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samedi 13 mars 2010

Paris en songe

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Jacques Fabien n’est pas le plus fameux des utopistes du XIXe siècle, c’est le moins que l’on puisse dire.

Assez peu fréquenté, son Paris en songe, qui avait manqué une réédition en 2001, reparaît le 17 prochain à l’enseigne des éditions Burozoïque qui se sont fait, grâce leur collection “Le Répertoire des îles”, une spécialité des utopies. Entre autres.

Pour ne rien dévoiler de trop de cette utopie socialiste particulièrement intéressante, annonçons que Jacques Fabien était un notaire des beaux quartiers qui prit en grippe le luxe du Second Empire.
Prenant le contrepied des apothéoses urbanistiques d’Haussmann, il rêva d’une capitale rendue aux petites gens.

Il serait probablement fort attristé de constater comment on chasse aujourd’hui de Paris jusqu’aux classes moyennes. Du songe de Fabien au cauchemar contemporain, il y a loin.

Une belle et bonne utopie méconnue à découvrir à un prix singulièrement modique.


Jacques Fabien Paris en songe. Postface de Jean-Pierre Arthur Bernard, avec neuf collages de Julie Jacob et Fred Chance. — Montrouge, Burozoïque, 2010, 104 pages, 8 euros



Rappel, dans la même collection, ce classique des classiques :

Louis-Sébastien Mercier Paris en l’an 2440, rêve s’il en fut jamais. Édition présentée par Michel Lallement et illustrée par Delphine Dupart. - Montrouge, Burozoïque, 336 pages, 17 euros

lundi 21 septembre 2009

Deux Utopies (1850)

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I. Une rue de Paris.

— Je pars pour la Californie.
— Et moi pour l’Icarie.
— Je vais chercher de l’or.
— L’or est une chimère; je n’aspire qu’au bonheur. Cabet m’a donné l’adresse du bonheur ; il demeure sous les ombrages de l’Icarie.
— Moi, je vais pêcher de l’or dans le Sacramento. L’or est une chimère, et il faut toujours caresser quelque chimère ; sachons en remplir plusieurs sacs : j’en emporte une douzaine, et je reviendrai chargé comme un mulet
— Vous comprenez que, pour moi, je méprise complètement votre or; il vous faudra fouiller la terre de Californie, et entrer au moins jusqu’aux genoux dans le fleuve aurifère du Sacramento. Il est clair que tous ces efforts doivent paraître rien ridicules à un homme qui va passer le reste de sa vie à fumer nonchalamment la pipe sons les arbres du Texas, qui sont les plus beaux arbres du monde, de même que le Texas est le plus beau pays qui existe. Je ne vous cache point que j’emporte plusieurs tonnes de pipes avec moi.
— Quand je serai de retour avec mes sacs pleins d’or, rien ne me sera plus facile que de ne rien faire le reste de mes jours ; je pourrai même fumer autant de pipes que vous, si cela me fait plaisir. Est-ce que vous prétendez, par hasard, m’humilier avec vos pipes ?
— Et vous, avec vos sacs ?
— Va-t’en en Icarie, imbécile !
— Et toi en Californie, grigou !
— Si je n’étais pas si pressé, je te corrigerais gratis de ta paresse.
— Et moi je te couperais les oreilles, quoique ce soit un travail, et que le travail soit contraire au bonheur.
(Ils partent.).


II. Un désert entre la Californie et le Texas

— Tiens ! c’est vous ?
— Grands dieux ! quelle rencontre !
— Comme vous voilà fait ! Je vous prenais d’abord pour un singe.
— Et moi, pour un ours. Si vous rencontrez en route des Icariens qui me poursuivent, dites-leur que vous ne m’avez point vu.
— Je vous fais, pour ma part, la même recommandation. Je crains d’être poursuivi par un traiteur de la Californie à qui je dois une note de cinq cent mille francs.
— Moi, ou me poursuit pour bien moins que cela, pour une cuillerée de soupe qu’on m’accuse d’avoir prise de plus que mes frères communistes, dans la gamelle commune et icarienne ; car il faut vous dire que, depuis mon arrivée en Icarie, nous n’avons fait, mes frères et moi, que nous battre pour des questions de gamelle. Quand la gamelle était vide, nous nous battions parce qu’il n’y avait rien dedans; et quand elle était pleine, ce qui n’arrivait guère, nous nous battions pour ce qu’elle contenait, si bien que c’était notre unique occupation , et que cet exercice, on nous donnant de l’appétit, augmentait encore notre fureur. Enfin, un jour qu’il y avait on ne sait quoi au fond de la gamelle, il parait que j’y ai plongé la cuillère une fois de plus qu’à mon tour, de sorte que toute la bande s’est mise à hurler après moi, et que vous me voyez fuyant dans le désert. Mais cela doit vous toucher bien peu, vous qui avez mangé au point de faire une note de cinq cent mille francs chez le traiteur.
— C’est-à-dire que je n’ai fait que mourir de faim. Imaginez-vous qu’il y a la famine en Californie, et qu’un poulet s’y vend quinze mille francs, et même i! n’y a plus de poulets ; on en est à manger du chien. J’ai quatre chiens sur ma note, à dix mille francs chacun ; encore m’a-t-il fallu les faire cuire moi-même, le traiteur n’ayant pas voulu s’en charger, à moins de dix mille francs de plus. Les mines m’ont rapporté trois cent mile francs d’or, et je dois près d’un million : les Californiens ont voulu me faire mettre à Clichy ; voilà ma position.
— Et où allez-vous de ce pas ?
— En Icarie. J’ai bon poignet : je m’emparerai de la gamelle.
— Moi, je vais en Californie. Vous n’auriez point par hasard quelques restes de provisions sur vous : une tranche de chien, la moindre des choses ?
— Depuis quinze jours, je vis d’un mulot que j’ai attrapé dans les champs.
— Moi, j’ai mangé des sauterelles.
— Mâtin ! vous n’êtes pas à plaindre.


