Collectionneur de machines agricoles, le facteur-apiculteur fait du cinéma.

André Combe et sa famille habitent le hameau du Revest-Saint-Martin. Une grande maison qui ouvre sur un panorama extraordinaire : les Alpes et le plateau de Valensole. Il est né ici et semble y avoir déjà vécu plusieurs vies qu’il raconte d’un oeil amusé au coin d’une table recouverte d’une belle nappe cirée. Pour ne pas décevoir son père, il se doit d’être paysan mais la chasse et la mentalité « traditionnelle » n’étant pas son truc, il sera plutôt « berger des abeilles ». Et pour faire bouillir la marmite, il exercera jusqu’à sa retraite le métier de facteur rural comme Jules Mougin, le poète du Revest-des-Brousses.

En parallèle, il collectionne les outils et machines agricoles et constitue petit à petit un musée agricole qui lui donnera l’occasion d’approcher le milieu du cinéma grâce à Jean Dasque (un réalisateur installé près d’Oraison) qui, le premier, l’emploiera dans ses films. Il y exercera tous les métiers (d’assistant décorateur à acteur en passant par chauffeur particulier ou conseiller technique) et deviendra l’ami de nombreux cinéastes et acteurs venus tournés en haute Provence (Claude Berri – à qui il doit son surnom de « coyote » -, Raoul Ruiz, Patrice Leconte, Georges Lautner, Yves Montand, Michel Galabru, Jean-Paul Belmondo, etc.). Il continue aujourd’hui de faire l’acteur quand l’occasion se présente et de cultiver ses amitiés cinématographiques...

Son autre passion, les abeilles, le conduit vers l’édition.

Happyculteur, il sème ses ruches du Var jusque dans les Hautes-Alpes et récolte le miel produit par des essaims qu’il n’hésite pas à déplacer à mains nues. Mais depuis une quinzaine d’années, il constate que tout va de travers, et que les abeilles sont affaiblies ou frappées par des troubles du comportement. Avec d’autres, il tente de trouver les raisons de ce « mystère » et découvre petit à petit qu’elles sont victimes des produits qu’utilisent les agriculteurs pour lutter contre les insectes. Ces neurotoxiques (insecticide – systémique – ce qui veut dire introduit dans la semence) déboussolent les butineuses et provoquent des maladies qui sont à l’origine d’une mortalité (plus de 30% des abeilles sont mortes entre 1995 et 2005) qui alarme tous les spécialistes. Tout en rassemblant une documentation importante sur les abeilles, André continue de faire son miel et s’aperçoit au fil de ses contacts avec les syndicats apicoles (UNAF et SNA [1] que plusieurs livres importants dont il se sert ne sont pas édités. L’aventure des éditions Coyote peut commencer. En 2004, il réédite L’Apiculture pour tous de l’abbé Warré. Depuis, il édite au rythme de deux ouvrages par an, sur les presses d’un imprimeur numérique local, une collection d’ouvrages indispensables à tous ceux qui s’intéressent aux abeilles et au vivant. Ainsi pour citer les derniers ouvrages parus, Printemps silencieux de Rachel Carlson – livre fondateur du mouvement écologiste publiés en 1962 –, La Vie des abeilles de Maurice Maeterlinck ou encore Le Secret de la santé de l’abbé Warré... ainsi que ses livres Des abeilles et des hommes, Des abeilles et des facteurs qui racontent son parcours.

Il définit ainsi sa lutte pour la sauvegarde des abeilles : « C’est une histoire de gros sous qui peut coûter cher à l’humanité car sans abeilles pour la pollinisation, il ne resterait que les céréales, les tomates, et les oliviers. Et un seul fruit : le kiwi ! ». C’est aussi « le combat du pot de miel contre le pot de fer », dit André Combe qui n’est pas avare de formules, et les laboratoires qui s’enrichissent en détruisant la planète ne veulent rien entendre des avertissements qui leurs sont adressés. Ce combat, il ne le livre pas seul. Il parle des initiatives d’Agir pour l’environnement qui a recueilli à ce jour plus de deux millions de signatures, du soutien récent de la SPA à la lutte des deux syndicats apicoles, ou de films qui mobilisent l’opinion, comme celui réalisé par Natacha Calestrémé, Disparition des abeilles, la fin d’un mystère, suite à sa rencontre avec André Combe au salon de Mérindol en 2008... Mais le « coyote » ne décolère pas face à la catastrophe écologique que représente la disparition des abeilles.

Samuel Autexier

Pour contacter André Combe et les éditions Coyote.

Notes

[1] Union nationale de l’apiculture française (UNAF) et Syndicat national d’apiculture (SNA).