L'Alamblog

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samedi 6 février 2016

† René Troin (1952-2016)

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Pierre Laurendeau nous informe de la disparition de René Troin. Nous relayons cette triste nouvelle, avec le texte et la photographie qu'il a bien voulu faire parvenir à notre île :

la disparition de René Troin. René était un « deleaturien » de la première heure, dès 1979. Il fut toujours attentif à mes aventures éditoriales, que ce soit sous la griffe de Deleatur, du Polygraphe, un temps Ginkgo et depuis quelques années Sous la Cape. Au tournant du siècle, René me transmit de courts textes – jeux d’écriture, petites nouvelles tendrement acidulées, farce cocasse autour de Johnny H. … - qui m’enchantèrent, ainsi que les lecteurs attentifs quand je les publiais dans la collection des « minis » de Deleatur. Je reçus ensuite un magnifique récit mêlant fiction et souvenirs de jeunesse, « La Crau, Arizona », qui parut à l’enseigne de Deleatur en 2002 ; suivi de « Georges écrit » (un faux roman policier à étages et à clés), que je fis publier chez Ginkgo, dans la collection « Biloba ». Enfin, en 2012, parut dans la collection Sous la Cape, un roman à tiroirs multiples, hommage souriant aux Mille et une Nuits, « Chantier Schéhérazade ». Les textes de René entretenaient avec la chanson, française ou anglo-saxonne, des liens d’amitié, j’allais dire de vénération, teintée de distanciation amusée. Les couvertures des deux plus récents romans, créées par Michel Guérard, en témoignent. Depuis quelques années, René se consacrait, avec deux complices, à un blog dédié à son sujet de prédilection : « Crapauds et Rossignols ». René n’était pas un bavard – les amis qui le rencontrèrent au Bougainville, à Paris, où il se rendait parfois le mercredi, s’en souviennent : en apparence en retrait des conversations croisées, il intervenait toujours avec pertinence et gentillesse. Sylvette, sa compagne (qui illustra plusieurs publications de photos), ainsi que Clément et Aurélie, ses enfants, nous ont toujours accueillis, Agnès et moi, avec chaleur dans leur maison de Toulon… En 2002, nous avions organisé, avec la complicité de la bibliothèque et de la DRAC de la Région PACA, une lecture-présentation de « La Crau, Arizona » à Hyères. René, aphone ce jour-là, avait joué une partition drolatique sur ses textes et nous avions imaginé un jeu de scène où un double de René Troin, mauvais acteur, avait pris sa place… L’acteur est parti, mais ses livres témoignent d’une présence toujours active de René.

Pierre Laurendeau




Notice wiki René Troin.

vendredi 5 février 2016

Sortie de presse !




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Les Jeunes Constellations multipliées, à leur arrivée dans les locaux de l'Arbre vengeur. Un grand jour.
Bientôt en librairie (le 23)

