L'Alamblog

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jeudi 23 novembre 2017

Monsieur Tristecon, chef d'entreprise

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C'est avec une immense joie que nous pouvons annoncer que le prochain titre de la collection L'Alambic, publiée à L'Arbre vengeur comme chacun sait, sera signé François Caradec, ce patricien du sourire et du rire, de la mystification, de l'OuLiPo et de toutes les subtilités écrites passées, présentes et à venir.

Depuis des années, le projet nous titillait de rendre à la collectivité l'un de ses écrits les plus grandioses : il s'intitule Monsieur Tristecon, chef d'entreprise et constitue un chef-d’œuvre de l'humour ravageur du siècle dernier. Foi de Préfet maritime.

Fruit d'une observation perspicace et mordante, Monsieur Tristecon chef d'entreprise nous raconte ce qu'est un patron, ce qu'est la sagesse du patron, ce qu'est la proverbiale pensée du manager, bref... comment fonctionne techniquement un cerveau de patron.

Reconnu pour ses talents d'humoriste tendre et subtil, François Caradec a livré là, en 1960, un texte de la littérature désormais classique aux accents prémonitoires...

A l'ère Macron-Gataz, ce livre a tout pour devenir, vous verrez, le Matin brun de l'intelligence managériale.



François Caradec Monsieur Tristecon, chef d'entreprise, suivi d'un entretien et d'une lettre inédite. - L'Arbre vengeur, 2018, coll. "L'Alambic".


Illustration du billet : François Caradec au moment de la publication du livre à l'enseigne de Temps Mêlés (photo du Collège de 'pataphysique).

mercredi 22 novembre 2017

Auguste Boncors au tribunal

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Auguste Boncors, de Rostrenen
« poète impérial »
ne veut pas d'autre toit que le ciel
lorsqu'il prend un bain

Mais, condamné un jour par le tribunal de Loudéac
pour avoir, à Uzel, outragé à la pudeur, il fait appel
devant la Cour de Rennes


De notre correspondant particulier
Rennes, 1er mars (par téléphone).

— Triste saison pour les poètes !
Récemment, le tribunal correctionnel essayait de couper les ailes à Jean Cocteau. Aujourd'hui, un autre enfant des Muses sera sacrifié devant la Cour d'appel de Rennes pour un délit bien prosaïque.
A Uzel, dans les Côtes-du-Nord, Auguste Boncors de Rostrenen, le « poète impérial » comme il se nomme lui-même, un soir qu'il allait chercher l'inspiration dans le cidre, dut satisfaire aux exigences de sa nature, somme toute animale.
Il n'eut que le temps de sortir du café. Malheureusement, deux jeunes filles étaient là et eurent la révélation qu'un poète est après tout un homme. Cette désillusion valut à notre Boncors d'écoper de huit jours de prison par le tribunal de Loudéac.
Il a fait appel et le voici aujourd'hui devant la Cour de Rennes. Dans cette salle d'audience rien ne le distingue du commun.
C'est à Rostrenen, ville de granit et de miracles, qu'il faut le surprendre au gîte pour avoir la révélation sinon de son génie, tout au moins de son non-conformisme.
Car Auguste Boncors est un vrai poète, puisqu'il a écrit six mille vers, que ces six mille vers ont été imprimés en un magnifique recueil à couverture dorée, sous le titre : « Odes triomphales du poète impérial Boncors », et que l'auteur prépare deux autres ouvrages comme suite à cette œuvre, au rythme régulier de deux cents mots en quatre heures et de mille tous les cinq jours.
Ses ambitions littéraires, à lui, c'est de rénover le théâtre lyrique.
Faire des romans, dit-il, tout le monde en fait, la grande poésie au moins c'est rare !
— Vous voyez, sur la couverture de mon livre, un aigle, c'est le symbole de mon génie.
La vie même de Boncors est une manifestation poétique.
Comme Byron et Victor Hugo, auxquels il ne craint pas de se mesurer, il défie les éléments. A vous et à moi l'esclavage des saisons, la servitude du froid, de la chaleur, la méfiance de l'eau glacée. Lui, il dédaigne cela. Par exemple : le poète m'a reçu dans sa salle de bains, c'est-à-dire dans son jardin, car il a extirpé de la maison la baignoire, l'appareil à douches, le lavabo et la tuyaute rie qui court à l'extérieur des murs. La baignoire a les pieds dans l'humus et la vigne vierge s'égoutte dans l'eau où nagent encore trois dernières feuilles de platane.
Le poète, pour ses ablutions qui sont un rite, ne veut pas d'autre plafond que le ciel. L'espace suffit à peine à son intimité. Il ne connaît pas de communes césures : c'est un poète !
Quand il était apprenti boulanger, il se fit renvoyer par son patron. car il recueillait l'eau des gouttières pour faire le pain. afin de convoquer le ciel à la fabrication de cette nourriture terrestre Il est persécuté. C'est ce qu'il va tenter d'expliquer aux magistrats de la cour de Rennes.


Ce soir, 2 mars 1939.

mardi 21 novembre 2017

Douze nouvelles merveilles de Ronan-Jim Sévellec

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L'exposition à ne pas rater, c'est celle de Ronan-Jim Sévellec à la Galerie Antonine Catzéflis du 24 novembre 2017 au 17 février 2018. Le vernissage aura lieu Jeudi 23 novembre à partir de 18h en présence de l'artiste.
Récemment exposé au Palais de Tokyo, à la BnF et à la Halle Saint Pierre, Ronan-Jim Sevellec montre douze de ses nouvelles boîtes, des mondes autonomes, rares, qu'il a parfois mis plusieurs lustres à bâtir.
Il faut avoir vu ces fascinantes pièces pour rêver plus fort à nos univers enfuis.



