'un côté comme si rien au monde n'avait plus d'importance que la littérature, alors que de l'autre il est impossible de ne pas voir alentour que les gens luttent contre la faim et sont obligés de considérer que le plus important pour eux, c'est ce qu'ils gagnent à la fin du mois&amp;nbsp;? Car il (l'écrivain) bute sur un nouveau paradoxe&amp;nbsp;: lui qui ne voulait écrire que pour ceux qui ont faim découvre que seuls ceux qui ont assez à manger ont loisir de s'apercevoir de son existence.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le Clézio poursuit plus loin&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le paradoxe ne date pas d'hier. François Rabelais, le plus grand écrivain de langue française, partit jadis en guerre contre le pédantisme des gens de la Sorbonne en jetant à leur face les mots saisis dans la langue populaire. Parlait-il pour ceux qui ont faim&amp;nbsp;? Débordements, ivresses, ripailles. Il mettait en mots l'extraordinaire appétit de ceux qui se nourrissaient de la maigreur des paysans et des ouvriers, pour le temps d'une mascarade, d'un monde à l'envers. Le paradoxe de la révolution, comme l'épique chevauchée du chevalier à la triste figure, vit dans la conscience de l'écrivain. S'il y a une vertu indispensable à sa plume, c'est qu'elle ne doive jamais servir à la louange des puissants, fût-ce du plus léger chatouillis.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous regretterons pour notre part que sa plume qui prend partie avec bonheur pour le peuple et ses enfants ne soit pas plus dur vis-à-vis des puissants, que la conscience de soi ne s'accompagne pas chez lui d'une conscience de classe qui fait écrire à Stig Dagerman dans ce même texte&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Il existe un reproche qui est bien plus fondé que les autres&amp;nbsp;: celui qui porte sur l’absence de prise de position de l’écrivain dans la lutte sociale. Le poète doit comprendre qu’il ne suffit pas de dire que la littérature est un monde à part. Il ne saurait non plus proclamer, avec des trémolos dans la voix, qu’il désire rester libre car personne ne peut être “libre” au point d’être dispensé de prendre position pour les opprimés dans leur lutte contre des oppresseurs qui, malgré tout ce que l’on pourra dire, resteront un fait indéniable tant que durera l’actuel système social. Parler de liberté dans ce contexte est synonyme de paresse, de lâcheté ou d’indifférence. &lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/12/09/...&quot; title=&quot;...&quot;&gt;...&lt;/a&gt; Toutes les réformes et les utopies sociales paraissent futiles dans un système mondial où la faillite paraît la seule chose certaine. Et pourtant, il s’agit de se défendre contre cet ordre-là, voire de l’attaquer, même si l’on est tragiquement conscient du fait &lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/12/09/…&quot; title=&quot;…&quot;&gt;…&lt;/a&gt; que cette défense comme cette attaque ne peuvent être que symboliques, mais qu’elles sont indispensables si l’on ne veut pas mourir de honte.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Dans les temps troublés qui sont les nôtres, nous pouvions de manière légitime nourrir l'espoir d'une prise de position plus ferme de la part de M. Le Clézio sur la faillite du système politique qui prend aujourd'hui le plus grand nombre en otage. Nous lui avions demandé par exemple de prendre position sur la réincarcération dont est victime Jean-Marc Rouillan (voir le &lt;a href=&quot;http://marginales.free.fr/spip.php?article94&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;texte de la pétition ici&lt;/a&gt;). Faut-il que des écrivains nobelisés comme Le Clézio, Jelinek, Grass ou Saramago à qui nous avons aussi envoyé cette demande soit sourd et aveugle pour ne pas y avoir répondu (même négativement), ou bien faut-il désespérer des moyens de communications actuels et se résigner à ce que nos mots ne soient jamais entendus&amp;nbsp;? Non, nous ne nous résignerons pas à ce que des écrivains célèbres aujourd'hui avouent être «&amp;nbsp;en difficulté devant la réalité&amp;nbsp;» et ne puissent plus prendre position sur la faillite d'un système politique qui fait de nous ses otages et sur la répression qui s'abat sur des contestataires que l'on n'en finit plus de dire minoritaires alors qu'ils ne demande qu'à vivre et à expérimenter de nouvelles formes politiques. Des formes plus démocratiques qui ne passent plus par un système de représentation de moins en moins capable de favoriser des échanges qui ne soient pas ceux du commerce et de la marchandise. Et que bien au contraire le système par la voix de ses représentants semble de plus en plus décidé à criminaliser toute forme de partage et de vivre ensemble.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Enfin pour clôre cette introduction, je cite les mots de Jean-Marc Rouillan que le PEN club international par la voix de sa présidente Sara Whyatt ne veut pas défendre au motif de ce qu'il n'était pas encore un écrivain en 1987 &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/12/09/#pnote-48-1&quot; id=&quot;rev-pnote-48-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;! : «&amp;nbsp;Mes mots, s’ils respirent, ce n’est pas de ramper mais de dire. Et ce que je dis ne plaît pas à ceux qui voudraient qu’on se taise. Car dans mon cas judiciaire, il faudrait que j’accepte le livret de la victime expiatoire à la bonne raison de ne plus rien faire, de ne plus se rebeller ou alors avec des mots sourds et aveugles, étrangement orphelins de leur musique.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Bonne lecture&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/12/09/#rev-pnote-48-1&quot; id=&quot;pnote-48-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Dans un courrier, du 18 novembre 2008, en réponse à l'envoi de la pétition « Parole en cage » elle répond : « Thank you for forwarding the petition on the return to prison of Mr Jean-Marc Rouillan. Mr Rouillan's sentence was passed for his leading role in the 1980s of Action Directe, and in particular for his responsibility in the murders of George Besse, Chief Executive of Renault, and General Rene Audran of the French defence ministry. International PEN works for the promotion of peace and does not support individuals how have carried out or promoted violence. In addition, Mr Rouillan, to our understanding, was not a writer at the time of his arrest in 1987. Mr Rouillan was thus not considered a suitable case for International PEN action during his imprisonment. We understand that Mr Rouillan was released provisionally last year, and that one condition of his release, that he subsequently breached, was that he not discuss the events that led to his conviction,and that this is seen by some as a violation of his right to freedom of opinion. We also understand that Mr Rouillan was the subject of appeals by Amnesty International following concerns about harsh prison conditions, particularly in the 1990s. However, the Writers in Prison Committee of International PEN continues to hold its opinion that Mr Rouillan's case is not one that falls within PEN's remit. Members of PEN are free to add their names to the petition in their individual capacities if they wish. »&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
</description>
    
    
    
          <comments>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/12/09/Les-paradoxes-de-Jean-Marie-Gustave-Le-Clezio#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/12/09/Les-paradoxes-de-Jean-Marie-Gustave-Le-Clezio#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/feed/rss2/comments/48</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Un écrivain emprisonné pour délit d'ambiguité !</title>
    <link>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/12/06/Un-ecrivain-emprisonne-pour-delit-dambiguite</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:8845ad4023b5869c0c569ae778d1fe74</guid>
    <pubDate>Sat, 06 Dec 2008 12:11:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>marginales</dc:creator>
        <category>À boulet rouge</category>
        <category>critique</category><category>littérature</category><category>prolétariat</category><category>Rouillan</category><category>répression</category>    
