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samedi 4 février 2017

Beaubourg a 40 ans, l'utopie d'Albert Meister aussi

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Tandis que l'on fête le quarantième anniversaire du Centre Beaubourg, paquebot de la culture, il convient de rappeler l'existence du livre d'Albert Meister (ou Gustave Affeulpin comme on voudra), La Soi-disant Utopie du Centre Beaubourg, qui faisait quelques semaines avant son ouverture le rêve d'un bâtiment offert aux citoyens.

Parmi les dernières utopies du XXe siècle, ce texte électrique et visionnaire mérite d'être relu pour mettre en perspective les aspirations d'un sociologue, auteur de L'Inflation créatrice (Puf, 1975), qui versa dans la littérature pour partager ses rêves d'autogestion.

Un précurseur du mouvement collaboratif dont le nom doit être porté, clamé, toujours, sans fin, jusqu'au moment où l'on reconnaîtra sa pertinence et sa portée.




Albert Meister La Soi-disant Utopie du Centre Beaubourg. Postface du Préfet maritime. - Montreuil, Burozoïque, 2010, coll. "Le répertoire des îles", 256 p., 14 €


mardi 11 octobre 2016

Petite Bibliographie lacunaire de la collection La Bibliothèque utopique

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En attendant la Petite Bibliographie lacunaire des éditions France Adel (Françoise Adelstain), qui arrivera prochainement sur vos écrans, voici toujours, à l'instigation du fureteur Jean-Yves Griette, la Petite Bibliographie lacunaire de sa collection "Bibliothèque des Utopies" publiée entre 1977 et 1978 au 2 de la rue Fléchier dans le IXe arrondissement de Paris.
La collection a paru avec une couverture uniforme et très identifiable, mais au moment de la reprise de la marque France Adel par Balland, une jaquette a recouvert le tirage du dernier titre (voir ci-dessous).



Restif de la Bretonne
La Découverte australe par un homme-volant ou le Dédale français, nouvelle philosophique.
Préface de Jacques Lacarrière
Paris, France Adel, 1977, 260 pages.

Louis-Sébastien Mercier
L'An 2440, rêve s'il en fut jamais.
Préface d'Alain Pons
Paris, France Adel, 1977, 349 pages

Gallus (Arthur de Bonnard)
La Marmite libératrice ou le Commerce transformé, simple entretien.
Préface de Henri Desroche
Paris, Balland-France Adel, 1978, XXIX-246 pages

Pierrepont B. Noyes
'' La Maison de mon père'', récit traduit de l'américain par Paulin Desroche
Préface de Henri Desroche
Paris, Balland-France Adel, 1978, 318 pages

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Annoncé mais jamais paru :
Edward Bellamy
Cent ans après

vendredi 6 novembre 2015

Albert Meister lu par Jacques Bonnaffé

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Du mouvement autour d'Albert Meister !

Notez bien que le samedi 21 novembre prochain, à 19 h, Jacques Bonnaffé lira, accompagné du musicien André Minvielle, La soi-disant utopie Beaubourg.
Dans cette fiction romanesque, le sociologue Albert Meister (1927-1982), spécialiste de l'autogestion, imagine dans les sous-sols du Centre Pompidou officiel l’organisation autonome d’une vie collective explorant l’art, l’amour, l’éducation, la politique.
Un livre aussi drôle qu'intelligent réédité par les éditions Burozoïque.




Albert Meister La Soi-disant Utopie du Centre Beaubourg. Postface du Préfet maritime. - Montreuil, Burozoïque, 2010, coll. "Le répertoire des îles", 256 p., 14 €