Galerie Antonine Catzeflis
23 rue Saint-Roch
75001 Paris
Mardi au samedi, 14h à 19h et sur rdv.
01 42 86 02 58
info@antoninecatzeflis.com

lundi 20 novembre 2017

Plier les pages

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Le Salon du livre animé organisée par les Libraires Associés fête ses 10 ans.
A cette occasion une fête du livre animé a lieu un peu partout en France et en Belgique avec une cinquantaine d'expositions, de conférences, de signatures, d'ateliers un peu partout en France et avec le concours de plus de deux cents librairies.
Un exemple parmi cent : Exposition des sérigraphies de Philippe Ug à la librairie Un Regard moderne Jacques Noël, le fameux temple du graphisme et de l'édition indépendante. Le vernissage a lieu aujourd'hui, 20 novembre (Du 20 novembre au 3 décembre, vernissage dédicace le 24. 10 rue Gît le Coeur, Paris 6e, métro Saint-Michel).
Le Salon se tient lui-même, attention de ne pas rater le créneau, le 23 novembre, de 17 à 21 h 3 rue Pierre l'Ermite dans le XVIIIe arrondissement. dix artistes bien vivants viendront présenter leur nouvelle création. En parallèle, la librairie propose l'exposition L'Art du pli. De Mallamé et Michaux jusqu'aux pop-ups contemporains, le pli dans le livre du 20 novembre au 23 décembre.
Précisons encore, mais oui, que Jacques Desse, le meneur de toute cette opération, est l'auteur d'un essai compilatoire sur les premiers livres animés pour la jeunesse. Pas d'impression prévue pour l'heure, mais une somme bibliographique sous forme de pdf. Le travail est important, sa mise en vente sera annoncée sur la page fb des Libraires associés.


Les libraires associés
3 rue Pierre l'Ermite
F-75018 Paris



dimanche 19 novembre 2017

Rendre à Martin ce qui est à Roger

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Tandis que Philippe Jaeneda reçoit un prix littéraire pour son biofict basé sur le personnage de Georges Arnaud et de son "affaire" criminelle (un biofict de plus, bâillons mes sœurs, mes frères), il faudrait tout de même rendre à césar ses lauriers et dire d'où viennent au "bio-romancier" tant de sagesses sur l'auteur du Salaire de la peur.
En fait, Philippe Jaenada a simplement lu l'excellente biographie de Roger Martin, Georges Arnaud. Vie d'un rebelle (Calmann-Lévy, 1993) réédité par les éditions A plus d'un titre en 2009.
Car c'est bien Roger Martin qui s'est tapé les recherches, la fouilles des archives et les déplacements.
Il faut préciser en outre que Roger Martin ne s'est pas contenté de fouiller les alentours du crime imputé à Georges Arnaud, contrairement à la promenade limitée au fait divers de Jaeneda. Roger Martin a fait véritablement le tour du personnage au cours d'un travail conséquent, sans doute long, et très précis. On y lit le destin de Georges Arnaud, bourgeois déclassé et rétif, militant de gauche non-encarté, militant anti-colonial et mille autres choses encore qui rendent le personnage beaucoup plus intéressant et profond que la focalisation sur le meurtre mystérieux tendrait à nous le faire avaler.

Merci Roger Martin.

Une question demeure : Jaeneda partagera-t-il son prix ?



Roger Martin Georges Arnaud. Vie d'un rebelle. — Lyon, A plus d'un titre, 2009, 500 pages, 19,50 €

samedi 18 novembre 2017

George Melly (1926-2007)

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Infossur informe toujours. En couverturede son nouveau numéro, Georges Melly, le musicien, chanteur et collaborateur de Mesens dont on apprend (avec retard, où regardait-on donc ?) qu'a paru en 2013 son Don't tell Sybil (Atlas press), souvenirs où il évoque ELT Mesens (Sybil est son épouse) et les surréalistes anglais — qui étaient plus tournés vers Bruxelles et Magritte que vers Paris. On se demande pourquoi...
On raconte que lisant un sien poème où il était question de fourchettes volantes au Barcelon Restaurant de Londres, il mit les engins en fonction.



Illustration du billet : coloriage par l'assistant du Préfet maritime, 4 ans.

vendredi 17 novembre 2017

C'est le moment d'en profiter

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Si vous avez envie de vous distraire un peu des romans grisaille, des mauvaises bio déguisées en fiction et des essais aqueux, tentez un tour du côté du Salon des Editions indépendants qui se tient aux Blancs-Manteaux ce week-end à Paris. Les étals devraient vous offrir de quoi lire bon.
Héros-limite, Anacharsis, Murmure, Signes et Balises, RN, Marchialy, Mémo, L'Ogre, Le Vampire actif, Ypsilon, Le Sandre, Le Miel des Anges (qui n'y seront sans doute pas), Nous, La Part commune, L'Oeil d'or, Claire Paulhan, Le Sonneur, Prairial, Asphalte, L'Echappée, Al Manar, qui sais-je encore ! (244 éditeurs seront présents...), les maisons vertueuses et généreuses seront légion, piles dressées en votre honneur.
Pour notre part, nous rions voir de près ce Nanar Wars qui nous fait de l'oeil, non loin de C'est la jungle d'Harvey Kurtzmann, ancêtre majeure de la dd d'aujourd"hui, deux must présentés cette année sur le stand des éditions Wombat - qui élargit en outre sa collection de poche à une vitesse redoublée...
Petit rapport de visite dans quelques heures, c'est promis.

jeudi 16 novembre 2017

Les éditeurs indépendants peuvent être élégants aussi

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Les éditeurs indépendants savent être élégants
Les éditeurs indépendants peuvent aussi produire proprement.
La preuve...
A l'aube du salon des édigteurs indépendants (ce week-end aux Blancs-Manteaux), qui rassemble une partie du ban et de l'arrière-ban de l'édition en devenir, L'Oeil d'or se lance dans une campagne d'adhésion pour asseoir son activité associative, fortifier ses programmes et maintenir une production qui fait fonctionner des imprimeries en France, et des imprimerie œuvrant avec le label Imprim'vert (1) sur du papier FSC avec de l’encre végétale. (2)
Plusieurs types d’adhésion sont proposées. Faites votre choix.

Et n'oubliez plus de consulter l'achevé d'imprimer des livres que vous achetez...




(1) Oui, consommateur que vous êtes, même si les "médias" n'ont pas encore découvert le sujet aux oeufs d'or, vous avez aussi le droit d'être regardant lorsque des éditeurs peu scrupuleux vous fournissent des encres bien sales (jusqu'à trois métaux lourds pour composer une encre) sur du papier dégueulasse à base de bois. Les solutions propres existent, il suffit de s'en servir. Même en France. Merci de votre attention.

