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mardi 7 novembre 2017

Les mains vides

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Pour honnir les cyniques qui confondent à dessein chômage et farniente, retrouvons le roman de Maria Borrély (1890-1963) qui les informerait sur la mansuétude (puisqu'attendrir on ne pourra point) : Les Mains vides, l'un de ses derniers livres, daté de 1932, réédité en 1989 par son fils Pierre et réimprimé à plusieurs reprises depuis par La Part commune et tout dernièrement par la coopérative Parole - qui publie également les œuvres complètes de Maria Borrély, il faut le préciser, et on y reviendra.

On était quatre grands amis enchaînés par le sort...

Sur un tempo semblable à celui de Delteil et dans des phrases cousues comme l'aurait fait un Giono, un livre touchant, brutal et beau, habité par tous les vents de Provence, cheminant par toutes ses routes, le long desquelles les chômeurs égrenaient leurs misérables existences avant de finir sur les bancs de Marseille.

Sa figure est enflammée par la faim. Dans ses oreilles, des cloches bourdonnent, la tête lui tourne et presque, il commence à voir les étoiles du ciel en plein jour.

Sur les traces de La Faim (Hamsun) et de Ceux du trimard (Marc Stéphane), juste avant La Gueule (Seignolle), un très beau livre à ranger près de ceux des meilleurs plumes de l'entre-deux-guerres.


Maria Borrély Les Mains vides. - Parole, 2017, 99 p., 11 €




Illustration du billet : Les trimardeurs, par Steinlen (1913).

mercredi 4 juin 2014

La Ballade des baladeurs (1904)

surgereballad.jpg


La Ballade des baladeurs
Pour Egy-Pan.

Où s'en vont donc ces corps moulus
Ces dépourvus et ces nomades
Vers les coteaux et vers les rades ?
Mangeant mal au long des talus,
Cherchent-ils quelques superflus
Sous les ponts et les estacades ?
Non pas, ils font sous les deux fades
Une balade et rien de plus.

Et ceux-là, ceux qui, tout perclus,
Tournent en rond, bons camarades,
Sous les verrous, en enfilade !
Montent-ils, éternels reclus,
Vers les demeures des élus ?
Rêverais-tu, comme un malade
Cette sinistre mascarade ?
C'est leur balade, et rien de plus.

Regarde ces casques poilus,
Ces soldats dévorant les stades,
Ou s'en allant en cavalcades
Vers des combats qu'ils n'ont voulu,
Pétrir pour les corbeaux goulus
Corps et cerveaux en marmelade.
Sonnez, clairons, pour la parade
Ou la balade, et rien de plus.

ENVOI

Baladeurs maigres ou joufflus
Qui passez à la cantonade
Pour vous j'ai fait sur la balade
Cette Ballade et rien de plus.


Gabriel Surgère


La Jeune Champagne, janvier 1904.