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mercredi 27 août 2014

Bientôt sur l'Alamblog !

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Une lecture pour l'été : Louise Michel, Les Claque-Dents (Paris, Dentu, circa 1890) :

C'était bien la République Sociale du monde, du genre humain : la terre respirait comme lavée par l'orage, un échelon était monté dans l'humanité. IL n'y avait plus qu'à enfouir le cadavre du vieux monde en donnant le jour au monde nouveau."




Louise Michel Trois romans. Les Microbes humains - Le Monde nouveau - Le Claque-dents, présentés et annotés par Claude Rétat et Stéphane Zékian. - Lyon, Presses universitaires de Lyon, 636 pages, 26 €


dimanche 24 août 2014

Eloge du maquereau (René-Louis Doyon reparaît !)

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A l'occasion de la réédition le 2 octobre prochain du fameux Eloge du Maquereau de René-Louis Doyon (1885-1966) à l'enseigne des éditions Serge Safran, voici quelques définitions gracieusement offertes par l'Alamblog.
Serviteur.


La Curne de Sainte Palaye
1. Maquereau, Maquerel, Maqueriau. [Poisson : " Tout le maquerel et tout le harenc qui vient à Paris doit estre vendus à conte. " (Liv. des Mét. 270.) - " Et quand il (Jean sans Terre) vint loing en meir, si le (Arthur) rua enz aus maqueriaus pour avoir sa terre. " (Mén. de Reims, § 245.)
« ... Quant des poys demande,
On me fait feves ou pourreaulx ;
Se harens vueil, j'ay maqueraux. » (Desch. f. 493.)
" Maquereau bastard, " espèce de poisson marin ; en latin trachurus. (Cotgr.)

Furetière
MAQUEREAU. subst. masc. Poisson de mer qu'on pesche aux mois d'Avril & de May. Il est long & menu, tacheté de bleu & de noir. On en mange de frais & de Salé. L'eau dans laquelle on fait cuire les maquereaux est fort lumineuse quand elle est remuée. En Latin scomber. Ce mot vient à maculis, parce qu'il est fort tacheté. Quelques-Autheurs modernes l'ont appellé maquerellus.

Académie française (XVIIIe)
MAQUEREAU. s. m. Poisson de mer sans écailles, marqueté sur le dos, & qu'on pêche au printemps. Maquereau frais. Maquereau salé.
On appelle Maquereau, Certaines taches qui viennent aux jambes, quand on s'est chauffé de trop près.

Littré
1. MAQUEREAU (ma-ke-rô), s. m.
1° Poisson de mer à plusieurs fausses nageoires sur la queue et tacheté de diverses couleurs (scomber vulgaris, scomber scombrus, L.), dit aussi auriol, aurion sur les côtes de la Méditerranée ; il arrive en grandes troupes annuellement des contrées du nord. Le nom de groseilles à maquereau vient de l'usage d'employer ces fruits comme condiment de ce poisson.
Maquereau chevillé, maquereau qui cesse d'être plein après avoir déposé ses oeufs, et dont la chair a perdu une grande partie de ses qualités.
Maquereau bâtard, le saurel, poisson huileux des côtes de Normandie et de Picardie (caranx trachurus).
2° Taches qui viennent aux jambes quand on s'est chauffé de trop près (éphélides ignéales).
HISTORIQUE :
XIIIe s. Tout le maquerel et tout le harenc qui vient à Paris doit estre vendus à conte, Liv. des mét. 270.
XIVe s. Aiez un maquerel frais et decoupez par tronçons, Ménagier, II, 5. Se harens vueil je veux, j'ai maquereaux, EUST. DESCH. Miroir de mariage, p. 12.
XVIe s. Tes egnes aines et tes gigoteaux Sont marquetez de maquereaux, BAÏF, Passetemps, III, à Claudine.
ÉTYMOLOGIE : Pic. macrieu ; bourg. maiquereà, le maquereau, macria, la groseille à maquereau. On trouve le flamand makreel, le danois makrel, l'anglais mackrell ; mais les germanistes disent que ces mots viennent du français. On donne la même origine au kimry macrell. On regarde maquereau comme formé du latin macula, tache, à cause des taches que présente ce poisson ; et alors maquereau serait pour maclereau. On trouve dans le champenois le mot maquet, maquereau, et Scheler s'en autorise pour rattacher maquereau à maca, radical hypothétique du latin macula, radical qu'il trouve dans macquer. En définitive, l'origine du mot maquereau reste douteuse.

