L'Alamblog

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samedi 1 août 2015

La statuomanie

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A propos de la question Illuminations/Nouveau/Rimbaud, ce contre-point du 1er mars 1923, issu de la rubrique Hommes et choses d'hier et d'aujourd'hui de John Grand-Carteret, qui ravira tous les vacanciers qui, peu ou prou, se rendront compte que les ravages de statuomanies ne sont pas pires que ceux du "1 % culturel", cette plaie de la voie publique.



La statuomanie dans la réalité, dans la presse et dans l'image
Un Antistatuomane : Théodore de Banville



Il a été beaucoup écrit sur les statues ; on s'est souvent élevé contre ce qu'on a appelé avec raison la statuomanie, maladie redoutable qui ne nous est point absolument particulière, car elle sévit un peu partout, mais qui, cependant, semble avoir exercé ses ravages tout principalement en notre beau pays de France.
En elle-même, la statufication est une chose parfaitement louable; c'est un geste qui se conçoit fort bien ; c'est le maintien, à travers les siècles, d'un privilège jadis réservé aux dieux, accordé plus tard aux empereurs, aux rois, aux grands capitaines, puis aux esprits supérieurs, à ceux qui furent considérés comme de grands génies. Malheureusement, à notre époque de vulgarisation intense, on ne s'est plus contenté d'accorder les honneurs du bronze, du marbre, à quelques rares personnalités hors de toute discussion, on a prétendu immortaliser jusqu'à ces figures de second plan qui constituent ce qu'on appelle les célébrités du jour, et cela, principalement, dans le domaine de la politique, un domaine toujours sujet à caution, où les emballements irréfléchis sont souvent suivis de déballements non moins rapides.
En Un siècle, la maladie s'est étendue et aggravée dans des conditions telles que notre cité — pour parler seulement de Paris — qui, à la fin du Second Empire comptait sur la voie publique que dix statues voit aujourd'hui ses rues, places et carrefours encombrés de plus de 400 monuments élevés trop souvent, faut-il le répéter, à des gloires souvent éphémères et quelquefois parfaitement contestables. Contre cet abus de l'immortalité sanctionné par l'administration, il y a longtemps qu'on s'est insurgé. Un savant historiographe, M. G. Pessard, publia, il y a quelques années, dans la Bibliothèque du vieux Paris, une brochure des plus instructives,. Les journaux ont ouvert des enquêtes, ont demandé à leurs atelier de se prononcer sur la valeur ou l'intérêt de telles statues. Excelsior, entre tous, posa la question suivante te : « Si une loi intervenait déclarant que vingt seulement des statues qui se dressent dans Paris sont à conserver, lesquelles choisiriez-vous ? Mais, brochures ou articles de polémique, rien encore, jusqu'à ce jour, n'a pu enrayer le mal. Toutefois, le cri d'indignation qui s'est fait entendre dans la presse, cette vérité répétée à plusieurs reprises : Assez de statues ! Trop de statues ont eu cet excellent résultat de rendre le Conseil municipal attentif : s'occupant de la question, nos édiles ont bien voulu reconnaître que la voirie parisienne se transformait peu à peu en une vaste galerie de redingotes en marbre, et que ce vêtement, même lorsqu'il flotte largement au vent, soulevé par le geste conquérant de son porteur, donne trop facilement au personnage ainsi figuré l'aspect d'une « réclame parlante » pour tailleur, à laquelle il ne manque, pour être tout à fait au goût du jour, que le classique : Oui! mais la mienne habille mieux! — Oui, mais la mienne est de coupe meilleure ! Et sagement, très sagement, les conseillers parisiens décidèrent de mettre un frein à la fureur de ces modèles ambulants émettant tous la prétention d'offrir au public des vêtements de coupe irréprochable. Mieux encore. Cette discussion a eu l'excellent résultat de faire décider par nos édiles que, désormais, les « proposés pour la statufication » auront à faire un stage de dix ans avant de pouvoir se mettre sur les rangs, et qu'un emplacement ne sera accordé à leur socle que sur le vu d'une maquette à grandeur d'exécution.
Peut-être cette déclaration de guerre aux redingotes marmoréennes paraîtra-t-elle quelque peu injuste alors que nos statufiés ne sauraient plus apparaître sur les places publiques autrement que revêtus de leur costume habituel. Heureusement, du reste, pour l'esthétique générale, car on ne se représente guère en Hercule de plein air des Gambetta, des Jules Ferry, des Waldeck-Rousseau, des Thiers, des Broca, des Fourier. Mais peut-être aussi aura-t-elle pour conséquence d'amener les statuaires à la recherche d'une enveloppe corporelle plus esthétique, tout en restant conforme aux principes vestimentaires de notre époque.
Tout cela, malheureusement, c'était l'avant-guerre. Et voici que maintenant, conséquence de nos cinq années de luttes et d'horreurs sans nom, la question se pose à nouveau et la statuomanie réapparaît triomphante. Le Conseil municipal vient, en effet, de décider l'érection de trois monuments nouveaux. Si bien que, au moment où l'on commençait à vouloir, sagement, enrayer la propagation des brevets d'immortalité, en bronze ou en marbre, sur la voie publique, surgissent, nombreuses, pressantes, s'appuyant sur ces deux sentiments irrésistible; patriotisme, héroïsme, les demandes d'immortalité pour les faits mémorables ou les actions d'éclat de la grande guerre.
