L'Alamblog

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dimanche 5 juillet 2015

Avant de boucler vos valises...

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Au moment de boucler vos valises, songez que vous vous apprêtez à vous rendre dans un territoire qui ignore la librairie.
Une perte de bagage étant toujours possible, prenez la précaution suivante : empochez en même temps que votre passeport Le Corps du libraire de Vincent Puente. Dans tous les cas, le frustrant manque de livres de ce milieu estival plus ou moins urbanisé dans lequel vous êtes temporairement plongé en sera compensé.
Les fables de Vincent Puente vous donneront le nerf de résister au manque en imaginant pour vous quelques libraires-type, des gaillards parfois secoués qui rendront votre vie estivale beaucoup plus supportable.
Et qui vous feront regretter votre aimable libraire habituel(le), toujours plus appréciable.


Vincent Puente Le Corps du libraire. Histoire de quelques libraires remarquables & autres choses. — Paris, La Bibliothèque, 182 pages, 18 €

samedi 4 juillet 2015

Cet été soyez futuriste

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Vous ne saviez pas quels livres emporter cet été sur la plage ? Tranquillisez-vous, l'Alamblog a des idées pour vous !
Cette année ce sera Futurisme, un énorme volume sur papier bible que les éditions Champ Vallon ont fait paraître il y a quelques semaines.
Pourquoi un livre aussi volumineux ? parce qu'il contient de quoi vous enchanter tout l'été — au cas où vous feriez la moule au soleil durant deux ou trois mois. Il paraît que ce sont des usages qui existent, notamment chez les retraités occidentaux. (Sur notre île, on flâne un peu, mais pas à ce point.)
Dans ce recueil colossal des écrits, manifestes et articles futuristes, vous constaterez que le futurisme, ainsi que Dada, aura été le véritable ferment du siècle passé. Nihilisme en sus chez Dada qui construisait moins qu'il n'ébranlait.
Parmi les documents rares qui ont pu échappé aux non-spécialistes, parmi lesquels le Préfet maritime, les interventions futuristes dans le domaine de la mode et de la publicité, par exemple, des domaines que les surréalistes ont largement contourné pour ne pas se salir les gants de peau. Avec les futuristes, d'une fougue sans égale, et parfois mal à propos si l'on songe aux idées politiques, tout était par ces gaillards — les femmes sont assez rares — remis en question, renouvelé, dépoussiéré, électrifié, remotivé.
Nouvelle version augmentée d'une somme déjà colossale, ce livre de Giovanni Lista sera l'ami de votre été, vous verrez. Vous n'avez pas fini d'y plonger.



Giovanni Lista Futurisme, textes et manifestes, 1909-1944. — Ceyzérieu, Champ Vallon, 2015, 2207 p. 40 €



jeudi 2 juillet 2015

Uzanne de saison

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Féru d'Octave Uzanne (1851-1931), l'un des principaux artisans de la grande époque de la bibliophilie française, Bertrand Hugonnard-Roche a entrepris de mettre à jour la figure de cet enfant d'Auxerre dans ses détails. De là blog, conférences et éditions comme celle de ce recueil de quartorze critiques ou chroniques d'art publiées entre 1892 et 1928 dans différents magazines et revues (L'Art et l'Idée, Le Monde moderne, Art et Décoration, ABC Magazine, l'Art et les Artistes). Au sommaire des portraits de la crème des illustrateurs, décorateurs, peintres de l'époque d'Uzanne, à savoir Constantin Guys, Félicien Rops, Joseph Chéret, Eugène Grasset, Albert Robida, Jean Carriès, Auguste Delaherche, Adolphe Willette, Paul-César Helleu, Steinlen, Henri de Tpulouse-Lautrec, Félix Vallotton, Georges de Feure et Georges Meunier. De quoi réviser ses classiques et goûter les appréciations d'un esthète fin-de-siècle.


