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mercredi 7 mars 2012

Le Livre de la Mort

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Nous l'évoquions à mots couverts dans Le Matricule des Anges d'avril 2011 (n° 122) : le Livre de la Mort, rare objet produit par Édouard Ganche (1880-1945) en 1909 vient de reparaître dans toute sa gloire.

Et avec son transi !

Superbe curiosité livresque et littéraire - c'est un livre-culte en somme dont les conditions de la commercialisation furent pour le moins castratrices. Néanmoins, sa couverture macabre à souhait représentant le "Transi de René de Châlons" (XVIe s.). attisait les appétits que le sous-titre "A l'hôpital, à l'amphithéâtre, à la morgue, au cimetière" ne pouvaient qu'attiser. Leurs terrain d'élection et sujet étant parfaitement explicites, les douze brillantes nouvelles de Ganche, précédées des étonnantes "Litanies de la mort" en guise de préambule, ne pouvaient aspirer le lecteur.

Livre recherché et partant difficile à dénicher, le voici donc remis en vente pour la modique somme de treize euros, dans une collection dont il constitue la treizième livraison, juste dandysme. Surtout, la version offerte par Philippe Gindre, Eric Foix et Philippe Gontier est aussi nouvelle que corrigée et augmentée selon les propres désirs de feu l'auteur qui avait porté sur un exemplaire ses larges modifications (il est aujourd'hui conservé à la BnF). Avec toutes les précisions historiques et éditoriales nécessaires, la Clef d'argent livre l'édition indépassable de ce classique de la Mort.

Quelques pages offertes sur le site de la maison suffisent à se faire une idée de la qualité littéraire de l'ensemble. Avec le Firmin Maillard consacré à La Morgue, et les histoires de Jean Richepin, il y a là les pièces essentielles d'un corpus de la Mort qui sera finalement peu exploité par la suite en dehors du cadre des littératures de genre, et beaucoup moins systématiquement à coup sûr.

Autopsies, squelettes, agonies, c'est sous les remarquables épigraphes de Poe, Baudelaire ou Rollinat que le médecin Ganche se plaçait. La seule évocation des titres de ces récits délectables, et effroyables, impose de les classer derechef parmi les récits à réindexer sans tarder au Panthéon des "livres à part".

Pour faire bonne mesure, un site est consacré au curieux personnage du docteur Édouard Ganche, étonnant bonhomme, musicologue sourd spécialiste de Chapin, dont on ignore toujours, tiens, comment il est mort...




Édouard Ganche Le Livre de la Mort, nouvelle édition par Philippe Gindre et Philippe Gontier. — Dôle, La Clef d'argent, 278 p., 13 €

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mercredi 21 décembre 2011

Prière à la mort (Jules Lefèvre-Deumier)

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Prière à la mort


De l'antique néant, aïeule injuriée,
Pourquoi restes-tu sourde, ô Mort ! à mes douleurs ?
Du banquet des heureux, déesse expatriée,
Pourquoi n'éteins-tu pas mon âme avec mes pleurs ?

Jamais par mon effroi je ne t'ai décriée :
Brodant ton noir manteau de leurs jeunes couleurs,
Mes vers, sœur du sommeil, avant lui t'ont priée,
Et je t'ai, pour de l'ombre, offert toutes mes fleurs.

Au lieu de voir en toi ce squelette difforme
Dont le bras vermoulu tient les clefs du tombeau,
Je t'ai donné, d'un ange et les traits et la forme ;

Prends-moi donc dans tes bras, afin que je m'endorme
Viens, séraphin sans nom, toi que j'ai fait si beau,
Souffler dans un baiser ta nuit sur mon flambeau !


Jules Lefèvre-Deumier


Emmanuel des Essarts Les poètes de la France. Jules Lefèvre-Deumier in Revue des races latines (Paris), 1860.

Voir aussi

Jules Lefèvre-Deumier Quatre poèmes. Edition établie par Loïc P. Guyon. Liverpool Online Series.

jeudi 3 novembre 2011

Le squelette et son oeil de verre

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Alfonso Daniel Rodriguez Castelao (1886-1950) n'a pas connu jusqu'à présent les honneurs de l'édition française. Seule son étude sur Les Croix de pierre en Bretagne (Brest, Centre de recherche bretonne et celtique, 1987), fruit d'un séjour en Bretagne de 1929, avait été traduite jusqu'à la parution cet automne d'un petit livre aussi charmant que grinçant chez les Fondeurs de briques : Un œil de verre, mémoires d'un squelette, délice d'humour noir.

On peut s'étonner que l'oeuvre de cet écrivain, dessinateur et homme politique galicien d'importance, membre du gouvernement républicain en exil à Paris dans les années 1946-1950 qui finit son existence à Buenos-Ayres, ne nous soit pas mieux connue... Mais on rattrape le retard, avec beaucoup d'enthousiasme grâce à ces soixante-quatre pages qui promettent beaucoup.

Sans divulguer la moelle du récit, déclarons tout de go qu'un homme, le narrateur, acquiert auprès d'un fossoyeur un manuscrit trouvé dans un cercueil. De quoi se remémorer les vers de Philothée O'Neddy...

Il est doux de sentir des racines vivaces
Coudre à ses ossements leurs nœuds et leurs rosaces
D'entendre les hurrahs du vent qui courbe et rompt
Les arbustes plantés au-dessus de son front (1).

