L'Alamblog

Accueil | Contre-feux, revue littéraire | Les espaces de l'édition indépendante

Mot-clé - Victor Barrucand

Fil des billets - Fil des commentaires

mercredi 2 janvier 2013

Victor Barrucand, par Louis Malet (1889)

Evnih.jpg


En ce moment, sans tapage et sans pose littéraire, une belle oeuvre s'impose : je veux parler de la série de compositions poétiques que M. Victor Barrucand donne chez Maurice Dreyfous, le sympathique éditeur, sous ce titre : Le Poème, publication mensuelle.
Trois fascicules sont déjà en vente. Ce n'est pas ici le lieu d'en donner une analyse détaillée, mais quelle maîtrise dans l'exécution et quelle force dans la pensée ! Crier au chef-d'oeuvre est toujours chose grave à laquelle on ne se résout qu'après avoir vaincu bien des restrictions mentales, mais c'est encore un devoir, surtout quand notre admiration violentée l'est par le fait d'un jeune et d'un inconnu.
Le premier fascicule, Amour idéal, est un poème en sonnets ; en détacher un, c'est rompre le fil du collier ; jugez s'il en reste une perle.
Louis Malet

Evocation

C'était l'heure où la terre assoupie et brûlante
S'éveillait dans la brise après un jour d'été.
L'ombre flottait légère. Un lambeau de clarté
Frangeait l'azur éteint d'une lueur sanglante.

A force de penser à toi, l'âme dolente,
J'imposai ton image à la réalité,
Et, docile, tu vins t'asseoir à mon côté.
C'était l'heure où le sol respire avec la plante.

Alors nous étions seuls dans un jardin fleuri ;
De tous les mots (1) soufferts je me croyais guéri ;
Tu parlais et, ravi, je buvais tes paroles,

Car ma tête avait pris ton sein pour reposoir,
Pendant que la fraîcheur entr'ouvrant les corolles,
L'arôme des rosiers montait dans l'air du soir.

Victor Barrucand




Le Courrier Français, 6e année, n° 27, 7 juillet 1889, p. 150.



(1) Sic.

vendredi 29 avril 2011

Les Dernières productions du Préfet maritime

RoordaCouvRire.jpg
Henri Roorda Le Rire et les rieurs, suivi de Mon suicide, présenté par le Préfet maritime. — Paris, Mille et une nuits, en librairie le 11 mai prochain.

Pohol-CouvAlamblog.jpg Marc Michel Pohol et autres textes terribles (inédits). Préface du Préfet maritime. Couverture illustrée de deux photographies de Christèle Jacob. — Paris, Des Barbares..., 1er juin 2011, 112 pages, 16 € (franco de port jusqu'au 1er juin 2011). Les chèques sont à libeller à l'ordre d'Eric Dussert 29, rue du Borrégo 75020 Paris.


HctFrance.jpg
Hector France Sous le burnous. Préface du Préfet maritime. - Anarchasis, 208 pages, 17 €


Queue.achard.jpg
Paul Achard La Queue. Postface du Préfet maritime. — Paris, Mille et une nuit, 152 pages, 4,50 €


couMeister2.jpg
Albert Meister La Soi-disant Utopie du Centre Beaubourg. Postface du Préfet maritime. - Montreuil, Burozoïque, 2010, coll. "Le répertoire des îles", 256 p., 14 €



MarronsHouat.jpg
Louis-Timagène Houat Les Marrons. Préface du Préfet maritime. - Talence, L'Arbre vengeur, coll. "L'Alambic".

