L'Alamblog

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mercredi 20 septembre 2017

Baudelaire au pays des singes

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Flemmard comme une couleuvre à l'approche des froidures, le Préfet maritime bouquine sans se soucier du temps qui passe. Y devrait pas, on est d'accord. N'empêche, quelques bons livres sous la pogne, une chaise longue qu'il échange de temps temps pour un canapé ou un banc de pierre chauffé à mort par le soleil de l'île, il ne réclame surtout rien d'autre car il sait que certains, c'est Henri Beraldi qui le lui a dit, doivent s'employer d'ordinaire à remuer des livres sans cesse. Cela constitue un travail. Celui du Préfet maritime sera de vous confier qu'il a lu Baudelaire au pays des Singes, de Jean-Baptistse Baronian, compatriote des "singes" lui-même, où il relate l'expérience de Charles Baudelaire en Belgique entre 1864 et 1866, année de son "éclipse cérébrale".
Très bien documenté - Baronian connait la chanson et les personnages - ce livre est le parfait guide sur le sujet. Clair, complet et rédigé avec enthousiasme, il raconte ces années de désillusion terrible du poète dont les projets vont de Charybde en Lemer. Si l'on peut dire.
Félicien Rops, Poulet-Malassis, Charles Monselet, ils sont tous de la partie et font une ronde autour du poète. Voilà, se dit-on en fermant le livre, comment l'histoire littéraire devrait toujours être portée. Érudite mais sans ostentation, plaisante mais sans facilités, annotée mais uniquement pour prolonger une information et, surtout, soutenue par une pensée du sujet, et non la répétition béate déjà galvaudés.
Soit un plaisir de lecture et des lumières utiles.


Jean-Baptiste Baronian Baudelaire au pays des singes. - Paris, Pierre-Guillaume de Roux, 155 pages, 19,50 €

vendredi 15 septembre 2017

Beraldi l'explorateur

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Bien connu des amateurs de livres anciens, Henri Beraldi (1849-1931) était un bibliophile de la haute époque. Celle où Octave Uzanne bouillait d'enthousiasme et proposait des ouvrages magnifiques, avant-garde d'une édition de luxe florissante.
On doit d'ailleurs à Beraldi quelques ouvrages de références classiques dans le domaine de la gravure des XVIIIe et XIXe siècles, plusieurs milliers de notices d'artistes français et étrangers, leurs catalogues, le tout enrichi de détails sur leur formation, leur milieu et les activités dans le domaine de la gravure, du dessin et de l'illustration du livre en France. Des mines.

Alors, quel rapport avec l'exploration ?

Eh bien, c'est tout simple : tandis que Jules Verne promenait à travers le monde ses personnages en prenant soin de leur secouer les côtes, au moment même où une armée d’explorateurs parcouraient l’Afrique sauvage et la Sibérie létale, tout en établissant le menu détaillé des repas autochtones à Bornéo, le journal de vulgarisation scientifique La Nature, qui était le Sciences et Vie de l’époque, proposait entre juin et septembre 1893 le reportage de ce drôle de bibliophile en visite dans un drôle de pays : la Bibliothèque nationale.

Et là, ma foi, il décrit ce qu'il voit dans un style vif et mutin qui n'est pas sans provoquer le plaisir. Moins moqueur qu'impressionné, il ne se remet pas des soins prodigués aux livres par ces êtres étranges que l'on nomme bibliothécaires...

Vous pensiez que le bibliothécaire était un être falot ? Pensez donc ! C’est un lutteur et Beraldi l’avait bien compris.

Avec son compère graveur, le Stéphanois Louis Poyet (1846-1913), spécialiste des gravures à la fois techniques et exotiques, Henri Beraldi nous propose un chef-d’œuvre du panorama administratif fin-de-siècle.

Au-delà de la bibliophilie, il s'est hissé au rang de Jules Verne de la bibliothéconomie, de Courteline du livre broché, de Labiche du papier relié.



Henri Beraldi Voyage d'un livre à travers la Bibliothèque nationale. Avec des gravures de Louis Poyet - Paris, Tschann et Cie, 2017, 95 pages, 8,5 €

mercredi 13 septembre 2017

Naoshima (dream on the tongue)

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Ce vendredi le film de Claire Laborey, Naoshima (dream on the tongue) sera projeté à la Maison de la Culture du Japon en présence de la réalisatrice.

Naoshima est la traversée d’une petite île de la mer intérieure de Seto. Depuis les années 90, sa population décroît et vieillit, son industrie périclite. Sous l’impulsion d’un impressionnant projet de mécénat d’art contemporain, Naoshima se transforme. Les lignes pures et atemporelles des trois musées conçus par Tadao Ando, et les œuvres in situ se fondent dans le paysage, dispersées le long de ses rivages, à l’ombre de sa forêt. À travers le récit d’un rêve ou d’un souvenir, se dessine une île où la présence de l’art jaillit d’une nature primitive et résonne avec la permanence fragile des rites quotidiens. Elle bouscule les représentations des habitants et les confronte à cette obsédante question : qu’est-ce que la beauté?



Maison de la culture du Japon
Vendredi 15 septembre 2017 à 19 h 30
Mo Bir-Hakeim
Grande salle (niveau -3)
Tarif unique 5 €


mardi 12 septembre 2017

Jean-Pierre Le Goff (L'invité n° 0175)

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Le nouveau catalogue à prix marqué de la librairie Trois Plumes est consacré à L'invité n°0175. Il regroupe environ 200 numéros concernant Jean-Pierre Le Goff (1942-2012), poète et plasticien banalyste issu de la dernière génération surréaliste.
Le catalogue recèle des ouvrages parfois très rares de Jean-Pierre Le Goff, ainsi que des ouvrages relatifs à la analyse et aux banalystes, puis divers livres et plaquettes à teneur surréalistes et régions circonvoisines.
Tous ces ouvrages proviennent de la bibliothèque de Jean-Pierre Le Goff et sont la plupart agrémentés d'envois.
Un document historique en somme, à ne pas négliger.

