Conférence (entrée libre)

« Dans le monde de la chose imprimée, nous avons observé, commenté trente et quelques années de changements de natures financière, commerciale, politique, culturelle. La concentration subie depuis vingt ans semble irréversible, non encore accomplie. Les effets subis ont été largement analysés, les effets craints sont évoqués entre « partenaires » diffuseurs/distributeurs et libraires (et on observe trop fréquemment la « mise à l’écart » des éditeurs). On tente a minima d’y anticiper et de mettre en commun des « savoir-faire techniques ». Pourtant d’autres questions restent sans réponse. Quelle place du livre pour quelle production ? Quelle place aux éditeurs indépendants dans un univers concentré aussi violemment organisé? Quel statut pour la librairie indépendante et quelles ressources dans la décomposition du prix du livre ?

Entre autres et malgré les évidences, les besoins pour assurer à la librairie un territoire travaillé à la hauteur de ses ambitions excèdent la rémunération qui lui est actuellement concédée. L’écart entre grandes surfaces et librairies ne suffit pas à entretenir l’évidente et impérative différence entre elles. Au nom des nouveautés sans lendemain, des livres au « temps court » qui se vendent « sans effort qualitatif », les professionnels feignent d’oublier que notre vocation est de détecter, de faire dans nos espaces le lit du « temps long », la traque des textes, la politique des auteurs.

La pluralité de l’offre aujourd’hui en France fait débat : surproduction ? saturation ? Nous dirons plutôt que la diffusion doit adapter sa politique à cette pluralité, qui est aussi bien une chance. Si cette chance n’accélère pas les inégalités, en particulier dans la communication autour de chaque livre. Le libraire indépendant peut et doit ici, si le diffuseur le libère de certaines servitudes (offices notamment), se saisir d’une offre « excédentaire » et établir ses choix, en intelligence avec son projet, avec sa clientèle. Cette liberté sera l’autre atout majeur de notre indépendance. Nous croyons aussi que c’est en veillant à soutenir l’activité des éditeurs indépendants que nous satisferons au mieux à maintenir la possibilité de la notre. »

Cet extrait d'un article de Christian Thorel publié en novembre 2004 dans Les Cahiers du Syndicat de la Librairie Française nous semble parfaitement définir les termes du débat que nous souhaitons engager durant ces Rencontres. L’auteur, qui dirige la librairie Ombres blanches ouverte en 1975 à Toulouse, saura l’illustrer des mille et une anecdotes qui font la vie d’une librairie indépendante ayant accueilli en trente années d’existence tous les auteurs importants de ce temps, rencontré les éditeurs et assisté à l’évolution des métiers de l’édition et du lectorat…


Par ailleurs, Christian Thorel anime avec Patrick Bardou (éditions Parenthèses), Anne Deschamps (AD-Diffusion), Raymond Tamisier (Librairie l’Alinéa) un atelier pendant ces Rencontres. Celui-ci intitulé Libraires et éditeurs « indépendants » peuvent-ils avoir une stratégie commune ? Y-a-t-il des alternatives à la grande distribution/diffusion ? est ouvert sur inscription. (voir le programme des ateliers et les modalités d'inscription).

Pour en savoir plus voir le site internet de la librairie Ombres blanches.