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Nous évoquions il y a quelques jours le graveur virtuose Romyen de Hooghe (Amsterdam, 1645-Harlem, 1708).

Voici, grâce à l'aimable transmission de Nicolas Malais, l'image qui nous faisait nous pâmer...

Elle illustre "La Chose impossible", issue des Contes et nouvelles en vers de La Fontaine (1685).

Entre Jérôme Bosch et Grandville, reprenions-nous, mais les échos sont sans aucun doute plus nombreux encore.

On trouvera sur le site de l'université de LIège un florilège de ses gravures et signalons encore que Leonard Baskin a publié en 1971 (Gehenna Press) un portrait imaginaire de Hooghe.

Et pour se rémémorer le conte de La Fontaine, voici :


XIV. — LA CHOSE IMPOSSIBLE

Un démon, plus noir que malin,
Fit un charme si souverain
Pour l'amant de certaine belle,
Qu'à la fin celuy-cy posséda sa cruelle
. Le pact de nostre amant et de l'esprit folet,
Ce fut que le premier jouiroit à souhait
De sa charmante inexorable.
« Je te la rends dans peu, dit Satan, favorable :
Mais par tel si, qu'au lieu qu'on obeit au Diable
Quand il a fait ce plaisir là,
A tes commandemens le Diable obeira
Sur l'heure mesme, et puis, sur la mesme heure,
Ton serviteur Lutin, sans plus longue demeure,
Ira te demander autre commandement
Que tu luy feras promptement ;
Toujours ainsi, sans nul retardement :
Sinon ny ton corps ny ton ame
N'appartiendront plus à ta Dame ;
Ils seront à Satan, et Satan en fera
Tout ce que bon lui semblera. »
Le Galand s'accorde à cela.
Commander estoit-ce un mystere ?
Obeir est bien autre affaire.
Sur ce penser là nostre Amant
S'en va trouver sa belle, en a contentement,
Gouste des voluptez qui n'ont point de pareilles,
Se trouve trés-heureux, hormis qu'incessamment
Le Diable estoit à ses oreilles.
Alors l'Amant lui commandoit
Tout se qui lui venoit en teste ;
De bâtir des Palais, d'exciter la tempeste :
En moins d'un tour de main cela s'accomplissoit.
Mainte pistolle se glissoit
Dans l'escarcelle de nostre homme.
Il envoioit le Diable à Rome :
Le Diable revenoit tout chargé de pardons.
Aucuns voyages n'estaient longs,
Aucune chose malaisée.
L'Amant, à force de réver
Sur les ordres nouveaux qu'il lui faloit trouver,
Vid bien-tost sa cervelle usée.
Il s'en plaignit à sa divinité,
Lui dit de bout en bout toute la vérité.
« Quoy ! ce n'est que cela ? lui repartit la Dame :
Je vous auray bien-tost tiré
Une telle épine de l'ame.
Quand le Diable viendra, vous lui presenterez
Ce que je tiens, et lui direz :
Défrize-moi cecy, fais tant par tes journées
Qu'il devienne tout plat." Lors elle lui donna
Je ne sçais quoy qu'elle tira
Du verger de Cypris, labirinte des fées,
Ce qu'un Duc autrefois jugea si precieux,
Qu'il voulut l'honorer d'une Chevalerie,
Illustre et noble confrairie,
Moins pleine d'hommes que de Dieux.
L'Amant dit au Démon : « C'est ligne circulaire
Et courbe que ceci ; je t'ordonne d'en faire
Ligne droite et sans nuls retours :
Va t'en y travailler et cours. »
L'esprit s'en va, n'a point de cesse
Qu'il n'ait mis le fil sous la presse,
Tâché de l'aplatir à grands coups de marteau,
Fait séjourner au fonds de l'eau,
Sans que la ligne fust d'un seul poinct étendue ;
De quelque tour qu'il se servist,
Quelque secret qu'il eust, quelque charme qu'il fist,
C'estoit temps et peine perdue :
Il ne pût mettre à la raison
La toison.
Elle se révoltait contre le vent, la pluie,
La neige, le brouillard : plus Satan y touchoit,
Moins l'annelure se laschoit.
« Qu'est ceci ? disoit-il ; je ne vis de ma vie
Chose de telle étoffe : il n'est point de lutin
Oui n'y perdist tout son latin. »
Messire Diable un beau matin
S'en va trouver son homme, et lui dit : « Je te laisse.
Aprens-moy seulement ce que c'est que cela :
Je te le rens : tien, le voila.
Je suis victus, je le confesse.
— Nôtre ami Monsieur le luiton,
Dit l'homme, vous perdez un peu trop tost courage ;
Celuy-cy n'est pas seul, et plus d'un compagnon
Vous aurait taillé de l'ouvrage. »


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