A la redingote bafouée, ridiculisée du civil, succède, triomphante, la capote victorieuse du poilu. Comment faire face à ce nouvel ennemi. Et combien sage, quand on assiste à ce débordement sculptural, nous apparaît le Second Empire qui, sans protestations aucunes, pouvait, lui, couvrir la France de monuments aux grands généraux et aux grandes victoires de l'épopée impériale. Pourquoi donc sa sagesse, sa discrétion ne nous serviraient-elles pas d'exemple ? Et faut-il, après avoir imposé un temps d arrêt à la statuomanie des politiciens et des tribuns, se voir envahi par la statuomanie du Souvenir, si respectable que puisse être son principe.
La statuomanie ! c'est, je l'ai dit, tout une littérature, et l'on peut ajouter, fertile, souvent, en incidents pittoresques; nombre de personnages illustres, ou simplement célèbres de leur vivant, eurent en effet, une fois coulés en bronze, d'amusantes péripéties : il en est qui se promènent encore à 1a recherche d'une place stable; il en est qui, par l'entremise de leur Comité, ont intenté des procès à la Ville ; il en est qui, mis à l'abri des regards Indiscrets, par l'entourage d'une vaste palissade, se trouvent ainsi séparés du monde vivant, alors que d a très emmagasinés en un de ces fameux dépôts de l'Etat si bien qualifiés cimetières pour grands hommes, ayant cessé de plaire, attendront des temps meilleurs qui ne viendront peut-être jamais. Or a vu des statues baladeuses; on a vu des statues s'effriter. Il en est même qui furent volées. Et comme si ce n'était pas assez des grands hommes en chair et en os, pour faire travailler les sculpteurs, on imaginé, inventé, forgé de toutes pièces, des grands hommes fictifs. L'histoire a déjà enregistré, dans cet esprit, un incident comique qui amusa tout Paris.
La statuomanie ! On pense bien que l'image ne se fit point faute de s'amuser, de s'esbaudir aux dépens des personnages ainsi statufiés dans tous les coins, dans toutes les villes du monde, points de repère pour permettre aux étrangers de se reconnaître leurs courses à travers les capitales, ou points de ralliement pour certains représentants de la gent ailée. En France, en Allemagne, en Italie, en Hollande, en Suisse, en Autriche, partout, les statues se sont prêtées aux joyeuses fantaisies du crayon ; partout, on les a animées, on leur a fait prendre part aux événements du jour, on les a fait descendre de leur piédestal. Combien de fois caricaturistes et chansonniers ne font-ils pas descendre de son son cheval, le bon roi Vert-Galant, doyen de nos statufiés ? On les a fait se pencher, prêter l'oreille aux conversations des vivants ; quelquefois même on les a déboulonnées pour les remplacer par un nouveau venu, concurrent ou ennemi.
Après les événements de 1871, lorsque l'Assemblée vint se fixer à Versailles, le Grand Roi de bronze avec son état-major de statues, entra à nouveau dans l'histoire. Toute une imagerie amusante prit naissance sous le crayon de nos dessinateurs, Cham, Draner et autres. Statues voyageuses pour cause d'expropriation publique; statues servant de poste à la telégraphie; statues placées sur le haut des toits en guise de tuyaux de cheminée; statues ouvrant leur piédestal à toutes espèces de commerce; statues-guerite ou bureau d'omnibus; on a pu voir tout cela sous le crayon irrévérencieux de nos caricaturistes. Rabier ne nous a-t-il pas montré certaines statues donnant aux foules la, contagion du baillement, la contagion de l'ennui, la contagion du geste emphatique et du verbe.
Statues à des grands hommes souvent ignorés du public ! Cette légende d'une lithographie de Charles VernIer, consacrée à l'érection du buste de Watteau (Charivari, 1866), est particulièrement significative.
Et les images du Charivari, ici reproduites, monteront qu'il y avait quelque intérêt à rappeler que, dès l'origine de ce mouvement qui devait arriver à l'état aigu actuel, c'est-à-dire dès le règne de Louis-Philippe, si favorable à la bâtisse, au commerce des maisons et des statues, les humoristes du jour ne se sont pas fait faute de ridiculiser cette fabrication à jet continu de grands hommes en bronze ou en fer-blanc. Pour breveté pour les grands hommes ! Four à brioches !
Il est toutefois des exceptions; il en est une surtout, doublement précieuse au moment où l'on vient de fêter le centenaire de la naissance d'un poète exquis qui n'a qu'un buste, et qui, cependant avec son veston de velours, avec son béret de soie, légendaire, se fut admirablement prêté à une statue bien moderne sans redingote.
C'est de Théodore de Banville que j'entends parler, de Banville dont l'image glorieuse sera toujours précieuse aux raffinés, de Banville qui — fait tout au moins curieux à noter — se déclara à maintes reprises contre la "statuomanie".
Que dire de plus ?