DuperrayWeil.jpg
Jean Duperray Quand Simone Weil passa chez nous. Témoignage d'un syndicaliste, suivi de textes inédits. Édition présentée par le Préfet maritime. - Paris, Mille et une nuits, 175 pages, 12,00 €

Couv.Duperrat.jpg Jean Duperray Harengs frits au sang. Préface du Préfet maritime. - Talence, L'Arbre vengeur, "L'Alambic", 320 pages, 15,00 €


BarrucandVictor.jpg Victor Barrucand Avec le feu. Préface du Préfet maritime. - Paris, Phébus, 208 pages, 11 €

lundi 13 décembre 2010

Le Pain par Elie Reclus

PainElieReclus.jpg



Savant sympathique, comme son frère Elisée, Elie Reclus (1827-1904) ne perdit guère de temps à rassembler ses écrits pour en faire des volumes. A tel point que ses livres les plus notables, parmi lesquels les Croyances populaires (V. Giard & E. Brière, 1908) et les Physionomies végétales (Albert Costes, 1938), posthumes toutes deux, "rapetassées", nous dit le spécialiste des Reclus Joël Cornuault, par un ami après la disparition du journaliste, critique et directeur temporaire de la Bibliothèque nationale sous la Commune.
Ce que fut surtout Elie Reclus, à l'évidence, c'est ethnographe. On se souvient avec gourmandise d'un rare petit volume des éditions du Fourneau intitulé Thanatos en bonne fortune (1995), un conte tzigane récolté par le grand homme, qui l'avait offert aux lecteurs de la Revue blanche.
Joël Cornuault a raison lorsqu'il affirme que les frères Reclus furent sans doute les derniers "savants indisciplinés", étrangers à l'expression académique des savoirs. Pour établir une comparaison, disons qu'un Claude Seignolle, dans son oeuvre paysanne, est probablement un cas contemporain de cette aspiration aux savoirs simples et fondamentaux.
Avec Le Pain, Elie Reclus ne dénonçait pas son programme. Cette "histoire" éditée en 1909 par l'historien des religion Maurice Vernes à partir du manuscrit inachevé trouvé dans ses archives, fait la synthèse des coutumes relatives à la récolte du grain, à la fabrication du pain et à la symbolique de ce "véhicule magique" singulier. Nul besoin d'insister sur l'intérêt d'un tel panorama qui, de nos campagnes aux temples mexicains, ne néglige aucun "fulminant Donar", aucune pratique, aucun tabou relatif à cette nourriture essentielle.
A l'heure où l'on se prépare à se gaver de mille produits de la nature, ce Pain pourrait constituer une forme de diète intellectuelle des plus saine.

Elie_Reclus.jpg
A propos de pain toujours, et pour en souligner (comme si c'était utile !) l'importance cardinale, il est bon de citer la lettre d'Elisée Reclus, qui avait de son côté répondu en 1895 à la fameuse enquête de Victor Barrucand sur le "Pain gratuit" :

Cher monsieur,
Le plan de M. Victor Barrucand m’intéresse infiniment, et dès qu’il aura le moindre commencement de réalisation, je serai très heureux de m’inscrire comme membre de la commune où le pain sera gratuit. J’ajouterai que s’il était prouvé que la consommation unique du pain puisse amener des cas d’anémie - ce que je ne crois pas, vu l’exemple donné jadis par certains districts de la Normandie - je ne serais nullement chagrin que l’on ajoutât au pain ce que l’on appelle dans notre Midi la Masquedure, le mâche-dur, nouvel acheminement au communisme futur.
Mais si louable que soit l’idée de Victor Barrucand, je la crois absolument irréalisable. Pour la rendre possible, il faudrait accomplir une révolution, et, dans ce cas, il importe de donner à cette révolution un ampleur bien autrement grande.
En effet, jamais les patrons, les spéculateurs, les capitalistes, n’admettront un état de choses qui permettrait à tous les grévistes de leur tenir tête indéfiniment. Que l’idée de Barrucand soit adoptée, et demain, les donneurs de travail sont à la merci de leurs ouvriers. Les patrons le savent : plutôt que de laisser donner le pain gratuit , ils massacreront tous le peuple français.
Quand à l’Etat, dont M. Barrucand dit qu’il ne pourrait intervenir dans ce contrat entre particuliers, l’Etat est au service des riches ; il interviendra : les communes ne sont-elles pas sous son absolue dépendance ? Il interviendra et, comme toujours, ce sera pour fusiller, si le cas l’exige.
Tout en étant fort heureux que M. Barrucand ait agité cette question de la gratuité du pain, qui fera réfléchir quelques-uns, je considère son plan comme absolument chimérique. Qu’il essaie, mais il ne réussira pas.
Cordialement à vous.
Elisée Reclus