(2) Les gougnafiers qui impriment dans des pays sans protection sociale vendent leurs produits aux mêmes prix que ceux qui font des efforts financiers pour un commerce propre. Voulez-vous des noms ? (Et on n'a pas commencé à parler de la qualité des livres...)

mercredi 15 novembre 2017

Vingt-et-une vieilles recettes pour mettre à mort les grands coupables

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Repéré par Christophe Macquet dans le fonds de Gallica, ce fragment éloquent de la monographie d'E. Moura, ancien officier de marine, ancien représentant du gouvernement français au Cambodge, officier de la légion d'honneur, officier de l'instruction publique, commandeur de plusieurs ordres étrangers, membre de la société académique indo-chinoise et des sociétés de géographie de Lisbonne et de Bordeaux.:


Vingt et une vieilles recettes pour mettre à mort les grands coupables

Les crimes atroces, connus sous la dénomination de 0crot-tus, sont regardés comme les plus graves qu’on puisse commettre. Ce sont : Entrer dans le royaume les armes à la main - Voler les bonzes - Brûler le Palais du roi — Brûler les livres sacrés – Mettre le feu aux pagodes et aux bonzeries - Incendier les maisons des mandarins et des particuliers – Se saisir des bonzes, de leurs élèves, ou même des particuliers, pour les tuer ensuite de n’importe quelle façon — S’emparer des serviteurs du roi pour les mettre à mort — Tuer son père ou sa mère, ou ceux par qui on a été élevé — Tuer un individu que l’on a poussé au vol, afin de se rendre maitre des objets volés — Voler des objets de grand prix, tels que des idoles du Bouddha en or, en argent, en bois, en briques, en pierre, en étain, en cuivre jaune ou rouge, en vermeil; ou bien voler les livres sacrés et autres objets de ce genre qui sont comme la base de la religion, comme l’aliment de la piété des hommes - Couper les arbres sacrés.
La peine édictée contre les crimes atroces est la mort; et il y a vingt et une manières de faire périr le coupable, suivant la gravité de son crime :
On brise la tête du coupable, de manière que le sang jaillisse; puis on applique dessus une barre de fer chauffée au rouge, qui doit brûler les chairs jusqu’à ce qu’il ne reste plus que les os du crâne.
On décalotte complètement la tête, en sorte que la peau retombe sur le front et recouvre la figure du patient.
On oblige le patient, par moyen d’un bâillon, à tenir la bouche ouverte et on y verse de l’huile que l’on enflamme avec une mèche.
On fend la bouche des deux côtés jusqu’aux oreilles; puis on y met un bâillon qui la maintienne ouverte, pleine de sang.
On enveloppe les deux mains dans une toile bien imprégnée d’huile et on y met le feu.
On taillade les chairs du condamné depuis la nuque jusqu’aux chevilles et on le frappe jusqu’à ce qu’il expire sous les coups.
On l’écorche depuis le cou jusqu’aux reins, de manière que la peau en retombant lui couvre la partie inférieure du corps.
On lui passe un trident de fer à travers le corps et on le à terre avec cette arme.
On le brûle à petit feu jusqu'il ce qu’il rende le dernier soupir.
On lui arrache des lambeaux de chair avec un coutelas à deux tranchants, de manière à pratiquer dans tout son corps des trous inégaux et on laisse la mort venir.
On lui dépèce le corps des pieds à la tête, jusqu‘il ce qu’il ne reste plus que le squelette.
On lui taillade les chairs; puis, avec un peigne de fer, on en racle les lambeaux jusqu’au décharnement complet de sa personne.
On couche le coupable sur le flanc, puis on lui enfonce une barre de fer pointue qui lui traverse la tête d‘une oreille à l’autre et le fixe à la terre.
On lui broie les os avec une pierre, sans enlever ni la peau ni les chairs. On le plie ensuite comme un paquet et on le jette de côté.
On lui arrose le corps avec de l’huile bouillante jusqu’à ce qu’il meure.
On lâche sur lui des chiens dressés exprès et affamés qui le dévorent et lui rongent les os.
On le pourfend avec une hache.
On le transperce avec une pique jusqu’à ce que la mort s’ensuive.
On l’enterre jusqu‘aux seins dans une fosse; après quoi, on l’entoure de paille de riz à laquelle on met le feu; et quand son corps est couvert de brûlures, on passe sur le sol une charrue et on la repasse jusqu’à ce que le cadavre soit réduit en lambeaux.
On lui fait manger des morceaux de sa chair qu‘on a frits à l'huile.
On l’assomme à coups de bâton.
On le frappe jusqu’à ce qu’il meure, avec un rotin encore couvert de ses épines.

On n’appliquera qu’une seule de ces peines à chaque coupable et cette peine devra être en rapport avec l’énormité du crime.




Traduction Jean Moura in Le Royaume du Cambodge. - Paris, E. Leroux, 1883.


mardi 14 novembre 2017

Vingt-et-un livres muets

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Christophe Macquet est un homme surprenant. Comme par hasard, il a surgi de l'ombre portée de Louis Watt-Owen, cet alchimiste. Depuis quelque temps déjà, on suit attentivement ce qu'il avance en guise de pions et l'on est attentif à ne pas manquer de nous laisser surprendre — on aurait beau faire les blasés, on n'y parviendrait pas. Récemment encore, il nous lançait sa traduction de textes cinquantenaires ou presque du khmer Soth Polin, une sorte de diabolus ex-machina aux idées tortes et longues que les ongles d'un ermite.
Et voici que ce sont ses vingt-et-un livres muets qui sont mis en vente pour que les amateurs s'en emparent.

lundi 13 novembre 2017

Čapek à Londres

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Karel Čapek, comme Eça de Queirós ou Alphonse Allais, c'est un esprit qui parle. Et le Tchèque a une autre corde à son arc : il dessine. En 1924, il est envoyé en Angleterre à l'occasion d'une grande manifestation en l'honneur de l'Empire britannique. Comme il le comprend très vite, c'est plutôt une grande manifestation en l'honneur de l'Angleterre : L'île-mère capte la production de ses colonies et la met en montre comme une prise de guerre. (Il n'y a pas de musée anthropologique à Londres, Čapek l'a noté avec perspicacité). Mais au-delà de la politique économique coloniale, Čapek rencontre une civilisation qui a beau être étrangère, lui reste étrangère. Il y a surtout la ville, les autobus, la foule, les harangueurs de parc, les clubs où l'on vient pour se taire (on y écrit, note-t-il, en fumant, à moins qu'on n'y fume en lisant) et puis la campagne qui le ravit.
Lorsqu'il évoque l'East End populeux, cela donne ceci :

Dans cette écrasante quantité, on n'a plus l'impression d'un flux humain excessif, mais d'une formation géologique : ce noir magma doit être vomi par les usines ; ou bien ce sont les alluvions du commerce qui s'écoule là-bas dans des navires blancs sur la Tamise ; ou bien des sédiments de suie et de poussière se sont déposés ici.