    <description>&lt;p&gt;&lt;em&gt;&lt;/em&gt;En décidant de révoquer le régime de semi-liberté de Jean-Marc Rouillan pour des mots ambiguës publiés par la presse les juges «&amp;nbsp;antiterroristes&amp;nbsp;» ont décidé de remettre en prison un individu pour ce qu'il n'a pas dit.''&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Cette décision confirme les propos de Jean-Marc Rouillan qui disait déjà en 2002&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Je ne sortirai que si j’accepte de payer, et le paiement de cette rançon, c’est une déclaration, un texte politique qui condamne mon action dans l’organisation armée, mais bien au-delà, dans toutes les organisations auxquelles j’ai participé, comme le MIL, les GARI, jusqu’aux manifestations de l’après 68. Dans leur délire réactionnaire à vouloir tout édulcorer, l’histoire de la contestation armée dans ce pays n’est pas définitivement écrite, et cela tant que nous ne l’aurons pas co-signée de notre repentance. Cette repentance, c’est la rançon. La rançon du chantage. Tant qu’il me restera un soupçon de lucidité, je refuserai le chantage et je ne me renierai pas. »&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Nous reproduisons ici le communiqué du comité de soutien et appelons à signer les pétitions qui réclament la libération de Jean-Marc Rouillan. Nous vous incitons aussi à consulter les textes de soutien publiés dans la rubrique «&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://marginales.free.fr/spip.php?rubrique46&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;paroles libres&lt;/a&gt;&amp;nbsp;» du site de la revue &lt;/em&gt;Marginales&lt;em&gt;.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Communiqué&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La cour d’appel de Paris a prononcé, ce jeudi 4 décembre, la révocation de la semi-liberté de Jean-Marc Rouillan. Sur les passages incriminés de l’entretien paru dans &lt;em&gt;L’Express&lt;/em&gt;, les juges ont souligné que les propos de Jean-Marc Rouillan «&amp;nbsp;sont ambiguës mais qu’ils ont été perçus clairement par les familles des victimes ». La Cour considère que Jean-Marc Rouillan a enfreint l’une des 4 contraintes de son régime de semi-liberté (interdiction de s’exprimer sur les faits pour lesquels il a été condamné).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous considérons, pour notre part, que ce jugement indique la volonté de l’État de criminaliser l’expression d’un militant révolutionnaire. Nous dénonçons les lois «&amp;nbsp;antiterroristes&amp;nbsp;» qui autorisent l’incarcération pour délit d’opinion. Nous continuons à soutenir les démarches judiciaires pour obtenir la libération de Jean-Marc Rouillan. Nous appelons les signataires à être solidaires des actions qui seront menées pour obtenir cette libération.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://lesmotsenmarche.free.fr&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Les mots en marche&lt;/a&gt;, le 5 décembre 2008&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nota bene&amp;nbsp;: N’hésitez pas à faire circuler les deux pétitions qui restent ouvertes dans le cadre de la demande de libération de Jean-Marc Rouillan.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Lien vers les pétitions&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.cequilfautdetruire.org/petitions/?petition=1&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Jean-Marc Rouillan veut tourner la page sans la déchirer&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://marginales.free.fr/spip.php?article94&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Parole en cage&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/12/06/Un-ecrivain-emprisonne-pour-delit-dambiguite#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/12/06/Un-ecrivain-emprisonne-pour-delit-dambiguite#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/feed/rss2/comments/47</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Parole en cage</title>
    <link>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/10/20/Parole-en-cage</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:0c7b6c3e35a1cdb94c40a94e9c2a081d</guid>
    <pubDate>Mon, 20 Oct 2008 22:15:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>marginales</dc:creator>
        <category>De première bourre</category>
        <category>engagement</category><category>littérature</category><category>prolétariat</category><category>Rouillan</category>    
    <description>&lt;p&gt;&lt;em&gt;Après l'incarcération de l'écrivain Jann-Marc Rouillan suite à la publication d'un article dans la &lt;a href=&quot;http://www.lexpress.fr/actualite/politique/action-directe-rouillan-parle-et-pourrait-se-voir-prive-de-sa-semi-liberte_579389.html?p=3&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;presse&lt;/a&gt; nous relayons un &lt;a href=&quot;http://marginales.free.fr/spip.php?article94&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;appel&lt;/a&gt; des «&amp;nbsp;Mots en marche&amp;nbsp;» qui vient d'être lancé en France et à l'étranger. Cet appel qui s'adresse aux intellectuels demande une prise de position pour l'écrivain Jann-Marc Rouillan dans la lutte qu'il mène depuis sa cellule pour retrouver la liberté et contre l'hypocrisie de l'État français qui après lui avoir fait payer ses actes lui refuse le droit de tourner la page et voudrait lui dicter un repentir qui ne permet pas de débattre de la question ainsi occultée.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Nous avons besoin de &lt;a href=&quot;http://marginales.free.fr/spip.php?article94#sp94&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;votre soutien&lt;/a&gt; et de &lt;a href=&quot;http://marginales.free.fr/spip.php?rubrique43&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;vos écrits critiques&lt;/a&gt; pour que cette révocation de la semi-liberté dont il bénéficiait apparaisse aux yeux de tous pour ce qu'elle est un déni de justice et un acharnement.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous avons besoin de votre liberté de parole pour qu'un homme puisse retrouver la liberté.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Jann-Marc Rouillan vient de voir son régime de semi-liberté révoqué par le tribunal d’application des peines. En le réincarcérant au motif d’avoir commenté la contrainte dont il fait l’objet – ne pas s’exprimer sur les faits pour lesquels il a été condamné –, c’est en réalité toute possibilité d’expression que l’État français lui refuse. La procédure d’appel étant aujourd’hui engagée, il est urgent de se mobiliser pour sa libération.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Depuis 2001, Jann-Marc Rouillan a publié neuf ouvrages (récits et romans) qui sont l'expression politique d’un écrivain et d’un individu revendiquant son appartenance à la classe des opprimés et à une littérature prolétarienne dont Henry Poulaille disait&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Il nous suffit de puiser dans nos souvenirs, de montrer, sans rien y changer, la réalité telle qu’elle nous est apparue à notre entrée dans le monde pour faire œuvre révolutionnaire.&amp;nbsp;» La condamnation renouvelée de Rouillan est emblématique de cette volonté du pouvoir, maintes fois démontrée dans l’histoire lointaine et proche, d’empêcher l’expression libre de la parole du peuple. Et le monde intellectuel ne laisserait pas, sans se mettre lui-même en danger, bafouer la liberté d’expression. Comment ne se rallierait-il pas à ce qu’écrivait le suédois Stig Dagerman sans cesse cité par le nouveau prix Nobel J.M.G. Le Clézio&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Il existe un reproche qui est bien plus fondé que les autres&amp;nbsp;: celui qui porte sur l’absence de prise de position de l’écrivain dans la lutte sociale. Le poète doit comprendre qu’il ne suffit pas de dire que la littérature est un monde à part. Il ne saurait non plus proclamer, avec des trémolos dans la voix, qu’il désire rester libre car personne ne peut être «libre» au point d’être dispensé de prendre position pour les opprimés dans leur lutte contre des oppresseurs qui, malgré tout ce que l’on pourra dire, resteront un fait indéniable tant que durera l’actuel système social. Parler de liberté dans ce contexte est synonyme de paresse, de lâcheté ou d’indifférence. &lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/10/20/…&quot; title=&quot;…&quot;&gt;…&lt;/a&gt; Toutes les réformes et les utopies sociales paraissent futiles dans un système mondial où la faillite paraît la seule chose certaine. Et pourtant, il s’agit de se défendre contre cet ordre-là, voire de l’attaquer, même si l’on est tragiquement conscient du fait &lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/10/20/…&quot; title=&quot;…&quot;&gt;…&lt;/a&gt; que cette défense comme cette attaque ne peuvent être que symboliques, mais qu’elles sont indispensables si l’on ne veut pas mourir de honte.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous appelons les écrivains, les philosophes, les éditeurs, les cinéastes, les artistes, les journalistes, toute personne confrontée à la censure, à prendre position sur cette interdiction de parole dont est frappé aujourd’hui un écrivain français en signant et en diffusant cet appel. Faites-nous également parvenir votre soutien par des textes courts, qui seront mis en ligne avec cet appel.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous considérons que les conditions de la remise en détention