Victor Barrucand mena en 1895 dans les pages de la Revue blanche et du Matin "pour la distribution de pain gratuit aux démunis une campagne qui aboutit au dépôt d’une proposition de loi. Celle-ci fut rejetée, comme l'indique Céline Keller, "avec le motif suivant : « Le pain gratuit fait abnégation au principe d’ordre de la nation et tend à bouleverser l’architecture sociale ». Il en reste un livre Le Pain gratuit dont on tirera 8000 exemplaires." Et où se trouve reproduite la lettre d'Elisée.
L'idée, renouvelée au fil de l'Histoire depuis la Rome antique était envisagée par Henri Ner (Han Ryner) et Emile Saint-Lanne dans La Paix pour la vie (1891 ; nlle éd. 1892), et elle sera reprise en 1906 par le syndicaliste révolutionnaire Charles Dhooghe. Barrucand la remettant lui-même partiellement à l'ordre du jour, en 1921 devant les instances algéroises comme en témoigne le Bulletin municipal.



Elie Reclus Le Pain. Préface de Joël Cornuault. Illustrations de Marfa Indoukaeva. - Genève, Héros-Limite, 175 pages 16 €

Editions Héros-Limite 2, rue du Vélodrome
Case postale 5825
CH- 1211 Genève 11

Voir aussi
Elie Reclus Les Croyances populaires et autres pages retrouvées. Edition de Joël Cornuault. - Pierre Mainard, 56 p., 9.45 €
Elie Reclus Pourquoi des guirlandes vertes à Noël ? - Vichy, La Brèche, 42 p., 6.71 €
''Le Pain gratuit'' (Chamuel, 1896) en accès gratuit
"Du pain ! en hommage à Victor Barrucand" de Jules Mulet

samedi 4 décembre 2010

Victor Barrucand et Toulouse-Lautrec voient des éléphants roses

BarruChariot.jpg


En vente sur ebay ces jours :

BARRUCAND (Victor)
Le chariot de terre cuite
Paris, Albert Savine, 1895
In-8 (185mm x 120mm)
Broché. Couverture illustrée (lithographie) par Henri de TOULOUSE-LAUTREC
Envoi autographe signé de l'auteur: "Au maitre Vincent d'Indy et à madame Vincent d'Indy leur admirateur et ami Victor Barrucand"

jeudi 16 septembre 2010

Un panorama de l'anarchie

BarrucandVictor.jpg




C'est aujourd'hui que reparaît le grand livre de Victor Barrucand !

Roman panoramique de l'anarchie fin-de-siècle, il est probablement le seul ouvrage de fiction, avec Le Voleur de Georges Darien, à présenter les différentes thèses anarchistes, les sensibilités diverses qui parcourent les milieux prolétaires, violents ou intellectuels des années 1890.

Les pages de haut style qui ouvrent le livre devraient lui attacher encore quelques lecteurs nouveaux.

N'omettons pas de préciser que Victor Barrucand était un familier de Félix Fénéon. A bon entendeur...



Victor Barrucand Avec le feu. Préface du Préfet maritime. - Paris, Phébus, 208 pages, 11 €

vendredi 25 juin 2010

Et vive le feu !

BarrucandVictor.jpg



Le 16 septembre 2010 reparaîtra Avec le feu, le grand roman de Victor Barrucand, musicien, journaliste et familier de Félix Fénéon, avec lequel il conçut les articles qui ont inspiré la manière des Nouvelles en trois lignes.

