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  <title>Marginales - paysan</title>
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  <language>fr</language>
  <pubDate>Wed, 31 Dec 2008 00:34:03 +0000</pubDate>
  <copyright>Marginales</copyright>
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    <title>Au paysan entier, debout dans le soleil et sous la pluie</title>
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    <pubDate>Mon, 31 Dec 2007 15:42:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>marginales</dc:creator>
        <category>Marius Noguès</category>
        <category>critique</category><category>littérature</category><category>paysan</category><category>prolétariat</category>    
    <description>&lt;p&gt;&lt;em&gt;C’est mon tempérament qui dicte toute la vigueur de mes entrailles sensibles aux éléments et aliments intérieurs et extérieurs. Pas un quelconque talent. Qu’est-ce que cela signifie, un talent&amp;nbsp;? Cela ne veut rien dire, ne peut rien dire.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Du haut ou du bas de mon je-m’en-foutisme, ou de ma hargne ou de ma contemplation, qui sont état de grâce pour qui n’est pas indifférent aux manifestations de vie, j’officie en mon moi récepteur et émetteur. Le ton est-il heureux&amp;nbsp;? Pourquoi s’en soucier, quand on est hors d’ambition oratoire, ou prétention littéraire. Ne prendre en considération que le besoin d’échanges directs, de communication, sans recherches, sans calculs, sans concessions ni complaisances ni préséances, rechignant à ces pitreries, picasseries de basse-cour. Se situer exclusivement au service de l’authenticité, de la vérité, de la simplicité. Le fard, le mensonge, les déguisements, la ruse honnête, les décorations grotesques, ne sont que larbineries réfuteuses.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Je ne veux, ni ne sais construire élégamment, ni composer avec habileté. Je ne suis qu’un paysan qui parle à ses frères les hommes, sans forfanterie, ni fantaisie étudiée. Quelquefois avec colère, jamais avec mépris, et toute la courtoisie qui reste en moi intacte devant de si pitoyables constats. Qui parle à ses frères les animaux, les végétaux, avec le même respect de nature, d’un même ton.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Marius Noguès&lt;/em&gt;, Putain de sort (inédit).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Cet entretien avec Marius Noguès réalisé par Philippe Geneste a été publié dans le premier numéro de la revue Marginales,&lt;/em&gt; Paysans, dernier siècle&amp;nbsp;? &lt;em&gt;paru en avril 2002.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Philippe Geneste&amp;nbsp;: Marius Noguès, vous êtes reconnu comme un écrivain-paysan. Dans un de vos livres, &lt;em&gt;Grand Guignol à la campagne&lt;/em&gt; (1976)&lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/12/31/#pnote-29-1&quot; id=&quot;rev-pnote-29-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;, vous affirmez n’avoir jamais voulu être un écrivain professionnel. Je vous cite&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Jamais bon Dieu je n’avais eu l’intention de m’engager dans le sérieux de la littérature professionnelle. Ni message à transmettre ni carrière à envisager&amp;nbsp;» ou encore, «&amp;nbsp;je me fous de bien écrire, de bien parler, qu’importe l’élégance, le poli, le policé des simulacres et de la manière ». Vous dites même, «&amp;nbsp;moi, je ne suis pas un écrivain, un professionnel de la plume ». Pouvez-vous expliquez cela&amp;nbsp;: « Je ne suis pas un écrivain…»&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Marius Noguès&amp;nbsp;: Je ne me considère pas comme un écrivain mais plutôt comme un témoin. Le livre c’est ma tribune. Un écrivain en effet est celui qui rumine son travail, qui n’apporte des choses ni sincères ni spontanées. J’appellerai écrivain celui qui va chercher le lecteur, qui va se mouler dans ses goûts qui sont aussi ceux que lui demandent d’exprimer les éditeurs qui le font vivre. Voilà pourquoi je ne suis pas un écrivain.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je voudrais ajouter autre chose. Je n’aime pas la formule écrivain-paysan. Elle est discriminatoire. C’est une manière de rabaisser le peuple. Il y a des paysans qui écrivent voilà tout. Il n’existe pas de catégorie sociale ayant pour vocation l’écriture. L’écriture est l’expression d’une sensibilité qui cherche à s’exprimer par les mots. Et chacun devrait pouvoir faire part de son expérience.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;P. G.&amp;nbsp;: Est-ce lorsque l’on écrit, on est porté par la nécessité de se libérer d’un fardeau qui pèse et qui chez les humbles ressemble souvent à la révolte ou à l’amour, parfois à la haine&amp;nbsp;? Est-ce pour en finir avec une envie de dire&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;M. N.&amp;nbsp;: J’écris pour dire des choses que d’autres ne disent pas. L’écriture est un engagement éthique. Gide a dit une ânerie lorsqu’il a prétendu que la littérature ne se faisait pas avec de bons sentiments.