L'Alamblog

Accueil | Contre-feux, revue littéraire | Les espaces de l'édition indépendante| La librairie

vendredi 5 février 2010

Pour Théo Varlet (Gérardot de Sermoise)

VarletII.jpg



Point trop réputé, Gérardot de Sermoise était un poète de l’avant-guerre, disciple de Fernand Mazade, actif revuiste, et auteur d’une petite poignée de livres. Dans Le Coeur, il a tracé de curieuses épitaphes d’auteurs morts ou vivants et laissé un poème à Théo Varlet que nous livrons ici à titre documentaire.
Gérardot de Sermoise a également rédigé les notices biographiques de l‘Anthologie de la poésie française. Les modernes (Paris-London, Librairie Hachette, 1929) de l’Anglaois Malcolm McLaren, ami et traducteur de Théo Varlet.


Issue de ses “Epitaphes de quelques vivants”, voici celle


De Théo Varlet

Homme de verve et de puissance,
Fier trouvère et gai troubadour,
Il a, dans un rythmique amour,
Dédoublé l’ivoirine tour
Et joint la Flandre à la Provence.

Et ce poème à Varlet dédié :

Pour Théo Varlet


Cassis.

La vague qui se hausse où plongent les falaises
Jette au crépuscule un éclair d’argent.
Faut-il partir avant qu’aux derniers feux se taisent
Les choeurs d’oiseaux blancs qui vont tournoyant ?

Nous ne reverrons pas le gouffre des Armoises,
Non plus que le bois vers quoi j’ai cueilli,
Parmi les câpriers, deux bouquets de framboises :
Nos lèvres ensemble en ont défailli.

Regagnons les sentiers masqués de chèvrefeuille,
Parés de silence et de buissons roux.
Pourquoi t’arrêtes-tu ? Le mirage s’endeuille :
La plaine avec moi glisse à tes genoux.

Tu dis qu’une clarté, là-bas, vient d’apparaître
Au pide du coteau couronné de pins ?
Feu clame d’amitié. C’est à cette fenêtre
Que Théo Varlet nous tendra les mains.

Gérardot de Sermoise





Gérardot de Sermoise Le Coeur. Avec un poème de Fernand Mazade. - Paris, Librairie de France, 1929, pp. 128 et 31-32.

mercredi 21 octobre 2009

Stevenson et Flaubert : Un parallèle à vérifier (Théo Varlet, 1927)

VarletII.jpg



Un récent billet de Livrenblog nous a remis en mémoire certaine coupure qui dormait, plombée, en nos soutes.
Pour l’avoir lu avec plaisir naguère, il nous a paru du dernier urgent de rendre à Théo Varlet, à Flaubert et à Stevenson, ainsi qu’à René Dumesnil — lequel signalait dans Les Marges (n° 159-160, sept.-oct. 1927) l’article de Théo Varlet —, leurs fastes et leur gloire.



Lire la suite...

mercredi 7 octobre 2009

Les orgies de James S. Lee

opiomane.jpg Couverture illustrée d’une image du film The Dividend (USA, 1916)



En 1935, paraissait à Londres un curieux ouvrage intitulé The Underworld of the East. Being eighteen years’ actual experiences of the underworlds, drug haunts, and jungles of India, China, and the Malay Archipelago. With plates (London, Sampson Low & Co. IX-278 p.). C’est, à l’évidence, l’un des plus extraordinaires documents que l’on puisse imaginer, doublé d’un récit de voyage singulier. Et même très singulier. William Burroughs ne s’y est pas trompé qui le tenait pour un maître-livre.

Et c’est en effet un classique de la littérature de voyage que cet Underworld of the East, et, malgré sa curieuse absence du panoramique l‘Opium : histoire d’un paradis infernal de Mary Hodgson (Le Seuil, 1999), un authentique grand livre de la « drug literature ». Il n’avait encore jamais été traduit en français.

L’Anglais James S. Lee (1872-?) aura attendu l’âge de 62 ans pour publier le récit scabreux de ses voyages “à thème” durant lesquels la chasse au tigre ou la défense contre les Dacoïts ne furent pas les occupations les plus récurrentes, et de loin… De fait, dl’Inde en Malaisie, de Shanghai au Brésil, des beuglants portuaires aux jungles tropicales, et des lupanars aux fumeries d’opium discrètes, notre gentleman-junkie a laissé un testament surprenant.

Le titre anglais de son ouvrage, que l’on pourrait traduire par Les Bas-Fonds de l’Asie, ne laisse aucune ambiguïté sur le sujet principal de l’opus rédigé par un ingénieur mécanicien, spécialisé dans les mines et le chemin de fer, qui, de 1895 à 1915, n’a cessé de s’enquérir des produits hallucinants, procédant dans la description de leurs effets avec le même soin que Théo Varlet dans son essai. Concoctant à l’aide de son laboratoire portatif toutes sortes de poudres et mélanges liquides, il profita des plantes inédites que lui offrait une nature pléthorique afin de ne pas se limiter au tout-venant de la stupéfaction. James S. Lee raconte ainsi avoir découvert à Sumatra une plante spécifique dont les décoctions lui auraient permis d’obtenir ce qu’il nomme un “élixir de vie”, souverain, bénéfique et, malheureusement, resté secret…

Il faut dire, à la décharge de cet aventurier de l’intraveineuse, que la loi britannique n’autorisait alors plus les drogues. Mais notre petit chimiste amateur avait ses réserves et, après avoir perdu sa compagne par overdose, avait assez d’expériences pour se détacher des substances. C’est du moins ce qu’il rapporte, tout en admettant avoir conservé jusqu’au soir de sa vie, à cause des piqûres, un torse et des bras bleus.