Benoît Galland - Librairie Trois Plumes
4 avenue Montaigne
49100 Angers
06.30.94.80.72




lundi 11 septembre 2017

Génial et génital

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Tous ceux qui ont lu L'Anarchiste savent de quelles ressources disposent le Cambodgien Soth Polin. Grâce à l'entremise de Christophe Macquet, qui le traduit du khmer, les éditions du Grand Os annoncent pour le mois prochain un recueil inédit de ses nouvelles.
Génial et génital, c'est ainsi que s'intitule le livre.
On ne voit pas comment un titre pareil laisserait indifférent...



Propos de l'éditeur

Pour beaucoup, le Cambodgien Soth Polin est l’écrivain d’un seul livre, L’Anarchiste, livre culte écrit en 1979, quelques mois après la chute du régime de Pol Pot. Il existe pourtant d’autres pépites, inédites en français, comme ce Génial et génital, publié dix ans plus tôt, où, avec une hargne et une lucidité extrêmes, l’auteur ruminait déjà ce désespoir proprement «polinien», désespoir à la fois personnel (je suis un minable), historique (la décadence, depuis Angkor) et métaphysique (il est avilis- sant d’être humain). La gueule fendue jusqu’aux oreilles ! GÉNIAL ! Un bon coup de burin dans la tête ! GÉNIAL ! Croître, vieillir et mourir ! GÉNIAL ! Tout ça parce que ma femme est une pondeuse de concours ! Sniff ! Sniff ! Quel parfum atroce et divin ! Atrocement GÉNIAL ! Divinement GÉNITAL ! À chaque humiliation, à chaque nouveau coup porté à leur dignité, les personnages des quatre nouvelles de ce recueil en redemandent. Communiquer, disent-ils, Ordonne-moi d’exister, La mutation des êtres, C’est comme tu veux, Na, le ton est donné : les narrateurs, doubles de l’auteur, sont des faibles, moins soumis à la tyrannie de leur « petite-sœur » qu’à la spirale de leur désir masochiste. Un enfer (bouddhique) des passions où la jubilation et le rire, un rire sauvage, omniprésent, un rire nietzschéen, sauvent l’auteur et son œuvre du cynisme et de la noirceur.

Soth Polin est né en 1943 au Cambodge. Son premier roman, Une vie absurde (Tchiivit ‘Et Ney, 1965), fortement influencé par Nietzsche, Freud et Sartre, mais aussi par la philosophie bouddhiste, est un énorme succès. Suivent de nombreux romans et recueils de nouvelles, dont les grinçants et crépusculaires Tu es l’amour de ma vie (‘Aun Tchie Mtchah Snaè, 1966), Un homme s’ennuie (Bo’râh ‘Apsok, 1967) et La Mort dans l’âme (Morena’ Knong Duong Tchèt, 1973). Proche des milieux nationalistes, anti-Sihanouk et anticommuniste, il fonde à la fin des années 60 le quotidien Nokor Thom. Il soutient la politique de Lon Nol avant de prendre ses distances et de se réfugier en France en 1974. Il travaille à Paris comme chauffeur de taxi et publie L’Anarchiste (La Table ronde, 1980), son seul roman écrit en français. Il quitte la France, presque dans la foulée, et part s’établir sur la côte ouest des États-Unis, où il vit toujours aujourd’hui.



Soth Polin Génial et génital. nouvelles traduites du khmer et présentées par Christophe Macquet. - Toulouse, Le Grand Os, 2 octobre 2017, 112 pages, 12 €


Et toujours L'Anarchiste. — Paris, La Table ronde, 2011, "la Petite Vermillon", 257 pages, 8,70 €

samedi 9 septembre 2017

Pardon si ça tache

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Dans quelques jours paraîtra L'Os quotidien, l'un des grands livres de cet auteur qui a tout pour devenir "culte" aux côtés de Martinet ou de Bove : Gaston Criel

L'Os quotidien est sa dernière prose publiée en 1987 par Samuel Tastet alors que Criel atteint le terme de son existence. Il revient dans cet écrit jeté comme un expresso serré pour lendemain de cuite sur ses jeunes années passée en partie dans un stalag puis dans le Saint-Germain-des-Près décontracté de l'après-Libération.

Tandis que Sartre, Romains et Duhamel brossent des sagas ou des romans pleins de pages, un homme plus tout à fait jeune (Criel est né en 1913 - son alter ego romanesque Robert lui ressemble comme deux gouttes d'eau) mène son existence comme on se jette à l'eau. Le poète qu'il était avant-guerre (il a publié dès 1937 sa poésie) est parvenu à traverser l'épreuve du travail forcé dans les fermes allemandes sans trop de dommages. Il a même lancé un canard à Magdeburg, l'XI A. Cahiers littéraires du Stalag, un mensuel de camp de prisonnier dont il est le "directeur". Un numéro qui pourrait être unique paraît le 29 février 1944. Il n'a jamais combattu. Il a été raflé au cours de la Drôle de guerre. Après un très long trajet Aller vers les profondeurs agricoles de l'Allemagne, il y a un long retour en train et puis... Saint-Germain-des-Près, le havre où les pépés roucoulent aux bras des GIs.

Dans L'Os quotidien, l'encre arrive vite à la cible, et pardon si ça tache.