jeudi 4 février 2016

Cabale littéraire et dramatique

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Cabale littéraire. La littérature a toujours eu ses factions, ses cabales, comme la politique, ce mot ne se prend jamais qu'en mauvaise part. La cabale considérée dans cette et la raison publique font bonne et prompte justice de celle petite coalition plus hargneuse que solide. Un seul exemple suffira pour démontrer cette incontestable vérité ; le fameux bureau d'esprit de l'hôtel Rambouillet, se composait des notabilités les plus influentes de la cour, madame de Sévigné figurait à la tête des chefs de cette noble coterie littéraire. Rien ne fut négligé pour élever Pradon au-dessus de Racine ; la Phœdre du protégé des prôneurs de l'hôtel Rambouillet est tombée dans l'oubli, et le chef-d'œuvre de Racine, est toujours une de nos gloires dramatiques. Mais les traditions de l'Hôtel Rambouillet, se sont perpétuées jusqu'à nos jours : on retrouve le même engouement, les mêmes prétentions , les mêmes manœuvres dans les coryphées de l'hôtel Thélusson. Les femmes y dominaient : que sont devenues ces célébrités si vantées ? On a oublié jusqu'aux noms des Muses de cette époque contemporaine : les noms de Constance Pipelet et de Fortunée Briquet, ont disparu sous les décombres du théâtre de leur gloire. La société de la fourchette qui lui a succédé, comptait quelques hommes d'un talent éprouvé. Tous les habitués des fameux déjeuners s'étaient engagés à se porter un mutuel secours pour arriver à l'académie. Picard, et quelques autres auraient pu arriver au fauteuil, sans le concours des confrères de la fourchette. L'opinion publique avait ratifié le choix de l'académie ; fidèles à leurs engagemens, ils ont donné la main à leurs amis , et les habitues de déjeuners hebdomadaires, sont venus s'asseoir tour-à-tour, sur chaque fauteuil devenu vacant. La restauration a été plus loin ; elle a brutalement expulsé des hommes dont les lois et d'honorables services rendus aux sciences et aux arts, garantissaient les droits et leur a donné pour successeurs, des prêtres, des nobles, dont les noms étaient tout-à-fait inconnus et ne se rattachaient à aucune œuvre littéraire ou scientifique. Ce double scandale était le fait d'une cabale ministérielle, tout le monde a pu lire dans les journaux de l' époque, la circulaire de M. Linguet, chef de division des beaux arts, aux académiciens, pour recommander à leurs suffrages un candidat au talent éprouvé. Tous les habitués des fameux déjeuners s'étaient engagés à se porter un mutuel secours pour arriver à l'académie.
La cabale dramatique, a subi une étrange transformation, il ne s'agit plus d'une collision vive et passionnée, mais patente, entre les amis ou les ennemis personnels de tel auteur, ou de tel artiste, mais d'une spéculation tout à fait mercantile.
Des compagnes d'assurance garantissent moyennant une prime convenue, les débuts et les pièces nouvelles ; tout est profit pour les entrepreneurs, ils ne courent aucune chance de perte et se font payer d'avance. Les chefs reçoivent le mot d'ordre des parties intéressées : ils doivent savoir quelle entrée il faut soigner, quel passage faible ou hasardé il faut soutenir; et toutes ces manœuvres sont exécutées par la milice des claqueurs, toujours groupés sous le lustre. Le juste-milieu du parterre se fait aussi payer pour comprimer l'expression libre des spectateurs indépendans qui ont acheté le droit de manifester leur opinion. Dans l'origine, on avait appelé ces compagnies d'assurances des cabaleurs; on ne les désigne plus que sous les nums de chevaliers de la claque ou du lustre.
En bonne justice, les claqueurs devraient être assujétis au droit de patente, au profit des pauvres. Leur concours stratégique a pu avoir quelque influence momentanée ; mais une fois connus, il n'ont plus eu d'utilité même pour ceux qui les emploient. Les efforts de la cabale n'ont pu faire vivre un jour de plus une pièce médiocre. On ne conçoit pas comment les cabaleurs mercenaires trouvent encore de l'emploi ; le public ne se laisse plus entraîner par leur exemple, et il a perdu l'habitude d'applaudir même aux meilleurs ouvrages, pour ne pas être confondu avec la bande du juste-milieu. Ce n'est plus qu'un ridicule et inutile scandale.
(...)
Hip. Dufey



Encyclopédie des connaissances utiles, T. IX, février-mars 1834.

mercredi 3 février 2016

Les couvertures du siècle dernier (LXI)


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Charles Rosner The Growth of the Book-Jacket. Sylvan Press, 1954, 108 pages. xxxiv-74 pages of plates. Hardcover.

Ce livre faisait suite à Charles Rosner The Art of Book-Jacket. London, Victoria and Albert Museum 1949, 12 pages.
Il sera bientôt copié par
Peter Curl Designing a Book Jacket. - London, The Studio Publications, (1956).


mardi 2 février 2016

Les XV lois du bibliophile (et leur Moïse)

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Le dilettante Alfred Péreire (1879-1957), journaliste au Journal des débats et bibliographe érudit s'il en est, fut celui qui rappela à l'humanité les "Quinze lois du bibliophile" édictées au XVIIe par les Italiens Vargas père et fils. Il les apposèrent dans leurs livres sur étiquettes contrecollées. Il le grava dans un article. C'est donc en quelque sorte le Moïse de la bibliophilie.

