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jeudi 2 décembre 2010

Les Terreurs de l'Atlas

Serge.jpg

Dans le catalogue de la Librairie William Théry, quelques pièces uniques de Harry Alis, Rachilde, Edgard Varèse, George Auriol, Henri Strentz, Charles-Louis Philippe, Jean Bruller, Paul-Napoléon Roinard, André Rolland de Renéville et Oscar Venceslas de Lubicz-Miloscz à René Allendy, Claude Farrère (sur son gri-gri), etc.
A noter un bel ensemble sur l'article de Léon Deffoux consacré à Lucien Descaves dans le Mercure de France en 1940, ainsi que l'épigramme de Barthélémy qui suit :

14.- Auguste-Marseille BARTHÉLÉMY (1796-1867), poète marseillais. LAS, Paris, 18 juillet ( ?), à un général ; 1 p. in-4°. Il lui adresse, pour le distraire, un perfide quatrain « éclos, cette nuit, de (son) insomnie » aux dépens d’André Dupin, dit Dupin aîné (1783-1865), président de l’assemblée législative en 1849 et académicien. Il l’a intitulé : Les Dames à M. Dupin :
Contre nous, vieux Dupin ! vainement tu fulmines,
Dans ton petit livre à deux sous ;
Tu tapes sur nos crinolines,
Ne pouvant plus taper dessous. »
L’ouvrage de Dupin dont il est ici question est probablement son Opinion sur le luxe effréné des femmes (1865). 50 €

Et puis, illustrant ce billet, la très belle affiche de cirque dont voici la notice :

65.- Maurice Féaudierre dit SERGE (1909-1992), dessinateur et écrivain, historien du cirque. LAS écrite au verso d’une affichette lithographiée représentant la dompteuse de lions Nouma-Hava (27 x 40 cm), Paris, s.d., à Robert Kemp ; 1 p. in-4°. Le « gamin folâtre » qu’il est se déclare « heureux d’avoir pu retrouver pour (Kemp) les traces picturales du corps, du visage et des lions de la célèbre NOUMA-HAVA qui enchanta votre enfance. » Serge désirait conserver cette affichette en couleurs : « Mais vous semblez tellement y tenir et vous aimez si superbement le Cirque, que je m’en sépare, certain qu’elle fera ressusciter facilement en votre cœur de poète la place des quinconces avec ses toiles étoilées, enluminées des feux merveilleux d’une enfance éblouie. Voici donc NOUMA-HAVA parmi les Terreurs de l’Atlas… » ─ Le document est en état fort médiocre (plis, petits manques, nombreuses consolidations au scotch au verso, probablement par Serge). Curiosité. 50 €



Librairie William Théry
1 bis, place du Donjon
28800 Alluyes
02 37 47 35 63
williamthery@wanadoo.fr

mercredi 30 décembre 2009

Des origines de certains événements et des bases de la langue

Proverbe.jpg



Chez Dilecta, on peut se fournir en Art des putains ou en Arabe du coin, en Animal Sketching d’Alexandre Calder, en Fondements du judo d’Yves Klein, ou en Manifeste des Nouveaux Réalistes de Pierre Restany.
Mais c’est la collection Dada qui nous importe aujourd’hui car y est proposé depuis plus d’un an - excusez le retard - un fac-similé plus qu’intégral de la revue Proverbe, “feuille mensuelle pour la justification des mots” lancée par Paul Eluard depuis son home du 3 rue Ordener (Paris XVIIIe) avec le concours de Jean Paulhan, qui signe l’éditorial “Syntaxe” où s’exprime le souci de vivifier la langue, et la participation de Philippe Soupault, Tristan Tzara, André Breton, Francis Picabia et Maurice Raynal. Le premier numéro paraît le 1er février 1920, soit un an précisément après la proposition émise par Paulhan de présenter André Breton à Paul Eluard : il était donc bien partout, Paulhan, avec son air de ne pas y toucher, et son appétence pour les finesses langagière et comportementale :

l’auto, la pratique des jalons et ces mots anglais qui sont peut-être des gros mots, j’ai toujours vu que tout se passait comme si (n° 3, 1er avril 1923, p. 1)

