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mardi 22 juillet 2014

Berlin pendant le coup d'état (1920)

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Tandis que l'on réédite Seul dans Berlin d'Hans Fallada (1893-1947), gros œuvre magistral de l'Allemand qui ne survécut pas longtemps à la guerre (1), il n'est pas inutile de lire un article publié en France en 1920 dans Floréal.
On y trouvera la confirmation que l'on savait beaucoup de choses, longtemps avant l'accession au pouvoir de certain caporal à moustache, notamment en ce qui concerne certaine idéologie "baltique". 1920... C'est la preuve réitérée qu'il faut lire et relire le Viol des foules par la propagande politique de Serge Tchakhotine.




BERLIN PENDANT LE COUP D'ÉTAT

récits de témoins

Les kappistes font de la musique
Le 13 mars, au petit jour, les ouvriers de Berlin se rendant à leur travail virent défiler des troupes et encore des troupes. C'étaient les soldats du Baltikum qui prenaient possession de la capitale.
Après avoir pendant quelques heures, sans rencontrer de résistance, fait résonner leurs bottes sur le pavé des rues, les soldats de Kapp s'installèrent sur les places publiques et organisèrent des concerts.
Jamais, même lors des plus grandes victoires, les Berlinois n'avaient entendu tant de musique militaire. « Prenons la population berlinoise par le sentiment », avaient dit les chefs.
Et les orchestres militaires se mirent à l'œuvre. Ils exécutèrent le répertoire traditionnel qui avait fait jadis la joie du public de la capitale : valses langoureuses, et marches militaires avec le refrain obligatoire du « Deutschland ûber alles ».
Mais, chose étrange, la foule reléguée derrière les fils de fer barbelés restait indifférente et silencieuse. Pas un applaudissement, pas un bravo.
Décidément, les troupes du Baltikum avaient raté leur entrée. Ni les cuivres, ni les tambours, ni même le décor multicolore des drapeaux et des uniformes n'avaient produit leur effet. Les officiers et soldats paradant dans les rues de Berlin, produisaient l'impression de revenants. Déchus de leur ancienne grandeur, ils ne semblaient plus que se singer eux-mêmes.
C'était le militarisme faisant sa propre caricature. Le charme était rompu. Pour la première fois de leur vie, les bourgeois eux-mêmes semblaient être frappés par le côté grotesque du militarisme prussien.
Et ce fut la grève générale. Partout le vide et le silence. Berlin parut bientôt endormi. La nuit, les soldats de Kapp patrouillaient dans des rues que n'éclairait aucune lumière.
Devant eux la grande masse anonyme et muette des habitants de Berlin défiait toute violence et triomphait par son inertie même.

La grève générale et les ménagères de la bourgeoisie
On s'imagine bien qu'une grève aussi formidable que celle qui paralysa toute l'Allemagne, lors du coup Kapp-Luttwitz, troubla profondément les habitudes. Voici pour en donner une idée, un extrait d'une lettre écrite par une ménagère de Berlin : « La semaine qui vient de s'écouler a été pour nous des plus pénibles et des plus angoissantes, et nous envisageons les jours qui vont suivre avec, si possible, encore plus d'angoisse.
« A chaque moment, on nous coupe l'eau. Nous avons été obligés de remplir la baignoire et tous les récipients que nous avons à notre disposition. Ce qui nous cause aussi beaucoup d'embarras, c'est que le gaz manque complètement. Dans ces conditions, il nous est presque impossible de faire la cuisine. Tous les jours, à midi, je donne à Marie 5 briquettes, avec lesquelles elle allume le fourneau de la cuisine et prépare les repas pour 24 heures. Soir et matin, nous réchauffons les mets avec un petit feu de journaux.
« Il est aussi très difficile de se procurer des vivres. Marie a dû aller lundi 5 fois chez le boulanger avant de pouvoir obtenir une livre de pain. J'avais invité à dîner hier soir le cousin Hans et sa jeune épouse, et j'aurais tant désiré leur offrir une bouteille de vin, mais impossible de s'en procurer. Après bien des recherches, Marie rapporta une petite canette de bière.
« Ce qui me console un peu pour les jours prochains, c'est que j'ai pu me procurer à l'avance une certaine quantité de légumes secs, de farine et de riz. Aussi n'ai-je pas à craindre que moi et Marie ne mourions de faim, ces jours-ci, à moins toutefois qu'on ne nous vole nos provisions, car on raconte qu'il y a déjà eu des pillages. »
La lettre dont nous venons de donner un extrait caractérise bien l'attitude que prend la bourgeoisie dans les événements actuels. Si les militaires et les ouvriers agissent, les bourgeois, eux, subissent les événements. Leur sort se décide sans qu'ils y soient pour grand'chose. Un beau matin en se réveillant, ils s'aperçoivent qu'il y a quelque chose de changé. Le facteur n'arrive pas, on attend en vain la laitière et le garçon boulanger. Que s'est-il donc passé ? Est-ce la révolution ou la contre-révolution ?