Avec le whisky des Ricains tout va. Lorsque les Ricains s'éclipsent pour aller combattre le Teuton en Forêt noire, ça devient une autre histoire. Les petits commerçants font grise mine : le dollar s'est barré. Les gosses girondes espèrent bien un peu le retour du chéri bientôt papa, mais bernique... Tout ce petit monde doit réinventer son quotidien et au milieu de ces Français déboussolés, le poète qui doit gagner son pain. Et puis il lui faut lui nourrir l'enfant qu'il a fait à Jacqueline. Si l'on en juge par la coulée de dégoût paternel, il est clair que la reproduction n'était pas le mobile des faits. Robert est cynique comme on l'est rarement, mais ses sorties dégoûtées sont d'une terrible drôlerie que beaucoup de jeunes mamans ne pourraient pas lire sans hoqueter de rage. Sanies, odeurs sûres de la maternité, pissats du nouveau-né, Criel donne sans mesure dans le criant de vérité. — Il faut noter qu'il publiait, lui, Gaston Criel, Hygiène sur un véritable papier hygiénique aux éditions Le presse à bras en 1948...
Mais baste, il faut nourrir la famille. Les conditions d'existence n'étaient pas si reluisantes. Homme à tout faire pour des maisons d'édition technique ou, à son corps défendant, semi-escroquières, Robert doit trouver l'os à ronger. Il chôme, se forme à la comptabilité, et puis... Et puis, on ne va pas tout vous raconter d'autant que l'anecdote n'est pas ce qui prime. Ce sont les sentiments muris, cuits et recuits d'un homme d'expérience (Criel a été serveur de bar de nuit), qui confirment que latence et récurrence forment bien en littérature la trame des oeuvres solides comme de la toile de marine.

Le livre ne ressemble d'ailleurs qu'à Criel. L'ambiance des camps - ni Guérin, ni Hyvernaud -, la vie des bars - ni Yonnet, ni Giraud -, le soulagement du sexe et la déception des attachements — ni Calaferte, ni Deux —, du Criel tout craché. L'énergie qui jaillit des lignes de L'Os et le coupant de ses esquilles sont assez troublants pour empêcher de dire quand le livre a été composé. Peut-être dans les années 1980, mais à partir de notes anciennes qui apporteraient cette sensation d'instantanéité et la vibration intense de scènes saisies au vol. En tout cas, les lecteurs de Phantasma ou de Sexaga reconnaîtront son petit air, son tempo, et cette figure de mâle singulière, gorgée d'une angoisse qui se pare d'insolence ou de mutisme pour faire face. Avec l'ironie mêlée de désolation des gars à qui on ne la fait plus. Marque unique d'un être déchiré qui mesure les difficultés et l'irresponsabilité des êtres.

Un grand bouquin, et une excellente porte d'entrée au bar Gaston Criel.



Gaston Criel L'Os quotidien. Préface de Jacques Josse. — Paris, Le Sonneur, 176 pages, 16 € Parution le 28 septembre.

NB : En 2016 le recueil Gris aurait reparu aux éditions Samuel Testet à Orléans.

vendredi 8 septembre 2017

I wish it could be 1984 again

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Entre 1982 et 1988, Nineteen était le meilleur magazine de rock français. Rédigé par une équipe réduite du côté de Toulouse, il faisait l'histoire du rock qui se tient debout, et tenait la chronique du rock vivant. Et même très très vivant si le Préfet maritime en croit ses acouphènes — qui sont d'époque (concert Cherokees, Vienne, 198?)...
L'arrivée d'un nouveau numéro était une joie, avec, pour les abonnés, le plaisir supplémentaire, mensuel (?) du fanzine Going Loco, et trimestriel d'un disque souple révélant des morceaux encore inédits...
C'était le bonheur.
En 2016, Les Fondeurs de briques ont entrepris la publication des meilleurs pages de Nineteen, Anthologie d’un fanzine rock, 1982-1988 consacré au "rock underground" de ces années (1), et ils enchaînent avec un volume (+ cd) consacré aux groupes français (2). C'était l'époque où l'on écoutait des disques importés d'Australie, où New Rose, Bondage, Gougnaf et autres Gymnote Mission nous fournissaient des galettes, Où les Batmen faisaient la première partie des Died Pretty à Grenoble...
I wish it could be eighty four again, i wish it could be..., si l'on ose dire.

Le livre sortira courant octobre. Réservez-le grâce au bon de souscription.


Nineteen. Anthologie d'un fanzine rock. Sous la direction d'Antoine Madrigal.
Tome 1 : 432 pages + 16 pages de photos, 2016, 25 €
Tome 2 : 352 pages + 16 pages de photos + CD 19 titres : en souscription jusqu'au 24 octobre puis 25 €
(1) Alex Chilton, Barracudas, Cramps, REplacements, Plimsouls, Gun Club, X, Saints, Radio Birdman, Sunnybous, Dogs, Soft boys, nomads, Dream Syndicate, Undertones, Len Bright Combo, Fleshtones, Died Pretty, Scientists, Dr Feelgood, Wilko Johnson, Sting Rays, Milkshakes, Nikki Sudden, True West, MC5, Sky Saxon, Flamin'Groovies, Sonics, Seeds, Chocolate Watch band, Elliott Murphy... et les autres.

(2) Batmen, Cherokees, City Kids, Coronados, Daltons, Dum Dum Boys, Fixed Up, Flamingos, Gamine, King Zize, Little Bob, Roadrunners, Shifters, Shredded Ermines, Snappin’ Boys, Soucoupes Violentes, Eric Tandy, Gilles Tandy et les Thugs. Mais où sont donc passés les Mescaleros, Hot Pants et autres Chesterbox ?



jeudi 7 septembre 2017

L'orthopédiste Meglio

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Particulièrement vivants dans ma mémoire restent les personnages que j'ai haïs au temps de mon enfance, et tout au long de ma vie je continue à haïr ceux qui leur ressemblent. Si, par exemple, j'avais sous les mains le fameux orthopédiste Aniello Meglio, de Naples, je voudrais le ligoter à un poteau et ensuite le tatouer de la tête aux pieds. Je souhaite de tout mon coeur qu'il soit toujours vivant, de sorte qu'il puisse savoir le mal que je lui veux, quelle soif de vengeance est dans mon âme qu'il déforma lorsqu'elle était tendre et, comme celle d'un jeune arbrisseau, avide de pousser naturellement.