Dans ce livre injustement oublié durant un siècle, un vaste panorama de l'anarchie intellectuelle et pratique est mis en mot. Cela commence au tribunal où tel avocat porte un "pantalon à la crotte", cela se poursuit avec un pauvre gars de flic en planque le jour de Noël, et cela se finit, fort métaphysiquement, au bord de la Méditerranée après l'exécution d'Emile Henry - on raconte du reste que Fénéon et Barrucand ont participé à la rédaction de sa fameuse déclaration lors de son jugement...

Des scènes d'anthologie en pagaille, un point de vue informé sur chacune des différentes thèses anarchistes (individualistes, collectivistes, terroristes, etc.), des personnages à clefs, un amour malheureux pour une féministe farouche, un compositeur génial mais ignoré, bref, un livre aussi important que Le Voleur de Darien.

Seuls ceux qui ne l'ont pas lu oseront vous dire le contraire.



Victor Barrucand Avec le feu. Préface du Préfet maritime. - Paris, Phébus, coll. "Libretto", 208 pages, 11 €

lundi 24 août 2009

Le prix du sang, par Victor Barrucand

tirailleurs.jpg


Le prix du sang

La question du service militaire des indigènes s’est posée à Alger devant le Conseil supérieur. M. Morinaud a fait voter un voeu tendant à la non application du projet. Encore une fois les adversaires du service militaire indigène ont sorti leur arsenal de mauvaises raisons. Mais des paroles nouvelles et bien significatives ont pourtant été prononcées. Ce sont les réflexions de M. de Peretti qui les ont provoquées. Donnons en bref le compte-rendu de la discussion :
Le rapporteur, M. Bounhiol, conclut à l’inopportunité de l’institution en Algérie du service militaire obligatoire pour les indigènes.
M. de Peretti estime que la loi de deux ans a eu de graves conséquences pour la puissance militaire de la France et que les contingents demandés à l’Algérie sont nécessaires à la défense nationale. Il estime que, loin d’être un danger, la conscription des indigènes constituera un excellent moyen de rapprochement, créant entre nos soldats et eux une véritable fraternité d’armes. M. de Peretti expose d’autres arguments et propose à l’Assemblée de prier le Gouvernement d’appliquer, sans retard, la loi de recrutement à nos sujets musulmans.
M. Otten proteste contre les paroles de M. de Peretti. M. Otten rend hommage aux services que les indigènes nous rendent comme soldats : « mais, du concours qu’ils nous prêtent au rôle de défenseurs que l’on veut leur faire jouer, il y a loin. »
La proposition de M. de Peretti est repoussée à l’unanimité moins une voix.
De cette façon on comprend que la politique d’association effraye les adversaires algériens du service. Que les indigènes soient des salariés ou des mercenaires, très bien ! mais des associés, non pas ! Il ne faut qu’on puisse dire qu’ils ont versé leur sang pour la défense du drapeau. Non, ce n’est pas cela : ils ont été payés pour se battre… on ne leur doit plus rien… Pensons-y avec plus d’attention : c’est un véritable séparatisme moral qui se trouverait proclamé, si la représentation française avait la faiblesse d’accéder à de telles suggestions mesquines. M. Loubet, président de la République, dans son voyage d’Algérie, il y a cinq ans, n’hésita pas à trancher la question de principe qui nous est soumise aujourd’hui, quand il affirma la “fraternité d’armes et de travail”.
On a pu dire aussi que la conquête du sol devait être achevée par la conquête des âmes, et c’était là une haute parole de philosophie coloniale. L’homme qui proposa cette formule est aujourd’hui placé à la tête des affaires algériennes et s’emploie avec un rare bonheur à réaliser son idéal français.
Devant une doctrine si nette ne craignons donc pas que l’or des principes soit altéré par un marchandage moral sur le prix du sang. Plus j’y pense et plus je suis persuadé que la faute de noblesse où l’on veut nous entraîner ne sera pas commise. Il serait vraiment étrange et par trop maladroit que le dévouement des indigènes algériens et tunisiens au Maroc n’eût servi qu’à leur attirer des affronts. D’aucune façon, les indigènes ne doivent être humiliés par des distinctions blessantes dans la discussion du service militaire. Reste la question d’opportunité. Mais jamais le moment ne fut mieux choisi pour réaliser cette grande réforme.
En tout état de choses une question doit embarrasser les adversaires du recrutement indigène. Nous entendons bien qu’ils ne veulent pas qu’on puisse dire que les indigènes se battent pour le drapeau français. Ils se battent, disent-ils, pour gagner leur argent… Et sur cette affirmation cavalière, nous voyons ces messieurs pirouetter sur leur talon, les mains dans les poches, la conscience tranquille. — Pardon ! mais que faites-vous des tirailleurs tunisiens ? Ceux-là ne sont pas des mercenaires. Si vous leur refusez le titre de défenseurs du drapeau, que sont-ils donc ? Serait-ce que le bey de Tunis aurait déclaré la guerre aux marocains ?
Comme il serait plus simple d’accepter la collaboration militaire des indigènes dans le sentiment de rapprochement qui convient à ceux qui savent mourir ensemble. On y pensera certainement.