Rappel :
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Le Canard enchaîné (n° 4908, 17 janvier 2011, p. 6)

mercredi 9 septembre 2015

Les vicissitudes d'un roman

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Depuis 1888, date de sa publication américaine, et 1891, date de sa double traduction française - l'une par Paul Rey sans cesse reprise avec sa préface de Théodore Reinach (Dentu), l'autre par le vicomte Gaëtan Combes de Lestrade (Guillaumin, le grand éditeur des économistes) -, on n'ira pas dire que Looking Backward, le roman best-seller d'Edward Bellamy n'aura pas connu de vicissitudes en terre française. Intitulé à la va comme je te pousse Seul de son siècle, en l'an 2000 ou même Le Futur antérieur, il paraît et reparaît dans des conditions scabreuses, c'est remarquable. Il faut rappeler que son importance pour les lecteurs et les révolutionnaires a fait de ce classique de l'utopie un incontournable que la bienséance et la déontologie éditoriale n'interdit jamais de coller dans son catalogue même si la concurrence le vend de son côté depuis lurette.
Déjà en 1893, un certain A. Berry en produisait une "adaptation" sous le titre "En l'An 2000" chez Flammarion, tandis que Dentu et Guillaumin tentait d'écluser leur stock. Puis il fallut attendre 1939 pour que la maison Fustier, bien méconnue celle-là, redonne au public la version de Paul Rey (avec une préface d'E. Chapentier), version qui deviendra canonique, malheureusement.
Puis il y eut l'exposition "Utopies" de la BnF en 2000 et la parallèle mise en ligne du roman sur Gallica. Depuis... c'est l'escalade. Ou l'avalanche. Les presses ont tourné pour réutiliser un texte célèbre rendu aisément disponible, coquilles et lacunes comprises.
De la traduction de Paul Rey, désuète et à délacunéifer, notez les occurrences (toutes disponibles aujourd'hui !) : 2007 (Montréal, Lux, avec notes et présentation de Normand Baillargeon et Chantal Santerre) 26,50 €
2008 (12 septembre) Le Futur antérieur (Lausanne, L'Äge d'Homme, coll. Outrepart) 19 €
2008 (6 novembre) Cent ans après ou l'an 2000 (Gollion, Suisse, InFolio) 10,15 €
et la dernière en date
2015 Cent ans après (Paris, Eternel) 18 €
N'en jetons plus.
Les trois dernières éditions paraissent à la fois outrecuidantes et déplacées. Et pas seulement parce qu'elles n'apportent rien de plus que la traduction à corriger de Rey et, parfois, dans leur immense générosité, la préface historique de Reinach. Quant à la seule ultime version, elle décroche toutefois la timbale.
Et pour quelle raison, direz-vous ?
Tout simplement, cette nouvelle impression de la vieille traduction de Paul Rey vient s'ajouter aux vieilleries antérieures, sans ajout du moindre travail éditorial, au risque de miner l'effort d'un éditeur qui a mis, lui, son énergie au service de sa volonté et sous presse, en 2014, une toute nouvelle traduction équipée d'une présentation ad hoc.
Avouez que c'est saloper le boulot que de passer derrière pour imprimer du papier.
Saluons donc Aux forges de Vulcain, maison opiniâtre et méritante, qui a rendu au texte d'Edward Bellamy sa dignité et aux lecteurs un texte à lire sans faute dans une version agréable.

Et par exemple le début du chapitre XV :

Je ne pourrai jamais trop insister sur la glorieuse liberté qui règne dans les bibliothèques publiques du XXe siècle, surtout quand on la comparer à l'intolérable discrimination des bibliothèques du XIXe siècle : les livres y étaient jalousement soustraits aux regards des lecteurs. Il fallait, pour les consulter, s'armer de patience, car d'innombrables formalités administratives s'efforçaient de décourager le goût des lettres.


Il était temps, du reste, que l'on nous restitue une version acceptable de ce roman devenu grand classique utopique. On y découvrira Julian West, jeune Américain de Boston s'étant endormi en 1887 pour se réveiller en 2000. Par bonheur, il s'éveille dans une Amérique du bonheur, idéale, une société d'abondance où le travail (de 21 à 45 ans seulement) donne droit à une carte permettant d'aborder tous les biens de consommation nécessaires. Ce pays transformé est celui d'un capitalisme tordu à fin d'offrir des échanges équitables, et, naturellement, plus écologiques. Dénonçant par contraste le capitalisme régnant à la fin de XIXe siècle, cette utopie du monde urbain et industriel mérite d'être lue comme une fable. Les enfants insoucieux que nous sommes y constateront quelques travers persistants.

Jetez Un regard en arrière, vous verrez plus loin devant.