Antonio Aniante Confession d'un petit Sicilien. - Mercure de France, 1939.

mercredi 6 septembre 2017

Les couvertures de notre siècle (28)

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Matthew Burgess Enormous Smallness A Story of E. E. Cummings. Illustrations Kris Di Giacomo. - Enchanted Lion Books, 2015, 64 p.


mardi 5 septembre 2017

L'exposition de Sainte-Anne (1950)

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Louise Soudy était une peintre. Elle était aussi l'initiatrice d'un journal, Paris-Montparnasse, où elle parlait avec ses amis de peinture, d'art en général, de futur ou d'ésotérisme, etc. En 1950, elle a fait partie des visiteurs de l'exposition d'art brut organisée à Sainte-Anne et en a ramené un reportage. 
Cette Exposition internationale d’art psychopathologique avait eu lieu à l’occasion du 1er Congrès mondial de psychiatrie. 2000 œuvres étaient présentées.
Naturellement, Louise Soudy n'était pas journaliste. Elle était artiste. Nous ne lui en voudrons donc pas pour son orthographe et sa grammaire si particulières. Nous avons d'ailleurs tenté de ne maltraiter ni l'une ni l'autre.
Louise Soudy publiait dans son journal des poèmes d'Auguste Boncors ou de Ferdinand Lop. Question fantaisie, elle en connaissait donc un assez grand rayon pour apprécier les oeuvres exposées.


Exposition à Sainte-Anne
Peinture de fous
ou extériorisation du subconscient et du "Moi" intime

Il y eut une exposition extravagantes l'automne dernier, émouvante par sa sincérité et délirante fantaisie. Les fous de presque tous les pays furent présents, par leurs oeuvres, à ce Salon et chaque nationalité a sa nuance très personnelle.
Les fous de la Yougoslavie s'expriment différemment des fous de la Suisse et de la Norvège, Suède et Danemark.
Il y a une nuance entre les fous américains et ceux de la prude Angleterre.
Ces derniers ont l'âme fraîche et peu tourmentée. Des images bibliques, des animaux, de la verdure et des prés. Deux dessin gouachés du même auteur, avant et après son opération sont les plus tourmentées, et très symboliques des deux états d'âmes.
Avant (N° 12 Nothern Hospital) montre une mer houleuse d'où émergent des rochers, au premier plan une main sort de l'eau, éloquente en un appel au secours, etc... un oeuil. L'angoisse et la peur sont exprimées dans cette aquarelle.
Après, représente la même mer... carlmée, ondulant sous un beau coucher de soleil.
Ce qui fait supposer la réussite de l'opération.
Ne quittons pas la section anglaise sans admirer le N° 6, vrai petit chef-d'oeuvre au fusain, lavis et plume ; un agloméré de formes humaines en format de colonne, tous d'une anatomie parfaite et d'une expression dantesque... par leurs contorsions exaspérées.
La Section américaine a des sujets divers, très variés, depuis le macabre drolatique le plus affarant jusqu'au majestueux et idéalement beau... exemple ce jeune homme de 17 ans Wilfred (N° 5 M.D.C. Hules) de New York, à la gouache traité de main de maître (auto-portrait) dont l'expression est d'une révolte justifiée, quand on s'en rapporte à la légende. Si c'est un débutant il a un talent peu commun, perdu pour le monde... raisonnable.
Le N° 28, de Washington, est un immense portrait de Napoléon, trois fois grandeur nature, au fusain pastellisé, bien équilibré, toute proportion gardées.
Et par contre le N° 33 atteint les sommets du burlesque tête ; à quoi pensait son auteur ? Un pendu, dodelinant au doigt d'une main gigantesque, laquelle sort d'un foyer de flamme, dans un ciel limpide, et oscille au dessus de rails, d'une voie de chemin de fer. Quelle obsession à bien pu causer cette fantaisie ?
Mais le plus humoristiques des dessins, dont le sens nous échappe à nous profanes et non psychiatres ; est celui ou une femme, dans un petit bateau, sur un fil de fer, magigue dans les airs, par dessus les toits. Ce fil de fer est attaché à une cheminée ! La dame a des rames et en joue avec enérgie. Evasion... Envol de l'imagination au delà des soucis journalier ?
Il y a bien les légendes sous ces images mais conçues en termes si scientifiques et abstraits pour nous simples mortels saints d'esprits que nous perdrions la tête à vouloir en approfondir le sens.
Les Indes sont en face, pas beaucoup de fous dans ce pays, un seul, qui a reproduit avec un leger trait d'aquarelle, douze fois la même femme, avec variations diverses, la mère, la soeur, la femme, la cousin ets...
Montons au premier étage, chez nos fous à nous.
C'est avec soulagement et une certaine fierté que nous constatons, en regardant leurs oeuvres, qu'ils dégagent moins d'inquiétudes, moins de désespoir que ceux des autres pays. Le seuil qui soit macabre est une barque traversant le Styx et arborant un feston de têtes de femmes, coupées et déployées sur une corde à laquelle sont accrochées, par les cheveux. Un chef-d'oeuvre d'humour noir ! Les autres sont plus carlmes, le trait dominant en est l'allégorie, souvent comique, dont les aquarelles de René Herault, minuscules, de la dimension d'une demi carte postale, en coloris naturels avec pour personnage principal une limace qui se promène au bord de la mer en guettant l'arrivée d'un petit bateau, lequel, au quatrième tableau se fait enfin harponner par une immense perche en bambou, sortie on ne sait d'où.
Les autres miniatures, huit en tout, représentent des paysages maritimes ; phare, moulins, petit figures bizarres, aeroplanes et autres élucubrations.
La religion joue aussi son rôle, les croyants sont nombreux, Sainte Anne est représentée sur trois tableaux, en vierge blanche (collection Graulle) immobile et calme sous la menace des trois têtes d'une hydre crachant des flammes et d'un affreux serpent ; des marguerites, un arbre et des rochers complètent le paysage les deux autres sont dans le même genre. Ensuite, des gantaisites champêtres, drôles, pas du tout tragiques, la Porte Saint Denis à la gouache est d'un effet extraordinaire et la foule est traitée magistralement en tant qu'artiste et observateur.
Mais le plus extraordinaire document de cette exposition est du domaine de la littérature.. un journal intitulé : "l'Inquisition psychiatrique" Journal libre des victimes de la Foi, de 1938, à l'asile de Villejuif.
Il y a aussi le bulletin d'abonnement comme tout journal qui se respecte. Le Rédacteur responsable et directeur politique en est Jean Benetti. Et le tout illustré de très spirituelles caricatures.
Section du Brésil. Le trait dominant en est la fantasmagorie illustrative, quelquefois ayant trait aux légendes populaires et d'autres fois aux histoires comiques ou tragiques comme cette tête grimaçante amalgamée avec une main et un revolver surimposés. L'humour figure sous la forme hebeté d'un zouave, avec un âne, tous deux perdus dans le desert et comiquement désemparés.
Section Yougoslave. Ici c'est le règne de la peur, la peur sous toutes ses formes, la peur exprimée dans chaque oeuvre ; un loup, affreux et hirsute, des gens fuyant sur les routes et quatres aquarelles ayant comme obsession un même sujet : Le Gardien.
"Gardien dans le brouillard", "Gardien dans la tempête", "Gardien dans le feu", "Gardien dans l'eau".
Il est facile de deviner les causes initiales de ces cauchemars, dont l'expression la plus saisissante est celle intitulée "Interrogatoire ou le Poing et la Loi". >Un malheureux, transi d'épouvante, est devant le bureau du juge, lequel est représenté sous la forme d'un énorme poing posé sur le meuble. Deux gardiens herculéens, aux airs patibuloires, sont de l'autre côté et l'encadrent.
C'est l'illustration des méthodes employées dans les pays à régime totalitaire, ou l'interrogatoire se mue automatiquement en "dictée".
La défense de l'accusée est ainsi complètement anihilée.
Ces méthodes datant du temps de l'inquisition tendent à disparaître de plus en plus, et espérons le, ne seront bientôt qu'un lointain souvenir pour tous les peuples vraiment démocratique.
L'angleterre, depuis longtemps, a abandonné ce système.
"L'Habeas Corpus" n'y est point lettre morte.
Il parait que pour laisser l'inculpé son libre arbitre complet il doit y avoir un verre d'eau a porté de sa main. Ainsi, aucune coercition, ni par la soif, ni par le sommeil, ou autre forme de pression, physique ou morale. L'erreur judiciaire est presque inexistante en Angleterre.
Nous n'avons pas ici suffisamment d'espace pour citer toutes les autres formes d'évasion des malheureux atteint par la maladie de l'esprit ; ces déments ont leurs leurs de génie et s'extériorisent aussi par d'autres moyens ; il y a des sculpteurs et de bons artisans, qui ont exposé de bizarres créations qu'il serait trop long de décrire ici. Espérons que parmis ces bons artistes il y en aura le plus possible de rendus, guéris, à leur milieu, à leurs familles.
L. S.





