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  <title>Marginales - patron</title>
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  <language>fr</language>
  <pubDate>Wed, 19 Nov 2008 17:56:10 +0000</pubDate>
  <copyright>Marginales</copyright>
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    <title>Fuck Myspace ! Petite note à l'usage des égarés sur Myspace</title>
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    <pubDate>Tue, 24 Jun 2008 09:23:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>marginales</dc:creator>
        <category>À boulet rouge</category>
        <category>critique</category><category>engagement</category><category>patron</category>    
    <description>&lt;p&gt;&lt;em&gt;Faut-il détruire internet&amp;nbsp;? Avant que de trancher cette question très rarement posée sur la toile, il nous semble utile de relayer cet appel qui présente quelques bonnes raisons de déserter des espaces mis à disposition ici et là et qui ne servent, encore une fois que ceux qui en sont les propriétaires. En l'occurrence, cette fois-ci, le milliardaire australo-américain Rupert Murdoch... &lt;/em&gt;
&lt;em&gt;Où l'on voit comment des groupes qui se proclament contestataire, autonome et indépendant peuvent se laisser berner par la technique et contribuer par leur présence sur Myspace à l'enrichissement de leur ennemi de classe.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi fuir MySpace ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;À qui appartient MySpace&amp;nbsp;? À l’homme d’affaires australo-américain Rupert Murdoch. Milliardaire (on l'a déjà dit), ami personnel de la famille Bush, propagandiste politique par le biais de son empire médiatique (dont la très fameuse chaîne de TV Fox News, première chaîne d’information américaine) et soutien actif des interventions militaires des USA à travers le monde. Rappelons simplement que durant la préparation de l'invasion irakienne, les 175 journaux et publications que possède Murdoch à travers le monde ont toutes largement défendues l'entrée en guerre américaine&lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/06/24/#pnote-41-1&quot; id=&quot;rev-pnote-41-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La logique est simple. La chose la plus complexe (et coûteuse) aujourd'hui pour les sites internet qui tirent leurs revenus de la publicité est de créer du contenu. Le contenu du réseau MySpace est créé à 100% par ses utilisateurs. MySpace a été racheté 580 millions de dollars et en vaudrait aujourd'hui 10 fois plus. Tout ça grâce à chacun de ses utilisateurs... Et cet argent ne sert qu'à renforcer le pouvoir et le contrôle social sur les populations.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais au-delà de ça, ça fait encore plus mal de voir des groupes, qui se revendiquent anti-capitalistes et prétendent défendre des alternatives, se vendre sans sourciller chez MySpace, endessous d'un beau bandeau de pub pour Air France, Meetic ou SFR. Et pire encore, de moins en moins de gens semblent se poser la question, l’effet de mode a marché en un temps-record, parfois même dès les premiers répétitions&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;il nous faut un MySpace&amp;nbsp;! ». Un gadget stupide gavé de pubs, devenu vital, avec d'acharnés défenseurs qui voient rouge dès qu'on leur parle de ce que ça représente.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Certains prônent le DIY mais ne sont pas foutus de passer plus d'une demi-heure pour faire un site qui va diffuser leur zique et servir de vitrine au monde entier. Les mecs passent des heures et des heures a torcher des morceaux, soigner des mélodies, mettre sur papier et en musique ce qu'ils ont dans les tripes... et balancent ça au monde entier sur des sites tous ripoux remplis de pubs, appartenant à la lie de l'humanité.. parce que c'est simple, facile et que presque tout le monde en a un. Et tant pis si on alimente les caisses d'une pourriture faf ultra puissante pour faire connaitre ses chansons anti-militaristes super-engagées, le manque de temps ou de compétences techniques à bon dos&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le jour où on distribuera à l'entrée des concerts le catalogue Dell ou des dépliants promo pour le Crédit Lyonnais et MMA (qui auront bien sûr subventionné le concert), on en trouvera toujours pour venir expliquer que c'est subversif et que ça nuit au système... excusez-nous par avance de pas être convaincu.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Petites réponses aux arguments trop souvent entendus...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Myspace est un outil formidable&lt;/strong&gt;