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;P. G.&amp;nbsp;: Le critique Guy Bordes affirme que l’écrivain du peuple ne cherche pas l’innovation formelle mais la nouveauté dans le sujet. Vous en êtes d’accord&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;M. N.&amp;nbsp;: On peut être original sans casser la langue. L’écriture vient de soi et le sujet s’impose. On ne le recherche pas dans le but d’innover. L’écriture est viscérale. Elle colle à soi comme à son sujet. Prenez Ramuz. Il recherche le dépouillement qui donne force à la forme, à l’authentique, au vrai. Les critiques se méprennent qui le trouvent trop simple. L’écriture de Ramuz est comme un recueillement. Et dans sa simplicité, la puissance d’une projection. Un prolongement en répercussion concentriques .&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;P. G.&amp;nbsp;: Vous dites que votre tâche est de faire entendre la voix du peuple de la terre elle-même, d’être un porte parole, «&amp;nbsp;le verbe tout puissant de ce peuple et de cette terre souillée et profanée…&amp;nbsp;» L’écriture est ici un combat.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;M. N.&amp;nbsp;: Oui, un combat. Un engagement avant toute chose, telle doit être l’écriture pour réhabiliter la terre et ce qu’elle porte. Le centre de la réflexion doit être l’écologie. Or, sur les rivières voguent des poissons ventre en l’air, les sources sont détruites par le drainage à outrance, des centaines d’arbres crèvent en plein air, des insectes pollués assassinent les hirondelles et leurs couvées. Les abeilles sont sous la menace de produits chimiques qui les tuent par milliers&amp;nbsp;; on voit de moins en moins les bergeronnettes suivre les sillons des labours, ni le rossignol enchanter les nuits chaudes de mai et juin. C’est la transe des épandages épais d’herbicides, fongicides, insecticides, mollusquicides, corvicides, rongeurticides, la transe de tout ce qui défiole, extermine, trucide, génocide la terre mère. Aucun agriculteur ne peut être heureux du massacre de ses lieux de vie . Aussi le paysan qui prend la plume est un porte parole. Il est un peu comme la rumeur , voix diffuse d’un peuple qui veut se faire entendre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;P. G.&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Grand Guignol à la campagne&lt;/em&gt; est un livre étrange, une sorte d’essai-fiction. Aujourd’hui, des affaires multiples ont pris le devant de la scène&amp;nbsp;: OGM, vache folle etc. Les avancées techniques du secteur agroalimentaire et de sa raison industrielle avivent de vieilles peurs. La fièvre aphteuse fait remonter le souvenir des épidémies moyenâgeuses. La vache folle suscite l’imaginaire des monstres et autres créatures hybrides dont se gargarisent une certaine littérature et un certain cinéma. Le clonage rend actuel le &lt;em&gt;Meilleur des mondes&lt;/em&gt; et l’humain se retrouve dans la position de Frankenstein dépassé par sa créature. D’une certaine manière, &lt;em&gt;Grand Guignol à la campagne&lt;/em&gt; puise dans ces faits, une nouvelle actualité…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;M. N.&amp;nbsp;: C’est un manifeste de grande colère, manifeste d’indignation outrée, romancé, parce qu’il y a, dans les situations, des personnages réels. &lt;em&gt;Grand Guignol&lt;/em&gt;… est bien un récit de réflexion qui accuse. Avec force. Il s’est imposé à moi, devant le spectacle quotidien d’une dégradation systématique et programmée d’une nature, d’une terre, d’une profession, qui sont la base même de la vie… C’est né de pulsions, suscitant en séquences parfois violentes, une vision-témoignage d’une réalité insoutenable de vérité,… tant elle est… révoltante…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;P. G.&amp;nbsp;: Pulsions, mais aussi réflexion profonde qui permet à ce livre d’entrer en résonnance directe avec l’actualité, de tracer une filiation.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;M. N.&amp;nbsp;: Revenons en 1957, à la ratification du traité de Rome&lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/12/31/#pnote-29-2&quot; id=&quot;rev-pnote-29-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;, qui décidait de ce que devait être la nouvelle Europe du gros capitalisme. Un fait qui n’a jamais été souligné, à cette date, c’est qu’il y avait un million et demi ou deux millions d’exploitations agricoles en France. Il en reste de 300 à 500 000 au maximum. Comptez&amp;nbsp;: chaque exploitation fixait au moins trois personnes. La désertion des campagnes est un flagrant motif du chômage. En même temps, la consommation venait définir la nature même des individus.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;P. G.&amp;nbsp;: Une critique de la conception de l’individu qui introduit, dans votre œuvre, une critique paysanne, écologique, de la société…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;M. N.