Octave Uzanne Quatorze sensations d'art signées, rassemblées par Bertrand Hugonnard-Roche. Alise-Sainte-Reine, Chez Bertrand Hugonnard-Roche, 2014.



mercredi 1 juillet 2015

L'Iliazd club et le débat des mots inconnus

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On sait que les jeunes ambitieux ont tendance à se montrer exubérants, et par là même exorbitants. C'était en particulier le cas d'Isidore Isou qui lassa tout le monde assez rapidement. Il avait prétendu révolutionner la poésie en remettant au menu de vieilles recettes futuristes et dada — en remontant encore un peu on aurait sans doute pu trouver des bohèmes et des romantiques frénétiques bien aussi fondés que lui dans l'art de la lettre et du bruit de bouche.
On devine que la thèse d'Isou dans Introduction à une nouvelle poésie et à une nouvelle musique de 1946 est contrefaite, et avec plus de trente ans de retard, quand bien même il tente de vêtir son propos de tissus nouveaux, qu'il va être contraint d'emberlificoter de plus en plus avec le temps d'oripeaux verbeux et hyperboliques. Bref, il gasconna.
Iliazd, typographe et poète ne laissa pas passer l'inculture et entra en polémique avec le bouillant branché. Il s'ensuivit des échanges de 1946 à 1950 que relate Françoise Le Gris, et la publication par Iliiazd d'un livre essentiel, en tout cas aussi important que son édition de Ledentu le Phare : Poésie de Mots inconnus.
Après une première conférence présidée par Camile Bryen qui finit en pugilat, "Après nous le lettrisme", Iliazd passa en effet à l'offensive en composant son anthologie de textes dont les dates de publication ne trompent pas. Exemples : Nicolas Beauduin (1919), Jacques Audiberti (1948), Pierre Albert-Birot (1917), Camille Bryen (1932), et puis évidemment Hugo Ball (1917), Kurt Shwitters (1927), Raoul Haussmann (1918), Eugène Jolas (1933), Vélimir Khlebnikov (1912), Michel Seuphor "Tout en roulant les RR" (1928), etc.
Datés de 1910 à 1948, ces écrits prouvent la préexistence de textes visuels et/ou phonétiques basés sur la désarticulation du langage, le néologisme et l'expérimentation chez les futuristes russes (Khlébnikov, Krutchonykh, Poplavsky, Térentiev, Akinsemoyin, Iliazd) et chez Dada (Arp, Ball, Hausmann, Schwitters, Tzara), ou d'indépendants et compagnons des mouvements précédents comme Albert-Birot, Artaud, Audiberti, Seuphor ou Bryen. Le tout étant illustré par Arp, Braque, Bryen Chagall, Dominguez, Férat, Giacometti, Gleizes, Hausmann, Laurens, Léger, Magnelli, Masson, Matisse, Metzinger, Miro, Picasso, Survage, Tauber-Arp, Tytgat, Villon, Wols, Ribemont-Dessaignes...
Très bibliophile pour l'heure, donc inaccessible, cette anthologie mériterait sans aucun doute de reparaître dans une version abordable. L'Iliazd Club pourrait-il quelque chose pour nous ?



Les Carnets de l'Iliazd Club (2014) : Poésie des mots inconnus et le débat lettriste, 270 pages + 1 dépliant et 54 pages quadrichromie, illustrations in-texte, 30 €
Sommaire :
"Poésie de mots inconnus" et le débat lettriste : prétexte et contexte, par Françoise Le Gris D'un texte à l'autre, Iliazd-Isou, une confrontation, par Régis Gayraud Iliazd et la série C de la Boîte-en-valise de Marcel Duchamp, par Antoine Perriol Iliazd : "La Cause occulte de l'abdication du roi Edouard VIII", manuscrit présenté et annoté par François Mairé