Paris-Montparnasse, février-Mars 1951, p. 4.

Illustration du billet : copyright Draco Semlich 2017.

lundi 4 septembre 2017

Pile septembre

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Les écoliers réintègrent leur classe, les parents leur bureau, les libraires leur caverne à piles, il est juste que les blogeurs rangent (un peu) leur chaise longue eux aussi.
Avant de faire donner la cavalerie de longs et poilus articles, il nous est venu à l'idée qu'un petit poème, une petite citation et l'annonce de deux ou trois bricoles à venir feraient pour cette journée chargée un bonheur suffisant. Voici déjà le poème, les annonces sont dessous.


"Kappa reureu kappa !"

Un jour où je m'amusais portée par le courant
je suis parvenue à l'endroit
où Samayunkur vient puiser son eau
Alors la jeune soeur de Samayunkur
un enfant belle comme une divinité
est arrivée tenant à la main un seau
tenant à la main un fagot de massettes

Sortant à peine la tête de l'eau
je lui ai demandé
"Avez-vous un père
Avez-vous une mère ?"
Surprise
la jeune fille a regardé de tous côtés
et quand elle m'a découvert
son visage s'est empourpré
sous l'effet de la colère

"Ah l'horrible tête plate
l'affreuse tête plate
se moque de moi"
(...)



"Chant de la loutre", in Tombent, tombent les gouttes d'argent. Chants du peuple aïnou. Ed. de Tsushima Yuko. Paris, Gallimard, 1996, coll. "L'Aube des peuples", p. 94.

La citation sera d'Ignazio SIlone : "Les fondateurs sont en général des aigles et leurs disciples bien souvent des poulets.".


Quant aux annonces, cela ira vite : outre des annonces d'éditions croustillantes de cette rentrée — pour la volaille de base, vous avez constaté que la ferme était d'ores et déjà tout en émoi et vous proposait ses oeufs calibrés (nunuche, nouille, postmoderne, avant-garde, branché, surbranché, etc.), il est donc inutile d'y revenir —, nous vous annonçons un article retrouvé intéressant la biographie méconnue de Jacques Yonnet, le rare compte-rendu d'une fameuse exposition d'art brut, des poèmes d'un Russe majeur, de l'utopie, de la SF, et des tas d'autres choses.



Illustration : loutre, dessin d'Hans Jenny.


vendredi 1 septembre 2017

Le poison de Jackson

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On parlait il y a un an du "Poison" de Charles Jackson, roman de 1944, réédité par Belfond.
Le roman éthylographique lui avait valu en 1947 lors de son apparition en France, cette chronique d'Aux écoutes :

Ce remarquable roman raconte l'histoire d'un "Week-end perdu" ("The lost week-end" est le titre original). Don Birnam, le héro, écrivain, est un alcoolique invétéré. Il est l'objet d'une analyse extrêmement fouillée, sans concession, mais qui a aucun moment ne s'égare dans les voies du naturalisme de "l'Assommoir". C'est un des livres les plus intéressants qu'on puisse lire en ce moment. Il nous change des éternels "best-sellers" que prodiguent aujourd'hui les éditeurs.

Avec les rééditions d'Hans Fallada (Denoel), la dipsomanie est à l'honneur. On se demande s'il faut y voir un air du temps...