Dictionnaire de la langue verte d'Alfred DELVAU, 1883
MAQUEREAU. s.m. Souteneur de filles, ou plutôt Soutenu de filles.
Il est regrettable que M. Francisque Michel n'ait pas cru devoir éclairer de ses lumières philologiques les ténèbres opaques de ce mot, aussi intéressant que tant d'autres auxquels il a consacré des pages entières de commentaires. Pour un homme de son érudition, l'étymologie eût été facile à trouver sans doute, et les ignorants comme moi n'en seraient pas réduits à la conjecturer.
Il y a longtemps qu'on emploie cette expression ; les documents littéraires dans lesquels on la rencontre sont nombreux et anciens déjà ; mais quel auteur, prosateur ou poète, l'a employée le premier et pourquoi l'a-t-il employée ? Est-ce une corruption du moechus d'Horace (homme qui vit avec les courtisanes, moecha, fille) ? Est-ce le grec, conservé en français avec sa prononciation originelle et son sens natif (grand, fort) par quelque helléniste en bonne humeur ? Est-ce une contraction anagrammatisée ou une métathèse du vieux français marcou (matou, mâle) ? Est-ce enfin purement et simplement une allusion aux habitudes qu'ont eues de tout temps les souteneurs de filles de se réunir par bandes dans des cabarets ad hoc, par exemple les tapis-francs de la Cité et d'ailleurs, comme les maquereaux par troupes, par bancs, dans les mers du Nord ? Je l'ignore, - et c'est précisément pour cela que je voudrais le savoir ; aussi attendrai-je avec impatience et ouvrirai-je avec curiosité la prochaine édition des Études de philologie de M. Francisque Michel. Au XVIIIe siècle, on disait Croc de billard, et tout simplement Croc, - par aphérèse.
MAQUEREAUTAGE. s.m. Exploitation de la femme qui exploite elle-même les hommes ; maquignonnage. On prononce Macrotage.
MAQUEREAUTER. v.a. et n. Vivre aux dépens des femmes qui ne vivent elles-mêmes qu'aux dépens des hommes. On prononce Macroter.
MAQUEREAUTER UNE AFFAIRE. Intriguer pour la faire réussir.
MAQUEREAUTIN. s.m. Apprenti débauché, jeune maquereau. On prononce Macrotin.

L'Argot fin de siècle de Charles VIRMAÎTRE, 1894
MAQUEREAU. Les uns croient que ce mot vient de l'hébreu machar, qui signifie vendre, parce que c'est le métier de ces sortes de gens de vendre les faveurs des filles.
D'autres font dériver cette expression d'aquarius ou d'aquariolas, parce que chez les Romains les porteurs d'eau étaient les intermédiaires de la prostitution, d'où nous avons fait, en ajoutant la lettre M. Maquariolus, et que de là s'est formé le nom de maquereau.
D'autres encore affirment que ce mot vient du latin macalarellus, parce que dans les anciennes comédies, à Rome, les proxénètes de la débauche portaient des habits bizarres, et ils étayent leur opinion sur ce que ce nom n'a été donné à l'un de nos poissons de mer que parce qu'il est mélangé de plusieurs couleurs dans le dos (Dessessart, Dictionnaire de police, Bulenger opuscul.) Quoi qu'il en soit, la signification du mot maquereau est de vivre aux dépens de quelqu'un, mais l'expression s'applique plus généralement à ceux qui vivent de la prostitution des femmes.
Souteneur, qui vit des filles publiques, ou mari qui laisse sa femme se prostituer, lequel est un maquereau légitime.




René-Louis Doyon Éloge du maquereau. Édition présentée et annotée par le Préfet maritime. - Paris, Serge Safran éditeur, 160 pages, 8,50 €

samedi 23 août 2014

La cabane à humains (1920)

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Sur la zone, après Dickens, mais avant Merlet et Audiberti, et bien après Delvau, mais fort plus tôt que Yonnet et Clébert, la misère selon Louise Bodin.


