L'Alamblog

Accueil | Contre-feux, revue littéraire | Les espaces de l'édition indépendante

jeudi 21 janvier 2016

Gloire tardive

ArthurSCH.jpg


Les archives sont pleines de surprise. En 2014, paraissait en allemand une novella du Viennois Arthur Schnitzler inédite mais tout à fait délicieuse. Ce tout petit roman, qui appartient à la veine satirique du dramaturge, narre les jours agités d'un vieux fonctionnaire dont le calme est troublé par un groupe de jeunes artistes qui se déclarent admiratifs de son œuvre...

Mais quelle œuvre ?

Il se trouve que le vieil homme avait commis dans ses jeunes années une plaquette de poèmes, plaquette que l'un de ses thuriféraires a découvert chez un brocanteur. Le poète en herbe en a fait, d'accord avec ses amis une sorte de ressort de leur propre apothéose esthétique, le modèle de leurs propres tentatives, un gage de valeur rare.

Rattrapé par la gloire qui l'avait jusque là soigneusement évité, le vieux Edouard Saxberger qui s'était résigné à une vie simple et douce redécouvre la vie bouillante, les débats idiots, les postures, les tapeurs et les égéries. Toute la lyre, quoi , dont Schnitzler, — qui joue là au roman à clés avec ses vertes années durant lesquelles il côtoyait au café ses amis Alternberg le "mendigot" et Hofmannsthal le jeunot — sait donner un aperçu aussi fouillé et spirituel que possible. Aucun ressort psychologique ne lui échappe, non plus qu'aucun des moteurs en jeu. C'est un régal de description.

Tiraillé entre la tentation de jouir des compliments et celle de retrouver sa quiétude désormais enfuie, Saxberger donne à Schnitzler l'occasion de faire la peinture détaillée des milieux littéraires de toujours où le génie se fait le plus souvent remarquer par son absence. Il est en tout cas moins présent que les égos, les névroses, les impuissances et les vacuités. N'allez pas râler : le tout vous est proposé dans une Vienne parfaite dont la vie sociale, les cafés et le Ring baignent le récit dans une douceur de crème fouettée et de chaudes pelisses.

Le parfait livre pour les jours froids.

Sortie le 4 février.




Arthur Schnitzler Gloire tardive. Traduit de l'allemand par Bernard Kreiss. - Paris, Albin Michel, 150 pages, 16 €