Nous n'avons plus de ci-devant " grands écrivains " parce que nous avons cessé d'avoir de " grandes illusions ". Nos écrivains se sont rapprochés de nous, je veux dire du centre, ou du lieu géométrique, de chacun de nous, et se tiennent désormais à l'écart du tout venant social, politique, économique, conjoncturel. Ils sont par conséquent moins " grands " que " profonds ", perspicaces et fortement engagés dans un combat de soi avec et contre soi-même, auquel l'environnement versatile et instable n'a guère de part.

La France ne manque donc pas de grands écrivains. Tout au plus manque-t-elle d¹une conscience collective, d'une lucidité ambiante, d¹une attention aussi large que dense, que lui offrirait un lectorat élargi, davantage éclairé, plus exigeant, plus perspicace, et d'un appareil de divulgation qui fût à la mesure de ce vœu pieux et susceptible d¹en stimuler les effets et d'en accomplir la vocation, toute inscrite dans cette langue des profondeurs, moins faite pour le lyrisme ou pour la proclamation que pour l'introspection et pour l¹aventure fondamentale (terme à prendre dans le sens ou l'on parle de " recherche fondamentale ").