de Jann-Marc Rouillan sont une atteinte au droit de libre expression.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous sommes révoltés par l’interprétation des propos de Jann-Marc Rouillan
faite par certains medias et par le tribunal d’application des peines.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous nous élevons contre sa remise en détention et demandons sa libération sans condition.&lt;/p&gt;

&lt;hr /&gt;

&lt;p&gt;LES MOTS EN MARCHE&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pétition de soutien à Jann-Marc Rouillan&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Signature en ligne&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://marginales.free.fr/spip.php?article94&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;http://marginales.free.fr/spip.php?article94&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Adresse postale&amp;nbsp;: Les Billardes - 04300 Forcalquier.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/10/20/Parole-en-cage#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/10/20/Parole-en-cage#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/feed/rss2/comments/45</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Ordre scolaire bourgeois contre culture prolétarienne</title>
    <link>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/01/14/Ordre-scolaire-bourgeois-contre-culture-proletarienne</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:8b0fa151dedd02a65435b9919ee987d0</guid>
    <pubDate>Mon, 14 Jan 2008 12:16:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>marginales</dc:creator>
        <category>Manifeste</category>
        <category>critique</category><category>prolétariat</category><category>école</category>    
    <description>&lt;p&gt;&lt;em&gt;Ce texte de Philippe Geneste a été publié dans le deuxième numéro de la revue&lt;/em&gt; Marginales, Le refus de parvenir. Misère de l'école, utopies éducatives. &lt;em&gt;paru en juillet 2003.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;En France, l’école dite laïque, dite obligatoire, dite gratuite est mise en place par la bourgeoisie à un moment de reconstitution du mouvement ouvrier, après l’écrasement sanglant de la Commune. La bourgeoisie a le cœur encore soulevé de frayeur d’avoir vu le peuple insurgé auto-organisant les rouages sociaux, économiques et symboliques. Si, à droite et à l’extrème droite, s’agitent les très cléricaux monarchistes et légitimistes, adossés aux grands propriètaires ruraux et à la bourgeoie négociante, c’est à ce que l’on va nommer les républicains modérés que la bourgeoisie industrielle va confier ses intérêts pour éviter de nouveaux soubressauts. Elle est révolue la période de 1848, où la bourgeoisie avait la bouche pleine de discours humanitaires sur les conditions de vie du peuple, sur l’ignorance et les scandales de l’exploitation. Après 1871, la rupture entre la classe bourgeoise et le prolétariat est accomplie. Le partage des eaux claires du socialisme d’avec celles teintés du sang des travailleurs du capitalisme est achevé. Comme le vote va être l’instrument de l’illusion d’une autonomie de pensée et de choix politique, la pédagogie primaire sera celui de l’écrasement du peuple dans sa conscience sociale même.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Jules Ferry est un bourgeois à l’esprit clair, fier &lt;em&gt;condottiere&lt;/em&gt; du Capital, dont on a voulu faire un mythe. Homme de l’école laïque &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/01/14/#pnote-32-1&quot; id=&quot;rev-pnote-32-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;, on oublie combien son œuvre scolaire est liée à son œuvre coloniale. L’asservissement des consciences, ici, avait pour pendant l’assujetissement des peuples colonisés, là-bas. À en croire le mythe, la Troisième République apporta les lumières de l’instruction à un peuple ignare. Mais il y a un envers du tableau, que brosse la littérature ouvrière du 19e siècle &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/01/14/#pnote-32-2&quot; id=&quot;rev-pnote-32-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;: celui de prolétaires, fiers de la culture qu’ils s’étaient forgée dans la lutte menée pour une écriture prolétarienne. Dans la voracité de lecture des autodidactes, comme à travers les activités d’organisations prolétariennes, se dessine un désir passioné d’émancipation. La bourgeoisie n’était pas dupe. La fin du 19e siècle est marqué par la conscience internationale des opprimés, l’avénement du syndicalisme, la poussée vers les Bourses du travail. C’est toute une contre-société qui se met en place, avec ses propres canaux de diffusion, ses journaux, sa propre littérature. Le mouvement de littérature prolétarienne reflète cette conception de la culture comme moyen de gagner son indépendance de classe et, par là, oeuvrer à l’émancipatiopn de ceux d’en bas.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cette conquête culturelle n’est pas le fruit d’une minorité isolée du peuple. Martin Lyons &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/01/14/#pnote-32-3&quot; id=&quot;rev-pnote-32-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt; a recensé en angleterre, entre 1790 et 1900, quelque 800 autobiographies ouvrières. Étudiant les manuels didactiques, il pointe chez les élites bourgeoises les craintes qui accompagnent l’alphabétisation des classes laborieuses.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En France, l’institution de l’école des années 1880 relève de cette même volonté de canalisation du peuple dans les voies culturelles de la bourgeoisie. C’est le principal fondement des discours de Jules Ferry argumentant devant des parterres de sa classe, en faveur de son projet d’école primaire. Il s’agit de casser les espaces d’autonomie prolétariennes pour mieux enchaîner le peuple à la reproduction de l’ordre bourgeois. C’est pourquoi, contrairement à ce que les débats contemporains sur l’école peuvent laisser entendre, l’école de Jules Ferry n’est pas une école des savoirs, mêmes élémentaires, mais une école des valeurs bourgeoises; ce n’est pas une école de l’instruction, c’est une école de l’éducation&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Cette éducation n’a pas pour but de faire savoir, mais de faire vouloir », dit l’article «&amp;nbsp;Politique&amp;nbsp;» du &lt;em&gt;Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire&lt;/em&gt; dû à Ferdinand Buisson, un des plus prôches collaborateurs de Jules Ferry. Et il ajoute&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L’instituteur est un instrument d’éducation, et même, si on y réfléchit bien, d’éducation politique.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La lecture des programmes de 1886 et 1887 démontre que l’école laïque est une école de classe. L’enseignement moral et civique vient remplacer le catéchisme pour stipuler à l’enfant ses devoirs et bien peu de droits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le grand tour de passe-passe est de transformer en un noble devoir social, tout auréolé de sacrifices, l’obligation où est le travailleur de peiner pour les capitalistes. C’est là un lieu commun de tous les traités de morale &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/01/14/#pnote-32-4&quot; id=&quot;rev-pnote-32-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&amp;nbsp;» Ainsi peut-on lire dans &lt;em&gt;L’Honnête Homme&lt;/em&gt;, la manuel de Jules Steeg paru en 1888&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ce n’est pas avec mollesse, par contrainte et par nécessité, sans goût, plaisir que nous devons travailler; mais avec entrain, avec conviction, moins pour le gain pécuniaire que pour le gain moral. Le travail est notre champ de bataille. Comme les armées vont au combat, musique en tête, tambour battant pour conquérir la gloire des armes, ainsi nous devons aller au travail&amp;nbsp;: vivement, comme de braves gens, pleins de courage et de vaillance, sûrs de nous-mêmes et de la victoire.