Et comment faisions-nous avant MySpace&amp;nbsp;? Et bien on créait des sites internet nous mêmes (avec nos doigts et notre cerveau), on s'envoyait des e-mails et tout fonctionnait tout aussi bien. Des connexions et des réseaux s'organisaient tout aussi bien. Nous nous revendiquons du mouvement punk, qui lui même a toujours défendu une vision DIY dans ses actes. Do It Yourself. Faire une page internet pour présenter son groupe est à la portée de tout le monde (ou d'un ami qui s'y connaît, dans le pire des cas). Cela demande un (tout petit) peu plus d'efforts que d'ouvrir un compte MySpace mais cela permet de rester indépendant.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dommage de boycotter MySpace qui est un formidable outil de communication gratuit pour des dizaines de millier de groupes. Grâce à MySpace on entend et communique avec des groupes que l'on entend nulle part ailleurs... ou presque.&lt;/strong&gt;
Faux. Il existe encore (et heureusement !) des milliers de groupes qui n'ont pas de MySpace, ou n’en veulent pas. Et rien ne t'empêche de les découvrir, via un bon moteur de recherche, en lisant quelques fanzines, en écoutant quelques bonnes émissions de radios, ou en fréquentant quelques bons forums.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On peut rencontrer plein de gens grâce à MySpace.&lt;/strong&gt;
Curieux, moi qui pensait que ça servait seulement à dire «&amp;nbsp;thanks for the add&amp;nbsp;! ». Chacun peut ainsi de targuer d’avoir plein d’amis virtuels dans la scène, c’est formidable, en effet...&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si l'on se pose la question pour MySpace, alors il faut se la poser pour toute la chaine dont il fait partie&amp;nbsp;: votre fournisseur d'électricité, la marque de votre ordi, votre système d'exploitation, etc.&lt;/strong&gt;
Ce raisonnement est faux. Il faut différencier déjà ce sur quoi on a le choix et ce sur quoi on ne l'a pas. Vous connaissez un un moyen alternatif de contourner EDF pour les particuliers&amp;nbsp;? Nous non... Vous connaissez un moyen de contourner les constructeurs informatiques&amp;nbsp;? Nous non... Et au passage, il est curieux de mettre MySpace au même niveau que son fournisseur d'électricité, l'un étant tout de même plus vital que l'autre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On sait qu'il y a plein de choses à critiquer chez MySpace, mais bon...&lt;/strong&gt;
Le principe du DIY qu'il ne faudrait quand même pas perdre de vue&amp;nbsp;: - si je sais consciemment que quelque chose est puant, je me prends en main pour trouver/proposer une alternative.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a des combats plus importants que MySpace.&lt;/strong&gt;
Ce genre de trucs, qui consiste à définir des priorités d'action, c'est juste l'excuse habituelle pour ceux et celles qui ne font jamais rien et se cherchent des excuses. Il faut voir ça d'une façon plus globale, comme un tout&amp;nbsp;: comment chacun agit concrètement contre le capitalisme, et autres formes d'exploitation, alors, si il trouve toujours un moyen de rabaisser les formes de luttes, aussi simples et en apparence insignifiantes soient-elles&amp;nbsp;? «&amp;nbsp;Y'a plus important que le végétarisme », «&amp;nbsp;y'a mieux à faire que de critiquer Nike ou Mc Donald's », «&amp;nbsp;la lutte pour les OS libres OK, mais y'a plus important », et là «&amp;nbsp;critiquer Myspace ouais, mais vous avez rien de mieux à faire&amp;nbsp;? » Mais tout ça, ce sont juste différentes facettes de lutte, qui illustrent une lutte consciente ou non beaucoup plus globale. Si l’on s’en prends à ça au nom d'une tolérance bidon, du genre «&amp;nbsp;soyez un peu cools les mecs c'est pas méchant », on bride toute la mécanique de l'activisme quotidien - qui par définition a pas vocation à être trop visible, et qui comprend beaucoup de trucs en apparence «&amp;nbsp;insignifiants ». Mais au final ces trucs s'ajoutent, s'ajoutent, et l’on obtient une lutte cohérente, à son échelle, mais au moins elle existe.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a des groupes super engagés sur MySpace !&lt;/strong&gt;
T'as besoin de suivre des idoles&amp;nbsp;? Surtout quand elles sont elles-mêmes incohérentes, sciemment ou par ignorance...&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Argument ultime&amp;nbsp;: Myspace est un outil de communication pour les groupes et les gens qui veulent se contacter rapidement sans se prendre la tête, se balancer des conneries, bla bla...&lt;/strong&gt;