Jouant avec grâce l'étonnement et la candeur, Karel Čapek multiple les scènes de genre et s'extasie sur la country anglaise. Quelque chose le trouble en effet dans la façon dont les Anglais vivent leur verdure. Et il comprend vite :

La campagne anglaise n'est pas faite pour le travail : elle est faite pour les yeux.

De la génération des grands chroniqueurs européens du siècle passés, Karel Čapek a de quoi nous séduire, autant qu'il est surpris. D'ailleurs il visite tout : l'Irlande et l'Ecosse, les rues mal famées et les quartiers huppés, Oxford et Cambridge, et même ses collègues Chesterton, Wells ou Shaw (dont il recopie les portraits vus dans la presse). Il les dessine comme il a dessiné les cerfs ou les dockers, les phares et la mer. Son voyage est documenté : a-t-il vraiment tout vu ? Peu importe, il est drôle, passablement ironique, un peu moqueur et plein d'autodérision pour ce qu'il est surpris du reste.
Ecrit-on encore des reportages avec ce sens de l'Autre et ce dédain de soi ?


Karel Čapek Lettres d'Angleterre, traduit par Gustave Aucouturier. — La Baconnière-Ibolya Virag, 181 pages, 12 €

dimanche 12 novembre 2017

Le laveur des morts

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La nuit se faisait parfois sombre, tragique, tourmentée de vent noir, d'eau grondante. Un soir pareil, au moment de m'endormir, j'entendis un long cri, un appel, le cri d'un homme en marche. Je me relevai, j'allais à la fenêtre. Le cri retentit un peu plus loin, encore, encore... en s'éloignant toujours. Je ne voyais personne ; l'homme semblait désespéré, perdu ; il appelait vers la mer, vers le noir, avec un terrible accent de détresse. Il appela longtemps, puis sa voix se confondit dans la tempête. Je m'endormis à l'aube. A mon réveil, le ciel était limpide, la mer encore épuisée et frémissante. Nul n'avait entendu le cri dans la nuit.
Vers la fin des après-midi Gharmisch descendait sur les quais. Il vendrait des cacaouettes grillées et des karamous, qui sont des graines de lupin, carrées et j'aune d'or, trempées et comme cuites dans de l'eau salée. il lançait machinalement son appel : "Gharmisch ! Gharmisch !" ce qui veut dire : "pour grignoter !" C'était un Arabe encore jeune, très long, très blanc, vêtu d'une gandoura de coton immaculée ; sa maigre figure douce et régulière portait un air d'étrange sérénité. Le plus souvent il donnait ses cacaouettes pour rien aux enfants accourus autour de lui. Un jour, mon plus jeune frère, qui avait cinq ans, et qui le guettait du haut de la véranda, ne descendit pas à l'appel, comme il faisait d'habitude. Gharmisch leva vers nous son long visage pâle et nous sourit. Le petit répondit à peine, et quand l'Arabe fut passé, se pencha vers moi et me dit d'une voix basse et un peu cruelle : "Tu ne sais pas pourquoi il est si blanc, Gharmisch ?"
- Je ne sais pas.
- Gharmisch, c'est le gratteur des morts.
Je ne discutai pas la nouvelle. Il avait dû l'apprendre dans une des conférences solennelles qu'il tenait avec Capitaine, le gardien de l'orge, et Miskine-Charité, le vieux mendiant. Le gratteur des morts... Le laveur des morts... Je comprenais maintenant cet air de secret et de douceur. Snas plus parler nous regardions la blanche forme qui s'effaçait dans le crépuscule.



Rose Celli A l'Envers du tapis. - Paris, Gallimard, 1935.


Et aussi, toujours, sur le même sujet, l'excellent film de l'Iranien Mohsen Amiryoussefi avec Abbas Esfandiari, Sommeil amer (Caméra d'or à Cannes, 2004 ; DVD : Blagnac, Les Films du Paradoxe). Là, en Iran et non plus en Algérie, le laveur des morts est tout de noir vêtu.



samedi 11 novembre 2017

Bienvenue en enfer

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Nadia

la nuée de mouches vibre l'odeur de charogne qui détourne l'air
suffoquant les locataires du quatrième étage de l'immeuble qui finit de mal vieille dans ce quartier écrasé de chaleur de bruit de poussière
murs ébréchés route défoncée trottoir labouré à deux pas du front de mer nouvellement aménagé pour les croisiéristes
qui de temps à autre s'abattent sur la ville comme une colonie de bulbuls en chamade
à la poursuite du dernier bon sauvage du dernier paradis terrestre
une odeur épaisse glauque visqueuse qui pétrifie l'art arrête l'inspir méduse l'esprit donnant à sentir l'inimaginable
un pourrissement d'humanité
une mort clandestine
une décomposition solitaire
(...)
la porte de l'appartement s'ouvre un type entre à ma vue il essaie de s'enfermer dans les toilettes la boulet de fumeur explose quand je lui explose le visage contre le lavabo.