&amp;nbsp;» Le style lyrico-épique épouse la pensée binaire de l’auteur qui ne manque pas de dénoncer ces «&amp;nbsp;grèves qui risquent de porter un coup à la richesse nationale ».&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais comment faire ravaler au peuple ses espaces d’autonomie culturelle? En brisant ses sources linguistiques ( les langues locales), en installant l’individu comme valeur sociale de base en lieu et place du collectif et de sa classe d’appartenance. Cette mission est confiée à l’idéologie de l’égalité des chances alors même que le système scolaire est divisé selon l’origine sociale des élèves (le primaire et primaire supérieur pour le peuple, le secondaire - lycées et colléges incluent des classes primaires payantes en leur sein - pour les enfants de la bourgeoisie). Écoutons le fameux discours de Jules Ferry, daté du 10 avril 1870 (déjà)&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Je ne viens pas prêcher je ne sais quel nivellement absolu des conditions sociales qui supprimerait dans la société les rapports de commandement et d’obéissance (…) Ce que j’appelle le commandement démocratique ne consiste donc plus dans la distinction de l’inférieur et du supérieur; il n’y a ni inférieur ni supérieur; il y deux hommes égaux qui contractent ensemble, et alors, dans le maître et dans le serviteur, vous n’apercevrez plus que deux contractants ayant chacun leurs droits précis, limités et prévus; chacun leurs devoirs, et, par conséquent, chacun leur dignité &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/01/14/#pnote-32-5&quot; id=&quot;rev-pnote-32-5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il s’agit, par l’école et par la langue nationale unique, d’instituer les conditions de marché, de la libre circulation du capital humain national sur un territoire uniformisé. Le but de l’idéologie égalitariste des chances est d’empêcher les classes populaires de remmettre en cause l’ordre social par l’élaboration de savoirs dans le cadre de l’éducation coopérative ou mutuelle qui se met en place. La littérature prolétarienne, les organisations ouvrières, les regroupements qui vont donner naissance au syndicalisme sont, en effet, autant d’espaces autonomes de production des savoirs, donc, autant de foyers de résistance aux menées de la bourgeoisie. Et c’est bien cela le plus innacceptable pour tout pouvoir, car c’est dans le creuset de la production des savoirs que se love la charge subversive ou assujetissante de l’acte d’éducation; car c’est dans le creuset des pratiques que se construit une culture collective. Jules Ferry en a conscience&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Dans les écoles confessionnelles, les jeunes reçoivent un enseignement dirigé tout entier contre les institutions modernes. On y exalte l’ancien régime et les anciennes structures sociales. Si cet état de choses se perpétue, il est à craindre que d’autres écoles se constituent, ouvertes aux fils d’ouvriers et de paysans, où l’on enseignera des principes diamétralement opposés, inspirés peut-être d’un idéal socialiste ou communiste emprunté à des temps plus récents, par exemple à cette époque violente et sinistre comprise entre le 18 mars et le 24 mai 1871 &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/01/14/#pnote-32-6&quot; id=&quot;rev-pnote-32-6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Or, il faut, pour la bourgeoisie, tuer dans ses organes vifs cette autonomie du peuple et d’une expression artistique propre, qui parvient à s’expliquer avec elle-même, “car un tel art serait un art prolétarien, un art de classe par lequel la réalité du travail salarié et de l’exploitation serait reconnue comme telle, ce qui serait le premier pas vers son abolition &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/01/14/#pnote-32-7&quot; id=&quot;rev-pnote-32-7&quot;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;© Philippe Geneste&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/01/14/#rev-pnote-32-1&quot; id=&quot;pnote-32-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] La laïcité reste la seule vraie avancée de son ministère par l’opposition aux cléricaux qu’elle implique, mais il ne faut pas oublier qu’elle a joué un rôle idélogique actif dans la masquage des oppositions de classes et l’uniformisation mentale patriotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/01/14/#rev-pnote-32-2&quot; id=&quot;pnote-32-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Lire Edmond thomas &lt;em&gt;Voix d’en bas,&lt;/em&gt; Maspero, 1979 (Ouvrage disponible chez Plein Chant, 16120 Bassac.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/01/14/#rev-pnote-32-3&quot; id=&quot;pnote-32-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] « La Culture littéraire des travailleurs. Autobiographies ouvrières dans l’Europe du 19°siècle », &lt;em&gt;Annales&lt;/em&gt; n° 4-5 juillet-octobre 2001, p. 927-946&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/01/14/#rev-pnote-32-4&quot; id=&quot;pnote-32-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] Antoine Richard, « L’école de la bourgeoisie conservatrice », L’École émancipée, n° 35, 31 mai 1931&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/01/14/#rev-pnote-32-5&quot; id=&quot;pnote-32-5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;] Cité par Chistian Nique et Claude Lelièvre, &lt;em&gt;La République n’éduquerar plus. La fin du mythe Ferry,&lt;/em&gt; Plon, 1993, p. 31&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/01/14/#rev-pnote-32-6&quot; id=&quot;pnote-32-6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;] Cité par Jean Foucambert, &lt;em&gt;L’École de Jules Ferry,&lt;/em&gt; Retz, 1990, p. 58&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/01/14/#rev-pnote-32-7&quot; id=&quot;pnote-32-7&quot;&gt;7&lt;/a&gt;] Walter Benjamin, &lt;em&gt;Œuvres&lt;/em&gt;, Gallimard, 2000, p. 160&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
</description>
    
    
    
          <comments>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/01/14/Ordre-scolaire-bourgeois-contre-culture-proletarienne#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/01/14/Ordre-scolaire-bourgeois-contre-culture-proletarienne#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/feed/rss2/comments/32</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Au paysan entier, debout dans le soleil et sous la pluie</title>
    <link>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/12/31/Au-paysan-entier-debout-dans-le-soleil-et-sous-la-pluie</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:b2a946e7575a67aa47c5cf15457b0678</guid>
    <pubDate>Mon, 31 Dec 2007 15:42:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>marginales</dc:creator>
        <category>Marius Noguès</category>
        <category>critique</category><category>littérature</category><category>paysan</category><category>prolétariat</category>    
    <description>&lt;p&gt;&lt;em&gt;C’est mon tempérament qui dicte toute la vigueur de mes entrailles sensibles aux éléments et aliments intérieurs et extérieurs. Pas un quelconque talent. Qu’est-ce que cela signifie, un talent&amp;nbsp;? Cela ne veut rien dire, ne peut rien dire.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Du haut ou du bas de mon je-m’en-foutisme, ou de ma hargne ou de ma contemplation, qui sont état de grâce pour qui n’est pas indifférent aux manifestations de vie, j’officie en mon moi récepteur et émetteur. Le ton est-il heureux&amp;nbsp;? Pourquoi s’en soucier, quand on est hors d’ambition oratoire, ou prétention littéraire. Ne prendre en considération que le besoin d’échanges directs, de communication, sans recherches, sans calculs, sans concessions ni complaisances ni préséances, rechignant à ces pitreries, picasseries de basse-cour. Se situer exclusivement au service de l’authenticité, de la vérité, de la simplicité. Le fard, le mensonge, les déguisements, la ruse honnête, les décorations grotesques, ne sont que larbineries réfuteuses.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Je ne veux, ni ne sais construire élégamment, ni composer avec habileté. Je ne suis qu’un paysan qui parle à ses frères les hommes, sans forfanterie, ni fantaisie étudiée. Quelquefois avec colère, jamais avec mépris, et toute la courtoisie qui reste en moi intacte devant de si pitoyables constats. Qui parle à ses frères les animaux, les végétaux, avec le même respect de nature, d’un même ton.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Marius Noguès&lt;/em&gt;, Putain de sort (inédit).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Cet entretien avec Marius Noguès réalisé par Philippe Geneste a été publié dans le premier numéro de la revue Marginales,&lt;/em&gt; Paysans, dernier siècle&amp;nbsp;? &lt;em&gt;paru en avril 2002.