Edward Bellamy Un regard en arrière. traduction de l'anglais de Francis Guévremont. Préface Manuel Cervera-Marzal. - Paris, Les Forges de Vulcain, 376 pages, 19 €

dimanche 31 août 2014

Utopies du siècle dernier

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Il y a bien longtemps que l'Alamblog aurait dû vous signaler ce livre. Et puis il se l'est calé dans la pile des livres particulièrement délectables, ceux qu'on retourne voir de temps à autres avec la même attente et le même plaisir... Bon, le Préfet maritime dans un sursaut de clairvoyance comme il en connaît parfois s'est aperçu que son attitude vis-à-vis de ces ouvrages délicieux était singulièrement égoïste, il a dérogé à ses habitudes et vous présente enfin ce panorama des utopies du siècle dernier rédigé, et ça n'est pas sans sel, par le co-créateur de la série Louis La Brocante Jacques Crouzet... Comme si les utopies, finalement, faisaient partie de ces vieillies choses héritées des siècles précédents et rapetassées encore et toujours par des idéalistes - ou non - à des fins parfois mal maîtrisées.

Le XXe siècle a été celui des utopistes, ces hommes qui veulent refaire le monde et rendre les hommes heureux. Les menaces que font courir à l’humanité les guerres et le progrès technique les conduisent à imaginer des contre-sociétés harmonieuses, des villes idéales, des communautés égalitaires, une langue universelle. Conçus par des personnalités charismatiques, il arrive que ces rêves deviennent réalité, pour disparaître le plus souvent avec leurs créateurs. Il arrive aussi qu’ils se transforment en cauchemars, sous la conduite de mégalomanes aux idées délirantes.


Voilà ce que nous dit l'auteur et son panorama a l'avantage d'être à la fois varié et inattendu en certains points. Une bonne révision et des découvertes, le rêve pour faire le point sur ce rêve de l'humanité, justement, qui tente inlassablement d'améliorer les choses avec ses moyens, parfois dérisoires, parfois démesurés, parfois grotesques et contre nature, et en mettant en œuvre des gestes esthétiques parfois grandioses, parfois déments.
Une excellente synthèse doublé d'un voyage au pays des idées — ce qui n'exclue par les incursions amazoniennes ou sahariennes.

Projets utopiques présentés
Monte Verita et Henry Œdenkoven (1875-1935)
Shantidas et Lanza del Vasto (1901-1981)
L'amour de Sion et A. D. Gordon (1856-1922)
Auroville et Mirra Alfassa (1878-1973)
La langue de Babel et Louis Lazare Zamenhof (1859-1917)
Les enfants de Joséphine Baker (1906-1975)
Les frères Villas Boas
Taizé et Roger Schutz (1915-2005)
Les cités radieuses de Le Corbusier (1887-1965)
La New Babylon de Constant Nieuwenhuys (1920-2005)
Broadrace City de Frank Lloyd Wright (1867-1959)
Brasilia d'Oscar Niemeyer (1907-2012)
Les sables de Jacques Lebaudy (1868-1919)
La Germania d'Albert Speer (1905-1981)
Les Hommes-singes staliniens d'Ilya Ivanovich Ivanoc (1870-1932)
Fordlandia de l'autocrate Henry Ford (1863-1947)



Jacques Rouzet C'est quand, le bonheur ? - Utopistes, utopies au XXe siècle, des frères Villas Bôas à Joséphine Baker, l'histoire de ceux qui ont voulu changer le monde, 352 p.-16 p. h.-t., 22 €

mercredi 5 mars 2014

Bibliographie lacunaire de la collection Antidotes

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Les années 1970 cherchaient des solutions, en inventaient même. Elles avaient foi en l'Homme et croyaient au collectif Témoin de cette époque, la collection "Antidotes" des éditions Entente, sises 12, rue Honoré Chevalier (75006 Paris), a milité pour la mise en œuvre de solutions saines mues par l'utopie, l'écologie, la pédagogie et... l'autogestion.
C'est là que la série nous intéresse puisque, aux côtés d'un René Dumont, y prit place un spécialiste de cette dernière question : Albert Meister. Ce dernier proposa sous le pseudonyme de Gustave Affeulpin (1) une Soi-disant Utopie du centre Beaubourg qui mérite diablement le détour. La collection fut publiée entre 1975 et 1993. Rien de très évident ne permet de comprendre vraiment tout à fait la présence des deux derniers ouvrages de l'ensemble.