III. Un quai du Havre

— Salut, ô ma patrie !
— Belle France, je te revois !
— Tiens ! c’est encore vous ?
— Moi-même. Mais qu’avez-vous fait de vos deux oreilles ?
— je les ai laissées en Californie. Il n’y avait plus rien à manger : le dernier chien avait été mis à la broche par le gouverneur, M. Mason ; alors, me trouvant sans ressources pour quitter le pays, j’ai vendu mes oreilles 60.000 francs à un Espagnol, qui aurait fini par me les couper pour rien si je n’avais pas voulu les lui vendre. Il les a trouvées excellentes. Mais je vois avec plaisir que vous avez conservé les vôtres.
— Hélas ! elles n’ont pas tenu à grand’chose. Quand j’arrivai en Icarie, après vous avoir rencontré dans le désert, on me prit d’abord pour le père Cabet, et je fus rossé, avant toute explication. Ensuite, comme il n’y avait rien à manger, nous jouâmes au bouchon à qui fournirait une grillade à la communauté. Je perdis, et fus contraint de me laisser couper une tranche d’une partie charnue située au bas du râble, et que je n’appellerai pas autrement. Je suis guéri, à la vérité, et il n’y paraît pas, sauf quand je suis assis, parce qu’alors je boite sur mon siège du côté droit. Mais, puisque vous avez vendu vos oreilles 40.000 fr., vous ne refuserez pas de me prêter une pièce de 40 sous ?
— Quarante Californies qui vous étouffent ! Il ne me reste pas un Iiard, et j’ai obtenu du capitaine qui m’a transporté en France le passage gratuit, à condition que je lui cirerais ses bottes.
— Alors, je vais essayer de vendre mes sacs.
— De quels sacs parlez-vous ?
— De ceux que j’avais pris à mon départ pour les rapporter pleins d’or.



Almanach pour rire pour 1850. Paris, Pagnerre, pp. 14-19.
Ce dialogue figurait également dans la Revue comique, à l’usage gens sérieux à une date… que nous avons omis de noter. Probablement 1848-1849.

Sur Etienne Cabet et l’Icarie, les utopies socialistes et l’utopie en général.

jeudi 17 septembre 2009

L'Humanisphère de Joseph Dejacque

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Joseph Dejacque (1822-1864) n’est pas le plus notoire des penseurs politiques français, il n’en est pas moins des plus remarquable. La réédition de son Humanisphère va permettre de le constater ubi et puis orbi.
Exilé aux Etats-Unis, cet ouvrier décorateur acquis à la pensée socialiste et libertaire — il est le premier utilisateur de ce dernier terme — y conçut des écrits plutôt stupédiants, dont cet Humanisphère utopique dont la verve unique n’est pas sans rappeler le lyrisme emballé du “sauveur du vers français”, le fameux Auguste Boncors. Soit un texte à déguster, comme on a pu apprécier Ernest Coeurderoy.
Préambule en guise d’illustration :

Ce livre n’est pas une oeuvre littéraire, c’est une oeuvre INFERNALE, le cri d’un esclave rebelle. (…)
Ce livre n’est point écrit avec de l’encre, ses pages ne sont point des feuilles de papier. Ce livre, c’est de l’acier tourné en in-8° et chargé de fulminate d’idées. C’est un projectile autoricide que je jette à mille exemplaires sur le pavé des civilisés. Puissent ses éclats voler au loin et trouer mortellement les rangs des préjugés. Puisse la vieille sociélé en craquer jusque dans ses fondements (…)


La grosse toile fourmille de textes de Joseph Dejacque : ici, la version châtrée de L’Humanisphère (édition écourtée de la Bibliothèque des Temps nouveaux, Bruxelles, 1899) dont les coupes dûment et honnêtement signalées sont particulièrement intéressantes puisqu’elles disent tout haut ce que la propagande anarchiste considérait en 1899 comme trop “avancé”, ou trop contestable pour être diffusé.
Voici ensuite A bas les chefs ! (édition de 1912) où les patrons, contremaîtres, chefs d’entreprise et autres régents de bureau prennent pour leur grade — un texte de saison !
Puis Aux ci-devant dynastiques, aux tartufes du peuple et de la liberté (1848)
Et ces Vers récités, le 24 juin 1852, sur la tombe d’un proscrit
(liste non exhausive).
Toutes choses qui imposent de rendre à Dejacque son lustre et de le rétablir à son rang.

Vive la Liberté ! Vive Dejacque !



Nota Bene : Dejacque nous renvoie dès le préambule de son récit à un essai complémentaire, une sorte de préacquis nécéssaire : Le Monde marche d’Eugène Pelletan (2e éd., 1858).



Joseph Dejacque L’Humanisphère. — Burozoïque, 163 pages 10 euros

jeudi 11 octobre 2007

Allais est refait : les villes à la campagne étaient nées avant lui

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Un axiome de M. Pierre Leroux
Mais, mon bon monsieur Cabet, puisque vous aimez tant la paix des champs, il faut bâtir les villes à la campagne.



Le Pamphlet provisoire illustré (Auguste Vitu réd. chef), nouvelle série, Ière année, 16-19 octobre 1848, p. 4.

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