Cette fois, laissons la parole à Patrick Le Lay, PDG de TF1: «&amp;nbsp;Dans une perspective &quot;business&quot;, soyons réaliste&amp;nbsp;: à la base, le métier de TF1, c'est d'aider Coca- Cola, par exemple, à vendre son produit (...). Or pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible&amp;nbsp;: c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible (...). Rien n'est plus difficile que d'obtenir cette disponibilité. C'est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l'information s'accélère, se multiplie et se banalise ».&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/06/24/#rev-pnote-41-1&quot; id=&quot;pnote-41-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Pour en savoir plus sur Murdoch et Fox news, matez &lt;em&gt;Outfoxed, la guerre de R. Murdoch contre le journalisme&lt;/em&gt; : &lt;a href=&quot;http://www.ecranlarge.com/test-dvd-299.ph&quot; title=&quot;http://www.ecranlarge.com/test-dvd-299.ph&quot;&gt;http://www.ecranlarge.com/test-dvd-...&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&quot;http://dynamite.lautre.net&quot; title=&quot;http://dynamite.lautre.net&quot;&gt;http://dynamite.lautre.net&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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    <title>Une offensive peut en cacher une autre !</title>
    <link>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/06/02/Ras-le-bol</link>
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    <pubDate>Mon, 02 Jun 2008 13:52:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>marginales</dc:creator>
        <category>À boulet rouge</category>
        <category>critique</category><category>diffusion</category><category>la poste</category><category>patron</category>    
    <description>&lt;p&gt;&lt;em&gt;Alors que deux parlementaires viennent de provoquer une levée de boucliers au sein des professionnels du livre, la question d'un tarif postal pour le livre n'est toujours pas mise à l'étude. Qui se moque de qui ?&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Dans un articulet publié par &lt;em&gt;Le Monde&lt;/em&gt; de vendredi 30 mai 2008 titré «&amp;nbsp;Offensive parlementaire contre le prix unique du livre&amp;nbsp;» on apprend que deux députés proposent un amendement qui signerait la mort du prix unique du livre. Une proposition d'amendement vite retirée devant la levée de boucliers de la profession. Tant mieux pour cette fois&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L'affaire pourrait s'arrêter là si elle ne recouvrait pas l'énorme silence de la profession et des journalistes devant la proposition de la Coordination des indépendants du livre au sujet d'un tarif postal pour le livre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Une «&amp;nbsp;offensive&amp;nbsp;» peut en cacher une autre... Cependant à consulter les noms des 40 députés ayant posé une question au gouvernement et des 8000 signataires de la pétition &quot;pour une libre circulation des idées&quot; lancée fin 2006 par l'Atelier du gué on se demande pourquoi la profession, les parlementaires et les journalistes tardent à agir sur cette question qui mobilise vingt fois plus de personnes&amp;nbsp;? Certaines mauvaises langues nous ont dit que la presse (et les parlementaires) ne pouvaient pas se permettre de critiquer l'entreprise postale...&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Est-ce trop compliqué de voir que les choses sont simples&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;D'un côté deux députés de la majorité, de l'autre plus de 40 (de tous bords politiques). D'un côté 8000 signataires (dont plus de la moitié de professionnels), de l'autre une entreprise qui échappe à la loi française puisque son siège social est au Luxembourg !?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cela fait bientôt six mois que la Coordination des indépendants du livre a remis aux deux ministères concernés (culture et économie) et à la Poste un dossier conséquent sur le transport du livre et les tarifs postaux qui démontrent point par point comment l'augmentation des tarifs postaux provoque une censure qui ne dit pas son nom et fragilise non seulement les éditeurs indépendants mais aussi les libraires et à court terme l'ensemble de la chaîne du livre...&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pour ceux qui n'ont pas encore signé la pétition et qui veulent lire le dossier sur la Poste, une adresse&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.cynthia3000.info/petition/?petition=3&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;http://www.cynthia3000.info/petition/?petition=3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Un laquais devant la toile</title>