Catalogue probablement un peu lacunaire de la collection Antidotes

Paul Lengrand L'Homme du devenir : vers une éducation permanente, 1975, 110 p. Fait suite à l'"Introduction à l'éducation permanente".

Philippe Oyhamburu La Revanche de Bakounine ou De l'anarchisme à l'autogestion, 1975, 334 p.

Gustave Affeulpin (i. e. Albert Meister) La Soi-disant utopie du Centre Beaubourg, 1976 , 198 p. Voir la nouvelle édition.

Ehsan Naraghi L'Orient et la crise de l'Occident. Préface d'Alfred Sauvy. Traduit du persan par Brigitte Simon, en collaboration avec Thierry Lemaresquier, 1977, 212 p.

Thierry Jeantet, Michel Porta et Jean-René Siegfried La Révolution conviviale, 1979, 139 p.

Michel Jourdan La Maison sur la montagne. Avec l'aide de Sylvia Jourdan, 1979, 127 p.

Marceau Felden 21e siècle : les nouvelles dimensions du futur, 1981, 393 p.

Maria Brandon-Albini Radioscopie de la culture italienne. Nouvelle édition revue et augmentée, 1983 , 670 p .

Carla Albini Les Arts plastiques en Italie de 1860 à 1943, 1985, 297 p.

René Dumont Les Raisons de la colère ou L'utopie et les Verts. Avec Charlotte Paquet, 1986, 137 p.

Mauricette Restoy Docteur, je ne veux plus vieillir : ou Doit-on traiter la ménopause ? Avec la collaboration de Valérie Sahue-Restoy, 1987, 224 p.

Mauricette Restoy Pour rester jeunes, aimons nos cellules, 1993, 244 p.



(1) Des explications sur ce nom figurent dans la préface de la nouvelle édition proposée par la maison Burozoïque en 2010.

lundi 2 septembre 2013

Le Livre du trottoir (et autres lieux)

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Afin de poursuivre leur promenade, les lecteurs de l'Histoire de la merde de Dominique Laporte (Christian Bourgois, 1978 ; 1993 ; 2003) peuvent désormais se procurer Les Urbanités parisiennes au XVIIe siècle. Le Livre du trottoir de Daniel Vaillancourt qui, depuis l'érection du premier trottoir (sic) en 1608, au Pont Neuf, s'intéresse à la redéfinition de la rue, de ses matières et de l'être humain.

Paris redessine alors son urbanité, se délestant, virtuellement, de ses aspérités. Dans l’espace symbolique, le carrosse se substitue ainsi au cheval et aux piétons. Entre l’entrée d’Henri IV (1594), la nomination de Sully comme Grand Voyer (1599) et l’institution du Lieutenant général de Police (1667), Paris s’est enrichi de nouvelles figures. Prenant en compte les modifications de la rue, cet ouvrage interroge les relations entre les formes urbaines et les formes discursives, entre l’urbanitas, manière de dire et d’être, et l’urbanité, manière d’occuper et de penser l’espace des villes.


Chez le même éditeur, d'autres voyages en territoires à explorer :

Imager la Romancie. Dessins de Clément-Pierre Marillier pour Le Cabinet des fées et Les Voyages imaginaires (1785-1789) (580 pages, 50 €, 16 septembre 2013)

À la fin du XVIIIe siècle, les collections romanesques illustrées contribuent au grand inventaire patrimonial des objets de savoir et des genres littéraires. Les anthologies du Cabinet des fées et des Voyages imaginaires, éditées par Charles-Joseph Mayer et Charles-Georges-Thomas Garnier, s’accompagnent de planches commandées à Clément-Pierre Marillier (1740-1808). La production éclectique du dessinateur – des Illustres François à la Sainte Bible, de Dorat à Raynal, des Œuvres de Prévost aux romans troubadour du comte de Tressan – permet de retracer une tradition d’illustration moyenne à diffusion assez large. En regard de l’ambition historiographique et diachronique des préfaces, les tableaux gravés de Marillier, autre espace de médiation, révèlent une culture visuelle, tracent l’horizon du lecteur de féeries et de romans, reflètent et magnifient l’univers du souscripteur des volumes. Il s’agissait donc de tenter une approche plurielle du rapport privilégié que l’illustration entretient avec le texte dans les livres à gravures aux XVIIe et XVIIIe siècles, ainsi que de leur réception et de leur consommation. (...) un parcours d’émerveillement et un outil de travail. aux enjeux des fortunes que connaissait alors.