Dans ce manuscrit maculé, un macchabée relate son séjour au pays des morts, ses relations avec ses colocataires de toutes origines sociales et de toutes époques, ainsi que les petits secrets honteux des uns et des autres, jusqu'à leurs promenades nocturnes qu'il décèle grâce à l'oeil de verre qu'on n'a pas ôté à son cadavre.

Humoriste bien campé, Castelao n'avait pas l'œil dans sa poche lui non plus. Pas plus que la langue d'ailleurs si l'on en croit la satire sociale qu'il met en place en si peu de pages, ou bien encore sa conférence de 1920 sur l'humour et la caricature adjointe au petit récit, conférence durant laquelle il agonissait quelques-uns de ses confrères espagnols d'impuissant talent.

Castelao avait de plus un coup de crayon sûr et épuré qui laisse imaginer que l'on découvrirait sans déplaisir d'autres œuvres de lui en français dans les temps qui viennent... Les Galiciens ne sont pas les moins imaginatifs des hommes, c'est bien connu.


Castelao Un oeil de verre. Mémoires d'un squelette. traduit du galicien par Vincent Ozanam - Saint-Sulpice (Tarn), Les Fondeurs de briques, coll. "Sacrilège", 64 pages, 12,00 €


(1) Feu et Flamme, Paris, Dondey-Dupré et fils, 1833, p. 40.

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vendredi 3 juin 2011

Des squelettes à foison !

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La 21e livraison du Boudoir des Gorgones, fameuse revue de littérature étrange et fantastique, vient de paraître, et c'est une excellente nouvelle pour les amateurs de squelettes !

Au sommaire :
Gabriel Marc Le Squelette (Le Prêtre désossé) (1868)
Notice sur Gabriel Marc par Noëlle Benhamou
R. d’Ast Comment mourut Jacques Codelle (1910)
Henry Frichet Si c’était vrai... (1917)
Notice sur Henry Frichet par Philippe Gontier
Philippe Gontier, Les maîtres de la littérature fantastique et de science-fiction francophone : Octave Béliard, entre science et merveilleux (1re partie)
Le Chercheur de Merveilleux
Last but not Least (notes de lecture), par Philippe Gontier



Philippe Gontier/Les Aventuriers de l’Art Perdu
25 boulevard Albert Einstein Impasse Jean Anouilh
21000 Dijon
6 euros

vendredi 6 mars 2009

Squelette vivant (1825)

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Il est arrivé à Londres un squelette vivant qu'on doit exposer à la curiosité publique. C'est un Français âgé d'environ 28 ans ; il a cinq pieds dix pouces anglais. Son père et sa belle-mère l'accompagnent ; ils prétendent qu'il a toujours été dans le même état ; que, depuis l'âge de quatorze ans, il ne grandit plus ; qu'il n' jamais été malade, mais qu'il éprouve une douleur dans le côté. Sa figure est un peu cadavéreuse ; et, à sa première vue, on croit voir la tête d'un Chinois. Les lèvres sont épaisses, les sourcils arqués, les yeux enfoncés, les os de la joue sont très élevés, et le crâne est défectueux dans tout ce qui a rapport aux organes intellectuels, la partie de derrière de la tête est considérablement aplatie, et l'organe auquel les disciples de M. Spurzheum donnent le nom de primogenitiveness, manque entièrement ; sa voix n'est pas très faible, et elle est assez agréable ; il est très large des épaules, et l'épine supérieure du scapulum présente une élévation extraordinaire. Le cou est extrêmement court et gros. Le sternum est très aplati, et se rapproche à un pouce et demi de la colonne vertébrale. On peut sentir l'action du coeur un peu au-dessous de la papille gauche, qui est beaucoup plus abaissée que de coutume ; il en résulte que le siège de la vie est dans une position qui n'est pas naturelle. En plaçant l'oreille sous l'épaule gauche, on peut entendre les pulsations dans toutes les autres parties du corps ; elles sont très faibles ; on voit les côtés distinctement ; l'abdomen paraît très affaibli, et la région pelvi-trochanterienne est entièrement privée de liens musculaires ; on n'aperçoit aucune trace des muscles glutineux. Les extrémités supérieures sont très affaiblies et ne présentent aucun muscle. Les os de la cuisse ne paraissent couverts que de tégumens ordinaires, et n'ont ni graisse ni muscles. Quant aux mains et aux pieds, ils ne présentent que l'apparence d'un amaigrissement ordinaire. Ce squelette a à peine la force musculaire nécessaire pour soulever ses extrémités, et il est probable qu'il pourrait difficilement porter avec la main un poids d'une livre. On assure qu'il marche un peu sur un terrain uni ; mais sa belle-mère le porte quand il faut monter des escaliers. Il sera peut-être impossible de découvrir la cause de cet état contre nature. Sir Astley Cooper qui l'a examiné avec le plus grand soin, croit qu'il faut l'attribuer au défaut de place pour l'action du coeur : mais cette observation s'applique également aux autres organes vitaux. La poitrine est d'une manière remarquable, comme si, depuis plusieurs années, un poids considérable avait pesé dessus ; et le coeur, comme nous l'avions déjà dit, est tout-à-fait hors de sa position naturelle. Il ne prend que trois onces de nourriture par jour, et sa boisson ordinaire est du cidre.


Le Diable boîteux, feuilleton littéraire. Journal des Spectacles, des Moeurs, des Arts et des Modes, n° 211, samedi 30 juillet 1825, pp. 3-4.

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