I. Tu ne le considéreras pas comme un bien aliénable. C'est un livre ; ne le marque point d'une note, marque de l'esclavage.
II. Tu ne le frapperas ni d'estoc, ni de taille : ce n'est pas un ennemi.
III. Tu n'y traceras de petits traits, ni au dedans ni au dehors, ni d'aucun côté.
IV. Tu ne maltraiteras aucun feuillet, tu ne le plisseras pas, tu ne le corneras pas.
V. Tu ne maculeras pas les marges.
VI. Avant tout, pas de taches d'encre : plutôt la mort qu'une souillure.
VII. Tu interfolieras le Livre de feuillets blancs.
VIII. Tu ne le prêteras pas à un tiers, ni en cachette, ni ouvertement.
IX. Tu le tiendras à l'écart des rats, des vers, des mites ou mouches et des petits larrons.
X. Tu repousseras très loin l'eau, l'huile, le feu, la moisissure et les choses salissantes.
XI. Uses-en sans en abuser.
XII. Ty pourras y glaner et y faire des emprunts à ta guise.
XIII. Après l'avoir lu, tu ne te permettras pas de le garder éternellement chez toi.
XIV. Tu le rendras en bon état et couvert comme tu l'emportes.
XV. Quiconque agira ainsi, fût-il même un inconnu, sera inscrit au tableau des amis, quiconque ne le fera pas, même connu de moi, en sera rayé.

Telles sont les lois qu'à lui-même et aux autres a prescrit sur son bien le duc Thomas Vargas Macciucca, Chevalier de l'ordre de Jérusalem. Si cela t'agrée, approuve, sinon, à quoi bon toucher ce livre. Va-t-en.





Alfred Péreire Les Quinze lois de la Bibliothèque des Vargas Macciucca. - Paris, E. Rahir, 1913, 8 p. Tiré à part des Mélanges Picot.



Illustration du billet © Draco Semlich 2015

dimanche 31 janvier 2016

Résultat du Grand Jeu de l'Alamblog

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Ma foi, c'est bien désolant, mais personne n'a retrouvé qui se cachait derrière l'image que nous avions mis en ligne. Ce monsieur n'était autre que le chasseur de mouflon, celui, évidemment, de La chasse au mouflon, ou Petit voyage philosophique en Corse d'Émile Bergerat (1845-1923), illustré de gravures par Madame Émile Bergerat et publié en 1891 par C. Delagrave à Paris.

Le lot reste disponible pour un prochain jeu...

samedi 30 janvier 2016

Petite Bibliographie lacunaire des éditions Emile-Paul Frères (I)

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Au cours du siècle passé, une grande maison, Émile-Paul frères, n'a pas eu le succès escompté sur la durée. Pourvoyeuse durant plusieurs décennies d'un très grand nombre de très beaux textes, elle a connu les vicissitudes de la vie des entreprises, jonglant parfois avec les livres sur un lit de trésorerie basse, capotant parfois, se relevant à plusieurs reprises dans des conditions un peu exceptionnelles.
Si aucune monographie n'a encore paru sur cette aventure éditoriale plus qu'étonnante — mais notre petit doigt nous dit que quelque chose est en cours —, il restait à l'Alamblog de fourbir un semblant de matériau à l'usage des curieux.
Étant donné la variété et la quantité d'ouvrages, de revues et de collections publiés par la maison, ce travail sera effectué en tranche et revu de temps à autres car il paraît assuré que la première version sera truffée de lacunes. A bon entendeur, salut.

Comme on s'en convaincra en lisant les lignes qui suivent, la maison Émile-Paul n'est pas née avec le XXe siècle, puisque, déjà, en 1898, le catalogue de la vente du bibliographe Renouard porte la mention "Émile-Paul et fils" sur sa couverture. On peut d'ailleurs remonter un petit peu plus loin dans le temps, 1882, pour trouver ce qui nous a paru la première manifestation de cette marque qui deviendra "Émile-Paul Frères" en 1916.
Après des débuts nettement marqués par le commerce du livre ancien, de la bibliographie, voire de la bibliophilie, c'est sous cette marque bientôt foncièrement littéraire que paraît Le Grand Meaulnes - qui sera pour la maison ce que fut Le Petit Prince pour Gallimard. Ironie du sort, c'est chez Émile-Paul qu'avait paru Patachou petit garçon, l’œuvre qui a si directement inspiré, si l'on peut dire, Saint-Exupéry, au moment de produire ce qui reste une froide pompe à phynance dont l'attrait sur les enfants n'est pas bien frappant il nous semble. Brèfle, il y a chez Émile-Paul du beau monde et du monde influente : Maurice Betz, Edmond Jaloux, André Suarès, Rainer Maria Rilke, Paul Valéry (Le Cimetière marin en 1920), Claude Aveline, Pierre Frondaie, Max Jacob, Tristan Derème, etc. On se presse pour publier dans la collection Edmond Jaloux (1923) et, en 1942 encore, Jean Cassou dédie son "Pacha" (Les plus belles histoires de peur, à Robert et Albert Emile-Paul, preuve du durable rayonnement de cette maison un peu oubliée dans les manuels. Fouineurs, au travail !