Chantal T. Spitz Cartes postales, nouvelles. — Tahiti, Au vent des îles, 88 pages, 13 €

vendredi 10 novembre 2017

Bibliographie de la collection Les Coussins du Divan

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Curiosité bibliographique assez luxueuse et rare, la collection "Les Coussins du Divan" apparait dans le récent catalogue de la librairie Marc Malfant dans son intégralité. Occasion rêvée pour en faire état. Le même catalogue propose un ensemble important de livres relatifs à l'activité et à la personne d'Henri Martineau, avec des rubriques Paul-Jean Toulet, Stendhal, Mérimée et la revue Le Divan très bien nourris. On y trouve 304 item depuis Les Vignes mortes, le première volume de poésies (1897-1904) de Martineau. (avec envoi avec Fernand Gregh).



Catalogue

CoussinPourpre.jpgPaul Drouot L'Oeillet rouge. - "Les Coussins du Divan" (n° 1 : "Le Coussin Pourpre").

Jean-Louis Vaudoyer Le Chant du rossignol. - "Les Coussins du Divan" (n° 2 : "Le Coussin Bleu de nuit").

Pierre Lièvre La Saison d'amour. - "Les Coussins du Divan" (n° 3 : "Le Coussin Coeur d'Eglantine").In-16 carré (145 X 115 mm), 55 pages, broché sous couverture rempliée, titre blanc sur médaillon doré au premier plat. Edition originale au tirage limité à seulement 250 exemplaires numérotés sur Vélin d'Arches.

Paul-Jean Toulet Un conte et des histoires. - "Les Coussins du Divan" (n° 4 : "Le Coussin Jonquille").

Edmond Jaloux La Descente aux Enfers. - "Les Coussins du Divan" (n° 5 : "Le Coussin Noir").

CoussinAmeth.jpgJean-Jacques Brousson Les Deux Maîtres. - "Les Coussins du Divan" (n° 6 : "Le Coussin Améthyste").

MarsanAUrore.jpgEugène Marsan La Nouvelle Armande. - "Les Coussins du Divan" (n° 7 : "Le Coussin Aurore"). Alençon, Presses de l'imprimerie Alençonnaise, E.O. 19 novembre 1929. In-12 carré broché (14,5cm x 11,5cm), couverture orange rempliée avec vignette sur le premier plat, 77 pages sur papier épais + achevé d'imprimer (1 p) Tirage unique à 250 exemplaires sur vélin d'Arches.



Librairie du Scalaire
10, rue des Farges, 69005 Lyon
librairieduscalaireATorange.fr
06 10 17 78 84


jeudi 9 novembre 2017

Paul Morand et les nains

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Dans le nouveau catalogueà prix marqué de la librairie Anne Lamort, on assiste à la rencontre inattendue de Paul Morand et des nains.
Mais si.
Pour vous donner une idée de l'échelle des nains en question, l'illustration ci-dessus vous donnera une idée de la taille des dits opus relativement à une pièce d'un euro.
Vous voyez le travail d'imprimerie que cela représente...
Parmi ces nains, nous avons retenu pour vous, hauts de 25 mm pour les plus petits, une

Déclaration des droits de l'enfant. Combas, Gallay, 1990 ; minuscule de 65 pp., 4 ff., cartonnage de l’éditeur à l’imitation du veau blond (25 mm). 30 €
Les Nation Unies ont déclaré les droits de l’Enfant en 1959. Imprimé au format timbre par Roger Rimbaud à Cavaillon. - Onze illustrations dans le texte.

Ainsi qu'un extrait de la Déclaration des droits de la femme . Combas, Gallay, 1990 ; minuscule de 68 pp., 3 ff., cartonnage de l’éditeur à l’imitation du veau blond (25 mm). 30 €
Les Nation Unies ont déclaré les droits de la Femme en 1967. Imprimé au format timbre par Roger Rimbaud à Cavaillon. - Douze illustrations dans le texte.

Un recueil de l'ouvrier Jean Reboul, Le Dernier Jour, poème en dix chants. Bruxelles, Mme Laurent, 1839 ; in-32 de 199 pp., maroquin taupe, filets à froid sur les plats, dos à nerfs orné à froid, pièce verte, tranches jaspées, dentelle intérieure (103 mm). 300 €
Contrefaçon de l’édition originale, toutes deux de la plus grande rareté. L’auteur était boulanger à Nîmes et tient une place éminente dans le groupe restreint des poètes dits ouvriers . Impression sur papier extra fin en caractères microscopiques. Vicaire, VI, 964 pour l’originale de Paris. Bel exemplaire.

Et un Dictionnaire d'argot ou la Langue des Voleurs dévoilée, contenant les moyens de se mettre en garde contre les Ruses des Filous. Nouvelle édition. Paris, chez tous les libraires (1847) ; in - 64 de 256 pp., cartonnage moderne à la bradel de papier à l’imitation du vélin, couverture conservée (66 mm). 300 €
Ouvrage d’une grande rareté. - Absent de Nauroy. Où l’on apprend ce que sont les solliceurs à la goure, les trimballeurs de piliers de boutanche (pourtant bien connus des libraires), ou un "brolancheur à la plaque". Impression populaire un peu défraîchie.



mercredi 8 novembre 2017

Maison vide sans Picasso

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Sans Picasso, Dora Maar a dû faire avec. Si l'on peut dire. Leur relation (fameuse) avait débuté en 1936. Après avoir été la maîtresse de Georges Bataille, Henriette Theodora Markovitch, dite Dora Maar, fut présentée au peintre par Paul Eluard aux Deux Magots. Leur relation prit fin en 1943. La photographe, fragile et de tempérament torturé, eut dû mal à s'en remettre, suscitant l'inquiétude de ses amis, lorsque se fit ressentir le besoin d'internement. Une analyse prit le pas sur la psychiatrie et Picasso, mal à l'aise sans doute, offrit en guise de cadeau de rupture à celle qui fut sa muse durant sept ans, une belle maison sise à Ménerbes. La photographe s'y installa dans une existence "pétrifiée", peignant, écrivant à quelques amis, côtoyant les jeunes Anne et Jérôme de Staël, résidant de Ménerbes eux-mêmes, dans le souvenir des visites de Braque, des Eluard, Man Ray, Crevel, Penrose, Lee Miller et de la smala surréaliste...