La philosophie des troupes du Baltikum
Les troupes du Baltikum ne faisaient pas seulement de la musique, elles se livraient aussi à la philosophie.
Comment cette philosophie se manifestait-elle ? Sur le casque des officiers et des soldats brillait un signe mystique, dénommé « Swastika » et qui se présentait ainsi : (svatika).
Le correspondant d'un journal anglais eut la curiosité d'en demander la signification à un officier. Voici la réponse qu'il reçut : « Le Swastika est l'emblème de la race aryenne. Nous sommes des Germains blonds et de sang pur. C'est pourquoi nous sommes possédés avant tout par la haine des Juifs et les poursuivrons partout où nous les rencontrerons. Notre but ne sera atteint que lorsque nous les aurons ramassés de partout et enfermés, tout autant qu'ils sont, dans des camps de concentration ! »
Mais pourquoi ces blonds Aryens avaient-ils justement choisi ce signe-là, et qu'avait de spécifiquement germain cet entrelacement de crochets ? Les ethnographes ne paraissent pas être d'accord sur l'interprétation à donner à l'emblème. Un éminent savant suédois, M. Montélius, y voit le signe du soleil, du dieu bienfaisant qu'appelaient nos ancêtres, lorsque la nuit sombre les entourait de ses dangers. Il ne fallait rien moins que l'esprit des junkers, pour faire du signe de lumière, le symbole de la haine et du préjugé de race.
Mais il y a un côté amusant à l'affaire : c'est que ces soi-disant Germains purs avaient à leur tête un métèque. En effet, la mère de Kapp était. juive ! N'est pas pur Germain qui veut.

Les chansons révolutionnaires de la Ruhr
Tandis qu'à Berlin on jouait l'ancien répertoire des pièces patriotiques, dans la Ruhr résonnaient des chants révolutionnaires. On y chantait, cela va sans dire, L'Internationale. Mais à côté de ce chant consacré, les ouvriers en chantaient d'autres, nés spontanément des circonstances.
Voici les premiers vers et le refrain d'un des chants, qui semble être l'hymne révolutionnaire de la Ruhr :
A Charles Liebknecht nous l'avons juré,
A Rosa la Rouge la main nous tendons.
(...)
A la lutte, camarades,
Nous sommes nés pour la lutte.
Ces paroles se chantent sur une mélodie sentimentale et entraînante à la fois, semblable à celle des chants russes qui rappellent souvent des chants d'église. Elles prouvent une fois de plus combien les héros de la révolution de janvier 1919 sont restés vivants dans la mémoire des ouvriers.
La révolution allemande a ses martyrs. Ce sont les Karl Liebknecht, les Rosa Luxembourg, c'est Kurst Eisner, c'est Landauer et tous ses compagnons. Les événements qui viennent de se passer dans la Ruhr en ont augmenté le nombre. Ainsi se crée peu à peu en Allemagne une tradition révolutionnaire.

Alex Guillain.


Floréal, mai 1920, pp. 337-338

(1) Hans Fallada Seul dans Berlin, traduit intégralement par Laurence Courtois (Denoël, 731 p., 26,90€).


lundi 21 juillet 2014

L'Or aux 13 îles #3

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Toujours attendue, la livraison d'un numéro de la revue L'Or aux 13 îles, consacré par son créateur Jean-Christophe Belotti à l'art protosurréalisticonaïvobrut, et régions circonvoisines, s'annonce dans la joie.
Axé autour d'un "bel ensemble d’œuvres d'Alan Glass, méconnu hors du Mexique où il réside, et du Canada où il a vu le jour", ce troisième volume fait les présentations : Alan Glass a travaillé avec Leonora Carrington à Mexico, avec Alejandro Jodorowsky, dessina beaucoup, fut exposé à Paris par Breton et Péret, composa également des boîtes.

Au sommaire, beaucoup d'images et des textes d'Alain Joubert, Leonora Carrignton, Jean-Christophe Belotti, Mauro Placi, François Sarhan, Jan Svankmajer, Remedios Varo, Alejandri Pizarnik, Bruno Montpied, Joël Gayraud, Alexandre Pierrpont, Bertrand Schmitt Anne-Marie Beeckman... En prime, un cd de Bonadventure Pencroff, groupe franco-américain qui a revêtu le nom d'un personnage de Jules Verne...


L'Or des 13 îles (n° 3)
26,5€ avec le port
7, rue de la Jouzelle
77250 Veneux-les-Sablons
jc.belottiATlaposte.net


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dimanche 20 juillet 2014

Deux Grim et des aphorismes...

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Dans un récent billet consacrés à quelques recueils d'aphorismes, nous avons évoqué ceux d'Olivier Hervy qui a fait paraître Formulaire au début de l'année, un recueil dont nous ignorions l'existence... Lacune enfin comblée. Quelques échantillons pour vous.



"Deux Grim !" lance le serveur au barman pour honorer une commande de Grimbergen. On se croirait dans une librairie.