Collections
collection Edmond Jaloux (1923-)
Collection Les Cahiers du mois (1924-)
Ceinture du monde (publ. sous la dir. de Jean-Louis Vaudoyer, 1927-1932)
Portrait de la France (publ. sous la dir. de Jean-Louis Vaudoyer, 1926-1931, 34 vol.).
Collection Le Crime dans l'Histoire
Collection Yggdrasill (1938-1943)
Collection Alligator (1971)
Collection les Introuvables
Nouvelle collection historique pour la jeunesse (comtesse C. d'Arjuzon dir.)

Revues
La Bibliophilie ancienne et moderne, française et étrangère (1881-1911)
Les Écrits nouveaux
Les Appels de l'Orient (1925)
Revue d'Allemagne et des pays de langue allemande


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vendredi 29 janvier 2016

Temple en guerre

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Les éditions Domens donnent une nouvelle édition des poèmes de guerre de Frédéric Jacques Temple sur beau papier vergé, tirés à petit nombre.

Le souvenir
est une mort ancienne


Ce recueil de poèmes anciens dédicacés à un ami déchiqueté par un obus avait été publié en 1996 dans la collection "Méditerranée vivante" par Edmond Charlot. Il vient d'être enrichi de textes retrouvés où le guerrier raconte les batailles qui le mène du Monte Cassino à la Forêt noire. Elégie des années 1944-1945, on s'y plongera après avoir lu le Paysage avec palmiers de Bernard Wallet...

Je bois la fange de l'homme
hélas, je ne suis pas devenu fou




Frédéric Jacques Temple Poèmes de guerre. Nouvelle édition. - Pézenas, Domens, "Méditerranée vivante", n. p., 12 €

jeudi 28 janvier 2016

Elle est fraîche l'épitaphe, elle est fraîche !

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Ne nous y trompons pas, dans le futur, les lecteurs constateront que nous avons aujourd'hui beaucoup de chance.
Ils se diront, in petto,

"Certes ils n'avaient plus Alphonse Allais ni Michel Audiard, André Frédérique ou Roland Topor, mais tout de même, hein, Michel Ohl venait juste de partir et Dominique Noguez publiait comme un gardon. Ils pouvaient croiser Noguez dans la rue, ces veinards !"

Alors, mes sœurs, mes frères, admettons-le : à nous complaire collectivement dans l'auto-affliction (savamment entretenue par tout un tas de cyniques), nous ressemblons à des andouilles.
Aussi pour passer nos temps avec dignité, nous vous suggérons, alamblogonautes nos soeurs nos frères, de vous plonger dans le projet d'épitaphe de Noguez, lequel vaut bien celui de Benjamin Franklin.
Poèmes, proses, fragments, l'ouverte de Dominique Noguez s'enrichit donc d'un nouvel opus plein d'esprit, d'amour et de mélancolie dont nous extrayons deux vers qui ne témoignent absolument pas de l'ensemble — pourquoi ne pas rompre avec les habitudes — mais rend au spirituel tout son lustre.

je ne crois pas assez à mon existence
pour ne pas porter de cravate




Dominique Noguez Projet d'épitaphe : précédé de cinq poèmes plus longs. - Paris, Éditions du Sandre, 20 p., 6 €




mercredi 27 janvier 2016

Droits d'auteur à l'âge numérique : creative commons, open acess et big data

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Tandis que les billevesées et co**eries relatives à la numérisation des livres et au livre né-numérique foisonnent (témoin ce gros livre idiot et démagogique intitulé L'Assassinat des livres par ceux qui œuvrent à la dématérialisation du monde, idiot, démagogique et confusionniste pour être précis), un article du Débat consacré au "droit d'auteur bousculé par le numérique" fait le point avec lucidité et compétence sur un sujet, le seul, qui mérite vraiment attention dans le concert assourdissant des sujets liant livre et numérique : à savoir l'édition savante et la notion de creative commons et d'open access .
L'auteur en est François Gèze, et il est l'ancien directeur des éditions La Découverte. On se doute qu'il a autre chose à dire que les songeries téléphonées d'un Alberto Manguel, d'autant que la loi Axelle Lemaire de 2015 pose quelques questions cruciales au moment où le traitement massif de données (big data) conduit à des modes de penser étranges... En particulier sur la manière dont, dans notre société, se dessine la vox populi et se tresse une "expertise"...