Victor Barrucand


L’Echo de Bougie, n° 617, 21 juin 1908, p. 2.

jeudi 20 août 2009

Nécrologie de Victor Barrucand (1934)

Barrucand1920s.jpg



La presse en deuil


C’est avec une émotion profonde que nous avons appris la mort survenue subitement à El Biar (Alger) le 13 mars 1934, de M. Victor Barrucand, Directeur de L’Akhbar, Rédacteur à la Dépêche Algérienne, ancien Conseiller Municipal d’Alger, Chevalier de la Légion d’Honneur, Officier du Ouissam Alaouite.
La perte que la Presse algérienne vient d’éprouver est immense car M. Victor Barrucand, était un de nos meilleurs critiques, un de ces pionniers du journalisme à la fois économiste et polémiste.
Nous avons toujours lu avec le plus vif intérêt, ses notes d’art, ses comptes rendus d’une impartialité et d’une sincérité vraiment dignes des plus grands éloges.
L’Echo de Bougie, s’incline bien respectueux devant cette tombe et présente à Madame Veuve Victor Barrucand, à sa famille et à toutes celles atteintes par ce deuil avec l’expression de sa vive sympathie, ses condoléances les plus sincères et les profondément attristées (sic).


L’Echo de Bougie (Constantine), n° 1914, 18 mars 1934, p. 2.

mardi 18 août 2009

Du pain ! En hommage à Victor Barrucand





DU PAIN !

Au CITOYEN VICTOR BARRUCAND, promoteur du Pain gratuit

(sur l’air de J’attends.)

Depuis votre plus tendre enfance,
Parmi vos pleurs, parmi vos cris,
Amis, n’avez-vous souvenance,
De ceux que vous fîtes jadis.
Vous demandiez, sans aucun doute,
Quoiqu’en un langage incertain,
Vous demandiez, coûte que coûte :
Du pain ! du pain ! du pain !

A ton tour, pauvre mercenaire,
Près de toi, l’on jette ce cri;
C’est ta famille toute entière
Qui a faim et qui te le dit.
La maladie fit la trouée,
Hélas ! sur ton modeste gain.
Pourtant il faut pour la nichée
Du pain ! du pain ! du pain !

Sur ce banc, que fait là cet homme
Loqueteux, qui s’est endormi,
Peut-être ne sait-il en somme,
Qu’il est des asiles de nuit.
Mais, remarquez comme il est pâle,
Il nous fait signe qu’il a faim,
Du moribond, voici le râle,
Du pain ! du pain ! du pain !

Avec tout l’or que l’on dépense,
Que de pauvres pourraient manger,
Tant pour la soi-disant défense,
Que pour ce qu’on donne au clergé.
Pour ce dernier, ce parasite,
Qu’importe qu’on crêve de faim,
Puisque la France lui débite
Du pain ! du pain ! du pain !

