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mercredi 7 juillet 2010

Pohol, histoire de 1829 (XIV)

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XIV

Un amour d'homme

Voilà, parbleu ! un riche appartement, une belle tenture, de beaux meubles, un lit voluptueux, ma foi ! sans son manteau de soie... et puis, cette petite lampe qui.se meurt et laisse tomber sur tout cela ses débiles rayons blanchis par le verre brut qui l'entoure !... Oh ! cet appartement me plaît.

Dans ce lit une femme dort. — Est-elle jeune ou vieille? — Mais, pas très vieille, sans doute, puisque son appartement est si frais !

C'est madame de Bax. — Minuit.

Voici que les rideaux de soie de la croisée se meuvent... voici qu'un homme en sort, vêtu de noir, grand... Voici qu'il s'avance sans bruit, s'arrête auprès du lit, croise les bras et appelle : « Julie ! »

Ne tremblez pas; vous allez voir.

« Point de cris, femme ! » dit l'homme, « c'est Pohol que tu aimes et qui repoussait ton amour, comme Dieu repoussait le sien. Je t'aime aujourd'hui, et je reviens vers toi... Oh ! cela te semble un rêve, n'est-ce pas ? tu ne m'attendais pas aujourd'hui; à cette heure, jamais... regarde, c'est bien moi, pourtant !... Mais tu ne me dis rien ?... est-ce que tu as peur?... est-ce que tu n'as pas de joie à me revoir ? »

Elle avait peur, vrai Dieu! et sa main, que l'homme avait saisie et qu'il pressait dans la sienne, tremblait !

« Tu m'aimais bien Julie... je le sais, c'est pour cela que tu m'as empêché de consacrer à Dieu ma vie ; tu la voulais pour toi. Eh bien ! à toi ma vie ! mon âme, je ne te quitte plus... toujours auprès de toi... Auprès de toi toute l'éternité ! ajouta-t-i! en serrant les dents.

Mais il se remit.

(à suivre.)

dimanche 27 juin 2010

Pohol, histoire de 1829 (XII)

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XII
Désespoir


II fallait l'hyménée... car l'hyménée efface tout. Pohol se rendit chez l'oncle de Marie ; ce pauvre homme qui avait passé une si lamentable nuit, et à qui Marie avait menti en rentrant; il le fallait.

L'oncle ne dit pas non; il demanda seulement quelques jours pour s'informer; c'était juste.

Il fut s'informer au séminaire.

Les quelques jours écoulés, Marie interrogea son oncle. Celui-ci, pour toute réponse, lui remit une lettre ouverte. Après l'avoir lue elle sortit sans bruit; c'était le soir.

Quelques instants plus tard vint le damné, avec de l'espérance dans le coeur, du bonheur dans l'avenir à le rendre fou, à tuer sa noire idée.

« Eh bien ? » fit-il d'une voix frémissante d'espoir.

« Jamais ! » fut-il répondu.

Oh! la rage le prit et le roula par terre avec un râle effrayant... il embrassa les genoux de l'oncle d'une force à lui faire mal... il conjura, pleura, pria... menaça !...

L'oncle appela ses gens.

Pohol se leva droit alors et cria : Il me la faut ! il s'élança dans l'escalier, parcourut la maison, les chambres, appelant Marie. Elle n'y était pas. Il sortit, courut les églises, courut au Père-Lachaise... Rien !

II sortit, courut la ville, courut les églises, courut au Père-Lachaise... Rien !

Savez-vous où il la trouva le lendemain à l'aube ? à la Morgue !... morte... noyée... couchée sur une table de marbre, avec des taches bleues, noires, violettes sur le corps... et morte !



(à suivre.)

lundi 10 mai 2010

Pohol, histoire de 1829 (V)

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V
Folie

« Vrai Dieu, dit-il, puisque je dois geindre et hurler dans la géhenne éternelle, rions, et rions joyeusement. — Bien fou ! de vouloir commencer mon enfer sur la terre. — De la joie ici, gardons nos larmes pour là bas ! »
Et sa joie vous eût fait mal à voir, tant elle se trouvait gauche, embarrassée et souffrante, sur ce visage austère et pâle ; sur ces lèvres où elle venait s'asseoir, frémissantes encore d'un blasphème.
Savez-vous ce qu'il fit de ses belles soutanes de drap fin ? Des vêtements de dandy. — De ses rabats ? Il les déchira dans ses dents et les jeta à la rue. — De ses trois mille cinq cents francs ? Il s'en fut au Cent-treize, les jeta sur le tapis vert, et s'en revint avec le décuple dans sa poche.
Oh ! vrai, vous ne le reconnaîtriez pas. Sa chevelure noire, et qui tombait naguère inculte sur ses épaules, aujourd'hui se relève sur son front en boucles élégantes ; sa taille haute et cambrée moule un habit d'une coupe parfaite. Il porte des bottes bien luisantes et carrées ; le gilet de salin, le pantalon quasi collant, — voire même le binocle d'or, la canne ou la cravache. Un dandy... un vrai dandy !
Il déjeune au Café Anglais et dîne chez Véry !
Oh ! ne lui parlez pas du passé, ne lui parlez pas de demain... de grâce !... ayez donc pitié de lui ! Laissez-le tournoyer à s'étourdir dans la ronde où l'illusion l'entraîne... Laissez-le, pauvre jeune homme, courir les cafés dorés, les bals éblouissants, les promenades parées... Laissez-le s'enivrer d'harmonie aux Bouffes ou à l'Opéra... et soulever la poudre du bois de Boulogne sous les pieds d'acier de son cheval anglais!
N'est-ce pas assez, lorsqu'il rentre chez lui le matin, à une heure, qu'il trouve à son chevet une noire idée qui l'attend ?