François Gèze "Quelle politique numérique pour l'édition de savoir ?" in Le Débat, n° 188, janvier 2016, 20 €

Autre article à ne pas rater : Richard Malka, "La gratuité, c’est le vol"

Illustration du billet : Dessin de P. Ringuet, Brèches de Quṣayr al-Quadīm (site archéologique Égypte), 1803-1812.

mardi 26 janvier 2016

Rayas Richa n'est plus sans visage



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Les Jeunes Constellations, son premier roman, paraissent le 25 février prochain. Rayas Richa n'étant pas encore passé à la télé, voici (pour commencer) son portrait par Isabelle Rey (2015).



Rayas Richa Les Jeunes Constellations. — Talence, L'Arbre Vengeur, 224 pages, coll. L'Alambic, 18 €, en librairie le 22 février 2016.

lundi 25 janvier 2016

Les crayons qui marchent

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Le paysagiste de race n'a rien des élégances du touriste, à le voir, sur la grande- route, sac à dos, le bâton à la main, on dirait un colporteur de la bibliothèque bleue ou de l'imagerie d'Épinal. Mais comme il foule le sol d'un pas libre et vainqueur ! Comme il aspire à pleins poumons les pénétrants arômes de la campagne ! Sa pensée roule de vastes projets et conquiert l'espace avec un élan que calmeront assez vite les premières meurtrissures du combat.
Déjà de longues spirales de fumée révèlent des habitations semées çà et là dans les vergers; bientôt émergent d'un pli du vallon quelques toits pressés autour d'une flèche ardoisée, et à travers de capricieux bouquets d'aunes et de saules luit le ruban argentin d'une petite rivière. C'est le village que notre paysagiste, guidé par son instinct ou par les indications d'un ami sûr, a choisi pour son centre d'opérations. En entrant dans le pays, il va droit à l'unique enseigne qui lui promet un gîte. Il entre résolument à ce Soleil d'or ou à ce Cheval blanc quelconque. I1 y sera mal ; mais il y sera libre ! ! Et la plus piètre auberge, — il le sait par expérience,— est mille fois préférable à la plus confortable hospitalité bourgeoise, à moins que ce ne soit le coeur d'un ami qui vous l'offre, — d'un ami de la veille, bien entendu !





Frédéric Henriet Le paysagiste aux champs : croquis d'après nature. - Paris, A. Faure, 1866. Réédition en cours.

dimanche 24 janvier 2016

Pierre Mérindol a fait Fausse route

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On dirait qu'il y a eu deux grands journalistes à Lyon au siècle dernier : Henri Béraud avant la guerre, Pierre Mérindol (1926-2013) ensuite.
En attendant de vous parler de la réédition prochaine (début février) de l'unique roman de ce dernier par le Dilettante — une sorte de road movie à la française — voici toujours la référence d'un documentaire d'Alain Vollerin qui éclaire sur cette figure discrète de la presse française.
Grand reporter au Progrès, ce grand ami des deux Robert (Doisneau et Giraud), membre de la bande à Chérel, Jakovsky et Caradec, a eu l'occasion au cours de sa belle carrière de suivre l'histoire du gang des Lyonnais et le procès de Klaus Barbie. Après dirigé la revue Mosaïques à Valence entre 1944 et 1945 et Le Cerceau (De l'art à la réalité. Cahiers d'art et de littérature) — il coécrivait avec Etienne-Samuel Fréchet sous le pseudonyme collectif de Guy Marnière —, il s'était engagé dans la Résistance, avait collaboré à Franc-Tireur, était monté à Paris, puis avait replié son barda sur la ville des traboules où, à l'instar de Béraud, il remua quelque poussière et trouva l'occasion de publier des brûlots.
Une figure on vous dit.



Pierre Mérindol Fausse route. Avant-propos de Philibert Humm. — Paris, Le Dilettante, 10 février 2016, 128 pages, 15 €



Bibliographie
Fausse route. — Paris, Editions de Minuit, 1950.
Lyon ou le Sang et l'argent. — Paris, A. Moreau, 1978.
Lyon, le sang et l'encre. — Paris, A. Moreau, 1987.
Guide officiel du Lyonnais bon chic (avec Jean-Paul Griffoulière). — Versailles, PMO P.-M. Olivier, 1987.
Lyon, les passerelles du temps. Photographies de Gérald Gambier. — Bourg-en-Bresse, La Taillanderie, 1988.
Lyon, le sang et l'argent (nelle éd.). — Paris, A. Moreau, 1989.