Charles Jackson Le Poison. Traduit par Denise Nast. - Paris, Belfond, 2016, coll. "Vintage", 384 pages, 17 €



jeudi 31 août 2017

Congolie et Mercurie

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Les affaires reprennent, et les catalogues de libraire fleurissent.
Pour reprendre d'un bon pied, deux lots curieux issus d'un ensemble roboratif de la Librairie Chaptal : ici des souvenirs d'Afrique, là des documents intéressant l'histoire du Mercure de France et des rapports d'Alfred Vallette avec ses chroniqueurs.


10. Un témoignage sur le Congo des années 50 (avec un dossier sur le volume et la maquette originale de la couverture)
DAVISTER (Pierre), Ma Congolie en nœud papillon,
Luttre, Éditions des Artistes, 1954.
In-8, broché, 221 p.
Dessins et couverture de Serge Creuze. 1 des 40 exemplaires sur japon. Marges hors couverture salies.
On joint : la maquette de la couverture, des épreuves, un dossier préparatoire.
Pierre Davister, journaliste au Courrier d'Afrique, arrivé au Congo Belge en 1947, aborde dans cet ouvrage sa vie à Léopoldville (Brazzaville) à la fin des années 40 et dans les années 50. Ses récits nous montrent un Congo encore "insouciant" quelques années avant l'indépendance (1960) & l'avènement de Lumumba puis de Mobutu. L'auteur y livre une foule d'anecdotes sur le pays & ses modes de vie. Davister adopte un point de vue "colonialiste" & parle encore en 1954 de "nos indigènes" ou de "l'état d'esprit de nos noirs" (p. 88). Le "noeud papillon" du titre s'explique par une mode de la fin des années 40 au Congo : le port du noeud papillon. André Scohy dans sa préface, explique : "En rue huit noirs sur dix arboraient des noeuds papillons" ; "Une fabrique de mercerie en difficulté avait dû déverser ses stocks sur l'Afrique".
On joint un ensemble de documents autour de l'ouvrage comprenant :
- 1 belle maquette (peinte à la main) de la couverture définitive, par Serge Creuz.
- 1 calque préparatoire par Serge Creuz pour la couverture.
- 1 dossier préparatoire (44 feuillets divers). Ce dossier comprend des épreuves, un contrat d'édition, des lettres de l'imprimerie Dantinne (choix des papiers, composition, diverses étapes préparatoires) & divers documents sur le tirage. S'y trouvent également le texte du rabat avec correction, la biographie corrigée de Davister, les épreuves de la préface d'André Scohy avec des corrections.
- 2 jeux d'épreuves de la préface.
- Des essais pour la page de titre.
- 1 jeu d'épreuves des rabats & de la quatrième de couverture.
Fort bel ensemble autour de l'édition d'un ouvrage sur le Congo des années 50. 350 euros

Et puis...

38 lettres autographes d'Alfred Vallette à Philippe Nel
VALLETTE, (Alfred) 38 Lettres autographes signées,
Paris, 1900-1927, environ 95 pp. autographes.
Ces lettres sont adressées à Philippe Nel, qui tenait sous le pseudonyme de « Jean Norel » la rubrique "Questions militaires & maritimes" au Mercure de France.
Le Commandant Philippe Nel (1866-1942) traitait pour le Mercure des publications militaires, de la guerre, & des questions coloniales. Les lettres que lui adresse Alfred Vallette, directeur du Mercure de France, permettent d'approcher de près le mode de fonctionnement d'une rubrique de la fameuse revue qui publia – entre bien d'autres – Remy de Gourmont, Paul Léautaud, Alfred Jarry ou Guillaume Apollinaire.
Vallette traitent dans ces lettres d'une part de questions militaires et d'autre part de questions éditoriales. Les lettres des années 1905, 1906, assez nombreuses, permettent de voir s'installer Nel dans son rôle de chroniqueur. Vallette lui écrit ainsi le 23 mars 1906 : "Il faut autant que possible parler des ouvrages qui nous sont envoyés pour la Bibliographie. Mais nous ne sommes pas tenus d'être tendres pour les auteurs, quels qu'ils soient. Si vous jugez un livre franchement mauvais ou incompétent, ou imbécile pourquoi ne pas le dire ? Ma préoccupation croissante a été de sauvegarder l'indépendance du Mercure. Profitons-en". Ou encore, le 5 novembre 1905 : « Les rédacteurs du Mercure sont absolument libres de leurs opinions » ; « Je tiens beaucoup à ce principe. Je ne sais ce qu'on en fera plus tard, mais on l'observera tant que je dirigerai la maison ».
Vallette commente par ailleurs à de nombreuses reprises des questions militaires. Il évoque par exemple avec Nel le général Mangin, qu'il juge : « homme réfléchi, avisé, conscient des nécessités de la guerre, mais prudent, doux à ses troupes. Qui nous débarrassera des politiciens ! » ; ou encore « Avez-vous remarqué la campagne des députés de Paris à propos de "Bertha" Flaubert lui-même n'a pas soupçonné de tels abîmes de bêtises . Ce n'est que ça ; que ça ! » (23 juillet 1918). La censure pointe parfois son nez : le 7 juin 1918 Vallette évoque le « compte rendu des volumes sur la guerre » par Nel, et lui signale que l'une de ses chroniques fut "échoppée par la censure".
Les échanges entre les deux hommes sont par ailleurs cordiaux & Vallette n'hésite pas à solliciter l'aide de Nel : "Je m'associe tout à fait à Léautaud pour la demande qu'il vous adresse au sujet de notre commis Paulo ; et je vous recommande très particulièrement ce jeune homme" (19 novembre 1924).
Ces lettres permettent enfin d'entrevoir le fonctionnement « technique » de la revue. En mars 1927, Vallette explique à Nel les problématiques causées par la hausse du prix du papier. Le journal réduit sa taille et la périodicité des rubriques en conséquence… Vallette évoque également à de nombreuses reprises la question du règlement des chroniques ; l'envoi de lettres ; d'épreuves ; de corrections ; le retour des articles trop longs ; ou encore des questions de composition et d'imprimerie.
Important témoignage sur le fonctionnement "interne" du Mercure de France. 1400 euros




Cabinet Chaptal
1 rue de Fleurus
75006 Paris
Du mardi au samedi, 14h-18h.
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tél. 0664270559

mercredi 30 août 2017

Petite bibliographie lacunaire de la collection L'Arc-en-ciel

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Léon Lafage La Felouque bleue. Illustrations de G. Dardaillon. - Paris, Spes, 1928, 236 p. Coll. L'Arc-en-ciel (n° 1).