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Philippe Geneste&amp;nbsp;: Marius Noguès, vous êtes reconnu comme un écrivain-paysan. Dans un de vos livres, &lt;em&gt;Grand Guignol à la campagne&lt;/em&gt; (1976)&lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/12/31/#pnote-29-1&quot; id=&quot;rev-pnote-29-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;, vous affirmez n’avoir jamais voulu être un écrivain professionnel. Je vous cite&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Jamais bon Dieu je n’avais eu l’intention de m’engager dans le sérieux de la littérature professionnelle. Ni message à transmettre ni carrière à envisager&amp;nbsp;» ou encore, «&amp;nbsp;je me fous de bien écrire, de bien parler, qu’importe l’élégance, le poli, le policé des simulacres et de la manière ». Vous dites même, «&amp;nbsp;moi, je ne suis pas un écrivain, un professionnel de la plume ». Pouvez-vous expliquez cela&amp;nbsp;: « Je ne suis pas un écrivain…»&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Marius Noguès&amp;nbsp;: Je ne me considère pas comme un écrivain mais plutôt comme un témoin. Le livre c’est ma tribune. Un écrivain en effet est celui qui rumine son travail, qui n’apporte des choses ni sincères ni spontanées. J’appellerai écrivain celui qui va chercher le lecteur, qui va se mouler dans ses goûts qui sont aussi ceux que lui demandent d’exprimer les éditeurs qui le font vivre. Voilà pourquoi je ne suis pas un écrivain.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je voudrais ajouter autre chose. Je n’aime pas la formule écrivain-paysan. Elle est discriminatoire. C’est une manière de rabaisser le peuple. Il y a des paysans qui écrivent voilà tout. Il n’existe pas de catégorie sociale ayant pour vocation l’écriture. L’écriture est l’expression d’une sensibilité qui cherche à s’exprimer par les mots. Et chacun devrait pouvoir faire part de son expérience.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;P. G.&amp;nbsp;: Est-ce lorsque l’on écrit, on est porté par la nécessité de se libérer d’un fardeau qui pèse et qui chez les humbles ressemble souvent à la révolte ou à l’amour, parfois à la haine&amp;nbsp;? Est-ce pour en finir avec une envie de dire&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;M. N.&amp;nbsp;: J’écris pour dire des choses que d’autres ne disent pas. L’écriture est un engagement éthique. Gide a dit une ânerie lorsqu’il a prétendu que la littérature ne se faisait pas avec de bons sentiments.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;P. G.&amp;nbsp;: Le critique Guy Bordes affirme que l’écrivain du peuple ne cherche pas l’innovation formelle mais la nouveauté dans le sujet. Vous en êtes d’accord&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;M. N.&amp;nbsp;: On peut être original sans casser la langue. L’écriture vient de soi et le sujet s’impose. On ne le recherche pas dans le but d’innover. L’écriture est viscérale. Elle colle à soi comme à son sujet. Prenez Ramuz. Il recherche le dépouillement qui donne force à la forme, à l’authentique, au vrai. Les critiques se méprennent qui le trouvent trop simple. L’écriture de Ramuz est comme un recueillement. Et dans sa simplicité, la puissance d’une projection. Un prolongement en répercussion concentriques .&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;P. G.&amp;nbsp;: Vous dites que votre tâche est de faire entendre la voix du peuple de la terre elle-même, d’être un porte parole, «&amp;nbsp;le verbe tout puissant de ce peuple et de cette terre souillée et profanée…&amp;nbsp;» L’écriture est ici un combat.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;M. N.&amp;nbsp;: Oui, un combat. Un engagement avant toute chose, telle doit être l’écriture pour réhabiliter la terre et ce qu’elle porte. Le centre de la réflexion doit être l’écologie. Or, sur les rivières voguent des poissons ventre en l’air, les sources sont détruites par le drainage à outrance, des centaines d’arbres crèvent en plein air, des insectes pollués assassinent les hirondelles et leurs couvées. Les abeilles sont sous la menace de produits chimiques qui les tuent par milliers&amp;nbsp;; on voit de moins en moins les bergeronnettes suivre les sillons des labours, ni le rossignol enchanter les nuits chaudes de mai et juin. C’est la transe des épandages épais d’herbicides, fongicides, insecticides, mollusquicides, corvicides, rongeurticides, la transe de tout ce qui défiole, extermine, trucide, génocide la terre mère. Aucun agriculteur ne peut être heureux du massacre de ses lieux de vie . Aussi le paysan qui prend la plume est un porte parole. Il est un peu comme la rumeur , voix diffuse d’un peuple qui veut se faire entendre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;P. G.&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Grand Guignol à la campagne&lt;/em&gt; est un livre étrange, une sorte d’essai-fiction. Aujourd’hui, des affaires multiples ont pris le devant de la scène&amp;nbsp;: OGM, vache folle etc. Les avancées techniques du secteur agroalimentaire et de sa raison industrielle avivent de vieilles peurs. La fièvre aphteuse fait remonter le souvenir des épidémies moyenâgeuses. La vache folle suscite l’imaginaire des monstres et autres créatures hybrides dont se gargarisent une certaine littérature et un certain cinéma. Le clonage rend actuel le &lt;em&gt;Meilleur des mondes&lt;/em&gt; et l’humain se retrouve dans la position de Frankenstein dépassé par sa créature. D’une certaine manière, &lt;em&gt;Grand Guignol à la campagne&lt;/em&gt; puise dans ces faits, une nouvelle actualité…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;M. N.&amp;nbsp;: C’est un manifeste de grande colère, manifeste d’indignation outrée, romancé, parce qu’il y a, dans les situations, des personnages réels. &lt;em&gt;Grand Guignol&lt;/em&gt;… est bien un récit de réflexion qui accuse. Avec force. Il s’est imposé à moi, devant le spectacle quotidien d’une dégradation systématique et programmée d’une nature, d’une terre, d’une profession, qui sont la base même de la vie… C’est né de pulsions, suscitant en séquences parfois violentes, une vision-témoignage d’une réalité insoutenable de vérité,… tant elle est… révoltante…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;P. G.&amp;nbsp;: Pulsions, mais aussi réflexion profonde qui permet à ce livre d’entrer en résonnance directe avec l’actualité, de tracer une filiation.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;M. N.&amp;nbsp;: Revenons en 1957, à la ratification du traité de Rome&lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/12/31/#pnote-29-2&quot; id=&quot;rev-pnote-29-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;, qui décidait de ce que devait être la nouvelle Europe du gros capitalisme. Un fait qui n’a jamais été souligné, à cette date, c’est qu’il y avait un million et demi ou deux millions d’exploitations agricoles en France. Il en reste de 300 à 500 000 au maximum. Comptez&amp;nbsp;: chaque exploitation fixait au moins trois personnes. La désertion des campagnes est un flagrant motif du chômage. En même temps, la consommation venait définir la nature même des individus.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;P. G.&amp;nbsp;: Une critique de la conception de l’individu qui introduit, dans votre œuvre, une critique paysanne, écologique, de la société…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;M. N.&amp;nbsp;: Qu’est-ce que c’est une société de consommateurs&amp;nbsp;? Un cheptel à nourrir au plus bon marché. En 1967, j’avais écrit un article dans ce sens, dans &lt;em&gt;La Volonté paysanne&lt;/em&gt;. Et pour le nourrir, ce cheptel, on va utiliser les cultures intensives, à grand renfort de produits chimiques sans se soucier qu’ils condamnent les forces de vie animales, humaines, végétales… sans discernement. On appelle cela, la productivité, alors que ce n’est qu’une transformation de l’agroalimentaire en agrochimie. Des fortunes fabuleuses se construisent ainsi. Avec l’affairisme grandissant autour de cette mutation, nos sociétés deviennent des sociétés d’abdication devant le Dieu Fric. Un nouvel ordre de servage, subtil  se met en place. Le monde paysan est peu à peu nié pour devenir un monde d’assistés, dépossédé de sa culture, de son agri-culture. À cela, on s’entend répondre qu’il faut suivre le progrès. Mais quel progrès&amp;nbsp;? Il n’y a pas si longtemps, le paysan vivait, entier, debout dans le soleil et sous la pluie, dans le vent, l’herbe, près de la feuille, de la graine, avec l’oiseau, l’abeille, sur sa terre amoureusement retournée, ensemencée, au fil des heures lentes des jours et des saisons. L’écoulement cristallin des sources n’était pas un souvenir livresque, repos et peines, dignement partagés, viscéralement éprouvés.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/12/31/#rev-pnote-29-1&quot; id=&quot;pnote-29-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Réédition Plein Chant, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/12/31/#rev-pnote-29-2&quot; id=&quot;pnote-29-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Signé par la RFA, la Belgique, la France, l'Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas, ce traité instituait la Communauté économique européenne (CEE). L'élément central du traité était la création d'un marché commun permettant la libre circulation des biens, des services, des personnes et des capitaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