Plages sauvages et non surveillées, éclats de rire couverts par le grondement des rouleaux, ombres dures de juillet, peaux burinées et désirables, chapeaux de paille couvrant l'impudeur des corps, visages épanouis sous des voies lactées. De baignades en vernissages, d'apéritifs en parties de pétanque, de canisses fêlées en mauresques glacées. Et puis Kaazbek, le lévrier afghan, toujours dans l'ombre de leurs pas à quémander des zakouskis. Sept, huit années d'une fête foisonnante. La présence d'une famille de coeur, une farandole intemporelle de cadavres colorés.

Dora Maar disparut en juillet 1997 et la maison fut réhabilitée, non sans que Jérôme de Staël prenne la marque de ce lieu éteint, témoin d'une existence autrefois vive. Ses photographies mettent l'accent sur l'abandon des lieux, la déshérence du bâti, l'irrémédiable mélancolie qui émane de la demeure de cette princesse à la pierre dormante du Luberon.
Demeure sans Picasso, et désormais sans Dora Maar.
Le texte de Stéphan Lévy-Kuentz et le témoignage d'Anne de Staël la convoquent cependant très nettement. Selon deux modalités bien différentes. Le premier use de l'évocation poétique, magique un peu, et celle qui fut l'enfant du voisinage livre un portrait vécu et touchant. La muse enfuie est là à nouveau.



Stéphan Lévy-Kuentz Sans Picasso. Photographies de Jérôme de Staël. Postface d'Anne de Staël. - Paris, Manucius, 84 pages, 15 €


mardi 7 novembre 2017

Les mains vides

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Pour honnir les cyniques qui confondent à dessein chômage et farniente, retrouvons le roman de Maria Borrély (1890-1963) qui les informerait sur la mansuétude (puisqu'attendrir on ne pourra point) : Les Mains vides, l'un de ses derniers livres, daté de 1932, réédité en 1989 par son fils Pierre et réimprimé à plusieurs reprises depuis par La Part commune et tout dernièrement par la coopérative Parole - qui publie également les œuvres complètes de Maria Borrély, il faut le préciser, et on y reviendra.

On était quatre grands amis enchaînés par le sort...

Sur un tempo semblable à celui de Delteil et dans des phrases cousues comme l'aurait fait un Giono, un livre touchant, brutal et beau, habité par tous les vents de Provence, cheminant par toutes ses routes, le long desquelles les chômeurs égrenaient leurs misérables existences avant de finir sur les bancs de Marseille.

Sa figure est enflammée par la faim. Dans ses oreilles, des cloches bourdonnent, la tête lui tourne et presque, il commence à voir les étoiles du ciel en plein jour.

Sur les traces de La Faim (Hamsun) et de Ceux du trimard (Marc Stéphane), juste avant La Gueule (Seignolle), un très beau livre à ranger près de ceux des meilleurs plumes de l'entre-deux-guerres.


Maria Borrély Les Mains vides. - Parole, 2017, 99 p., 11 €




Illustration du billet : Les trimardeurs, par Steinlen (1913).

lundi 6 novembre 2017

Les apporteurs de neuf (1884)

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Bruno Fuligni s’est occupé de ressusciter le Journal des assassins de Jules Jouy (dit « le poète-chourineur » parce qu’il avait débuté comme garçon-boucher), journaliste et écrivain dont la chanson « Derrière l’omnibus » connut un grand succès et qui finit chez les fous à Charenton. Membre du Chat noir, des Hydropathes et autres manifestations fumistes, il était un poète animé d'une verve révoltée et gouailleuse, un farceur, qui lança son journal sardonique typique de la « petite presse » en usant du vecteur de l’humour noir au moment où le culte de la guillotine battait son plein. L'espérance de vie n'était que de cinquante ans à l'époque...
Comme autrefois les canards sanglants faisaient monter l’effroi, il en jouissait, multipliant les plaisanteries carabinées et les astuces à base d’assassinat pour amuser les lecteurs des grands boulevards. L’aventure dura le temps de publier dix livraisons, du 30 mars au 1er juin 1884. On y trouvera à relire un étonnant manifeste littéraire qui prouve que la modernité ne craint pas la légèreté. Songeons à Alphonse Allais...

Les Trois juges de Plougonvlin, ou la Fille O. Bertin Chérie (Seul bien de ma vie.)
Notre préface
A notre compatriote Edmond de Goncourt :