Iliazd-Club
24 rue de Vintimille
75009 Paris

mardi 30 juin 2015

En compagnie de Jean-Pierre Martinet

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Le phraseur empêche la digestion. Nous avons tous lu Le Bavard de René-Louis des Forêts. Il nous arrive après avoir bien éclusé de nous donner la réplique. Jean-Pierre prend les premières lignes, j'enchaîne avec les dix suivantes et ainsi de suite jusqu'à ce que le garçon se plante devant nous et nous dise, je vais vous apporter deux verres de verveine. Vous n'y pensez pas, dit Jean-Pierre. Il nous faut du rouge. Je règle d'avance. Connaissez-vous beaucoup de clients qui règlent d'avance leurs consommations ? Je m'incline ! dit le gardon. Nous avons l'art de transformer la clientèle du restaurant La Belle Rivière où nous attend notre table, en patins, en personnages burlesques. Nous ne leur prêtons pas d'existence. Ce sont des ombres. Peut-être que Richard Strauss aurait pu en titre un opéra. Jean-Pierre me dit, pitié pour les personnages falots. Notre drame à tous deux : ne pas croire à l'existence de nos contemporains. Nous ne sommes que des mains ; c'est quoi serrer des mains ? Non plus ces embrassades qui ne sont que des baisers volés, des baisers mouillés. Je me souviens d'un homme pris de boisson répétant, vous n'existez pas pour moi, vous n'existez pas pour moi. Pour nous c'était un peu ça. Nous n'arrivons pas à nous incarner (...) Moi, dit Jean-Pierre je ne suis pas très jus de raisins. Notre impuissance à créer une dimension nous vaut des quolibets, chapeau cabossé, qu'un ventriloque habile réussit à faire parler.



Alfred Eibel

Texte issu des souvenirs d'Alfred Eibel à paraître, Jean-Pierre Martinet le ventriloque.

Durant les grandes chaleurs...

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Des dandys, on en a connu de mielleux.
Celui-ci est fondu.

(Les grandes chaleurs sur la ligne 11).

lundi 29 juin 2015

On sait ce qu'ils faisaient le 14 décembre 1956

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Sauf absence injustifiée, on sait où ils se trouvaient le 14 décembre 1956.
C'est Facebook avant l'heure.
En papier.
Version typographique Akademia R. D.


samedi 27 juin 2015

Préau des collines #14

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Très beau, roboratif et goûteux numéro du Préau des collines consacrant trois ensembles à Pierre Edouard, peintre et sculpteur, Pierre Lafargue, Eric Maclos et Geneviève Huttin, tous trois écrivain et/ou poète.
Entre éloges, articles critiques et exercices d'admiration, une amusante lettre de François Boddaert à Monsieur de Bondy sur sa réputation, son génie & ce qui s'en suivra..., un commentaire en trois points des éditions Vagabonde où il est question de faire déconsidérer l'état civil, pendant que Jean-Paul Michel constate qu'on a beaucoup de monde à éradiquer à vingt ans....
Voyez que ce Préau est parfois surexcité.
Les autres interventions, non négligeables, sont signées Yves Boudier, Claude Louis-Combet, Marie Etienne, Philippe Lacoue-Labarthe, Elizabeth Prouvost (ses troublantes photos), Jean-Baptiste de Seynes, John Taylor ou Lydie Salvayre — les innomés nous pardonneront — où se croisent cent thèmes et commentaires utiles, nécessaires ou passionnants. A commencer par la découverte de l'oeuvre Pierre Edouard.
Jacques Le Scanff, l'initiateur et animateur du Préau des collines est par ailleurs auteur d'un recueil de textes issus de ses "carnets de peintre". Très illustré et bellement, le livre qui paraît aux éditions Quiero contient ses vers :

Il regarde avec une telle force
que ses yeux saignent :
les murs et les vêtements
amples et blanc,
l'ombre : un cadre bleu.


Et puis

La boutique bariolée,
seule dans la lueur blanche et bleue des néons,
un tadjik martèle
une cornière de zinc.


Jacques Le Scanff Le Bleu des émeutiers. peintures de l'auteur. — Forcalquier, Quiero, 40 pages, 25 €

Le Préau des collines, n° 14, 295 pages, 27 €

Parce que...

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Parce que...

Parce que de la viande était à point rôtie,
Parce que le journal détaillait un viol,
Parce que sur sa gorge ignoble et mal bâtie
La servante oublia de boutonner son col,

Parce que d'un lit, grand comme une sacristie,
Il voit, sur la pendule, un couple antique et fol,
Ou qu'il n'a pas sommeil, et que, sans modestie,
Sa jambe sous le drap frôle une jambe au vol,

Un niais met sous lui sa femme froide et sèche,
Contre ce bonnet blanc frotte son casque-à-mèche
Et travaille en soufflant inexorablement :

Et de ce qu'une nuit, sans rage et sans tempête,
Ces deux êtres se sont accouplés en dormant,
O Shakespeare et toi, Dante, il peut naître un poëte !