Il se présente sous la forme de quatre pages et dans le goût typographique de Dada qui fait toujours les délices des amateurs de tracts. On y découvre tout d’abord que “391 ne contient pas d’arsenic” et que les mots “s’usent à force de servir”, et notamment chez les écrivains qui en connaissent trop, dont “les oeuvres sont les plus ternes qui soient” (Paulhan toujours).
Plus tard, en s’adjoignant les ébullitions de Georges Ribemont-Dessaignes, Paul Dermée ou Céline Arnauld au fil des 6 livraisons (la dernière est titrée L’Invention n° 1 et Proverbe n° 6 (1er juillet 1921), cette feuille aura bravement soutenu les efforts conjoints de quelques jeunes gens décidés à ne pas laisser la langue dans l’état où ils l’avaient trouvée.
Et d’ailleurs,

Après nous la blennoragie (Docteur V. Serner)

Rarissime ou uniques, la collection originale et les documents annexes fournis par Paul Destribats et présentés par Dominique Rabourdin sont reproduits dans leur “jus”, couleur du papier comprise, au format, comme autant de pièces que l’on dirait authentiques. Ces pages sont tout simplement captivantes - et pas seulement le manuscrit de la première page “à trou” de l’échantillon gratuit au fameux ajour intitulé “Bracelet de la vie”. On s’y perd, l’esprit y fait son chemin, sourit, rebrousse, tergiverse, cahote, s’interroge et se prend à rêver d’une ère où, dans la grisaille d’une crise bientôt séculaire, quelques êtres reprendraient le dessus, le nerf, le knout, l’envie…

Avec DADA, tous les jours, rendez-vous n’importe où




Proverbe feuille mensuelle pour la justification des mots. Fac-similé édité et présenté par Dominique Rabourdin. - Paris, Dilecta, 2008. Sous chemise, 1 livret de 16 pages et 6 numéros indépendants, 25 euros



NB Dilecta a publié en autre choses passionnantes les Sept manifestes Dada de Tzara et les manifestes futuristes (Debout sur la cime du monde)

Dilecta
4, rue de Capri, 75012 Paris
contact@editions-dilecta.com

lundi 24 septembre 2007

Lénine : ami de dada ?

leninedada.jpg


Lénine fut-il dada ?
Lénine fut-il à l’origine de dada ?
Lénine eut-il assez d’influence sur Tzara lors de leur séjour suisse commun pour influer l’art du XXe siècle tout entier ?
Tzara laissa-t-il Lénine écrire certains de ses poèmes ?
Tzara fut-il cette éponge qui, du léninisme bruyant des soirées arrosées du Cabaret Voltaire fit un dada étourdi mais puissant ?
Tzara eut-il assez d’influence sur Lénine (etc.) pour influer sur la politique du XXe siècle tout entier ?

En somme, et pour résumer, Dominique Noguez a-t-il bien fait de découvrir que Lénine adorait ces soirées populaires dont les dérives le guidèrent sur la voie de ce nihilisme tragique, quoique bolchevique, et ubuesque ?
Comme disait l’autre, “si tu te débarasses de l’homme, tu te débarasses du problème”.
Très russe manière de régler le problème qui ne règle pas ce point : il vous faudra lire ce livre pour vous faire une idée sur ce qu’est une véritable recherche d’histoire (politique et artistique). Ou son contraire.
Cette thèse superbe (ment embarassante, et pour plus d’un) avait d’abord paru en 1989 chez Robert Laffont. Elle est réédité à l’occasion du 90e anniversaire de la Très Grande Bamboche du camarade Oulianov.
Alors, contre les dérives de la révolution et contre les dérives de la recherche, lisez Lénine dada.


Dominique NOGUEZ Lénine dada. — Paris, Le Dilettante, 2007, 191 p. sans prix ni code barres.