Le volume comprend une mise en contexte, un ensemble d’études thématiques et un catalogue complet des illustrations. Le corpus, inédit à ce jour dans son intégralité, comprend, outre cinq frontispices, un ensemble rare de 196 lavis originaux et plusieurs dessins non retenus.

Et un nouvelle édition de De l’institution du prince (1606) de Jean Héroard, par Bernard Teyssandier (300 p., 24 €)

Auteur d’un traité sur les os du cheval paru en 1599, Jean Héroard (1551-1628) est chargé par Henri IV de la santé du dauphin dès le 27 septembre 1601, jour de la naissance de l’enfant au château de Fontainebleau. Le médecin s’acquitte scrupuleusement de sa tâche jusqu’en 1628, comme en témoigne le volumineux Journal qu’il rédige jour après jour durant près de trente ans. De l’institution du prince constitue le pendant public de cette somme monumentale, du moins pour la période allant de 1601 à 1608. En six matinées, sous forme de six promenades, Héroard dresse le portrait idéalisé du futur Louis XIII en exposant ses vues en matière d’enseignement. Fort de son expérience de praticien, il revendique un statut de pédagogue. Le caractère personnel et intime de la relation entre le maître et le disciple, obéissant au modèle de la direction spirituelle, module déjà dans ce texte la sensibilité éducative qui se retrouvera chez Fénelon à la fin du siècle.




Daniel Vaillancourt Les Urbanités parisiennes au XVIIe siècle. Le Livre du trottoir. - Paris, Hermann, Collection "République des Lettres", 326 pages, 28 €


dimanche 7 avril 2013

Une petite utopie familiale

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Curieux lot 78 de la vente Livres du XVIe siècle à nos jours qui se tiendra à Evreux le dimanche 14 prochain :

Manuscrit illustré - Utopie. Voyage dans la lune. Livre manuscrit original de 188 pp. et illustré par l'auteur. 1896. Format in-4, ½ bas. rouge à coins, dos à nerf orné de fleurons dorés. Les textes, dans des doubles encadrements octogonaux sont rédigés à la plume rouge ou bleue. L'auteur a illustré à la plume ces contes fantastiques de très nombreuses figures de grotesques, monstres, animaux et personnages poilus et de 52 compositions à pleine page. L'auteur, dans sa préface, destine cet ouvrage à ses petits-enfants. Bon exemplaire à la calligraphie très lisible et aux extraordinaires dessins. Petites épidermures et un feuillet détaché



Hôtel des ventes - 63 rue Isambard 27000 Evreux
Dimanche 14 avr. 2013 à  14h30
Alliances Enchères
lehavre-encheres@wanadoo.fr
01 44 26 05 99

jeudi 13 décembre 2012

Utopistes et révoltés

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Une vente magnifique se prépare ! La collection du librairie Jean-Pierre Faur consacrée aux utopistes et aux révoltés sera dispersée le mercredi 19 prochain à Drouot !

Commune, Rochefort, anarchistes, Courbet, Fourier, Considerant, Enfantin, Cabet, etc. se pressent en photographies, manuscrits, affiches, livres et brochures, édition originale de la Déclaration des droits de l'Homme, collection complète (rarissime !) de L’Écho de la Fabrique, le premier journal ouvrier français (1831), et on en passe. C'est un vrai trésor qui va être dispersé, et la collection complète de La Rue de Jules Vallès n'est pas la moindre des pièces de l'ensemble qui compte encore l'unique manuscrit connu De la guerre des rues et des maisons du maréchal Bugeaud, l'une des toutes premières apparitions de la "petite guerre", désormais nommée guérilla (urbaine en l'occurence).