LA CABANE A HUMAINS
C'est au delà des limites de l'octroi. Il n'y a pas autour de notre petite ville de province, comme autour de Paris, la grande ville, une zone intermédiaire entre la ville et la campagne. Il n'y a pas ce qu'on appelle « la Zone », terrain pelé, rongé, lépreux, sur lequel poussent, parmi des détritus, des dépôts de poubelles, de misérables baraques en planches où vivent des hommes, des femmes et leurs petits.
Chez nous, les faubourgs sont les plus charmants quartiers, villas fleuries et jardins et, dès l'octroi, c'est tout de suite la campagne, la belle et jeune campagne à la végétation luxuriante et toute en fleurs, étant en plein printemps, en cascades de fleurs sur les maisons, dans les haies qui séparent les champs gras que cultivent des paysans et des paysannes cossus, paysans et paysannes qui, depuis la guerre, ont acheté fermes et autos. Alors, elle attire d'autant plus l'attention, cette masure, cette cabane posée à l'écart sur le bord d'un chemin, et qui semble une mendiante parmi des gens riches. J'entre et, d'abord, je suis saisie par l'odeur et par l'obscurité. Il n'y a d'autre ouverture sur le ciel, sur les champs, que la porte et l'atmosphère de cette cabane est quelque chose d'épais, de gluant, de pourri. Je finis par distinguer sur le sol en terre battue, graisseuse, trois grabats: puis-je même appeler cela des,grabats, ces rectangles de planches disloquées au milieu desquels il y a une paillasse et des restes de couvertures? Et je distingue aussi un buffet branlant et quelques chaises défoncées.
Quels sont les animaux, quelles sont les bêtes qui grouillent dans cette misère, dans cette détresse ?
Des animaux.? Mais quels oiseaux voudraient d'un nid pareil ? Quelles bêtes des forêts n'ont pas leur lit de feuilles rafraîchi chaque jour ? Quels animaux domestiques n'ont pas leur litière renouvelée, leur mangeoire abondamment pourvue ? Quelles écuries, quelles étables, quels chenils, quels clapiers sont dans cet état de délabrement, de pauvreté, d'infection ?
Autour de moi, bientôt, il y a quatre petits humains, et la mère, debout, tient dans ses bras le dernier, âgé de quatre mois. Les deux aînées sont à l'hôpital : elles ont la coqueluche. Le tout petit aussi a la coqueluche ; cela se voit sur son visage qui serait charmant
s'il n'était tout enlaidi de croûtes, car la peau des petits est infiniment tendre, elle se déchire sous l'effort de la toux et ce sont autant de petites plaies qui deviennent croûteuses. Ils sont sept, de treize ans à quatre mois. Ils étaient neuf ; deux sont morts ces années dernières de tuberculose.
La mère est fine et distinguée. Ses trente-huit ans si accablés, si épuisés ont conservé une certaine élégance et une certaine souplesse et, lorsqu'elle ouvre son corsage pour allaiter le tout petit, je remarque la blancheur de sa peau et sa gorge, encore jolie. Elle est, me dit-elle, du petit bourg de Saint-Laurent, tout près de Rennes. Elle s'est mariée à vingt-deux ans.
Sans doute, dans ce temps-là, c'était une belle fille fraîche et son mari l'aimait. Elle vit là — si c'est vivre — avec ses sept enfants et le mari ne « rentre » plus, ou bien, quand il « rentre », il vaudrait mieux qu'il ne rentrât pas. Elle touche 52 francs par mois d'allocation aux familles nombreuses. Je crois que c'est exactement 52 fr. 70. Elle touche 4 pains de 6 livres par mois de la paroisse, à condition qu'elle envoie ses enfants au catéchisme et qu'elle leur fasse faire leur première communion. Elle a 1 fr. 75 pour vivre par jour avec ses sept enfants. C'est un soulagement pour elle quand une maladie — pas grave -lui permet d'envoyer deux ou trois des sept à l'hôpital où ils sont nourris et vêtus. Chez eux, ils mangent du pain et boivent de l'eau, mais il leur faudrait un pain de dix livres par jour et le pain noir, le hideux pain noir indigeste que nous a valu la victoire coûte six sous la livre, pour les familles nombreuses.
La femme, la mère, parle simplement, sans larmes et lorsque je m'en vais oppressée, révoltée, indignée - : avec des remords d'oser parfois souffrir pour moi-même, — elle m'accompagne, le dernier dans ses bras, les quatre autres à ses jupes. Sur quels bourriers a-t-elle ramassé les débris de chaussures qu'ils ont aux pieds ? Et pourtant, c'est le printemps, c'est-à-dire que c'est la possibilité de sortir, de courir sur la route, de respirer, de jouir, d'aller au puits chercher de l'eau pour laver quelques hardes ; c'est la clémence du ciel, la tiédeur de l'air, la lumière du soleil pour tous. Mais ils sont là aussi pendant les mois d'hiver.
J'ai reçu ce matin même le bulletin d'avril de l'Union internationale de Secours aux enfants d'Europe. J'ai regardé avec une immense pitié les photographies de la misère à Budapest, prises par l'ex-premier ministre de Hongrie, M. Charles Huszar en compagnie des évêques méthodistes de l'Amérique, photographies de taudis où gisent les innocentes petites victimes des grands seigneurs de la tuerie.
Mais je pourrais joindre à ces documents la photographie de « ma » cabane à humains qui n'est qu'une de nos cabanes à humains, parmi tant d'autres, à nous, les Français victorieux. Elle existe à un quart d'heure de route d'une ville heureuse et qui n'a pas souffert matériellement des horreurs de la guerre, sur le bord des champs fertiles dont chaque pommier chargé de fruits est une fortune, et les paysans enrichis s'écartent d'elle avec mépris et chassent les petits comme des pestiférés.
Cependant, des messieurs graves et des dames vertueuses prêchent la repopulation et pleurent de tendresse en songeant aux félicités des familles nombreuses...
Louise Bodin