Voici le roman que nous annoncions, il y a dix ans à peine, dans un ouvrage qui n'a jamais paru et auquel nous n'avons jamais travaillé.
C'est tout simplement une monographie de cocotte, observée dans le milieu des misères et des élégances de la Richesse, du Pouvoir, de la suprême bonne compagnie, une étude de jeune fille de concierge officielle sous le quatrième empire.
Certes, nous ne nous le dissimulons pas, pour le LIVRE que nous rêvons depuis un dixième de siècle, il eût été peut-être préférable d'avoir pour modèle une jeune fille de la rue des Martyrs, dont l'affinement et les sélections de race, les traditions de métier, les aristocratiques relations, l'air ambiant même du quartier qu'elle habite, auraient doté notre roman d'un type à la distinction plus profondément ancrée dans les veines, à la distinction perfectionnée par... plusieurs générations !
Mais voilà... notre roman « la fille O. Berlin, chérie, seul bien de ma vie ! » a été pondu avec les recherches qu'on met à la composition d'un « livre d'histoire » et nous croyons pouvoir avancer qu'il est peu de livres sur la femme, sur l'intime féminité de son être depuis son enfance jusqu'à son extrême vieillesse, peu de livres fabriqués avec autant de confessions féminines.
Quand on a,comme nous, cent soixante-quatorze ans et six mois (à nous deux), ce sont de bonnes fortunes littéraires très rares.
Donc, nous nous sommes appliqués à rendre « le joli et le distingué » de notre sujet. Point de réalisme ! ce que nous avons cherché, c'est de la « réalité élégante ».
Toutefois, nous n'avons pu nous résoudre à faire de notre héroïne une créature « insexuelle ». Ça c'est le chic d'hier et d'aujourd'hui. — Notre chic à nous c'est le chic de demain.
On nous reprochera peut-être le manque de péripéties, d'intrigues. Ah ! chers lecteurs, s'il nous était donné de rajeunir seulement de cinquante-quatre ans (à nous deux), nous voudrions écrire des romans dénués de toutes ces complications inutiles : plus d'annonces, plus de suicides, plus déjuges, plus de tribunaux, plus d'accouchements clandestins ou non. plus de notaires, plus de mariages, plus d'adultères, plus de rendez-vous, plus de clairs de lune, plus d'intérêt, plus de style, plus d'imagination, plus d'auteurs,'plus d'éditeurs; plus de papier, plus d'imprimeurs et plus de public !
Et surtout — retenez ceci — plus de mort au dénouement.
C'est trop gai pour les générations futures.
Nous rejetterions cet expédient de nos livres, comme « un moyen théâtral d'un emploi méprisable. »
Et pourquoi ?
Parce que la machination livresque a été épuisée par Soulié, par Sue, par J. Jouy et Gaston Picourd, grands imaginateurs !
Il faut trouver (et nous avons trouvé) une nouvelle dénomination, une autre dénomination que celle de roman : Nihil, tel sera désormais le litre générique de nos immenses travaux.
Le public !... quoi de plus bête et de plus insignifiant ? Trois ou quatre femmes, pas plus, tous les trente ans, lui retournent ses catéchismes du beau !... Mais les apporteurs de neuf ! parlez-moi de ça.
Nous sommes dés apporteurs de neuf ! Nous n'avons rien de commun avec les marchands du Temple.
A ce propos, disons que la presse, ces temps derniers - c'est-à-dire depuis un siècle — s'est élevée contre l'effort d'écrire, c'est-à-dire contre les contorsions auxquelles se livrent sur leurs fauteuils les écrivains de race en dictant une lettre à leurs commettants. Voudrait-on nous faire descendre à parler le langage omnibus des faits divers ?
Alors oùsque serait le progrès ?
Non, par notre glorieuse mémoire, nous le jurons sur nos propres cendres (l), nous sommes résolus à employer le langage tramway, le langage wagon, le langage ballon dirigeable, mais jamais le vulgaire patois omnibus.
Rien ne nous indigne comme l'audition de ces phrases ineptes : Suer à grosses gouttes, tourner la cervelle, avoir l'air consterné, etc.
N'est-il pas beaucoup plus logique et plus « élégant » d'écrire : Transpirer comme un boeuf, mettre les méninges à l'envers, avoir l'air tout baba, etc. ?
Répétons-le, le jour où la hernie morale n'existera plus chez le lettré, nous sommes ratiboisés.
Voyez Balzac. L'infortuné n'avait pas un style personnel, c'est ce qui explique son obscénité.
Qu'on nous pardonne d'être un peu longs. Ceci est la préface de notre premier livre, c'est une sorte de baptême littéraire.
Depuis cent ans (à nous deux), nous luttons, nous peinons, nous geignons, nous combattons, roués de coups par tout le monde, nous sommes fatigués, nous en avons assez, et voilà pourquoi, au lieu de laisser la place aux autres, nous publions cet ouvrage.
Il y a aussi un autre petit motif, c'est que, dans celte préface-baptême, nous voulons annoncer notre journal de la vie à deux, oeuvre qui, d'ailleurs, ne doit paraître que soixante-quinze ans (à deux) après la mort de l'éditeur et de sa femme, qui se chargera de sa publication.
Ce Journal est celui de deux pensées jumelles (à verres convexes) et peut être considéré comme l'expansion d'un seul moi et d'un seul je.
Vous en jugerez, d'ailleurs, dans une centaine d'années (à deux), si l'éditeur en question n'a pas la vie trop dure (2).
Maintenant, toi
Fille O. Bertin, chérie,
Seul bien de ma vie,
pauvre premier volume, va t'exposer aux mépris dus à la jeunesse extrême de tes auteurs.
Nous avons une confiance à la Stendhal dans le siècle qui va venir.
On nous nuira tant que l'on voudra, ça n'empêchera jamais que nous ayons failli écrire un roman pour la Revue des deux Mondes ; ça n'empêchera jamais que nous ayons inventé les bocaux où sont renfermés les chinois, plagiés après coup par les frères de Goncourt.
Quand on a fait cela, il est vraiment difficile de faire autre chose et de n'être pas quelqu'un d'amusant !... On en jugera.


(1) Nous sommes partisans de la crémation anticipée.
(2) Sa femme seule est inquiétante.




Jules Jouy et alii Le Journal des Assassins. Organe officiel des chourineurs et des voleurs, présenté par Bruno Fuligni. — Paris, Place des victoires, 160 pages, 25 €

dimanche 5 novembre 2017

Petite bibliographie lacunaire de la « Bibliothèque dionysienne »

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Publiée entre 1922 et 1928, chez l'éditeur G. Crès, la Bibliothèque dionysienne était dirigée par le talentueux Elie Faure.



Catalogue

BenCelliniDionys.jpgBenvenuto Cellini Vie de Benvenuto Cellini écrite par lui-même, traduite & annotée par Maurice Beaufreton. - Paris, G. Crès, 1922, 2 vol. de 685 p.-6 p. de pl.

Eugène Delacroix Oeuvres littéraires. - Paris, G. Crès, 1923, 2 vol. (XIII-151, XI-235 p.). portrait. Comprend : I, Études esthétiques ; II, Essais sur les artistes célèbres.

BenbaudDionys.jpgCharles Baudelaire Variétés critiques. I. La Peinture romantique. II. Modernité et Surnaturalisme. Esthétique spiritualiste. - Paris, G. Crès et Cie, 1924, 2 vol. in-8. T. I, XI-198 p. et portraits. T. 2, 238 p. et portraits.

BenAmauryDionys.jpgAmaury-Duval L'atelier d'Ingres. - Paris, Crès et Cie, 1925, IV-252 p. et gravures

Théophile Silvestre Les Artistes français. - Paris, G. Crès, 1926, IX-195, 252 p. Portraits. T. I. Romantiques, T. II. Eclectiques et réalistes.