(A suivre.)

vendredi 22 janvier 2010

En feuilleton sur FesseBouc (pots neufs, bonnes veilles soupes)

Bouc.jpg Image empruntée, apparemment, à Monsieur Toussaint Louverture, que nous remercions.



C’est indéniable, l’internaute est un être plus autonome que le consommateur de produits télévisuels ou que le coureur de soldes (susceptible d’acquérir dans l’extase des slips à quarante euros en beuglant “Pas cher !”).

Une fois qu’il a payé son matériel et trouvé le moyen d’établir une connexion avec la Foire aux LOL l’internaute agit, fût-ce virtuellement, sur son environnement, fût-il plat et rétro-éclairé.

Ne lui confiez jamais une application, il la détourne, la met à sa pogne.

Ainsi de FesseBouc, réseau “social” (berk) destiné à la drague d’un nolife (et geek !) amerloque, muté en outil d’autopromotion et de bavardage débridé mais aussi… en nouveau dispositif de “petite presse” façon XIXe siècle !

La preuve ?

La preuve, c’est le lancement le 15 janvier dernier de Kill that marquise !, un “feuilleton noir et foutraque à livraison quotidienne”, sur ces mots :

La marquise, chronologiquement sortie la veille à dix-sept heures, devenue veuve, défoncée aux tranquillisants, réveillée seule dans un appartement dénué de bonniche, confrontée non sans angoisse à un projet de petit déjeuner à réaliser sans aide aucune, et enfin confrontée au discours abracadabrantesque d’un privé amateur de Suze matinale, ne trouva pas la force de réclamer de plus amples informations au sujet de ce mystérieux collectif Burma qui, sans cesse, était revenu dans la bouche d’Alfonsi.



Second fragment pour goûter :

Exit la marquise sortie la veille à dix-sept heures, parce qu’évanouie le lendemain matin quand lui apparut le visage de Vanessa. En stand by Emma Saint-Nazaire, veuve de la Bôle. Trop d’émotions : la bonniche strangulée, et ça le jour même où son marquis de mari se fait raccourcir dans des circonstances on ne peut plus étranges. Sans compter cette bague aux armoiries du marquis retrouvée en possession de la Vanessa sans qu’on sache pourquoi. Et puis le ventre vide ! N’avait rien dans l’estomac depuis combien d’heures la pauvre Emma ? Elle serait morte, on pourrait vous le dire. Une autopsie et hop ! tout s’éclaire : jambon beurre ou rillettes cornichons, réserve du patron ou grand millésime… Tandis que là, seulement évanouie, on ne peut que conjecturer. Ou, aussi sagace qu’Alfonsi, nous enquérir auprès de Yann-Erwann de l’emploi du temps de la marquise la veille au soir. Et accessoirement de son régime alimentaire. Il suffit de suivre le privé à l’imperméable crasseux. Et, de fait, nous accorder la double magie de l’ubiquité et du flash back. Après tout, pourquoi lésiner ? Il n’y a qu’à d’entrer dans le bistrot où il vient de pénétrer. Pas aussitôt, non. Laissons passer un peu de temps. Qu’il ne se doute de rien. Le temps de noter discrètement sur le carnet qui ne quitte notre poche le nom du bistrot : bar de l’Univers. Ensuite, l’air dégagé, s’avancer droit vers le zinc. Se placer à distance raisonnable du privé afin de pouvoir entendre ses propos s’il en tient. Remarquer qu’à cette heure (dix-heures vingt trois à la pendule qui orne un des murs), Alfonsi carbure à la pression. Longue gorgée sans prendre le temps, semble-t-il, d’analyser quoi que ce soit quant aux impressions déclenchées par celle-ci. D’un revers de main, essuie la mousse déposée au-dessus de sa lèvre supérieure. Plonge la main droite dans la poche intérieure de son imper. En ressort une photo. Dix heures vingt-cinq à la pendule offerte par un maître brasseur. « Dites, vous connaissez ce gars-là ? » Le privé regardait par en dessous le patron qui, un à un, essuyait ses verres, jetant un œil impassible au cliché. « Yann-Erwann, oui, il vient ici de temps en temps. Plutôt le soir, pour l’apéro. » « Vous l’avez vu récemment ? » « Oh ! je dirais que ça fait bien une bonne quinzaine qu’on l’a pas vu. D’ailleurs, on en parlait, l’autre jour, avec ma femme. Il aurait déménagé, il nous l’aurait dit quand même. Pas le genre à se barrer sans payer son coup aux copains ! » Dix heures vingt-sept. Demi cul sec. Monnaie au comptoir. Vous n’aurez pas le temps de terminer le café trop chaud que vous aviez commandé.