    <link>http://www.lekti-ecriture.com/blogs/marginales/index.php/post/2008/02/22/Un-laquais-devant-la-toile</link>
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    <pubDate>Fri, 22 Feb 2008 12:39:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>marginales</dc:creator>
        <category>À boulet rouge</category>
        <category>engagement</category><category>patron</category><category>poésie</category>    
    <description>&lt;p&gt;&lt;em&gt;Ce texte d'Éric Maclos a initialement été publié sur le site du&lt;/em&gt; &lt;a href=&quot;http://www.preaudescollines.fr/?page=actu&quot;&gt;Préau des collines&lt;/a&gt; &lt;em&gt;(revue et éditions).&lt;/em&gt;
&lt;em&gt;Un autre texte jubilatoire, du même auteur, circule sur la toile depuis 2004. Il s'amuse des propos de messieurs Nora et Olivennes. «&amp;nbsp;Monsieur Nora se plaint d’être aujourd’hui &quot;assis sur du vide&quot;. Nous ne pouvons, mes amis, qu’éclater de rire. Nous qui, décidément, n’aspirons, et simplement somme toute, qu’à vivre debout.&amp;nbsp;» Merci pour ces éclats de rire (et pas que !) qui aident à traverser l'époque.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des nouvelles de la FNAC &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un chaland d’un pas décidé entre dans un magasin. Un des magasins d’une enseigne connue, et qu’on dit même quelquefois encore prestigieuse. Le chaland a décidé d’acquérir un ordinateur. Pour s’équiper, ou pour renouveler son matériel obsolète, peu importe. Si son choix n’est pas encore fait, il a confiance&amp;nbsp;: le vendeur va l’accueillir, le conseiller au mieux. Il va repartir satisfait. Il aura pris ses précautions même, il aura souscrit une assurance, une extension de garantie, et aura pu – si nécessaire – contracter un crédit au taux usuraire. Il est d’autant plus satisfait qu’il ignore que le vendeur, lui, va toucher une prime mensuelle assujettie à la vente de ces «&amp;nbsp;services&amp;nbsp;» annexes, prime qui lui permettra de compléter heureusement un salaire qui en a bien besoin. Mais passons&amp;nbsp;: notre homme est satisfait donc, il rentre chez lui et va pouvoir utiliser, enfin, son matériel.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et c’est là que le bât blesse. Notre ami, féru en la matière, s’imagine qu’il va pouvoir utiliser librement toutes les possibilités que lui offre son équipement. Mais les industriels s’inquiètent. Ceux du disque, entre autres. Les ventes chutent. Et, sans même que soit menée une enquête approfondie, le coupable est désigné&amp;nbsp;: le «&amp;nbsp;piratage », le téléchargement «&amp;nbsp;abusif ». Monsieur Olivennes, le PDG de la FNAC, la fameuse enseigne que j’évoquai plus haut, est chargé par le Président de la République de remettre un rapport sur la question. Il est efficace, Monsieur Olivennes. Il va très vite. Il «&amp;nbsp;assure », quoi. Comme une bête. On va comprendre pourquoi. Le «&amp;nbsp;résultat&amp;nbsp;» du rapport n’est autre que son postulat, qui peut se résumer en une ligne&amp;nbsp;: Le client est abusif, responsable et coupable. Et suit un catalogue de sanctions diverses. Le curieux restera sur sa faim, mais un rapport n’est pas forcément établi pour produire de la connaissance, restituer des faits, proposer des analyses … Ici, il s’agit de soumettre à «&amp;nbsp;la loi&amp;nbsp;» Au nom d’un bon sens qui n’en a que le nom. Car il y a un non-sens – du moins apparent – à ce que le dirigeant d’une entreprise culpabilise et stigmatise «&amp;nbsp;ses&amp;nbsp;» clients. Mais derrière l’apparent paradoxe de la bêtise, on devine une stratégie de la ruse, et les cartes biseautées dans les mains du tricheur.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Monsieur Olivennes a-t-il pris la peine de rencontrer la Fédération C.G.T du spectacle&amp;nbsp;? - Non. Monsieur Olivennes a-t-il pris la peine de rencontrer les organisations de défense des consommateurs&amp;nbsp;? - Non. Monsieur Olivennes a-t-il étudié la possibilité de créer – soit par un droit d’accès, soit par une taxation partagée entre le fabricant, le distributeur et le consommateur, un fonds géré par un organisme sous tutelle du Ministère de la Culture et chargé, un peu à l’image du CNL pour l’édition et les auteurs, d’aider les jeunes artistes et les petits labels indépendants&amp;nbsp;? - Non. Monsieur Olivennes a-t-il pensé aux (anciennes) campagnes de la FNAC pour abaisser la TVA sur le prix du disque&amp;nbsp;?