D’aucuns ont demandé naguère
« Il nous faut du pain ou du plomb »,
Et tout en maudissant la guerre,
Je trouve qu’ils avaient raison.
Qu’importe si la faute est grande,
Le malheureux est être humain,
C’est pour lui que je vous demande
Du pain ! du pain ! du pain !

Jules Mullet

Coups de balai, impromptus poétiques. Préface de Jean-Baptiste Clément. - Paris, l’auteur, 1899, pp. 54-55.

jeudi 28 mai 2009

Victor Barrucand contre le racisme aristocratique

tunisbar.jpg ca a pourtant l’air bien droit tout ça…



Une coupure de presse qui en dit long sur le temps “charmant “des colonies…
Il va sans dire que l’Alamblog laisse à cet auteur, tellement altier mais si peu grand, la responsabilité des idées qu’il diffuse. Et l’on sait qui l’on plaint.


Tunis la Blanche


Sous la signature de mon confrère Victor Barrucand, je lisais, mercredi dernier, dans la Dépêche Algérienne, une critique assez sévère de la relation « des impressions tunisiennes» que fait dans le Temps du 29 août, Madame Myriam Harry.
J’ignore si M. Victor Barrucand connaît Tunis, mais ce que je puis affirmer, moi,— ayant habité longtemps, et tout dernièrement encore, cette ville bizarre — c’est que les diverses critiques, formulées par Mme Harry, sont rigoureusement exactes et marquées d’une très grande justesse, en même temps que d’un remarquable esprit d’observation.” Mme Harry, écrit Barrucand, reproche aux Tunisiens de ne rien entendre à l’architecture.” Les Tunisiens européens n’ont nulle connaissance, en effet, de cet art délicat ; si, je me trompe, ils veulent tous, sans aucun doute, avoir une maison qui ressemble, à s’y méprendre, à la Tour de Pise (route du Belvédère).
Ils bâtissent, bâtissent avec une rapidité formidable, entremêlant sans vergogne du style art nouveau avec du style arabe ou du style rappelant vaguement nos anciens châteaux féodaux. Une seule chose les préoccupe, c’est que leur maison soit entièrement peinte en bleu ou en vert, ce qui est d’un coup d’oeil cocasse et bien peu esthétique ! Mme Myriam Harry critique ensuite les Tunisiennes indigènes de ce qu’elles s’empaquettent, se ficellent la figure de bandelettes noires ; la remarque n’est que trop vraie.
Mais, que ne parle-t-elle de leurs chaussures ‘?… Ah ! les chaussures des Tunisiennes et des Tunisiens, riches ou pauvres, quel poème ! Que leur pied rivalise avec celui de Cendrillon, ou qu’il puisse dépasser celui de l’homme-géant, la pointure est toujours la même, celle d’an enfant de 10 ans ! Tant qu’à la forme, identique pour tous, hommes ou femmes, c’est tout simplement une savate ! On voit alors, spectacle réjouissant, la moitié du pied qui dépasse de la semelle, ce qui permet au talon et au bas de traîner tranquillement dans la poussière ou dans la boue !
Parlant enfin de la campagne, Mme Harry s’écrie que ce n’est « qu’une affreuse banlieue ». Mon Dieu, je me demande bien sincèrement comment M. Barrucand veut dépeindre autrement les environs tunisiens ! Je me souviens de les avoir maintes et maintes fois parcourus le nez au vent et le fusil sur l’épaule, ces mornes environs. J’aurais été pourtant un fameux admirateur de cette « luminosité admirable », dont parle mon confrère algérois, mais hélas ! comme ma soeur Anne je ne l’ai jamais aperçue.
J’ai simplement senti les effets caloriques d’un soleil de plomb, j’ai humé délicieusement les odeurs-fétides-d’un lac ignoble, et aussi loin que ma vue a pu.s’étendre, j’ai distingué des montagnes abruptes et dos oliviers rabougris.

Vicomte DE LA JARRE.


Revue mondaine oranaise, n° 177, dimanche 9 septembre 1906, pp. 9-10.

- page 1 de 2