</description>
    
    
    
          <comments>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/12/31/Au-paysan-entier-debout-dans-le-soleil-et-sous-la-pluie#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/12/31/Au-paysan-entier-debout-dans-le-soleil-et-sous-la-pluie#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/feed/rss2/comments/29</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Idéologie et roman paysan</title>
    <link>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/Ideologie-et-roman-paysan</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:e21b363fe9a0f188a10ffe23a7f632d3</guid>
    <pubDate>Thu, 11 Oct 2007 23:38:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>marginales</dc:creator>
        <category>Manifeste</category>
        <category>littérature</category><category>paysan</category><category>prolétariat</category>    
    <description>&lt;p&gt;&lt;em&gt;Ce texte de Guy Bordes a été publié dans le premier numéro de la revue&lt;/em&gt; Marginales, Paysans, dernier siècle&amp;nbsp;? &lt;em&gt;paru en avril 2002.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;On ne peut parler de littérature et terre natale, de roman paysan sans évoquer le fait que, depuis les origines jusqu’à la fin des années 1930, la société européenne fut rurale. Depuis 1789 (date à laquelle le pouvoir politique cesse d’être féodal, donc fondé sur les valeurs terriennes) jusqu’à l’industrialisation et l’urbanisation généralisées qui ont suivi la deuxième guerre mondiale, la ruine de cette ruralité s’est effectuée par étapes. Mais durant des millénaires, les paysans constituèrent l’essentiel de la population, la masse des travailleurs, la masse des exploités. Cette écrasante majorité de prolétaires &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#pnote-28-1&quot; id=&quot;rev-pnote-28-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;, exclue du pouvoir qui siègeait alors dans les châteaux, et qui, à l’aube des temps modernes, glissa progressivement vers les villes, fut exclue donc aussi du pouvoir culturel, celui que donne l’instruction. La réalité historique de la France, c’est une minorité gouvernant une masse d’analphabètes.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Parlons de pouvoir culturel, parlons de littérature. Née dans les couvents, les châteaux, les villes, dans et pour la société dominante, la littérature ne pouvait pourtant ignorer la masse des paysans, et du les intégrer dans les sujets qu’elle traitait. Elle ne pouvait pas être uniquement courtoise ou de chevalerie. Une fois épuisés les sujets que lui offraient le miroir dans lequel elle se contemplait, cette société fut obligée de voir, au-delà du miroir, une réalité omniprésente. Mais comment fut-elle traitée&amp;nbsp;? Quelle image du paysan les clercs qui font la littérature ont-ils donné&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La lecture en perspective de l’ensemble des oeuvres littéraires françaises où apparaissent des personnages de paysans fait ressortir deux sortes de représentations du paysan, se rattachant à deux types opposés. Le paysan est&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;– ou bien un être fruste, brutal, bestial, voisin de l’animal. Des fabliaux du Moyen-Age aux plus modernes romans et nouvelles de la fin du siècle, cette représentation est généralisée. Voici le fabliau du vilain ânier. Celui-ci passant par la ville respire les délicats parfums d’une boutique d’épices. Tant de raffinement le fait s’évanouir, il faudra lui mettre une pelleté de fumier sous le nez pour le faire revenir à lui. Voici Balzac dans &lt;em&gt;Les Paysans&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Il n’y a pas besoin d’aller en Amérique pour observer des sauvages ». Voici Zola&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L’homme… tenait sur ses genoux son chapeau de feutre rond, sans que l’ombre d’une pensée animât sa large face de terre cuite, rasée soigneusement, trouée de deux gros yeux bleu faïence, d’une fixité de boeuf au repos ». Voici, enfin, tout Maupassant, ou presque&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;– ou bien un aimable berger ou une aimable bergère, enrubannés, êtres libres et heureux, ignorants des contraintes de la ville, héros insouciants des pastourelles médiévales, des romans précieux de Jean-Jacques Rousseau ou de George Sand. Voici la Pastourelle de Jean de Brienne (XIIIe siècle). «&amp;nbsp;Sous l’ombre d’un bois, je trouvais une bergère à mon goût&amp;nbsp;; elle était bien protégée contre l’hiver, la fillette aux cheveux blonds ... Sur sa flûte elle chantait Garinet et Robichon… Faisons de feuilles une cabane et nous nous aimerons gaiement… Sire, paix je vous prie… car j’aime mieux une pauvre joie sous le feuillage avec mon ami qu’être dame en belle chambre et qu’on ait cure de moi…&amp;nbsp;» Voici Mme de Sévigné&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Faner est la plus jolie chose du monde, c’est retourner du foin en batifolant dans une prairie, dès lors qu’on en sait tout, on sait faner ». Voici George Sand, avant-propos à &lt;em&gt;François le Champi&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;J’ai vu et j’ai senti par moi-même, avec tous les êtres civilisés, que la vie primitive était le rêve, l’idéal de tous les hommes et de tous les temps&amp;nbsp;» &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#pnote-28-2&quot; id=&quot;rev-pnote-28-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Noire ou rose, le paysan n’a droit qu’à une existence de fantaisie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ces représentations ont un rôle. La vision noire du paysan, c’est la contre-image du seigneur ou du bourgeois. C’est aussi la justification de l’ordre social. La vision rose, complémentaire, donne bonne conscience en montrant un paysan heureux et détaché de toute contrainte. Elle joue également son rôle de justification de l’ordre établi en masquant les véritables rapports sociaux, quand elle ne les inverse pas, le chevalier étant conquis par la bergère. Les seuls problèmes qu’ont à résoudre ces paysans-là sont d’ordre sentimental. Ils ignorent le travail, la faim, les soucis. Dans les deux cas, le paysan fantasmatique cache le paysan réel.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cette idéologie a introduit une morale, liée à la condition de vie du paysan&amp;nbsp;: dureté des travaux des champs, exaltations de l’effort, vérité du rapport homme-nature médiatisé par le travail (la terre «&amp;nbsp;ne ment pas ») d’une part, vision idyllique de la campagne, persistance du mythe de l’âge d’or de l’autre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Les représentations idéologiques survivent longtemps aux réalités matérielles qui les ont engendrées. Celles-ci donc ont survécu à l’effondrement de la société paysanne en France. Elles imprègnent encore certaines sensibilités et certaines idées politiques. Elles furent au fondement du discours pétainiste du retour à la terre mais aussi du rêve «&amp;nbsp;écologique&amp;nbsp;» des marginaux fuyant la ville pour trouver le bonheur en communautés champêtres.