- Non. Monsieur Olivennes a-t-il pensé à faire part aux «&amp;nbsp;majors&amp;nbsp;» du prix trop élevé du disque, ramené à ses coûts réels de production&amp;nbsp;? - Non. En bref, Monsieur Olivennes a-t-il pensé qu’en facilitant ainsi l’achat du disque, on pouvait réduire efficacement le fameux «&amp;nbsp;piratage », en le rendant moins attractif financièrement&amp;nbsp;? -Non.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Monsieur Olivennes a-t-il pensé&amp;nbsp;? Répondre «&amp;nbsp;non&amp;nbsp;» est tentant. Mais un peu trop facile. Car il y a bien des enjeux derrière ce cynisme et cette apparente bêtise, même si la classe dominante ne se prive d’aucune de ces deux qualités. L’ordinateur est un outil formidable. Il peut contribuer à créer des espaces de liberté, de rencontre(s), de découverte(s), de création(s) …Mais de quelle magie viendrait-il que l’ouvrier-citoyen puisse librement disposer d’un outil, quel qu’il soit&amp;nbsp;? L’outil doit, dans l’ordre de la classe dominante, s’inscrire dans le processus de production de la plus-value, et une des formes de cette production est aujourd’hui la transmission de l’information, l’empire de la «&amp;nbsp;communication généralisée ». Le statut de l’artiste, de l ‘émotion esthétique, de la réflexion critique devient alors très simple&amp;nbsp;: rien de tout cela n’est productif, qui relève d’un arrêt, d’une faille dans la circulation et la vitesse, que ce soit du point de vue du geste ou de celui de sa contemplation. La mise hors-circuit de la perturbation artistique devient donc un enjeu majeur pour la classe dominante. Elle ne se contente plus de s’approprier l’œuvre par la marchandisation, de la neutraliser par la momification, par la transformation en patrimoine (coffre-fort ou musée). La fonction de la «&amp;nbsp;communication généralisée&amp;nbsp;» est aussi d’être l’écran – ici effectivement plasma, qui tout enrobe – l’anticorps qui rejette le virus artistique hors du corps social. La stigmatisation du Pirate n’est que le symptôme du contrôle généralisé de la communication généralisée par la classe dominante, la stigmatisation du Pirate accompagne la camisole de l’Artiste. Et bien naïfs sont les artistes qui ont cru que «&amp;nbsp;leurs&amp;nbsp;» «&amp;nbsp;maisons&amp;nbsp;» de disque protégeaient leurs droits d’auteurs. Les possédants n’ont rien à faire du droit d’auteur, qu’il soit moral ou patrimonial. Ce qui les anime n’est rien d’autre que le souci de la propriété industrielle. On voit bien que le rapport Olivennes est autre chose que le rôt satisfait du notable à la fin du banquet. On voit bien que les quelques remarques et propositions formulées plus haut – dans la forme interrogative – ne pouvaient être prises en compte par Monsieur Olivennes. En effet, elles impliquent une responsabilité citoyenne et démocratique, elles impliquent une mutualisation, un nouveau champ de l’espace public, et une lutte contre le culte de la rentabilité. Autant de notions qui rappellent à Monsieur Olivennes ses engagements de jeunesse. Son retournement de veste.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Libre à lui de nommer «&amp;nbsp;réussite&amp;nbsp;» le parcours qui lui a permis de passer du statut de renégat à celui de parvenu. Libre à lui d’afficher une fouettarde bonhomie à la pédagogie adipeuse. Mais il se trouve qu’en voulant à tout prix passer la camisole marchande à l’Artiste, Monsieur Olivennes «&amp;nbsp;oublie&amp;nbsp;» aussi que son père était un poète. Et quand il en est à faire payer l’Œdipe à l’Artiste, le Parvenu se donne enfin pour ce qu’il est&amp;nbsp;: un définitif Raté.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Janvier 2008.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Éric Maclos, poète, employé en librairie à la Fnac depuis 28 ans.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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