Marion Gilbert J'irai revoir ma Normandie. Illustrations de Maurice Tellier. - Paris, Spes, 1928, Coll. L'Arc-en-ciel (n° 2).

Marguerite d’Escola Les plumes d'oie. Illustrations de G. Dardaillon. - Paris, Spes, 1928, 272 p., Coll. L'Arc-en-ciel (n° 3).

Charles Le Goffic Contes de l'Armor et de l'Argoat. Illustrations de F. Jubier. - Paris, Spes, 1928, 270 p. Coll. L'Arc-en-ciel (n° 4).

Jean Nesmy À l'ombre des châtaigniers. Illustrations de Eugène Delécluse. - Paris, Éditions Spes, 1929, 248 p. Coll. L'Arc-en-ciel (n° 5).

Édouard Michaud La femme à la coupe. Illustrations de Pierre Lissac. - Paris, Spes, 1929, 255 p. Coll. L'Arc-en-ciel (n° 6).

Isabelle Sandy La simple vie des hommes. Illustrations de E. Delécluse. - Paris, Éditions Spes, 1929, 245 p. Coll. L'Arc-en-ciel (n° 7).

Marguerite Comert Couleur du temps passé. Illustrations de G. Dardaillon. - Paris, 'Spes, 1930, 222 p. Coll. L'Arc-en-ciel (n° 8).

Jean Gaument et Camille Cé Marrons sculptés. Illustrations de J.-Ch. Contel et Mme Mouton-Tellier. - Paris, Spes, 1930, 240 p. Coll. L'Arc-en-ciel (n° 9).

Isabelle Sandy Kaali, déesse de l'amour et de la mort, roman. Illustrations de Georges Mailliez. - Paris, Éditions "Spes", 1930, 231 p., Coll. L'Arc-en-ciel (n° 10).

Lucien Descaves Regarde autour de toi. Illustrations de Eugène Delécluse. - Paris, Spes, 1930, 259 p. Coll. L'Arc-en-ciel (n° 11).

Jacques Des Gachons Le sourire et l'aventure. Illustrations de Jean Routier. - Paris, Spes, 1930, 234 p. Coll. L'Arc-en-ciel (n° 12).

Geneviève Duhamelet La Dépossédée. Illustrations de Robert Saldo. - Paris, Spes, 1931, 246 p. Coll. L'Arc-en-ciel (n° 13).

Gaston Guillot La Nuit casquée. Illustrations de J.-J. Roussau. - Paris, Spes, 1931, 227 p. Coll. L'Arc-en-ciel (n° 14).


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mardi 29 août 2017

Cossery en examen

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On vous l'avait promis, voici quelque détail sur l'essai qu'a consacré à Albert Cossery Rodolphe Christin.
Nous vous avions indiqué durant l'été qu'un aperçu des intitulés des chapitres devrait permettre de faire le tour du sujet. Nous y allons donc en constatant l'efficacité du : Désœuvrement (introduction hypermoderne), A la paix éternelle, Le désert des ambitions, La sobriété joyeuse, l'humour de la vie, Inverser les valeurs, Vie et mort des révolutions, Le cachot de la vie domestique, Vivre hors fonction, L'oisiveté, rétive et créatrice, Éloge de la soustraction.
Cette énumération, qui dit bien ce que proposait Cossery dans ses huit livres, ne fait pas part des interrogations que sa position philosophique peut susciter. Il s'agit de la part de Rodolphe Christin d'un exercice, bien légitime, d'admiration qui n'empêche pas désormais la fouille plus profonde, ou plus problématique de cette œuvre magnifique. Elle n'y perdra rien tant son magnétisme semble croître toujours plus.
Huit livres, ça n'est pas la mer à boire. Et celle d'Albert Cossery, d'eau fraîche et épurée, vaut qu'on s'y plonge une fois dans sa vie.
Contre tout pronostic, il est bien probable que l’œuvre de ce rétif à tendance zen porte beaucoup plus loin que celle des grands français du siècle dernier. Tandis qu'on ne lira sans doute plus tel Nobel controuvé, les fainéants de l’Égyptien du Quartier Latin feront toujours couiner les presses. Et si les ouvriers roulent leurs pages pour les imprimer, effort nécessaire, ce sera contre leur volonté, bien entendu.



Rodolphe Christin Le Désert des ambitions : Avec Albert Cossery. - Paris, L’Échappée, 143 p., 14 €

lundi 28 août 2017

L'amie du livre

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Jean Fayard Mes Maîtresses. Illustrations de Jean Lébédeff - Arthème Fayard et Cie, 1931, coll. "Le Livre de demain" (n° 105).



dimanche 27 août 2017

Vélimir Khlebnikov, roi de la rentrée

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Le roi de la rentrée, c'est forcément Vélimir Khlebnikov (1885-1922), le grand poète russe qui ne passait pas les portes.
Pour se préparer à l'accueillir, ce billet en forme d'avertissement : il arrive et il va vous étourdir.
Reconnaissez que l'année 2017 nous gâte : sur notre île nous aurons désormais le loisir de lire Nicanor Parra et Velimir Khelbnikov... Quoi ? On ne vous a pas encore parlé de Nicanor Parra ? Foi de Préfet maritime, nous allons corriger ça.