&amp;nbsp;: Qu’est-ce que c’est une société de consommateurs&amp;nbsp;? Un cheptel à nourrir au plus bon marché. En 1967, j’avais écrit un article dans ce sens, dans &lt;em&gt;La Volonté paysanne&lt;/em&gt;. Et pour le nourrir, ce cheptel, on va utiliser les cultures intensives, à grand renfort de produits chimiques sans se soucier qu’ils condamnent les forces de vie animales, humaines, végétales… sans discernement. On appelle cela, la productivité, alors que ce n’est qu’une transformation de l’agroalimentaire en agrochimie. Des fortunes fabuleuses se construisent ainsi. Avec l’affairisme grandissant autour de cette mutation, nos sociétés deviennent des sociétés d’abdication devant le Dieu Fric. Un nouvel ordre de servage, subtil  se met en place. Le monde paysan est peu à peu nié pour devenir un monde d’assistés, dépossédé de sa culture, de son agri-culture. À cela, on s’entend répondre qu’il faut suivre le progrès. Mais quel progrès&amp;nbsp;? Il n’y a pas si longtemps, le paysan vivait, entier, debout dans le soleil et sous la pluie, dans le vent, l’herbe, près de la feuille, de la graine, avec l’oiseau, l’abeille, sur sa terre amoureusement retournée, ensemencée, au fil des heures lentes des jours et des saisons. L’écoulement cristallin des sources n’était pas un souvenir livresque, repos et peines, dignement partagés, viscéralement éprouvés.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/12/31/#rev-pnote-29-1&quot; id=&quot;pnote-29-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Réédition Plein Chant, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/12/31/#rev-pnote-29-2&quot; id=&quot;pnote-29-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Signé par la RFA, la Belgique, la France, l'Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas, ce traité instituait la Communauté économique européenne (CEE). L'élément central du traité était la création d'un marché commun permettant la libre circulation des biens, des services, des personnes et des capitaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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    <title>Idéologie et roman paysan</title>
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    <pubDate>Thu, 11 Oct 2007 23:38:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>marginales</dc:creator>
        <category>Manifeste</category>
        <category>littérature</category><category>paysan</category><category>prolétariat</category>    
    <description>&lt;p&gt;&lt;em&gt;Ce texte de Guy Bordes a été publié dans le premier numéro de la revue&lt;/em&gt; Marginales, Paysans, dernier siècle&amp;nbsp;? &lt;em&gt;paru en avril 2002.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;On ne peut parler de littérature et terre natale, de roman paysan sans évoquer le fait que, depuis les origines jusqu’à la fin des années 1930, la société européenne fut rurale. Depuis 1789 (date à laquelle le pouvoir politique cesse d’être féodal, donc fondé sur les valeurs terriennes) jusqu’à l’industrialisation et l’urbanisation généralisées qui ont suivi la deuxième guerre mondiale, la ruine de cette ruralité s’est effectuée par étapes. Mais durant des millénaires, les paysans constituèrent l’essentiel de la population, la masse des travailleurs, la masse des exploités. Cette écrasante majorité de prolétaires &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#pnote-28-1&quot; id=&quot;rev-pnote-28-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;, exclue du pouvoir qui siègeait alors dans les châteaux, et qui, à l’aube des temps modernes, glissa progressivement vers les villes, fut exclue donc aussi du pouvoir culturel, celui que donne l’instruction. La réalité historique de la France, c’est une minorité gouvernant une masse d’analphabètes.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Parlons de pouvoir culturel, parlons de littérature. Née dans les couvents, les châteaux, les villes, dans et pour la société dominante, la littérature ne pouvait pourtant ignorer la masse des paysans, et du les intégrer dans les sujets qu’elle traitait. Elle ne pouvait pas être uniquement courtoise ou de chevalerie. Une fois épuisés les sujets que lui offraient le miroir dans lequel elle se contemplait, cette société fut obligée de voir, au-delà du miroir, une réalité omniprésente. Mais comment fut-elle traitée&amp;nbsp;? Quelle image du paysan les clercs qui font la littérature ont-ils donné&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La lecture en perspective de l’ensemble des oeuvres littéraires françaises où apparaissent des personnages de paysans fait ressortir deux sortes de représentations du paysan, se rattachant à deux types opposés. Le paysan est&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;– ou bien un être fruste, brutal, bestial, voisin de l’animal. Des fabliaux du Moyen-Age aux plus modernes romans et nouvelles de la fin du siècle, cette représentation est généralisée. Voici le fabliau du vilain ânier. Celui-ci passant par la ville respire les délicats parfums d’une boutique d’épices. Tant de raffinement le fait s’évanouir, il faudra lui mettre une pelleté de fumier sous le nez pour le faire revenir à lui. Voici Balzac dans &lt;em&gt;Les Paysans&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Il n’y a pas besoin d’aller en Amérique pour observer des sauvages ». Voici Zola&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L’homme… tenait sur ses genoux son chapeau de feutre rond, sans que l’ombre d’une pensée animât sa large face de terre cuite, rasée soigneusement, trouée de deux gros yeux bleu faïence, d’une fixité de boeuf au repos ». Voici, enfin, tout Maupassant, ou presque&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;– ou bien un aimable berger ou une aimable bergère, enrubannés, êtres libres et heureux, ignorants des contraintes de la ville, héros insouciants des pastourelles médiévales, des romans précieux de Jean-Jacques Rousseau ou de George Sand. Voici la Pastourelle de Jean de Brienne (XIIIe siècle). «&amp;nbsp;Sous l’ombre d’un bois, je trouvais une bergère à mon goût&amp;nbsp;; elle était bien protégée contre l’hiver, la fillette aux cheveux blonds ... Sur sa flûte elle chantait Garinet et Robichon… Faisons de feuilles une cabane et nous nous aimerons gaiement… Sire, paix je vous prie… car j’aime mieux une pauvre joie sous le feuillage avec mon ami qu’être dame en belle chambre et qu’on ait cure de moi…&amp;nbsp;» Voici Mme de Sévigné&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Faner est la plus jolie chose du monde, c’est retourner du foin en batifolant dans une prairie, dès lors qu’on en sait tout, on sait faner ». Voici George Sand, avant-propos à &lt;em&gt;François le Champi&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;J’ai vu et j’ai senti par moi-même, avec tous les êtres civilisés, que la vie primitive était le rêve, l’idéal de tous les hommes et de tous les temps&amp;nbsp;» &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#pnote-28-2&quot; id=&quot;rev-pnote-28-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Noire ou rose, le paysan n’a droit qu’à une existence de fantaisie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ces représentations ont un rôle. La vision noire du paysan, c’est la contre-image du seigneur ou du bourgeois. C’est aussi la justification de l’ordre social. La vision rose, complémentaire, donne bonne conscience en montrant un paysan heureux et détaché de toute contrainte. Elle joue également son rôle de justification de l’ordre établi en masquant les véritables rapports sociaux, quand elle ne les inverse pas, le chevalier étant conquis par la bergère. Les seuls problèmes qu’ont à résoudre ces paysans-là sont d’ordre sentimental. Ils ignorent le travail, la faim, les soucis. Dans les deux cas, le paysan fantasmatique cache le paysan réel.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cette idéologie a introduit une morale, liée à la condition de vie du paysan&amp;nbsp;: dureté des travaux des champs, exaltations de l’effort, vérité du rapport homme-nature médiatisé par le travail (la terre «&amp;nbsp;ne ment pas ») d’une part, vision idyllique de la campagne, persistance du mythe de l’âge d’or de l’autre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Les représentations idéologiques survivent longtemps aux réalités matérielles qui les ont engendrées. Celles-ci donc ont survécu à l’effondrement de la société paysanne en France. Elles imprègnent encore certaines sensibilités et certaines idées politiques. Elles furent au fondement du discours pétainiste du retour à la terre mais aussi du rêve «&amp;nbsp;écologique&amp;nbsp;» des marginaux fuyant la ville pour trouver le bonheur en communautés champêtres.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;De manière générale, la morale du travail – et de la propriété – issue de la terre, a été reprise par l’ensemble de la société. De même, on peut faire en littérature un parallèle entre l’image du paysan et de l’ouvrier (caractéristiques chez Zola, par exemple dans &lt;em&gt;La Terre&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Germinal&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;br /&gt;**&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La situation d’autonomie ou de dépendance par rapport à l’idéologie dominante est un problème central dans le roman paysan, défini, ici, comme le roman écrit par le paysan lui-même ou quelqu’un dont la condition est proche (ruralité, situation sociale...). Il faut attendre Émile Guillaumin et &lt;em&gt;La Vie d’un Simple&lt;/em&gt;  (1904) &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#pnote-28-3&quot; id=&quot;rev-pnote-28-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;  pour voir surgir dans la littérature française la première grande oeuvre paysanne. On constate à la lecture de ce livre que, dès que le paysan a accès au statut d’écrivain, il se montre en apparence influencé par les idées reçues mais en réalité en révolte contre elles, plus autonome que dépendant. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Guillaumin fut le fondateur du syndicalisme paysan dans sa région bourbonnaise. Et &lt;em&gt;La Vie d’un Simple&lt;/em&gt;, véritable chef-d’oeuvre du réalisme français, n’est qu’un long cri de révolte contre la condition inhumaine des métayers qu’à bien connue Guillaumin.