Sur Pierre Mérindol
Alain Vollerin (réal.) Pierre Mérindol, le sens de l’affût Collection Histoire de la presse lyonnaise. 52', 25 €

vendredi 22 janvier 2016

Les couvertures du siècle dernier (LX)

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John Phillips Marquand (1893-1960) The Black Cargo. — New York, Scribner, 1925.

jeudi 21 janvier 2016

Gloire tardive

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Les archives sont pleines de surprise. En 2014, paraissait en allemand une novella du Viennois Arthur Schnitzler inédite mais tout à fait délicieuse. Ce tout petit roman, qui appartient à la veine satirique du dramaturge, narre les jours agités d'un vieux fonctionnaire dont le calme est troublé par un groupe de jeunes artistes qui se déclarent admiratifs de son œuvre...

Mais quelle œuvre ?

Il se trouve que le vieil homme avait commis dans ses jeunes années une plaquette de poèmes, plaquette que l'un de ses thuriféraires a découvert chez un brocanteur. Le poète en herbe en a fait, d'accord avec ses amis une sorte de ressort de leur propre apothéose esthétique, le modèle de leurs propres tentatives, un gage de valeur rare.

Rattrapé par la gloire qui l'avait jusque là soigneusement évité, le vieux Edouard Saxberger qui s'était résigné à une vie simple et douce redécouvre la vie bouillante, les débats idiots, les postures, les tapeurs et les égéries. Toute la lyre, quoi , dont Schnitzler, — qui joue là au roman à clés avec ses vertes années durant lesquelles il côtoyait au café ses amis Alternberg le "mendigot" et Hofmannsthal le jeunot — sait donner un aperçu aussi fouillé et spirituel que possible. Aucun ressort psychologique ne lui échappe, non plus qu'aucun des moteurs en jeu. C'est un régal de description.

Tiraillé entre la tentation de jouir des compliments et celle de retrouver sa quiétude désormais enfuie, Saxberger donne à Schnitzler l'occasion de faire la peinture détaillée des milieux littéraires de toujours où le génie se fait le plus souvent remarquer par son absence. Il est en tout cas moins présent que les égos, les névroses, les impuissances et les vacuités. N'allez pas râler : le tout vous est proposé dans une Vienne parfaite dont la vie sociale, les cafés et le Ring baignent le récit dans une douceur de crème fouettée et de chaudes pelisses.

Le parfait livre pour les jours froids.

Sortie le 4 février.




Arthur Schnitzler Gloire tardive. Traduit de l'allemand par Bernard Kreiss. - Paris, Albin Michel, 150 pages, 16 €

mercredi 20 janvier 2016

Petite Bibliographie lacunaire des éditions Puyraimond

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Sur une idée de Stéphane Mahieu, cette petite bibliographie lacunaire, finalement moins courte qu'on aurait pu l'imaginer.
Et l'exploit d'arborer Georges Henein et Jean-Marie-Amédée Paroutaud au même catalogue, n'est-ce pas, chapeau.
La maison entreprend son travail en 1975 au 10, rue Montmartre (en 1981 : 18-20 rue Claude-Tillier, 75012). Son diffuseur est alors Académia, également imprimeur. Par la suite, l'adresse sera Genève autant que Paris. Informations à suivre. Peut-être.

Collections des éditions Puyraimond
Bibliothèque des monographies
Autre événement (en coédition avec les éditions Présence)
Temps fou

Catalogue lacunaire

André Desguine Recherches sur la Bièvre à Cachan, Arcueil et Gentilly. - Paris, Puyraimond, 1975, 476 p. Coll. Bibliothèque des monographies, n° 1.

Ajip Rosidi Voyage de noces. Traduit de l'indonésien par Henri Chambert-Loir. - Paris, Puyraimond, 277 p. Collection UNESCO d'œuvres représentatives. Série indonésienne.

PuyBD.jpgMarcel Bonneff Les Bandes dessinées indonésiennes, une mythologie en image . - Paris, Puyraimond, 1975, 297 p. Coll. Bibliothèque des monographies, n° 2) Thèse de troisième cycle (Études extrême-orientales) soutenue à Paris VII en 1973 sous le titre : "La Bande dessinée en Indonésie : les réponses d'une mythologie en images". Avec, en appendice, choix de textes extraits de bandes dessinées, une bibliographie et un index.