Petrus Paulus Rubens Correspondance, traduite et annotée par Paul Colin. - Paris, Crès, 1927, 2 vol. (XVIII-331 p.-III-255 p.). T. 1. Vie publique et intellectuelle, T. 2, Chronique de Flandres, 1625-1629



BenVerhaDionys.jpgÉmile Verhaeren Sensations. Avant-propos de l'éditeur, par Élie Faure. Avertissement, par André Fontaine. - Paris : G. Crès, 1928, XIV-255 p., pl., portrait.



samedi 4 novembre 2017

Petite bibliographie lacunaire de la collection « L'Arabesque » (Denoël, 1941-1960)

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Depuis les troubadours jusqu'aux romanciers d'aujourd'hui, les écrivains français ont trouvé leurs plus heureuses inspirations dans l'étude de la femme et de l'amour. Les chefs-d’œuvre de notre littérature n'ont pas épuisé ce sujet toujours neuf, toujours captivant. La ligne du cœur est pareille à l'arabesque avec ses volutes capricieuses, ses entrelacs de feuillage, ses mystérieuses sinuosités.
La naissance de la passion, ses joies et ses mirages, ses incroyables détours, voilà qui compose la trame des belles histoires et leur invincible attrait.
En fondant la collection "L'Arabesque" nous avons voulu choisir pour le public féminin, des œuvres d'un charme romanesque et d'une séduction irrésistible. C'est dire que la connaissance du cœur humain, l'art de bâtir une intrigue et les agréments du style sont les facteurs qui ont détermine cette sélection. C'est dire aussi que si les auteurs de cette collection ne reculent pas devant la peinture de mœurs ou l'analyse du sentiment, leur œuvre comportera toujours une leçon, une souci moral que l'on ne trouve pas à l'ordinaire dans le roman contemporain.


La collection L'Arabesque, deuxième du nom, était publiée par les éditions Denoël sises 19 rue Amélie à Paris. Elle compta une quarantaine de romans sentimentaux entre 1941et 1960



Catalogue

Christiane AimeryRien, fils de rien, roman. - Paris, Denoël, 1941, 222 p.
Marie-Anne DesmarestL'Autel renversé, roman. - Paris, Denoël, 1941, 256 p.
Marie-Anne DesmarestTorrents, roman. - Paris, Denoël, 1941 (ou 1943), 256 p.
Marie-Anne DesmarestL'Auteur renversé. - Paris, Denoël, 1941, 256 p.
Fanny Le JemtelVisite de nuit, roman. - Paris, Denoël, 1941, 279 p.
Elisabeth MagnyLa Belle de Montjoly. - Paris, Denoël, 1941.
Germaine BeaumontLa Longue Nuit

Christiane AimeryCe monde disparu, roman. - Paris, Denoël, 1943, 238 p.

Christiane AimeryPacte avec une ombre, roman. - Paris, Denoël, 1944, 264 p.

Christiane AimeryFigures dans la flamme, roman. - Paris, Denoël, 1946, 231 p.
Élisabeth MagnyTaches, roman. - Paris, Denoël, 1946, 210 p.
Suzanne MartinonPartie perdue ? Roman. - Paris, Denoël, 1946, 159 p.

Marie-Anne DesmarestSaisons, roman. - Paris, Denoël, 1947,
Mag GentyLe Bâtard des Bencodavon, roman. - Paris, Denoël, 1947, 242 p.

Claude Saint-ValbertFabienne, roman. - Paris, Denoël, 1949

Marie-Anne DesmarestNinou devant l'amour. II. Roman. - Paris, Denoël, 1950, 217 p.
Marie-Anne DesmarestConfidences à Ninou, roman. - Paris, Denoël, 1950, 239 p.

Marie-Anne DesmarestOmbre sur le manoir, roman. - Paris, Denoël, 1953, 281 p.

Marie-Anne DesmarestChâteaux en Espagne, roman. - Paris, Denoël, 1954, 277 p.
Marie-Anne DesmarestJan et Thérèse, roman, suite et fin de Torrents. - Paris, Denoël , 1954, 279 p.

Marie-Anne DesmarestJan Yvarsen, roman, suite de Torrents. - Paris, Denoël ; 1955. In-16, 255 p.
Marie-Anne DesmarestLes Ramages, roman. - Paris, Denoël, 1955, 251 p.
Marie-Anne DesmarestLe Plus bel amour, roman. - Paris, Denoël, 1955, 239 p.

François CampauxLe Voile bleu, roman. - Paris, Denoël, 1956, 255 p.
Marie-Anne DesmaretsLa Palmeraie, suite des Ramages, roman. - Paris, Denoël , 1956, 245 p.,
Marie-Anne DesmarestCœurs et visages. 2. Oublie si tu peux. - Paris, Denoël, 1956, 223 p.

Marie-Anne DesmarestLe Fils de Jan, suite de Jan et Thérèse, roman. - Paris, Denoël, 1957, 237 p.
Georgette HeyerOrgueil et cheveux roux, roman traduit de l'anglais par Claude Saunier. - Paris, Denoël, 1957, 257 p.

Marie-Anne Desmarest Dis-moi qui tu aimes, roman. - Paris, Denoël, 1958, 191 p.
Caroline GayetLes Chevaux du diable, roman. - Paris, Denoël, 1958, 208 p.
Caroline GayetLe Printemps revient toujours, roman. - Paris, Denoël, 1958, 205 p.

Marie-Anne DesmarestLe Destin des Yvarsen, suite de "le Fils de Jan", roman. - Paris, Denoël, 1959, 192 p.
DiéletteDeux couronnes pour un roi, roman. - Paris, Denoël, 1959, 191 p.
Jean Gisclon Pour Dolorès, roman. – Paris, Denoël, 1959, 192 p.
Kenneth Lewis RobertsCapitaine Prudent, roman traduit de l'américain par Henri Thies. - Paris, Denoël, 1959, 224 p.

Marie-Anne Desmarest L'Ennemi de Jan. - Paris, Denoël, 1960, 222 p.
Caroline Gayet La Nuit pourpre. - Paris, Denoël 1960, 207 p.
Denise NoëlClairemare. - Paris, Denoël, 1960, 251 p.
Caroline GayetLa Demoiselle oubliée. - Paris, Denoël, 1960, 189 p.
Hélène MarvalLa Source ardente. - Paris, Denoël, 1960, 255 p.

Ouvrage apparenté mais, apparemment, hors collection
Orsini de MariLe Grand Amour. - Paris, Denoël, 1939, 269 p.

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