Vélimir Khlebnikov Œuvres, 1919-1922. Traduit du russe par Yvan Mignot. — Verdier, coll. "Slovo", 1150 pages, 47 € En librairie le 7 septembre.



samedi 26 août 2017

Moustique

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Un moustique dans la ville d'Erlom Akhvlediani, on vous avait dit qu'il faudrait y revenir. Les écrits qui nous parviennent de Géorgie ne sont pas s'y nombreux que l'on puisse se permettre d'en négliger un quand il nous arrive. Certains connaissent le fameux Chevalier à la peau de tigre de Chota Roustaveli (accessible pour une queue de cerise), mais qui donc a lu Alexander Kazbegi, Vaja Pchavela, Titsian Tabidze, Paolo Iachvili, Galaktion Tabidze, Mikheil Javakhichvili, Constantin Gamsakhourdia, Nodar Dumbadze, Davit Turashvili ou Aka Morchiladze ?
Un prochain Marché de Francfort ayant lancé invitation à la Géorgie pour l'année prochaine (si l'on ne se trompe), la production va être nombreuses bientôt, mais pour l'heure, il faut picorer.
Un moustique dans la ville est une entrée en matière qui risque d'être perçue comme un exercice un peu abrupt. Non que ce soit une une mauvaise introduction à la littérature géorgienne - le texte est de qualité, même si la traduction paraît parfois un peu verte - , mais il s'adresse aux lecteurs qui aiment les textes qui piquent les yeux. Du lecteur aguerri, c'est ce qu'Erlom Akhvlediani réclame. Et l'homme paraissait sans concession, profitant d'une familiarité rapidement tissée avec le lecteur pour glisser allègrement de la confession à la fable, en passant par le conte, le récit, la romance et autre chose que l'on peine à définir... Mais n'est-ce pas ce que l'on préfère ?
Oeuvre dépeignée d'un scénariste et écrivain disparu récemment (1933-2012), ce livre raconte la quête d'un culicidé désorienté après la disparition de tous les siens lors de l'assèchement d'un marais. N'omettons pas qu'il a les yeux bleus, ce moustique. Convaincu que son destin est tragique, il cherche la main qui l'abattra, celle de son assassin. Malheureusement, celui-ci est non violent et va refuser d'écraser l'animal, lequel nous offrira l'occasion de croiser quelques voisins de ce dernier, jeune fille et son frère étudiant, voisine, copains de souleries, etc. dans un désordre et dans un redondant typique des littératures traditionnelles, ici transcendées dans une modernité plus remuante que la littérature issue des "humanités numériques", foi de Préfet maritime.
Durant sa quête suicidaire, apparaît un monde de petite bête, d'étrangetés humaines et de soûlographies narcotiques qui se déroulent (impunément) dans un désordre apparemment typique d'une société où l'amour compte encore des fidèles. Comme on le précisait il y a quelques semaines, ce roman ose déroger à la bienséance linéaire et au confort du lecteur. Nul tentative de se conformer aux formats du feuilleton télévisé, non plus qu'aux canons de la cinématographie contemporaine. Les images jaillissent cependant, violemment parfois et conduisent à se demander si l'on ne regarderait pas à nouveau les films de Paradjanov...
Depuis notre île où les moustiques ont été domestiqués (ils ne piquent plus que les inconnus), recommandons ce livre singulier à tous les lecteurs qui savent absorber en se délectant les ouvrages à préfaces de Macedonio Fernandez, les opera mundi de Gadda, les folies de Biély ou les obsessions de Roberto Arlt.
C'est dit.




Erlom Akhvlediani Un moustique dans la ville. Traduit du géorgien par Isabelle Ribadeau Dumas et Rusudan Turnava. - Le Serpent à plumes, parution le 7 septembre 2017, 174 pages, 17 €




(1) Chota Roustaveli, Le chevalier à la peau de tigre, traduit du géorgien avec une introduction et des notes par Serge Tsouladzé. - Paris, Gallimard, 1989, 272 p., 5,60 €

vendredi 25 août 2017

Sigurd Wendland expose


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Sigurd Wendland expose à Zürich, à l'Aquarium-Galerie (Max Frisch Kunst Bad, Letzigraben, Edelweisstrasse 5) jusqu'au 17 septembre. En prime, des oeuvres de Gabriel Magos.



jeudi 24 août 2017

Saison d'été (poèmes)

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Saison d'été

Chamonix (Le Mont-Blanc)
Mamelle au nom de gâteau,
qu'un ciel libertin vous suce :
sous les alpinistes-puces
votre lait gèle aussitôt.

Besançon (vieille ville espagnole)
Parce qu'il a des lectures,
le commis d'épicerie
a fleuri d'Estramadure
sa fenêtre à jalousies.

Normandie (chaumières)
Bien que les oiseaux s'en aillent,
l'été va durer toujours :
Ermenonville et Cabourg
gardent leurs chapeaux de paille.

Naples (... et Mourir)
Oh ! je sais pourquoi la petite poitrinaire
du quatrième s'est éteinte ce matin :
elle avait, à ce qu'il parait, la nuit dernière,
frôlé du songe le pays Napolitain.

Toulon (Matelots)__
Un boulet du cuirassé,
en manquant l'aérostat,
jonche le quai de Cronstadt
des éclats du ciel cassé.

Venise (Barcarolle)
Si l'eau qui dort pouvait parler,
elle raconterait l'histoire
de l'agent, place des Victoires,
qui rêve d'être gondolier.

Marine
Un bateau, sur l'eau, qui part ;
une église, en haut, qui veille ;
dans la rue aux lupanars.
un marin triste (Marseille).

Sirènes
Ariane, petite sœur, ne mourez pas :
il peut venir, encore, et j'aurais trop de peine ;
déjà, ressuscitant le temps qu'il vous quitta,
les steamers sur la mer font chanter leurs sirènes.

Feuilles
Amour éternel (Mars, Avril
- sortent nu-tête les verdures -
Septembre, Octobre...) puisse-t-il
durer ce que les feuilles durent.

Jacques Bonjean



Les Nouvelles littéraires, samedi 30 août 1924.



Illustration du billet : ill. de Constant le Breton pour Consolata, d'Henry Daguerches, 1928.

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