John Grand-Carteret
Floréal, 1er mars 1923.


Et demain, un billet relatif à un véritable roman statuaire...


Illustration : le palais du facteur Cheval vu par Draco Semlich (© 2015)

mercredi 29 juillet 2015

Les couvertures du siècle dernier (LIX)

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Pierre Manoury Joinul Chanson des cartons chics. — Editions Garrandès, date incertaine.


mardi 28 juillet 2015

Nouveau grand jeu de l'Alamblog

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Cette porte est celle de la maison d'enfance d'un écrivain français. Lequel ?

Le premier alamblogonaute qui répondra à la question remportera un exemplaire d'Aubervilliers de Léon Bonneff.

Résultat du jeu le 10 août.



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dimanche 26 juillet 2015

Tibet day

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On pousse plus loin ?



samedi 25 juillet 2015

Et maintenant les avions eux aussi font la gueule...

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vendredi 24 juillet 2015

Le Préfet maritime va faire un tour...


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jeudi 23 juillet 2015

La typographie au XIXe siècle (Laucou et consorts)

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A l'heure des congés payés, il n'est pas inutile de rappeler, comme l'explique christian Laucou, que le XXe siècle aura été pour la typographie le siècle de la dématérialisation, et que le XXIe sera sans doute celui de la déprofessionnalisation.



Jacques André et Christian Laucou Histoire de l'écriture typographique. Tome III : Le XIXe siècle française.. Préface de Didier Barrière. — Paris, Atelier Perrousseaux, 383 p.-pl., 44,50 €

mercredi 22 juillet 2015

Encouragement à l'escalade...

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lundi 20 juillet 2015

Faune des bibliothèques (2) : la méduse

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© Draco Semlich 2015

dimanche 19 juillet 2015

Verdure en juillet

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Vous en avez assez du Petit Prince ? Essayez Les Épinards crus d'Anne Luthaud.
Son gosse n'est pas planté dans le désert avec une rose en forme de lampadaire, il joue dans le cimetière de Gênes, galope, tournicote et engage les expériences et en particulier celle de la vie.
Un livre très féminin, rafraîchissant par bien des aspects, avec des morceaux de marbre et une échappée maritime...



Anne Luthaud Les Épinards crus. - Paris, Buchet-Chastel, 2013, Coll. "Qui Vive", 144 p., 14.00 €


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