L'Alamblog

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mercredi 22 octobre 2014

Rapide rappel aux oublieux

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On en profitera pour parler en douce de Doyon, de Cladel, des maquereaux et des borgnes...

Jeudi 23 octobre 2014 à 18 h 30

Librairie Albin Michel
229, boulevard Saint-Germain
75007 Paris
Métro Solférino

mardi 21 octobre 2014

¡ Vamonos a las cavaleras francesinas ! (Michel Lasserre grave de grave)

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¡ Vamos a ver a las Calaveras francesinas ! de Don Miguel de la Sierra.


Michel Lasserre expose ses nouvelles gravures et ce sont, pour nous plaire, des cavaleras.
Son trait plein d'ironie est bien fait pour illustrer cette tradition endiablée et sans âge qui pose un regard satirique sur les usages du jour.
Très certainement, ça promet.
Ce sera à la Galerie Artcomplice à partir du mardi 4 novembre (vernissage 18 h-22 h) et jusqu'au samedi 15 novembre.

Galerie Artcomplice
Ouverte de 12h00 à 20h00 (fermée le dimanche)
11 rue petit
75019 Paris
M° Laumière

lundi 20 octobre 2014

Vieilles Connaissances (Siegfried Sassoon)

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Vieilles Connaissances


J'ai observé le vieux Chimpanzé accroupi : il traçait
de pénibles dessins sur le sol : j'ai regardé
le rouge Orang-Outang au visage songeur
Mâchonnant la paille méditative du chasseur.
Il y a très longtemps, je les avais connus puis à demi oublié qu'ils avaient mal tourné (comment ? jamais je ne le sus
Pauvres vieux !) et pourtant il semblait si peu généreux, si grossier
d'être là — planté devant eux — sans mot dire — la bouche bée que je risquai : "Des siècles que nous ne nous sommes rencontrés" et essayai
mon sourire candide d'amitié - ce fut en vain.
L'un se gratta une cuisse velue - tandis que l'autre soupirait
en détournant les yeux — je vis que je leur plaisais moins
que lorsque sur les collines d'Epsom, par un temps découvert
nous repoussâmes le Tétrarque et nous enivrâmes de concert.

Siefgried Sassoon

Poème traduit par Fernande Hélie et publié dans Les Feuillets libres (octobre 1929)

dimanche 19 octobre 2014

Les 1001 Vies des livres se signent

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Jeudi 23 octobre 2014 à 18 h 30

Librairie Albin Michel
229, boulevard Saint-Germain
75007 Paris
Métro Solférino

vendredi 17 octobre 2014

L'ivresse des départs (1922)

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L'ivresse des départs

« Partir, c'est mourir un peu, »
« C'est mourir à ce qu'on aime, »
« On laisse un peu de soi-même »
« A toute heure et dans tout lieu. »
Edmond Haraucourt.


Le trésor des pauvres est tout entier dans le rêve qui drape la vie, l'enveloppe de caresse et de beauté, fait luire à l'horizon une promesse de bonheur. Je comprends l'inutilité charmante du « songeant », du malheureux illuminé qui fixe, sans rien dire, la mer changeante aux matins de nacre ou aux soirs de mlétal, l'ivresse délicate du poète angoissé pour une heure ardente et les larmes mal retenues, la volupté profonde qu'il y a de partir à jamais vers le pays chimérique où ne sévissent plus les hommes et leurs lois.

Le passant qui s'arrête à l'auberge, cueille une fleur et s'en va, l'aventurier qui, las de dormir sur la dure, mendie et paie un lit pour savourer la fraîcheur et l'odeur de menthe des draps blancs, le vieillard, qui s'achemine à l'éternel voyage et qu'une enfant caresse afin d'être ravie par des histoires, nous gardons tous une illusion de vie qui s'effeuille et parfumée la route, lentement. Avez-vous remarqué les nuages qui, sur un ciel bleu, ressemblent à des caravelles légères dont les pilotes sont épris d'un désir courageux pour des voyages infinis ?
Avez-vous évoqué, en regardant passer ainsi le ciel rose et fané des fins de jour, Les voiles rouges que le flot balance ?
Et ces soirs un peu las dé rêverie, avez-vous désiré le départ pour l'aventure vers « l'impossible » hallucinant de tentations ?
Avez-vous eu la crainte du lendemain meurtrier ?
Etes-vous resté accoudé au balcon de la maison paisible, sous les yeux des étoiles et, dans vos regards, pour vous-mêmes, avez-vous fait le rêve du départ fabuleux ?
Dans le lointain, vous avez aperçu la ville où les tentes sont d'or et de bleu, où le sable brille, où la nier caresse et chante.
Vous avez compris, sans la connaître, la poésie qui meurt au chuchotis des palmiers, et dormi à la proue d'un voilier ancré dans la baie ensoleillée, séchant ses toiles pour le nouveau départ vers les villes de houille et de fer. Alors, dans l'air, venant de la gare proche, le cri suraigu d'une locomotive vous tire de votre torpeur et, vous trouvez que l'air fraîchit, que le sommeil tente les âmes et vous vous endormez, ayant cru un instant que vous êtes allé très loin, si loin même, en des pays aimés !