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;De manière générale, la morale du travail – et de la propriété – issue de la terre, a été reprise par l’ensemble de la société. De même, on peut faire en littérature un parallèle entre l’image du paysan et de l’ouvrier (caractéristiques chez Zola, par exemple dans &lt;em&gt;La Terre&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Germinal&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;br /&gt;**&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La situation d’autonomie ou de dépendance par rapport à l’idéologie dominante est un problème central dans le roman paysan, défini, ici, comme le roman écrit par le paysan lui-même ou quelqu’un dont la condition est proche (ruralité, situation sociale...). Il faut attendre Émile Guillaumin et &lt;em&gt;La Vie d’un Simple&lt;/em&gt;  (1904) &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#pnote-28-3&quot; id=&quot;rev-pnote-28-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;  pour voir surgir dans la littérature française la première grande oeuvre paysanne. On constate à la lecture de ce livre que, dès que le paysan a accès au statut d’écrivain, il se montre en apparence influencé par les idées reçues mais en réalité en révolte contre elles, plus autonome que dépendant. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Guillaumin fut le fondateur du syndicalisme paysan dans sa région bourbonnaise. Et &lt;em&gt;La Vie d’un Simple&lt;/em&gt;, véritable chef-d’oeuvre du réalisme français, n’est qu’un long cri de révolte contre la condition inhumaine des métayers qu’à bien connue Guillaumin.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;Maria&lt;/em&gt; &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#pnote-28-4&quot; id=&quot;rev-pnote-28-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;  de l’instituteur-paysan Lucien Gachon, on trouve aussi des paysans âpres, durs, conformes à certains stéréotypes, quoique coulés dans le moule d’un réalisme plus scrupuleux que ne le veut la tradition. Gachon se libère complètement de cette tradition dans &lt;em&gt;Jean-Marie, homme de la terre&lt;/em&gt; &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#pnote-28-5&quot; id=&quot;rev-pnote-28-5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;, récit d’une tentative de coopération pour se libérer des contraintes économiques qui pèsent sur les exploitations isolées.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Enfin, pour limiter le nombre de nos exemples, Marius Noguès effleure ou traite le thème traditionnel de la ville pervertisseuse du paysan dans &lt;em&gt;Petite chronique de la boue&lt;/em&gt; &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#pnote-28-6&quot; id=&quot;rev-pnote-28-6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;  et &lt;em&gt;Lutèce et le paysan&lt;/em&gt; &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#pnote-28-7&quot; id=&quot;rev-pnote-28-7&quot;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt; mais dont l’esprit de révolte apparaît dans toute l’oeuvre, surtout dans &lt;em&gt;Grand guignol à la campagne&lt;/em&gt; &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#pnote-28-8&quot; id=&quot;rev-pnote-28-8&quot;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt; et dans le petit texte intitulé «&amp;nbsp;La mort de l’amandier&amp;nbsp;» &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#pnote-28-9&quot; id=&quot;rev-pnote-28-9&quot;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;. Noguès peint le paysan avec réalisme, entraîné par une veine de conteur inégalable. Dans ces deux derniers textes, c’est la vision idyllique qui resurgit, mais l’auteur en fait une arme, un cri de révolte contre l’asservissement que le progrès impose au paysan. C’est une façon de lutter contre l’argent-roi, pour garder une campagne humaine. C’est le retournement, à des fins qu’on peut appeler politiques, de thèmes empruntés à la tradition. Il y a même chez Noguès un véritable panthéisme à l’antique. La nature vit, elle est animée, elle résiste, elle se venge.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Dans un texte célèbre paru en 1682, La Bruyère retourne la vision noire du paysan, comme un avertissement ou un remords, pour dénoncer l’injustice sociale. Marius Noguès ne fait rien d’autre avec la vision rose. Si elle apparaît dans son oeuvre comme l’évocation d’un âge d’or à jamais regretté, ce n’est pas par mélancolie passéiste. C’est encore, c’est surtout un avertissement contre les excès d’un progrès technique, mal maîtrisé, corrupteur et destructeur. Quand le peuple prend la parole et s’empare de la plume, ses œuvres sont toujours un cri de révolte.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;© Guy Bordes&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#rev-pnote-28-1&quot; id=&quot;pnote-28-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Au sens antique : celui qui ne possède que ses muscles et sa progéniture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#rev-pnote-28-2&quot; id=&quot;pnote-28-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Ces exemples sont pour la plupart empruntés à l'ouvrage de Bruno Hougre et Claude Lidski, &lt;em&gt;Le paysan dans la littérature française&lt;/em&gt;, Sèvres, CIEP 1970, ronéoté.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#rev-pnote-28-3&quot; id=&quot;pnote-28-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] Réédition LGF, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#rev-pnote-28-4&quot; id=&quot;pnote-28-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] Réédition L. Souny, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#rev-pnote-28-5&quot; id=&quot;pnote-28-5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;] Réédition Slatkine, 1981.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#rev-pnote-28-6&quot; id=&quot;pnote-28-6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;] Réédition Plein Chant, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#rev-pnote-28-7&quot; id=&quot;pnote-28-7&quot;&gt;7&lt;/a&gt;] Éditions du midi et l’Amitié par le livre, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#rev-pnote-28-8&quot; id=&quot;pnote-28-8&quot;&gt;8&lt;/a&gt;] Réédition Plein Chant, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#rev-pnote-28-9&quot; id=&quot;pnote-28-9&quot;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;em&gt;In Avec Marius Noguès, Plein Chant&lt;/em&gt; 16-17, 1983.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
</description>
    
    
    
          <comments>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/Ideologie-et-roman-paysan#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/Ideologie-et-roman-paysan#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/feed/rss2/comments/28</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Nécessité d'une littérature prolétarienne (3)</title>
    <link>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/05/01/27-lecriture-proletarienne</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:5d6ed16ca83fbf156b8b004fd2c2114e</guid>
    <pubDate>Tue, 01 May 2007 15:36:18 +0000</pubDate>
    <dc:creator>marginales</dc:creator>
        <category>Remue-méninges</category>
        <category>littérature</category><category>prolétariat</category><category>travail</category>    
    <description>&lt;p&gt;&lt;em&gt;Tous les jours pareils. J’arrive au boulot et ça me tombe dessus, comme une vague de désespoir, comme un suicide, comme une petite mort, comme la brûlure de la balle sur la tempe. Un travail trop connu, une salle de contrôle écrasée sous les néons – et des collègues que, certains jours, on n’a pas envie de retrouver. On fait avec, mais on ne s’habitue pas. On en arrive même à souhaiter que la boîte ferme. Oui, qu’elle délocalise, qu’elle restructure, qu’elle augmente sa productivité, qu’elle baisse ses coûts fixes. Arrêter, quoi. Qu’il n’y ait plus ce travail, qu’on soit libres. Libres, mais avec d’autres soucis.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Jean-Pierre Levaray,&lt;/em&gt; Putain d'usine (2001).&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;La lettre qui suit est extraite de la correspondance engagée par Jann-Marc Rouillan avec Jean-Pierre Levaray au moment de la réédition de &lt;em&gt;Putain d’usine&lt;/em&gt; (éditions Agone, 2006). Elle a été publiée dans le cahier de littérature du numéro 6 de la revue &lt;em&gt;Marginales&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;hr /&gt;