vendredi 22 août 2014

Piqûre de rappel : lisez Durrell !

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C'est le succès de l'été, le livre qui ravit tout le monde, depuis les bébés jusqu'aux vieillards. Et il est servi avec une couverture de Loustal. Bref, c'est LA lecture qui enchante. Foi de Préfet maritime qui s'en pourlèche en buvant un spritz.
A votre santé, bien sûr, et en guise d'apéritif, ce fragment en hommage à sa mère...

Tel un Noé plein de douceur, enthousiaste et compréhensif, elle a su gouverner son navire rempli d'une étrange progéniture à travers les orages de la vie avec une grande habileté, sous la constante menace d'une mutinerie, et au milieu de dangereux écueils (découverts vertigineux et extravagances diverses), sans être jamais certaine que sa conduite serait approuvée par l'équipage, mais convaincue qu'on lui reprocherait tout ce qui tournerait mal. Il est miraculeux qu'elle ait survécu au voyage, mais elle s'en est tirée et, qui plus est, avec sa raison plus ou moins intacte. Comme mon frère Larry me le fait à juste titre observer, nous pouvons être fiers de la façon dont nous l'avons élevée : elle nous fait honneur. Elle a atteint cet heureux nirvana où plus rien n'effraie ni ne scandalise. Ainsi, au cours d'un récent week-end, alors qu'elle était seule à la maison, elle eut le plaisir de voir arriver soudain un lot de caisses à claire-voie contenant deux pélicans, un ibis écarlate, un vautour et huit singes.Tout autre mortel se serait évanoui. Elle, non. Le lundi matin, je la trouvai dans le garage, harcelée par un pélican furibard qui tournait autour d'elle tandis qu'elle essayait de lui faire manger des sardines, à l'huile.
— Je suis contente de te voir, mon chéri, dit-elle, haletante. Ce pélican n'est pas très commode. (...)





Gerald Durrell Ma famille et autres animaux. Traduction de Léo Lack. — Paris, La Table ronde, 400 pages, 14 € — Oiseaux, bêtes et grandes personnes. Traduction de Léo Lack. — Paris, La Table ronde, 352 pages, 14 € — Le Jardin des dieux. Traduit par Cécile Arnaud. — Paris, la Table ronde, 304 pages, 14 €

jeudi 21 août 2014

Lebaudy laisse esbaudi (mon royaume pour un spritz !)

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