Quiconque a vu les ruines de Ninive, de Babylone et d’Ur...
Par Gil Jouanard, mardi 18 juillet 2006 à 11:23 :: Images du monde :: #13 :: rss
Quiconque a vu les ruines de Ninive, de Babylone et d’Ur sait que l’émergence de l’esprit en système de survie et en devoir d’excellence aura permis de comprendre que la vie, tributaire de conditions dérisoires ou lamentables, n’est guère estimable, et que ce fut la grandeur des hommes du désert de sortir de cette fatalité qui les environnait et les sertissait comme un carcan plutôt qu’à la façon d’un écrin, pour se délivrer du monde par la grandeur pathétique de ses créations.
Que cet héroïsme ait pu dériver sous la forme de monothéismes castrateurs et porteurs d’inhibition, c’est certes lamentable, nul esprit sain n’en disconviendra ; mais il faut comprendre que ces gens, issus de la pénurie, cherchèrent désespérément à promouvoir une hypothèse rédemptrice, salvatrice, compensatrice, un placebo autorisant l’illusion d’un espoir. Ne leur en voulons par conséquent pas trop de ce qu’ils aient pu ainsi dévoyer l’existence et abâtardi la vie. Ils ont fait ce qu’ils ont pu. Leur premier mouvement s’était accompli en direction de la grandeur ; ils avaient inventé l’écriture, la poésie, le mythe, et une architecture pour héberger tout cela. Ils ont failli par opportunisme, par lâcheté, par hypocrisie, par faiblesse : un roi, un chef, un responsable (l’un absolu, l’autre relatif), cela les rassurait. Alors, ils trahirent l’intuition initiale, celle qui, surgie du fond des grottes du Magdalénien, avait trouvé son apothéose dans l’Eden mésopotamien.
Nous qui venons si longtemps après cinq mille ans de dégradations successives, il ne nous reste que nos yeux pour pleurer et nos mots pour nous plaindre.
Mais, bien sûr, on peut toujours choisir de se rapatrier. Mon hésitation n’a d’autre cause que celle de la reconnaissance du lieu géométrique idéal : Grotte Chauvet, bords de l’Euphrate ou berges du Tigre ? Cela demande réflexion. Il me reste quelques années, inch’Allah, pour me décider.
Paris, ce 25 novembre 2005.

Commentaires
1. Le mardi 18 juillet 2006 à 11:28, par Alain
2. Le vendredi 21 juillet 2006 à 11:09, par gil jouanard
Ajouter un commentaire