Tous ces documents sont en ligne sur le site du CNL. Leur lecture ne peut guère inciter les éditeurs que nous sommes à l’optimisme. En effet, aucune table ronde n’a été consacrée à l’édition, encore moins à l’édition indépendante de création. Chaque fois qu’il est question de l’édition, on en parle comme d’un tout indifférencié, à l’instar du ministre dans sa communication du 28 novembre : « Le secteur du livre (…) avec un chiffre d’affaires d’environ trois milliards d’euros pour l’édition, est dynamique grâce à l’importance de son marché intérieur et à l’énergie et au poids de ses grandes entreprises. » De plus, sa « fragilisation » viendrait, selon le ministre, des « mutations des pratiques de lectures et des effets de la révolution numérique. » Pas d’analyse donc de la concentration dans l’édition. Annonçant un peu plus loin l’augmentation des crédits consacrés au livre et à la lecture, le ministre dit qu’« en allouant 4 millions d’euros de plus aux auteurs, éditeurs et libraires, l’État accompagne la créativité, la diversité et l’indépendance du secteur tout entier. » Cette dernière formule – l’indépendance du secteur tout entier – confirme qu’il n’est pas question ici d’indépendance de chacun des acteurs du livre en tant que tel, mais bien d’un vœu pieux. Enfin, le ministre définit la mission Livre 2010 comme une mission de concertation interprofessionnelle… ce qui est plutôt déconcertant dans la mesure ou les associations d’éditeurs indépendants n’ont à aucun moment été invitées à une concertation

De la lecture des autres documents ressort la même absence de l’édition indépendante de création. Cela est d’autant plus dommageable que la librairie indépendante, elle, a fait l’objet de débats et de propositions pertinentes, en particulier en ce qui concerne les aides publiques et une démarche de labellisation. Certains intervenants des tables rondes ont bien parlé de la solidarité nécessaire, voire obligée entre éditeurs et libraires indépendants, mais cela ne s’est pas traduit dans les conclusions du colloque. Peut-on hasarder que la représentation de l’édition, trustée par le SNE avec la complaisance des pouvoirs publics, est à l’origine de cet « oubli » ?

Quoi qu’il en soit, cet état de fait rend d’autant plus urgente la concertation entre éditeurs indépendants de création afin de mettre au point des propositions à présenter et à discuter avec nos partenaires publics (DLL, CNL, Dracs, Régions) et privés (libraires).

François Bouchardeau