La barque tire tout son charme de ne pas être adaptée à la vie moderne. Et moi ?

Il suffit de suivre les flèches peintes sur les tombes pour trouver celle de Morrison. Même morts, les chanteurs de rock dérangent leurs voisins.

Le malade est mort mais on a pu sauver le virus.

Aujourd'hui les gens courent quand ils ont le temps.



Olivier Hervy Formulaire. — Nérac, Pierre Mainard, 2014, 72 pages, 11 €

samedi 19 juillet 2014

Maxime Lisbonne, dernières marges

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Les frites révolutionnaires ! Il fallait être Maxime Lisbonne pour imaginer une entreprise pareille après la Commune...
Mais la vie de cet oiseau très entrepreneur de spectacles n'est pas celle du clampin moyen. Lisez plutôt : né le 24 mars 1839 à Paris, ce touche-à-tout volubile fut d’abord agent d’assurance, marié, un enfant. Il est ensuite comédien, état où le trouva la Commune, pour laquelle il fait des étincelles :

Maxime Lisbonne est incorporé à la Garde nationale. Il est très vite élu capitaine du 24e bataillon. Avec son unité, il se signale à Fontenay, à Arcueil, à Buzenval, au fort de Montrouge et à Bagneux. Son colonel, qui a remarqué sa belle conduite au combat, veut le faire décorer. Lisbonne refuse. Il réclame des récompenses uniquement pour les citoyens blessés à ses côtés. Ici se situe sa noble profession de foi : « Le Républicain dévoué, convaincu, ne doit voir dans le sacrifice de sa vie qu’un devoir qu’il accomplit, et non pas une voie ouverte à son ambition. » (...)

Las, on sait comment les choses s'achèvent : procès puis séjour au bagne... Mais Lisbonne n'a pas les deux pieds accrochés au même boulet. Dès son retour de relégation, il lance des journaux, vit au crochets d'une patronne de cabaret et fonde même le "Cabaret du bagne", qui lui vaut d'être qualifié de "traite" par ses anciens amis. C'est peut-être de mauvais goût, mais c'est porteur et Lisbonne est le vrai entertainer qui n'a pas froid aux yeux.
Bientôt, il fonde Les frites révolutionnaires, un restaurant-cabaret dont il fait la promotion dans les rues de Paris avec une carriole déguisée en panier à salade... Mais le plus beau, c'est sans doute l'idée qu'à cet hyperactif grâce aux attentats anarchistes : en 1892 il lance une compagnie d’assurance contre les explosions de dynamite !
Après la biographie du Lascar de Monmartre, Dittmar poursuit son panorama de la Commune de Paris avec l'une de ses plus fantasques figure : Maxime Lisbonne, l'homme sans bordure.

NB Notez qu'à 12 euros ce livre est offert ! Profitez-en pour l'offrir autour de vous.


Marcel Cerf Maxime Lisbonne, le d'Artagnan de la Commune de Paris. — Paris, Dittmar, 280 pages, 115/180 mm, 12 € franco (2-916294-44-9) Naturellement, Daeninckx a fait un roman de cette vie trépidante.


Illustration : Maxime Lisbonne dans les archives de la police.

mercredi 16 juillet 2014

Nichons

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« Imprimer internet avant que ça ne s’arrête », c’est le programme général de Nichons-Nous sur l’internet, une revue qui mise sur le papier pour aborder la question de la technologie électronique et du réseau, bref, pour mettre en valeur l’interaction homme/machine et l'histoire du net rapportée à l'histoire de chacun. C'est anthropologique où l'on n'y comprend plus rien. Très graphique aussi.
Le jeu typographique de couverture nous a mis sous le nez ce « Nichons » que nous ne saurions voir sans imaginer qu’il cache — forcément — un produit religieux. Et nous ne nous étions pas trompé : la révérence et l’évidence avec laquelle le réseau majeur est traité prouve qu’il s’agit certainement d’une divinité, servie par seize prêtres et leur seize acolytes responsables des fumigations graphiques en seize messes destinées aux mânes électroniques.
Cela peut faire réfléchir car avec Nichons-nous dans l’internet — comme dans les jupes de Dieu — on se trouve pourtant face à un projet malin qui consisterait à réintroduire dans la sphère du papier ce qui va disparaître de la sphère du ouèbe — béni soit son nom. C’est malin et autoprotecteur, mais est-ce à dire que les générations qui pensent avoir touché le graal avec la trinité www déchantent déjà ?
Les espoirs en un grand savoir partagé sont réduits en poussière, les marchands ont envahi le temple tandis que les trompettes de Jéricho entonnent un tube à deux balles. Ah ?
Dès la première livraison de Nichons-nous dans l’internet, il reste une tenace impression tenace d'angoisse du vide et de... nostalgie.

A déguster au bord de l'eau, pour se souvenir des démodulateurs et des kits de connexion.



Nichons-nous dans l’internet
Matière primaire SAS, 140, rue du Temple, 75003 Paris
n° 1, 2014, 12 €
12 €

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