PuyBievre__2_.jpgAndré Desguine Recherches sur la Bièvre à Cachan, Arcueil et Gentilly. - Paris, Puyraimond, 1976, 477 p., ill. en noir et blanc.

Nasjah Djamin Le Départ de l'enfant prodigue, roman traduit de l'indonésien par Farida Soemargono. - Paris, Puyraimond, 1976, 270 p. Collection UNESCO d'œuvres représentatives. Série indonésienne.

Jean-Marie-Amédée Paroutaud La Ville incertaine, roman. - (Genève-)Paris, Puyraimond, 1976, 221 p. Coll. Temps fou.

Marguerite Trentesaux Simplifier et enseigner : une introduction à la méthode heuristique. - Paris, Puyraimond, 1976, 189 p. Coll. Bibliothèque des monographies (n° 3).

Cahier Présence. "C. G. Jung & La Voie des Profondeurs", 1977, Puyraimond.

Michel Fardoulis-Lagrange L'Observance du même : texte. - Genève-Paris, Puyraimond et Genève, Éditions de Présence, 1977, 149 p. Coll. Autre événement.

Georges Henein Notes sur un pays inutile, nouvelles. - Paris, Puyraimond, 1977 ( Impr. Academia, 15 janvier), 316 p. Coll. Temps fou.

PuyHenSIGN.jpgGeorges Henein Le signe le plus obscur poèmes / Georges Henein ; front. de Saint-Clair. - Paris-Genève, Puyraimond et Genève, Editions de Présence, 1977, 91 p.-(1) front. Coll. Autre événement, 23 mars 1977, 96 p. Tirage limité à 550 ex., un des 500 numérotés sur alfa d'Avignon.

Jean-Marie-Amédée Paroutaud La Descente infinie, roman. - Genève-Paris, Puyraimond, 1977, 314 p. Coll. Autre événement.

Jean-Marie-Amédée Paroutaud Temps fou (suivi de) Autre événement, textes. Dessins de Colonna. - Genève-Paris, Puyraimond et Genève, Éditions de Présence, 1977, 110 p., Coll. Autre événement, n° 4.

‎K. H. Ramadhan Spasmes d'une révolution.‎ Roman traduit de l'indonésien par Monique Zaina-Lajoubert. Préface de Denys Lombard. - Paris, Puyraimond, 1977, 470 p. Collection UNESCO d'Oeuvres représentatives, série indonésienne.‎

PuyTroll.jpgGilbert Trolliet Itinéraire de la Mort, poème. Suivi d'une lettre de Joë Bousquet. - Genève-Paris, Puyraimond, 1977, 94 p. Coll. Autre événement. Edition tirée à 600 exemplaires sur Alfa d'Avignon.

Michel de Smet Musée de l'eau. - Paris, Puyraimond, 1978.

PuyHenDEUX.jpg Georges Henein Deux effigies. Préface par Moënis Taha-Hussein.‎‎ - Genève, Puyraimond, 2 novembre 1978, 144 p.

Georges-Olivier Châteaureynaud La Fortune. Textes 1968-1971. - Genève, ‎Puyraimond, 1979, 101 pages.

Guy Puyraimond Vacances d'été : 15000 km de routes vertes à travers la France. Avec la collaboration de Dominique Broc et Jacques Vivant. - Genève-Paris, Puyraimond-Éditions historiques, 1981 (impr. en Grande-Bretagne), (95)-102 p. Coll. La France au détail, n° 1. La couverture porte en plus : "réussir ses vacances en soignant ses finances... 45 fiches pratiques pour découvrir la France sans carte".


mardi 19 janvier 2016

Les palmiers sont décapités

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Pour comprendre ce qu'ont vécu récemment les réfugiés syriens, il suffit de se plonger dans Paysage avec palmiers, le récit en forme de fragments - ou de débris - de Bernard Wallet publié en 1992. Le futur fondateur des éditions Verticales y racontait ce qu'il avait vécu à Beyrouth où il vivait dans les années 1970-1980. Baroudeur du monde africain et proche-oriental, il diffusait alors — pour Hachette, si l'on ne s'abuse — la production livresque française et travaillait dans des conditions infernales dans la capitale libanaise où le meurtre sauvage et la torture étaient monnaie courante. Odeurs de poudre, terreurs puis cauchemars et réminiscences douloureuses ont fini par emporter sa main vers la page blanche, lui qui, discret et élégant, s'en est toujours tenu à une réserve d'une rare élégance.