Les rêveurs ont raison. - Rêver sa vie vaut mieux que la vivre, et, fermer ses yeux, se retrouver dans le "là-bas" pressenti en songe, au pays du soleil et des fleurs étranges, c'est connaître la fortune des Pauvres, riches de leur intelligence, de leur sensibilité et d'un cœur pur, audacieux et fier. Loin des êtres aimés, loin des bibelots précieux qui datent des étapes franchies, loin des livres, amis discrets et consolants, le voyageur ne jouit qu'à moitié du spectacle vu ; un dédoublement se produit ; il jalonne son temps, marque les émotions et les baisers, attend l'heure d'automne et se réserve d'être heureux, en meublant ses souvenirs de gerbes, de visages et de parfums d'âmes en émoi...
De deux êtres, celui qui part et celui qui reste, la douleur est la même. Peut-être, celui qui veille et attend le voyageur, est le moins à plaindre, car ce que voit, ce qu'entend celui qui passe, se mêle à la rancœur d'être seul, de jouir égoïstement — comme d'une souffrance née d'un plaisir intense — de la beauté rencontrée. Il voudrait pouvoir dire à ceux qu'il aime. Écoutez : « Ébloui, j'ai regardé ces flots hier soir ; je pensais à vous. Vous me rejoignez ce matin ; vite, vite, approchez-vous, je vais vous conduire à la bonne place ! ».

Dans le vent du soir qui m'apporte le halètement discret de la ville endormie, il me semble avoir entendu la chanson de la route, belle comme un hymne de souffrance et courage. Les mots étaient sans suite, mais ils évoquaient des couleurs, et des sons propres à former l'harmonie d'un beau rêve... Je n'en ai pas gardé souvenance ; je sais que quelqu'un m'a parlé, m'a conté la mort des hardis, les prouesses des forts, la tendresse des belles âmes assez hautes pour garder en elles une part égale de douleur et de charme.
Je sais que l'on m'a dit: « Va ! n'importe où, quelle que soit la cité de fange ou de grandeur ! va, le chemin est à toi ; sur le ciel des matins nulle porte ne se ferme, et la, nuit est absolvante comme une maîtresse vaincue par l'habitude. »
Hélas ! au détour de la rue, j'ai rencontré l'aventurier et comme je parlais tout haut de mon désir et de ma décision nouvelle, il ricana, d'un rire sinistre et me prit la main, cependant que sa voix grave râlait dans le silence nocturne. — « Tu vois, mes yeux de fièvre, mon teint hâlé, mes lèvres sèches à force d'être restées closes, si longtemps... si longtemps loin des hommes... J'avais rêvé de partir aussi, et le soleil et l'orage m'ont brisé. Certes, je ne suis pas à terre, mais je ne goûterai plus jamais les ivresses d'ici-bas. Une trop grande volupté me fut donnée : celle de croire à l'infini et d'essayer de m'isoler pour toujours du reste du monde. Mes yeux, comme un miroir, reçoivent les images sans en garder la forme ; mes mains ne cueillent pas les fleurs ; j'ai même oublié mon passé. Je ne sais plus rien que la route ; je n'aime plus que la chimère des jours impossibles. — N'écoute pas, ami, le conseil du vent. Reste chez toi, ou, si tu pars, reviens vite, car il faut retrouver encore et toujours, les souvenirs qui sont la vie ! Crains le soleil, le soleil qui aveugle, mais demeure près de la lampe, la bonne et fidèle lampe qui brille comme un phare ou comme une torche selon ton vœu »

L'aventurier disparut ; et, rentré chez moi, j'aperçus un pauvre papillon, soyeux et frêle, mort pour avoir imprudemment frôlé la flamme de la lampe, dans son vol léger.

J.-F.-Louis Merlet



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