Entre deux shoots, James S. Lee, qui prétend avoir contrôlé parfaitement son rapport aux drogues - au point de parvenir à consommer tout à la fois, le même jour, opium, morphine, cocaïne et haschisch - et à se sevrer lorsque cela était nécessaire, trouve dans ses souvenirs les plus remarquables, de quoi nous traîner dans les rues louches de Shangaï, dans la jungle auprès du Mangeur d’hommes et d’exposer ainsi un tableau assez personnel, et apparemment crédible, des colons et des populations locales du Commonwealth victorien rayonnant des années 1900.

En livrant son observation de ce monde colonial appelé à disparaître, Les Tribulations d’un opiomane analysent assez précisément les conditions de vie des uns et des autres et, c’est inévitablement le trait d’un technicien, les conditions de production. Restent aussi de limpides récits de visions opiacées, des anecdotes délectables et, plus rarement, un coq-à-l’âne philosophique mièvre ou barré. Pour autant, rien ne disqualifie ce livre, surtout pas ces glissades qui témoignent peut-être des lassitudes d’un esprit éprouvé. Au fond, James S. Lee pourrait bien rester le plus grand consommateur de drogues connus pour ses écrits, juste derrière Quincey.

Il serait dommage de passer à côté de ce livre singulier. A lire sans délai, adoncque, ou à noter dans un coin pour ne pas l’oublier.


NB : L’Alamblog est preneur des scans des douze planches que contenait l’édition originale anglaise d‘Underword of the East, espérant y trouver (notamment) un portrait de James S. Lee. Une image semble avoir été réutilisée par Mary Hogdson et en rabat de la présente édition, mais sans mention de source, nous empêchant, de ce fait, de vous livrer son image.


James S. Lee Les Tribulations d’un opiomane (Underworld of the East), traduit de l’anglais par Sophie Azuelos. Préface de Mike Jay. Postface de Patrick Boman. - Paris, Intervalles, 328 pages, 19 euros

dimanche 27 septembre 2009

De l'aventure avec Théo Varlet

rOCDoRvARLET.jpg



LE ROC D’OR, par Théo VARLET. — Plon, éditeur

L’action du roman de Théo Varlet, basée sur la lutte épique engagée pour le redressement du franc contre l’assaut des devises étrangères, semble donc emprunter, en quelque sorte, son actualité à la situation tragique de ces dernières années.
La livre anglaise est montée hypothétiquement à 460 francs. Au plus fort de la crise ’ I où se débat le crédit de la France victorieuse, mais meurtrie, l’or sauveur tombe du ciel au milieu de l’Atlantique sous la forme d’un monstrueux bolide, qu’un navire étranger pense d’abord être un surgissement sous-marin d’origine volcanique. Dans le plus grand mystère, 1’« Erebus II » (1) qui devait partir pour le pôle sud sous les ordres du commandant Barcot (2), frété par le banquier Rivier, est réquisitionné, dirigé vers l’île énigmatique qui se trouve être une mine d’or et de fer. Une première cargaison est ramenée à Cherbourg, non sans de dramatiques incidents. Des croiseurs et des cargos sont d’office expédiés au placer lointain, où le drapeau de la France flotte et, au milieu d’un tumulte qui agite à la fois la rue, la politique et la Bourse, le franc remonte, regagne le pair, dépasse la livre sterling. La chose lie va pas, on le conçoit, sans lutte. La Société des Nations hésite à reconnaître le droit de la France, premier occupant. L’Allemagne intrigue et l’un de ses plus dangereux agents, innocemment secondé par sa fille, vierge sage, vouée à la science pure, surprend le secret du prodigieux revirement, essaye de le combattre par tous les moyens, y compris l’émission . de faux billets de banque, Les convoitises rivales s’agitent, se concertent, s’arment. On est à la veille d’une nouvelle guerre mondiale. Subitement, l’île”, enchantée s’effondre, entraînant ses trésors dans un fond de quatre mille mètres. Imagination débordante qui rend la lecture très attachante. (sic)

Dorine



L’Africain, 15 avril 1932, p. 5

Notes de l’éditeur :
1. Erebus II : du nom du HMS Erebus, construit en 1826, qui portait l’expédition James Clark Ross en 1841 lors de la découverte Mount Erebus, volcan de l’île de Ross (Antarticque).
2. Barcot : référence, et hommage, à l’explorateur français Jean-Baptiste Charcot.

- page 1 de 4