Clément privé



Bohème émérite, Clément Privé (1842-1883) est à l'instar de Félix Arvers l'auteur d'un sonnet, celui que l'on vient de lire. Un sonnet qui prouve que les médecins spécialistes en sont de vrais, spécialistes, puisque son poème figura grâce à Henri Mondor dans la Pléaide Mallarmé. Privé mérite des félicitations.
Sa nécrologie dans l'Annuaire de la presse de Mermet donnait ceci :

Clément privé, de la presse radicale, est mort à la maison de santé Dubois. Ancien élève de l'Ecole centrale, M. Privé avait d'abord été employé comme conducteur des ponts et chassés, avait ensuite, avant de venir à Paris, rédigé divers journaux en province († 17 mai).


Il était en réalité agent voyager avant de devenir journaliste et l'ami de Léon Cladel, Jules Vallès, etc. Il était le Jacques Lehardy du Chat noir de Goudeau.

(Nous empruntons son portrait à Tybalt).

vendredi 26 juin 2015

Les histoires de l'autre Bloy

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Excellent travail des Editions des Malassis qui produisent un document dont on pouvait ignorer l'existence, à moins d'avoir étudier la vie de Bloy avec grande attention : les écrits de Georges Bloy sur les Moïs et Annamites.
Ce livre dormait sous forme de manuscrit corrigé par Léon Bloy dans les archives de Joseph Bollery à La Rochelle. Ce dernier avait en effet conservé les papiers du fameux Jésus-Christ des colonies, ce Bloy prénommé Georges, frère cadet du fulminant. Et il aurait fallu plus d'un siècle pour le sursaut d'intérêt pour l'histoire coloniale le mette enfin en lumière.
Ce Georges Bloy n'est pas n'importe qui. Outre que son aîné Léon en a fait une victime du système colonial — les choses sont sans doute plus compliquée pour cet homme naïf sans doute mais doté d'un sang chaud et très réactif aux règlements administratifs et aux abus de pouvoir —, il laissait à sa mort en 1908 un ensemble d'écrits réunis à partir dans les années 1860 où apparaissent la culture et les usages des peuples mois et annamites qui "ne boivent jamais en mangeant".
Briquets atmosphériques ou chasses à dos de buffle, fabliau indochinois des deux crabres, moeurs économiques des Annamites, remèdes, vendetta chez "les sauvages", "drogues stupéfiantes utilisées par les voleurs en Orient", le "tome moïs (l'interdit), etc. Mais on devine aussi la "civilisation coloniale" en action à travers de multiples notes, comme ces "médecins militaires (...) privant à la fois de sang et de nourriture, assurant enlever de cette façon les forces à la maladie qu'ils réussissent effectivement à fair e disparaître en tuant le patient, qui se trouve débarrassé du même coup de la maladie dont il souffrait et de l'existence dont il jouissait"...
Constitué par fragments d'un ensemble de contes, d'anecdotes, d'observations et d'histoires piochées par cet ethnographe amateur, l'ensemble est roberait et instructif car ils sont rares ces recueils où le solitaire, aventurier ou non, a pris la peine de détailler la vie qu'il découvrait aux colonies.
Maurice Dubourg avait déjà raconté la vie dans Un aventurier périgourdin en Indochine (Peyronnet, 1950) où s'apercevait déjà une version plus aquarellée, pour dire les choses, que la défense totale publiée Léon Bloy dans les Lettres aux Montchal ou dans Le Sang du pauvre (1909). En effet, l'écrivain refusa toujours la culpabilité de son frère et les causes qui lui valurent six ans de bagne en Nouvelle-Calédonie et le "doublage" de sa peine sur un îlot en face Koné, Koné où il mourut le 6 octobre 1908. De fait, la vie de Georges Bloy, tour à tour marin, chasseur, voleur, administré spolié ou trafiquant colérique mériterait à son tour de prendre forme dans une biographie détaillée. Après L'Or de Cendrars, on aurait L'Annamite, et un film épatant où pulluleraient les aventuriers, comme ces Louis Vertil et l'Irlandais, ou bien le Breton Lautec...
Pour commencer, lisons Georges Bloy pour deviner l'homme qu'il était. Ses récits

Georges Bloy Contes et récits des peuples mois et annamites. Suivis de Léon BLoy et son frère Georges, par Maurice Dubourg, et de Jésus-Christ aux colonies, par Léon Bloy. — Paris, Editions des Malassis, 256 pages, 21 €

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