&lt;p&gt;Salut,&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous ne nous connaissons pas si ce n’est par nos écrits ou par le « fait divers ». Pourtant, après la lecture de &lt;em&gt;Putain d’usine&lt;/em&gt;, je désirais entrer en contact avec toi. Le temps a passé et je ne l’ai pas fait.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Puis j’ai lu ton second livre &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/05/01/#pnote-27-1&quot; id=&quot;rev-pnote-27-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;. Et les éditions Agone m’ont envoyé, sachant mon intérêt pour ton travail, le manuscrit d’« Une année ordinaire » que tu leur as proposé. Et je me décide enfin à cette correspondance.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Tout d’abord, je dois avouer que les impressions (violentes et crues) nées de la lecture de &lt;em&gt;Putain d’usine&lt;/em&gt; ont inspiré ma propre écriture pour un prochain bouquin : le troisième volet de ma trilogie sur la prison se conclut à l’usine… Une usine chimique et chimérique sur les bords de Seine. Et la rédemption par le travail se noue dans une fable sur le mode « littérature prolétarienne » d’avant-guerre &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/05/01/#pnote-27-2&quot; id=&quot;rev-pnote-27-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pour aborder le secret social de la prison – ce que je vis chaque jour –, j’ai dû abandonner l’écriture documentaire. Par nécessité. À part quelques chroniques &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/05/01/#pnote-27-3&quot; id=&quot;rev-pnote-27-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;, je ne parviens plus à affronter et à dévoiler la réalité frontalement. Ce qui lie fondamentalement l’usine et la prison, c’est la volonté de s’en échapper.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un littérateur ou un sociologue peuvent discourir autant qu’ils le désirent du monde du travail et de la prison. C’est toujours sans risque. Il sont protégés parce qu’en dehors de cette histoire sociale. Ils observent.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous, nous vivons l’oppression et l’exploitation de l’intérieur. Elles pressent sur notre vécu, sur nos idées, sur nos sentiments. Toi et moi, nous témoignons (et par ces temps d’amnésie, il est essentiel de dénoncer les réalités occultées) ; mais, simultanément, il est difficile de faire taire notre nature d’acteur cherchant à s’évader des conditions qu’il décrit, de l’ennui du travail posté et de la mort lente carcérale.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Notre chair est régie par de puissants rapports sociaux. C’est un fait objectif. Ces rapports nous dominent malgré notre résistance. Tu es ouvrier et je suis taulard. La nature d’acteur et d’auteur dans un environnement que nous refusons exige de nous un effort supplémentaire. Pour aller à l’essentiel et décrire mon quotidien, je trompe l’envie pressante de fuir. À chaque relecture, je me surveille et m’engueule : « Là tu t’échappes… » Et cette évasion que je découvre dans mes lignes, combien de fois je la constate dans ton écriture.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il ne s’agit aucunement d’une critique « littéraire » mais de la reconnaissance de notre communauté. C’est pourquoi je me permets de t’avouer que je me sens frustré par certaines de tes pages. Avant tout quand tu décris l’exploitation quotidienne ou lorsque tu nous racontes ces anecdotes approchant le secret du « perdre sa vie à la gagner ». Parce que d’un coup tu t’échappes, comme si c’était trop pénible à dire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L’indicible social est aussi dur à coucher sur le papier qu’à vivre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Alors tu préfères monter dans un bus pour aller protester devant le CE, tu racontes l’après-AZF, tu manifestes avec les instits… Il y aura des dizaines d’ouvrages sur l’accident industriel de Toulouse et d’ailleurs. Des dizaines d’instits et de profs raconteront leurs grèves. Mais combien d’ouvriers exprimeront avec leur vécu l’exploitation quotidienne du travail posté ? Cette réalité forgeant la lutte de classe et la reproduisant sans cesse.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/images/AZF.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Vue de l'usine AZF de Toulouse, après l'explosion du 21 septembre 2001.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Par exemple, dans ce dernier manuscrit.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;21.11.2003. La nuit dernière, un nouvel accident du travail s’est produit dans l’usine. (Je ne me souviens pas que tu en aies raconté un autre en détail.) Dans le secteur le plus pourri, là où le travail ressemble au bagne.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;À ce moment précis, ce n’est plus l’ennui « de perdre sa vie à la gagner » : le bagne a une tout autre réalité. Et en lecteur je veux savoir quoi ? où ? comment ? Les horaires, les équipes, les mots des mecs, leurs tronches quand ils sortent de cette exploitation journalière !&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Tu as la capacité d’écrire – tu l’as prouvé –, eux non, et ne l’auront sans doute jamais. Ton témoignage doit donc commencer par donner vie individuellement et collectivement à tes collègues, aux ouvriers.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Tu penses peut-être cette réalité trop banale, qu’il est plus important de raconter l’activité syndicale, les meetings et les manifs… Malgré tout le respect militant que je peux avoir pour l’activité politico-syndicale, je pense au contraire que la dénonciation sera plus forte parce qu’ancrée au quotidien et à la conscience immédiate des hommes et des femmes dans la machinerie anthropophage.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Dans ces instants, le secret de l’usine est perceptible.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Avec de nombreux lecteurs de &lt;em&gt;Putain d’usine&lt;/em&gt; – dont ceux des éditions Agone –, nous pensons que ton écriture doit prendre résolument cette voie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Maintenant, pour ce qui est de l’édition de ton dernier manuscrit, je crois que ce point constitue le nœud essentiel. Bien que je n’aie pas une longue expérience éditoriale, voici le choix qui s’impose :&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— soit le manuscrit « Une année ordinaire » est publié dans la réédition prévue chez Agone de &lt;em&gt;Putain d’usine&lt;/em&gt;, en guise d’épilogue industriel. Les réalités décrites dans le premier éclairant les derniers jours égrainés ici jusqu’à la fermeture ;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— soit ce manuscrit est publié seul et, à ce moment-là, je pense qu’une réécriture est nécessaire pour revenir à la réinscription plus profonde du témoignage sur le « perdre sa vie à la gagner ».&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Dans le premier cas, tu es certain que le lecteur achève la lecture de tes travaux dans l’ordre chronologique. Dans le second, tu l’espères. Mais si tu te trompes, le récit tombe à plat parce qu’il n’est plus explicite dans son témoignage prolétarien.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Si tu le désires, je te ferai parvenir par Agone mon dernier manuscrit inspiré des réalités de &lt;em&gt;Putain d’usine&lt;/em&gt; &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/05/01/#pnote-27-4&quot; id=&quot;rev-pnote-27-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;. Je ne manquerai pas de signaler l’influence de ton travail. Salutations révolutionnaires et « littéraires ».&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Jann-Marc Rouillan&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Centrale de Lannemezan, le 1er février 2005&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/05/01/#rev-pnote-27-1&quot; id=&quot;pnote-27-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Il s’agit d’&lt;em&gt;Après la catastrophe&lt;/em&gt;, édité par L’Insomniaque en 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/05/01/#rev-pnote-27-2&quot; id=&quot;pnote-27-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Sous le titre de &lt;em&gt;Capital humain&lt;/em&gt;, « fable prolétarienne », L’Arganier, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/05/01/#rev-pnote-27-3&quot; id=&quot;pnote-27-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] Sous le titre « De notre correspondant permanent au pénitencier », ces chroniques paraissent depuis janvier 2004 dans le mensuel CQFD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/05/01/#rev-pnote-27-4&quot; id=&quot;pnote-27-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] À savoir, &lt;em&gt;Capital humain&lt;/em&gt;, op. cit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
</description>
    
    
    
          <comments>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/05/01/27-lecriture-proletarienne#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/05/01/27-lecriture-proletarienne#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/feed/rss2/comments/25</wfw:commentRss>
      </item>
    
</channel>
</rss>