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;Maria&lt;/em&gt; &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#pnote-28-4&quot; id=&quot;rev-pnote-28-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;  de l’instituteur-paysan Lucien Gachon, on trouve aussi des paysans âpres, durs, conformes à certains stéréotypes, quoique coulés dans le moule d’un réalisme plus scrupuleux que ne le veut la tradition. Gachon se libère complètement de cette tradition dans &lt;em&gt;Jean-Marie, homme de la terre&lt;/em&gt; &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#pnote-28-5&quot; id=&quot;rev-pnote-28-5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;, récit d’une tentative de coopération pour se libérer des contraintes économiques qui pèsent sur les exploitations isolées.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Enfin, pour limiter le nombre de nos exemples, Marius Noguès effleure ou traite le thème traditionnel de la ville pervertisseuse du paysan dans &lt;em&gt;Petite chronique de la boue&lt;/em&gt; &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#pnote-28-6&quot; id=&quot;rev-pnote-28-6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;  et &lt;em&gt;Lutèce et le paysan&lt;/em&gt; &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#pnote-28-7&quot; id=&quot;rev-pnote-28-7&quot;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt; mais dont l’esprit de révolte apparaît dans toute l’oeuvre, surtout dans &lt;em&gt;Grand guignol à la campagne&lt;/em&gt; &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#pnote-28-8&quot; id=&quot;rev-pnote-28-8&quot;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt; et dans le petit texte intitulé «&amp;nbsp;La mort de l’amandier&amp;nbsp;» &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#pnote-28-9&quot; id=&quot;rev-pnote-28-9&quot;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;. Noguès peint le paysan avec réalisme, entraîné par une veine de conteur inégalable. Dans ces deux derniers textes, c’est la vision idyllique qui resurgit, mais l’auteur en fait une arme, un cri de révolte contre l’asservissement que le progrès impose au paysan. C’est une façon de lutter contre l’argent-roi, pour garder une campagne humaine. C’est le retournement, à des fins qu’on peut appeler politiques, de thèmes empruntés à la tradition. Il y a même chez Noguès un véritable panthéisme à l’antique. La nature vit, elle est animée, elle résiste, elle se venge.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Dans un texte célèbre paru en 1682, La Bruyère retourne la vision noire du paysan, comme un avertissement ou un remords, pour dénoncer l’injustice sociale. Marius Noguès ne fait rien d’autre avec la vision rose. Si elle apparaît dans son oeuvre comme l’évocation d’un âge d’or à jamais regretté, ce n’est pas par mélancolie passéiste. C’est encore, c’est surtout un avertissement contre les excès d’un progrès technique, mal maîtrisé, corrupteur et destructeur. Quand le peuple prend la parole et s’empare de la plume, ses œuvres sont toujours un cri de révolte.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;© Guy Bordes&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#rev-pnote-28-1&quot; id=&quot;pnote-28-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Au sens antique : celui qui ne possède que ses muscles et sa progéniture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#rev-pnote-28-2&quot; id=&quot;pnote-28-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Ces exemples sont pour la plupart empruntés à l'ouvrage de Bruno Hougre et Claude Lidski, &lt;em&gt;Le paysan dans la littérature française&lt;/em&gt;, Sèvres, CIEP 1970, ronéoté.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#rev-pnote-28-3&quot; id=&quot;pnote-28-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] Réédition LGF, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#rev-pnote-28-4&quot; id=&quot;pnote-28-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] Réédition L. Souny, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#rev-pnote-28-5&quot; id=&quot;pnote-28-5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;] Réédition Slatkine, 1981.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#rev-pnote-28-6&quot; id=&quot;pnote-28-6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;] Réédition Plein Chant, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#rev-pnote-28-7&quot; id=&quot;pnote-28-7&quot;&gt;7&lt;/a&gt;] Éditions du midi et l’Amitié par le livre, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#rev-pnote-28-8&quot; id=&quot;pnote-28-8&quot;&gt;8&lt;/a&gt;] Réédition Plein Chant, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2007/10/11/#rev-pnote-28-9&quot; id=&quot;pnote-28-9&quot;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;em&gt;In Avec Marius Noguès, Plein Chant&lt;/em&gt; 16-17, 1983.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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