J'ai fini par m'habituer à la solitude, à la moiteur des jours, à odeur du Crésyl, au goût du café turc. J'ai fini par m'habituer aux tirs des canons, des mortiers puis ceux, terrifiants, des Orgues de Staline.
Mais je ne peux m'habituer aux cris vers Dieu poussés par les guerriers du Hezbollah. Leur stridence, à chaque fois, m'effraie.


Paysage avec palmiers est le seul livre de Bernard Wallet et c'est un recueil de notations. D'abord publié dans une forme très courte, "Flashes à Beyrouth" en 1984 dans L'Infini, il n'était pas question de raconter des histoires là où l'assassinat est devenu un art de vivre, la vendetta une manière d'être et le meurtre un passe-temps, voire un métier. Le temps manque pour survivre et Bernard Wallet, littéralement stupéfié enregistre des scènes qui vont le hanter.

Un sac poubelle en matière plastique a été déposé devant la porte de l'appartement de Mme Awad.
A l'intérieur du sac, le cadavre dépecé de son fils.

Aujourd'hui on peine à croire ce que l'on lit, et l'on sait pourtant que c'était vrai, et que cela continue d'être vrai. Le film Eau argentée d'Ossama Mohammed et Wiam Simav Bedirwan (2015) en donne une preuve assez neuve. La sauvagerie de l'Homme est sans égale.
Naturellement, ceux qui connaissent Bernard Wallet savent quel livre fort il a pu écrire. Ceux qui vont découvrir ce texte sauront désormais quel homme est Bernard Wallet.
Il faudra d'ailleurs que le Préfet maritime raconte un jour dans quelles circonstances se réédita SchrummSchrumm ou l'excursion domiciles aux sables mouvants de Fernand Combet grâce et par à Bernard Wallet, homme de coeur, de conviction et d'énergie. Ca ne sera qu'une incitation de plus à lire Paysage avec palmiers, grand livre discret, vade-mecum désolé cependant plein de bruits, de vies et de fureur.


Bernard Wallet Paysage avec palmiers. — Auch, Tristram, coll. " Souple", 106 pages, 7,95 €



lundi 18 janvier 2016

Dire les nuages

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L'une des plus belles contributions au stock des signes existants est à mes yeux lasseriez qui décrit les types de nuages conçue au début du XIXe siècle Par Luke Howard (1772-1864), l'homme qui a mis en place la classification de nuages et qui leur a attribuées noms, combles cumul et les cirrus. Ces signes sont étonnamment proches des éléments fondamentaux qui constituent les formes élémentaires des lettres, que nous décrivons dans le chapitre Les yeux des lecteurs. J'ai toujours aimé les nuages, notamment parce qu'ils sont souvent la toile de fond sur laquelle évoluent les martinets noirs, dont je me suis inspiré pour désigner l'une de mes familles de caractères.




Gerard Unger Pendant la lecture. Traduit du néerlandais par André Verhaeren. — Paris, B42, 256 pages, 26 €


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dimanche 17 janvier 2016

Toutes vos obsessions...

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Mais rassurez-vous, tout n’est pas perdu. Une génération, une vraie, arrivera un jour qui se désintéressera complètement de toutes vos obsessions. Des réseaux sociaux. De l’hyper-connectivité. De la sur-documentation. Des listes. Du reboot d’X-Files. Du nouveau Star Wars. De l’anniversaire du film qui a marqué l’année de vos 12 ans. De la reformation du groupe qui a servi de bande-son à votre année de seconde. Ils laisseront tomber toutes ces conneries pour démarrer quelque chose de nouveau, qui ne sera pas forcément original ou novateur mais qui sera assurément spontané, vivant et libre et qui aura été copieusement nourri par l’ennui, la frustration et l’envie - ces trucs sans lesquels on n’apprend jamais à mordre, et sans l’envie de mordre, eh bien, on ne fait rien.
(...)


Lelo Jimmy Batista

samedi 16 janvier 2016

Le nouveau grand jeu de l'Alamblog

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Qui est ce monsieur ?

Le premier alamblogonaute fournissant la bonne réponse aura droit à un livre.

Réponse le 31 janvier.

Et voili le lot : , il s'agit de la nouvelle édition des formidables talismans de Loys Masson.

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