De la lettre de rupture de l'Enfermé à Adélaïde de Montgolfier (1833) à L'Aimable Faubourien, journal de la canaille fondé par Poulet-Malassis, sans oublier le Hachych du docteur Lallemand, pièce mal connue où cet ami de Fourier imaginait un consommateur de drogue se trouver transporté par la substance un siècle plus tard et nous en rapporter les progrès, ou bien encore les cosaques de Coeurderoy et les dialogues de Maurice Joly ce catalogue est un vrai document d'histoire politique.

A consulter ici.

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jeudi 6 décembre 2012

Du bain breneux à la cité mosaïque, un panorama de l'utopie

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Plutôt que d'avaler les envolées lyrico-ploum-ploum-prends-donc-ça-dans-l'oeil du nouveau Goncourt de la maison Actes Sud (1), rendons-nous donc d'un pas audacieux dans une région que ne fréquentent guère les zamateurs de littérature qui s'y croât et les lecteurs de Nouveautés (2). Nous y serons plus au calme.

Vous aurez compris que nous parlons bien ici aux lecteurs tous-terrains, deux ou quatre zieux moteurs, doubles hémisphères moteurs dont les pneumatiques autorisent des parcours peu fréquentés. Ces lecteurs ne sont pas les plus courants, c'est vrai, mais il en est, nous pouvons vous l'assurer, il en est. C'est du reste à eux que songeait probablement le pseudonymique Lélio de Mûval dont L’Apocalypse merveilleuse est devenue très vite une curiosité...

Comme nous vous le disions il y a quelque mois, son roman est à la fois brenneux et utopique. — et voilà, on entend déjà les synthétiques glapir "Humains donc !", mais ça n'est guère ce que nous souhaitions dire : le roman débute dans une apocalypse liquide décrite dans un style dépeigné, se poursuit sur une planche à repasser (sic), continue dans la stabilisation d'un monde recouvert de bran, et débouche dans une enquête relative à des meurtres apparemment politiques qui offrent l'occasion inouïe d'un voyage touristique complet au pays des utopies à deux enquêteurs, à une Belle et à l'âne Victor. Sans oublier le petit vélo et le gamin surnommé "Mon Bonhomme".
Ce pays, c'est le Nord rendu à la civilisation après la catastrophe par d'utopiques cités fondées et administrées selon les principes des utopistes de renom. La ville des expiations ballanchienne n'est guère loin de la Cité solarienne inspirée de Campanella, etc. tandis que les saint-simoniens ont leur home, de même que les comtiens, et j'en passe. Le but de l'auteur étant, bien entendu, d'exposer aussi pédagogiquement et plaisamment que possible les doctrines des uns et des autres, et de montrer les limites de chacun des systèmes. Et l'on sait combien la plus généreuse des utopies passées à l'acte peut faire froid dans le dos !

Vrai feuilleton livré d'un seul bloc (en deux volumes tout de même), cette Apocalypse merveilleuse digne d'un philosophe est à la fois très punk, très littérature populaire, très pédago, très bavarde et finalement très amusante. On y révise ses connaissances sur les utopies, et l'on se réjouit que Lélio de Mûval ait eu cette bonne idée d'offrir cette virée dingue qui restera dans les annales du roman sans peigne.




Lélio de Mûval L'Apocalypse merveilleuse. Couverture illustrée d'un dessin à l'encre de chine — Lille, Les Âmes d'Atala (82 rue Colbert, porte cochère bleue, 59000 Lille), deux volumes, prix non mentionné.





(1) Il a déjà fatigué nombre de lecteurs assez fins et généralement suffisamment prévenants pour ne pas s'arrêter à de menues emphases. Il faut reconnaître que l'on a cette fois affaire à un auteur fin, humble, prévenant et sympathique certes, mais un qui se mire la plume en écrivant dans son bureau du lotissement des Olympes ; un auteur capable d'émouvoir ce vieux Beurre-Oeufs-Fromage de Pivot, c'est dire.

(2) Il faudra bien que, pour répondre à la demande, nous en passions un jour par la dissection d'un "lecteur de Nouveautés". Bien sûr, le labeur est répugnant pour celui qui s'y colle, mais il est tant réjouissant qu'on nous harcèle. Voici donc pourquoi, ma foi, on a jusqu'ici agi ainsi : très lentement.

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